‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 94 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

commerce exclusif du Portugal avec l'Afrique: — Voyage de Windham et de Lok. — Succès F7 + Aventures d'Andrew Battel. — Il est fait LA cr par les Por-

tugais. à emmène & Angola. — 11 y fait le commerce boür:le gouverneur, — Essaie & ee — Est découvert et enferiné. — Envoyé à Mañsingano: — 11 s'échappe: — Son voyage. — 11 est repris. — Envoyé à Elambo, — Blessé dans un combat. — Les Portugais commercent avec les Giagas. — Pénètreht avec eux dans :al'intérieur du pays.— Battel laissé comme otage. — Menacé de morts Il échappé ro aux Giagas, — Revient à Massingano. — Paix avec l'Angleterre. — Les Portugais 4, refusent la démission de Battel. — 11 déserte pour la troisième fois. — Se cache tes bois. — Le lac Kasansa. — 11 construit une barque et gagne la ther. — “H üse rencontre; — 11 revient en Angleterre. — Les missionnaires chez les Giagas. — Mœurs atroces de ce peuplé.— Zingha reçoit le baptéme.— Compagnie auglaise du Sénégal. — Thompson femonte la Gambié. — Sa mort, -—-Vogäge dé Jobson. — Conférence avec Buckar-Saho. — Description de Timbucto0.— Le trafic mystérieux. — Compagnies ra = ‘Voyage dé Jannequin. — Brue remonte le Sénégal. — Détails relatifs au ediinerce de l'üf.< Compagnon deu Rathbouk.

— Nonchalance des Portugais. ”

Tandis que les Européens plantaient leur drapeau et assuraient leur puissance , soit dans le Nouveau-Monde, soit dans les contrées les plus reculées de l'Orient, ils faisaient relativement peu de progrès dans des pays plus voisins, où, cependant, ils ne négligcaient pas toute tentative de conquête. Les découvertes en Afrique ne furent pg mi

lorsque la curiosité fut allumée par uni mm impénétrable, Les Portugais, qui les pf couvert les côtes d'Afrique; s'assurèrent, en vertu d'un bref du pape, un droit exclusif au commerce et au gouvernement de cette immense contré ; bonne heure , cepeñdant, les Anglais essayèrent de pre ärt à ce commerce. En 1481,

deux marins de cette: ent, dit-on, enrôlés par le did de Médina-Sidonia , et: és d’équiper une escadre qui devait explorer la côte Guinée. La cour de Portugal envoya immédiatement des ambassadeurs pour adresser des remontrances au roi Édouard IV, au sujetde la violation d’un droit sanctionné par le pape, dont la suprématie}politi-

que n’était point encore mise en question; ils devaient l’engager à interdire à ses sujets tout acte qui porterait atteinte à la domination portugaise en Afrique. Cette demande fut accueillie ; et, pendant bien des années, les négociants anglais durent se renfermer dans les étroites limites que leur avait tracées une obéissance bigote et l'audace de l’usurpation politique.

Les principales possessions des Portugais en Afri ue.étaient dans la Sénégambie ( pays situé entre les rivières: la Gambie et du Sénégal) , sur la Côte-d'Or et dans le Congo. On connaît peu leur mode d'établissement , et on ne réfléchit pas. sans quelque surprise aux notions si bornées que le monde a recueillies de l'infatigable activité des Portugais durant les » quinzième et seizième siècles. Cette circonstance que leur langage a prévalu dans les régions au sud de la Gambie prouve que jadis leur pouvoir s’étendait au loin de ce côté; et l’on croit généralement que; Bambouk même à reconnu leur empire. Leurs voyageurs étaient tous ou marchands ou missionnaires : les premiers ne songeant qu’au gain, les seconds plongés dans une superstition aveugle, et observant toutes choses au point de vue étroit de leurs préjugés religieux.

En même temps que la réforme ébranlait en Angleterre l'influence du pape, elle renversait les barrières que les décrels pontificaux. avaient jusqu'alors opposées à l’esprit de coïquéte, ete hglais se seutirent libres d'empiéter sur des droits. dont l'éfigine ne leur paraissait plus ni légitime ni digne de respeës. E Pet des remontrances et des menaces de là cour portigaise, deux vaisseaux bien montés, bien armés, furent envoyés en 4553:pour commercer sur la côte de Guinée. Le capitaine Windham, qui les commandait, était accompagné d'un Portugais nommé Pinteado, qui, chassé de son pays, avait offert ses ser aux négociants anglais. L'orgueil du commandant enfélefne put supporter cette adjonction d’un collègue, et en conséquence il traita Pinteado avec une brutalité méprisantesqüi eut pour l'expédition Jes plus désastreux effets. Le Portugais conseillait l'échange des marchandises côntre de l'or sur la côte de Guinée, et cherchait à détourner son commandant d'aborder aux côtes malsaines

de Bénin; mais Windham, par esprit d'opposition, suivit justement la route dont les périls étaient signalés. Il fut

emporté, avec les deux tiers de son équipage, par les maladies

de ce climat redoutable : péndant la traversée de retour,

Pinteado mourut aussi, rongé de soucis et de désespoir.

La déplorable issue de ce voyage, due évidemment à la

. mauvaise conduite du commandant, ne découragea point les “négociants de Londres qui voulurent faire une seconde expérience: En 1554, trois vaisseaux partirent pour la Guinée sous . les ordres du capitaine John Lok. Ils n’éprouvèrent aucun accident et ne réncontrèrent aucun obstacle dans le cours de leur expédition.gommerciale le long des côtes de Guinée ; aussi rapportèrent-ils en Angleterre plus de quatre cents pounds d'or, une grande quantité de poivre d'Afrique, et deux cent cinquante dents d’éléphants de différentes £ seurs. Entre tous les objets de curiosité trouvés

cette contrée#tiguvelle, c'est l'éléphant qui sembl

eu le plus rix aux yeux des navigateurs angl SE emportèrent avec eux la tête d’un de ces animaux, si énorme que le crâne seul, détaché de la machoïfe inférieure et des grosses défenses , pesait plus de deux cents pounds, et pouvait à peine étressoulevé de terre par un homme robuste. On peut cependant douter que l’homme auquel est due la relation du voyage (il était aussi le pilote de l'expédition), on peut douter, disons-nous, qu’il ait vu jamais un éléphant ; en effet, il prend soin de nous informer que « les grosses dents ou défenses, plantées dans la mâchoire supérieure, poussent de haut en bas, au lieu de tenir à la mâchoire inférieure, et d’avoir la pointe dressée en l’air, comme ne manquent jamais de les représenter les peintres et les faiseurs de tapisseries. » Il remarque, à propos des naturels, que leurs princes et leurs nobles tracent sur leur peau, au moyen de piqûres et d’incisions, des dessin à res, pareils à ceux du damas à fleurs. Dans leurs rappoi d«alfaires, ils exigeaient non-seulement une stricte honnêteié, mais encore des manières civiles, et le pilote anglais en témoigne une surprise qui lui fait peu d’honneur. Le capitaine Lok ramena avec lui quelques esclaves nègres qui, nous dit-il, étaient des hommes robustes et de haute taille, se trouvant à merveille de la chère anglaise, mais

quelque peu indisposés par le froid et l'humidité du climat.

Le succès de son voyage:parut si encourageant qu’à dater de son retour un commerce régulier s'établit avec la Guinée, maintenu pendant plusieurs années par des aventuriers isolés, et qui, bien qu’exposé aux perpétuelles hostilités des Portugais, n'offrit aucun événement remarquable. Nous devons cependant à la relation d’un prisonnier anglais nos plus an-

ciens renseignements, et les plus dignes d'intérêt sur les éta-!

blissements portugais au Congo.

Andrew Battel sortit de la Tamise, en 4589, sur un petit navire frété pour la Plata. La pinasse destinée à ce long voyage était seulement de cinquante tonneaux ; mais il ne faut pas s’en étonner. La hardiesse des naVigateurs, à cette époque, se montrait non-seulement dans l’exiguité des na- Les avec lesquels ils se risquaient à traverser l'Océan, mais bre dans la négligence avec laquelle ils équipaient ces éstembarcations, se fiant à la fortune ou à leur courage du soin de leur fournir les choses nécessaires à‘ là vie. Le bâtiméênt sur lequel Battel était embarqué , après avoir beaucoup souffert faute de ptovisions, jeta l'ancre près de la petite île de Saint-Sébastien, sur la côte du Brésil; là, l'équipage, à demi mort de faim, “descendit à terre pour essayer de prendre du poisson et chercher du fruit dans les bois. Sur ces entrefaites, des Indiens, qui arrivaient dans un canot de la ville de Spiritu-Santo , ayant observé la manœuvre du navire anglais, descendir*::t de l’autre côté de l’île, et, traversant les bois sans être vus, parvinrent à se saisir de cinq des matelots : Battel était de ce nombre, et fut emmené avec les autres à Rio- Janeiro. Après être resté durant quatre mois emprisonné dans cette ville, Battel fut envoyé à Angola, puis dans une forteresse sur le Coanza, à cent trente milles environ dans l'intérieur des terres. Lorsqu'il y eut demeuré deux mois, le pilote qui conduisait ordinairement la chaloupe du gouverneur vint à mourir, et Battel fut chargé de lui faire descendre la rivière jusqu’à la ville de Saint-Paul, sur le bord de la mer, où il tomba malade et demeura gravement indisposé pendant huit muis, On l'y traita avec la dureté et le mépris auxquels il avait droit en sa double qualité d'Anglais et.d’hérétique. Il se rétablit néanmoius à la longue, et, mis à la tête

CHA

d’un] cer p' Battel Moye natur pount de Ba titude pend:

Loan:

Paul, son bc prisor mais, :

dénon son ; | pieds, Les P.

tuelles périr t dinair expos et sans tcresse ses co gais, s'ouvr une fo rable sonne conspi avec Eh meille rent la tance armes not afi débar sans t

d’un petit bâtiment, fut employé par le gouverneur à commercer pour lui, d'abord sur les rives du aire, puis à Loango.

Battel s 'acquiéta de cette “hesogne/ai e habileté et succès. Moyennant un yat de’ drap, les: artugais achetaient aux naturels trois dents d'éléphants pesant environ cent vingt pounds. Le gouverneur d'Angola, reconnaissant des ser vices de Battel, lui promit sa liberté paur récompense de son eXaC= titude et de son zèle. Sur cette assurance, il continua encore pendant deux ans et demi à négocier sur la côte d’Angola à Loango. Ce temps écoulé, un navire hoilandais vint à Saint- Paul, et le capitaine promit à Battel de lui donner passage à son bord pour retourner en Angleterre. En conséquence, le prisonnier se glissa secrètement parmi l'équipage hollandais ; mais, au moment où le navire allait lever l'ancre, sa fuite fut dénoncée par quelque matelot portugais, et, ramené en prison; le malheureux y resta pendant deux mois, les fers aux pieds, s’attendant tous les jours à être conduit au supplice. Les Portugais, cependant, engagés dans des guerres perpétuelles contre les indigènes; ne se souciaient point de faire périr un blanc, dont la vie ayait pour eux une valeur extraordinaire. Battel fut exilé.à Massingano, où il vécut six années exposé à tous les dan de l: guerre contre les indigènes et sans espérance de#iaidreoipla mer. Dans la même forteresse que lui se tpopyaient plusieurs Égyptiens et Maures, ses compagnons! d'in tune, ‘comme lui esclaves des Portugais, et employés pañeuxà faire d'autres esclaves. Battel s'ouvrit à l’un d'eux,e lUtEeprésenta qu'il valait mieux risquer une fois leur vie pour recouvrer la liberté que de l’user misérablement dans une dure servitude. L'Égyptien gonûta ce raisonnement , et plusieurs'äutres se joignirent peu à peu à la conspiration. Sept Portugais et trois Égyptiens prirent la fuite avec Battel. Ils partirent la nuit, après s'être emparé du meilleur canot qu'ils trouvèrent à leur portée, et descendirent la rivière Coanza. Lorsqu'ils furent à une grande distance de la forteresse, ils descendirent sur le rivageavec leurs armes et leurs munitions, prenant soin de submergér leur canot afin que les Portugais ne pussent découvrir leur place de débarquement. 1ls voyagèrent toute la nuit et le jour suivant sans trouver de l’eau, en sorte que la seconde nuit ils étaient

DS A ce es A

ne an a et ati RÉ

à peine capables de marcher, obligés à chaque instant de creuser la terre et d’émarracherdes racines qu'ils suçaient pour en humecter leur bouche..Le troisième jour, ils rencontrèrent un vieux nègre qu'ils forcèrent à leur servir de guide jusqu'au lac de Kasansa’ Redoutant les poursuites, ils voyageaient pendant la chaleur du jour, ce qui, dans ce pays, est presque insupportable. A force d'avancer vers l’est, ils parvinrent aux montagnes qui, de ce côté, forment la limite du royaume de Congo. Ce fut alors seulement qu’ils découvrirent la perfidie de leur guide nègre, par lequei ilsavaient été égarés ; et lorsqu’à peine ils essayaient d’échapper à cette nouvelle difficulté, ils se trouvèrent entourés par les Portugais qui s'étaient mis sur leurs traces; et par une multitude de nègres. Battel s’élança d’un buisson où il s’était caché, et manifesta la résolution de vendre chèrement sa vie. Néanmoins l'officier portugais, s’engageant à l’épargner, parvint à lui persuader de se rendre. En dépit de ces belles promesses, il fut sur le point d’être pendu à son retour à Saint-Paul. Il demeura trois mois avec un lourd carcan de fer attaché autour du cou, et les pieds pris dans des ceps de même métal. Mais la nécessité où se trouvaient les Portugais de rassembler un nombre imposant de pan: 200 Pr: Vos de rechef la vie de Battel. Il fut envoyé‘au'pays d'Elambo, avec quatre cents criminels portugais condathnés à vié awservice militaire contre les nègres. Dans une de ses premières campagnes, il reçut une blessure à la jambe, et futen conséquence renvoyé à Saint- Paul pour y recevoir les soins d'unichirurgien. Ses talents comme pilote furent de nouveau mis à contribution, et il fut chargé de conduire un bâtiment à la baie des Vaches ( Zahia das Vaccas), où les Portugais achetäient aux naturels le bétail nécessaire à leurs colonies,

Lors du second voyage effectué par Battel sur cette partie de la côte , et comme son navire se trouvait vis-à-vis de la

* Cova, une arméesconsidérable se montra campée aux bords

de cette rivière, Une barque envoyée à terre pour se procurer des renseignements rapporta la nouvelle que c'étaient les Giagas ou Gindes, lesquels arrivaient de la Sierra-Leone, envahissant le royaume de Congo. Le grand Giaga, leur.chef, n'ayant jamais vu d'homme blane, vint au bord de l'eau pour

CH

exam comi duir.

ferm leur avan menc les GC de B leurs

de

ent

on-

ide

ya

est

Jar-

> du

rent égaougais nèanioins \ lui Ss il | deir du ais la r un a vie cents conreçut saint-

pour

examiner les Portugais. Lorsqu' il sut qu'ils venaient pour commercer , il les encouragea à descendre à terre et à produire leurs marchandises. Comme le camp des Giagas renfermait de nombreux prisonniers, les Portugais chargèrent leur navire d’esclaves qu'ils se procurèrent à un prix trèsavantageux ; « achetant à un réal la tête des esclaves qui, emmenés en ville, valaient douze mille réaux. » Ils aidèrent aussi les Giagas à passer le fleuve et les débarquèrent dans le pays | de Benguela, où ces sauvages avaient le projet de continuer leurs dévastations, Dès le premier soir, le grand Giaga frappa sur son gong, instrument de guerre qui rend le son d’une:cloche, et dans une harangue prononcée à haute voix déclara qu'il voulait détruire la nation du énguela. Les Portugais l'ass stérent charitablement à mener fin ce plan remanité. Aussitôt que les Giagas eurent traversé la ri- ( imméencèrent à massacrer,sans distinction tous les itants ‘qu'ils rencontraient. « Les” sonuiers, dit Battel, étaient amenés vifs-dans le camp et les vres mangés par

les Giagas , qui sontles plus grands.cantiibales du monde, dévorant les hommes par plaisir bien qu'ils aiéhit du bétail en quantité. » Les Portugais, soit ar,conformité d'intérêts, soit, par une sympathie au moins singulière, s’attachèrent particulièrement à ces terribles sauvages, et, durant cinq mois, entretinrent avec eux un commerce des plus actifs, mais, ce temps écoulé , les Giagas s’avancèrent dans l'intérieur vers Bamballa. Les Portugais voyant leurs amis s'éloigner se résolurent à les suivre ; ils marchèrent durant deux jours sur leurs traces sanglantes. En arrivant près d’une ville habitée par un chef du pays, ils lui envoyèrent un esclave’ nègre. qu'ils avaient acheté à leurs alliés avec mission de dire à ce chef qu'il était chargé de le conduire au camp Giaga. Mais le prince nègre, mieux avisé qu'ils ne l'avaient pensé, pénétra cette ruse qui devait le conduire à une captivité certaine et la fit retomber sur ceux qui l'avaient ourdie : apprenant en effet que les Giagas avaient quitté le pays, il enveloppa les Porais, et les contraignit à le servir dans ses guerres ; puis, il eut avec leur aide triomphé de ses ennemis, il ne ntibèdes laisser partir qu'en se faisant laisser un otage

de leur retoüt.

Quand les Portugais durent choisir entre eux la victime dévouéé ( car leur résolution bien arrêtée de ne pas revenir semblait rendre inévitable 1e trépas de leur otage ), Battel, comme Anglais, et par conséquent leur ennemi, fut choisi tout d'une voix. Ils lui laissèrent un mousquet et des munitions en abondance, s’engageant à être de retour deux mois après avec un renfort de cent hommes. A l'expiration de ce délai, les Portugais n'avaient point paru, et Battel fut mené au supplice. . L'intervention du prince fit ajourner sa mort; mais il était si cruellement traité, et si tourmenté par ses angoisses et ses craintes de chaque jour, qu’il saisit Ja première occasion pour s'échapper yers le camp des Giagas. 21 espérait à leur suite voyager assez à POüest pour arriver au bord de la mér.où il

aurait la chance dé’rencontrer “eue | A traversa

sacrés parce ve on les ave bu NT

viron à trois ournées de route de. : il parvint à “quitter secrètement les Gidgas, après : avoir servi dix-huit mois avec eux , traité avec les qu grätids honneurs à cause des services que son mousquet leur rendait.

A sou arrivée dans la colonie portugaise , Battel fut bien accucilli par le nouveau gouverneur, et reçut de lui le grade de sergent. Il servit deux ans encore sur la rivière Coanza , où les Portugais avaient ouvert quelques mines d'argent Cr se trouyéfent ensuite abandonnées faute d@&produits. Enfi en 4609, et lorsque sa captivité durait déjà depuis douze at la nouvelle arriva d'une paix signée entre l'Espagne. et l'Angleterre. Battel crut pouvoir demander aussitôt la permission de revenir dans son pays ; elle lui fut d'abord aefordée, mais on la lui retira immédiatement.

La mutation triennale du gouverneur allait avoir lieu, Battel jugea convenable de gagner les bois pour quelques j jours afin d’être compris dans l’amnistie que le nouveau chef colonie devait, selon l'usage, accorder: à tous les fugitifs. 1} < tit de la ville emportant son mousquet, des munitions, et ac-

CHA comp bois :

l'arri chan qu'il rer di comn féra s il, st qu'on là, di autre chair.

claie | desso sur d mée € il em;

. les m

nomb l'on a que c à larg villes curé sèche.

équip se dé Sac av struite mer, ( pitain avait :

lui au faveur Rever dans 1 nage « tures,

compägné par deux éñfants nègres ; puis il se cacha dans les bois voisins de la grande route én attendant qu'on annonçât l’arrivée du nouveau gouverneur. Mais il fut informé que le changement ordinaire n'aurait pas lieu cette année ; en sorte qu’il lui restait pour toute alternative , ou de continuer à errer dans les bois, ou de rentrer en ville et d'y être mis à mort comme coupable d'une désertion trois fois récidivée. Il préféra s'éloigner, et voyagea jusqu'au lac de Kasansa, « où, ditil, se trouve la plus grande abondance de bêtes sauvages qu’on puisse rencontrer dans le royaume d’Angola. » Il vécut là, durant six mois, de la chair des buffles, des daims et des autres animaux qu’il tuait. Notre chasseur en faisait sécher la chair, comme il l'avait vu pratiquer par les Giagas , sur une claie élevée à trois pieds au-dessus du sol, en allumant audessous un grand feu et en posant les fragments de viande sur des racines et des feuilles vertes qui concentraient la fumée et la chaleur. A la longue cette vie solitaire le fatigua, et il employa toutes les ressources de son imagination à trouver les moyens de fuir. Dans le lac de Kasansa il existe un grand nombre de petites îles couvertes d’une sorte d’arbre que l'on appelle memba, et dont le bois est aussi uni et aussi léger que celui du liége. Il en construisit une manière de barque à large fond, en les unissant les uns aux autres avec des chevilles de bois. De'sa couverture il se fitune voile, et s’étant procuré un couteau qu'il échangea des nègres contre de la viande sèche, il parvint à façonner trois rames grossières. Ainsi équipé, il s'embarqua sur la rivière Bengo par laquelle le lac se décharge dans la mer. Lorsqu'il parvint à la barre, le ressac avait déjà failli devenir fatal à son embarcation mal construite. 11 échappa cependant à ce péril, sortit bravement en mer, et fut le lendemain ramassé pa pinasse dont le capitaine se trouva étre un de ses viéUt amis avec lequel il avait autrefois voyagé comme lieutenant, Battel fat laissé par lui au port de Loango, où il demeura trois ans en grande faveur auprès du roi à cause de ses talents comme chasseur. Revenu plus tard en Angleterre, il acheva sa vie à Leigh dans le comté d'Essex , lieu de sa naissance, et dans le voisinage de Purchas, qui publia la relation de ses bizarres aventures,

Les Giagas, que Battel appelle , comme nous l’avons vu, « les plus grands cannibales"du monde », sont décrits par les voyageurs avec des couleurs tellement horribles que, malgré l'accord de leurs témoignages, on peut à peine croire à la fidélité du tableau. Cette nation nous est représentée comme une bande de proscrits qui ont érigé en une sorte de code religieux l’accomplissement des atrocités les plus révoltantes pour la nature humaine. Comme la guerre est leur seule occupation , ils ne prennent jamais soin d'élever leurs enfants , qui meurent en conséquence aussitôt qu’ils sont nés ; leurs tribus se recrutent ensuite parmi les jeunes gens des nations vaincues, lesquels s’éprennent bientôt des charmes d’une vie errante , et de la carrière sans bornes que l’on ouvre à leurs passions féroces.

Zingha, sœur üu roi de Matamba , dont les sujets ont en partie les mœurs des Giagas, se rendit en 1622 à Angola pour négocier un traité entre son frère et le gouvernement portugais. Elle excita l'admiration et même l’étonnement de tous par l'étendue de son jugement et la convenance de sa conduite. Durant son séjour à Angola, cette princesse inclina , ou du moins parut incliner vers la religion chrétienne ; mais, à son retour dans son pays , les dissensions de sa famille lui offrirent l’occasion de monter sur le trône de Matamba ; et, jugeant que son attachement pour ia nouvelle religion affaiblirait l'influence qu’elle désirait conserver sur ses sujets, elle adopta le système des Giagas, dont elle rechercha l’alliance, entreprit de les surpasser en férocité , se fit respecter d’eux en s’attribuant une puissance surnaturelle , et réussit à se faire élire leur reine. Suivie par ce peuple redoutable, elle fut pendant vingt-huit ans la terreur de l'Afrique occidentale ; sans cesser néanmoifi## durant tout ce temps , d'assurer les missionnaires qu’ellé’était chrétienne au fond du cœur, et que la nécessité politique lui imposait seule les coutumes des Giagas. Plus tard , lorsqu'elle atteignit sa soixante-huitième année , son zèle de néophyte parut revivre, et en 1654, les missionnaires , appelés par elle, vinrent jusqu'à Matamba pour l'instruire, ainsi que ses sujets, dans la doctrine de Jésus-Christ,. Lorsqu'ils furent introduits en sa présence , la pénitente royale tomba prosternée devant eux, et versa un

Page 1