WEBSTER, N.Y
des variations remarquables. L'après-midi , le thermomètre s'élevait à S0, et la chaleur devenait presque insupportable ; le jour fini, ke froid était très-vif. À peine nos voyageurs, partis de Niti, eurent-ils commencé à monter le Ghaut, ou passage de montagnes, que.leur respiration devint de plus en plus courte et embarrassée. Ils ne pouvaient plus faire quatre pas de suite sans s'arrêter pour reprendre haleine et pour se reposer. Le sang jaillissait des lèvres de M. Moorcroft, et il avait de tels vertiges qu'il craignait à chaque pas une attaque d’apoplexie. Au sommet du col qui sépare l’Hindoustan du monde septentrional de l'Asie , un simple tas de pierre désigne la frontière , et du milieu de ces pierres s'élève un poteau, auqeul pendent de nombreuses pièces de draps, offrandes pieuses des pèlerins qui ont traversé ce passage. Du point le plus élevé on descend par des pentes successives dans un. pays stérile et nu, entièrement dépourvu des grandes beautés qui caractérisent le versant sr peseetes de la montagne.
Deux jours après leur départ de Niti, nos voyageurs atrivérent à Daba , ville située au sommet d'un rocher trop escarpé et trop étroit pour que la neige puisse s’y amasser, et en même temps abrité contre les vents froids. Quoique M. Moorcrofît eût pénétré dans ce pays sans permission, il fut reçu avec civilité par le gouverneur de Daba. Il vit dans le collége des Gelums ou des moines Shaman la plus grande collection des divinités des Hindous qu’il eût vue jusqu'alors. Le lama ou chef du collége le traita avec une grande bonté, et saisissant à son départ le pan de sa robe de coton, « Je vous en prie, lui dit-il, que je vive dans votre mémoire aussi pur et aussi blanc que cette robe, »
Au sortir de Niti, l'expédition parcourut pendant quelque temps des vallées bordées de chaque côté par des montagnes, sur les sommets desquelles il tomba souvent de la neige. Cinq jours leur suffirent pour se rendre à Gortope , village qui avait l'aspect d’un camp tartare, car il se composait d'un petit nombre de tentes noires, construites avec des couvertures et des cordes de crin. Les plaines voisines de ce village étaient couvertes d'une multitude si prodigieuse de chèvres, de moutons et de yaks ou bœufs de Tartarie , que nos voya-
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geurs estimèrent leur nombre total à plus de quarante mille. Comme M. Moorcroft se présentait en qualité de marchand; et qu'il paraissait décidé à offrir un bon prix de la laine fine, on le traita avec une certaine considération. 11 obtint sans peine la permission d’aller visiter le lac de Manasarowara , mais à la condition désagréable qu'il s’en retournerait par le même chemin, c’est-à-dire par le passage de Niti. Les marchands tartares de Ladak lui donnèrent sur la géographie de ce pays peu connu des renseignements qui ne coïncident nullement avec les indications des cartes européennes , mais qui ne sont pas assez précis pour nous déterminer à corriger nos cartes. Dans le premier moment de son arrivée , il crut que la rivière de Gortope était l'Oxus, et quelques heures de réflexions et les inforinations plus positives qu’il prit à ce sujet lui firent par la suite regarder cette rivière comme l’une des branches principales , et peut-être même comme la branche principale de !’Indus. :
Le 5 août suivant, nos voyageurs arrivérent sur les bords du lac sacré de Manasarowara , le plus vénéré de tous les lieux de pèlerinage que fréquentent les Hindous , cette race d'hommes doués d’un penchant si singulier pour la réverie et la vénération. Ce lac a environ quinze milles de long et onze de large. Ses rives, bordées de rochers escarpés que do-