‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 105 sur 178 · TRE AE PER TE · texte numérisé non relu

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entière à des renseignements dont l'authenticité ne repose que sur la déclaration d’un Hindou.

Le 8 août, l’expédition quitta le lac et commença à songer au retour. Tous les villages que M. Moorcroft traversa dans ces régions avaient une position et un aspect entièrement semblables ; ils étaient tous situés au bord de précipices escarpés et dominés par d'autres rochers plus élevés qui leur servaient d’abri. Des fleurs et des images grotesques ornaient presque toutes les maisons, dont l'extérieur offrait ainsi un aspect singulièrement pittoresque au milieu de ces grandes et sauvages montagnes. La saison pendant laquelle le passage de l'Himalaya est praticable touchait à sa fin, et M. Moorcroft, dont les fatigues du voyage avaient gravement altéré la santé, retourna en toute hâte à Daba par la méme route qu’il venait de parcourir quelques semaines auparavant.

Jusqu’à l’époque des voyages de M. Webb et de M. Moorcroft, l’attention du monde savant ne s'était jamais occupée de la hauteur extraordinaire des montagnes de l'Himalaya. La grande élévation que ces voyageurs atteignirent au-dessus des plaines de l’Inde, et les immenses chaines de montagnes neigeuses qui s'élevaient encore devant eux les unes au-dessus des autres, les frappèrent d’une stupéfaction profonde et les autorisèrent à supposer que les coupoles glacées de l’Himalaya avaient une hauteur au moins égale à celle des principaux sommets des Andes. Le colonel Crawford les avait mesurées en 1802, et bien qu’ils n’eussent pas été publiés à * cette époque, les résultats de ses travaux, connus du monde ‘savant, venaient de lui révéler l'existence de ce grand système de montagnes. Des observations faites par le colonel Colebrook, depuis les plaines de Rohileund, à cent quarantequatre milles de distanc:, : donnaient une élévation d'environ vingt-deux mille pus; mais ces calculs paraissent plutôt trop faibles qu'exagérés. Durant son voyage à la source du Gange, le lieutenant Webb fit diverses observations sur le pic remarquable appelé Jamunavatari, situé près de la source du Jumma et dominant la plupart des montagnes de la première chaîne de l'Himalaya. Le résultat de ses observations donna à ce pic une élévation de vingt mille pieds audessus du plateau sur lequel il se trouvait alors , et qui était

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lui-mème élevé de cinq mille pieds environ au-dessus des plaines. Cependant , comme tous ces calculs lui paraissaient trop vagues et trop imparfaits pour satisfaire la critique, il résolut de mesurer avec l'exactitude mathématique la pius minutieuse la hauteur du Dewalagiri, ou la montagne blanche, et il reconnut que le sommet de cette montagne avait une élévation absolue de vingt-sept mille cinq cents ieds.

. Le témoignage de tous les voyageurs qui ont visité l'Himalaya confirme les résultats de ces diverses observations scientifiqués. Ces chaînes immenses de montagnes s’élevant les unes au-dessus des autres produisirent sur eux une impression beaucoup plus vive, sous le rapport de leur hauteur, que celle que leur eût fait éprouver le spectacle sublime d'un pic isolé s’élançant du sein des eaux de la mer pour aller se perdre dans les nuages. Dans sa description des paysages des environs de Nepaul, le colonel Kirkpatrick raconte que la première chaine des montagnes déjà hautes cependant de quatre mille à six mille pieds ne semble être qu’une chaîne de petites collines , si on la compare aux colosses énormes qui la dominent , et qui n’ont pas moins de vingt mille pieds au-dessus de la vallée élevée elle-même de quätre mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Ces calculs approximatifs furent confirmés par les observations mathématiques du colonel Crawford sur huit des principaux sommets de l'Himalaya , dont la hauteur varie de quinze à vingtquatre mille pieds. Maïs toutes ces montagnes doivent céder la prééminence au pic de Chumulari, situé près des frontières du Boudhtan et du Thibet. En effet, la distance immense à laquelle ce grand roi des montagnes de l'Asie est visible dans les plaines de l'Inde a fait supposer que son sommet s'élevait d'au moins trente mille pieds audessus du niveau de l'Océan.

Cependant , quoique tous ces calculs eussent en quelque sorte une précision mathématique , certaines personnes conservaient encore des doutes sur l'élévation véritable des montagnes de l'Himalaya, Le monde savant hésitait à reconnaitre l'exactitude parfaite d'observations qui pouvaient avoir été plus ou moins influencées par cette tendance naturelle de

l'esprit humain à croire trop implicitement au grandiose et au merveilleux. La ligne de la neige perpétuelle, objectait-on, est trop élevée au-dessus des vallées pour que ces vallées puissent avoir l'élévation qu'on leur attribue. On supposait ensuite que dans ces climats la limite des neiges devait être à une hauteur de treize mille pieds au- dessus du niveau de la mer, et ce principe ne s’accordait nullement avec les récits des voyageurs qui, à cette élévation, représentaient les montagnes de l'Himalaya couvertes de magnifiques forêts de pins gigantesques. Mais , au lieu de juger péremptoirement des

observations scientitiques d'après les lois supposées de la na-

ture, n’était-il done pas plus rationnel de profiter des observations existantes pour chercher à découvrir ces lois. Il y a un demi-siècle, on n’ajoutait aucune foi aux indications des hauteurs fournies par le baromètre , et on préférait de beaucoup les mesures mathématiques , et cependant on a depuis abandonné complètement les angles pour reprendre le baromètre, Dans un second voyage, M. Webb alla jusqu’au Niti- Ghaut, dont il fixa la hauteur , à l’aide d'observations barométriques, à seize mille huit cent quatorze pieds. Ce col est peut-être le plus élevé de l'univers entier , bien qu'on n’y trouve pas de neige , et que les rochers qui le dominent de trois cents pieds n’en conservent jamais pendant l’été. Ainsi que M. Moorcroft, le lieutenant Webb parle avec admiration des belles foréts de pins, de cyprès et de cèdres qui recouvrent les pentes si élevées de ces montagnes sur lesquelles l'homme éprouve tant de difficultés à respirer. M. Webb attribue la hauteur des limites de la neige perpétuelle dans les montagnes de l'Himalaya à la grande élévation du plateau d'où s'ésancent vers le ciel leurs derniers sommets. Comme la chaleur de notre atmosphère a pour cause principale la radiation de la surface de la térre , il s'ensuit qué la proximité et l'étendue des plaines environnantes doivent faire subir des modifications importantes à la température d’un lieu élevé. Ces observations nous semblent réfuter d’une manière satisfaisante les objections soulevées par quelques savants au sujet de la grande élévation des montagnes de l'Himalaya, qui peuvent en conséquence être regardées avec certitude comme la plus haute chaîne de montagnes du monde entier.

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Mais les anomalies que ces grandes montagnes semblent présenter, lorsqu'on les contemple du côté du midi, deviennent insignifiantes , si on les compare aux démentis que Îles vastes plaines qu’elles dominent donnent aux théories de la science. Le plateau le plus élevé connu en Europe sous le nom de petit Thibet, et appelé par les Hindous les Undes ou la région de la laine, n'aurait, à en croire certaines suppositions, pas moins de quinze mille pieds au-dessus du niveau de la mer, et cependant, loin d’être recouvert de neiges perpétuelles, comme le prétendrait la théorie , il fournit pendant toute l’année les plus beaux pâturages du monde à d'innombrables troupeaux. Quelques lieux favorisés de cette plaine élevée produisent une espèce de blé avec la farine duquel les indigènes font leur pain. L'été est très-court sur ce plateau , à peine s’il dure deux mois; mais, dès que la neige disparait, la végétation pousse avec une vigueur extraordinaire, et les rayons brülants du soleil mûrissent en peu de temps tous les fruits. 11 n’est donc pas étonnant que la limite des neiges éternelles soit plus élevée dans l'Himalaya que dans les Andes; car le plateau de Los Platos , l'un des plus hauts plateaux des Andes, est à cinq mille pieds au-dessous de celui d'où s'élancent vers le ciel les derniers sommets de l'Himalaya.

Un autre voyageur anglais entreprit aussi une excursion dans ces contrées de l'Asie si curieuses et si peu connues, qu'avait déjà visitées MM. Webb et Moorcroît ; M. Fraser ne s'était, il est vrai, muni d'aucun instrument, ni proposé d'enrichir la science de faits nouveaux et d'observations utiles ; mais il nous a donné une relation pleine d'intérêt et trèsamusante des habitudes industrieuses des habitants de l'Himalaya, de leurs plus singulières coutumes et surtout du l'usage presque général de la polyandrie dans toutes ces

-montagnes. « On voit très-souvent, nous dit-il, quatre ou cinq frères épouser et posséder en même temps la même femme commune à tous. » Lorsqu'il atteignit la source de Jumma, situéé au pied du Jamunavatari, dont M. Cole: brook évalue la hauteur à vingt-cinq mille cinq cents pieds, M. Fraser se trouvait au cœur de la plus haute chaîne de l'Himalaya; et cependant, même à cette élévation, il ren-

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