‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 106 sur 178 · BTE · texte numérisé non relu

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contrait, à des distances très-rapprochées, des villages situés dans les positions les plus romantiques et les plus effrayantes et entourés le neige de tous côtés. M. Fraser parle, en outre, de blé que l’on y cultivait, de sentiers ombragés d'arbres et, émaillés de fleurs, et des plus magnifiques châtaigniers qu’il ait jamais vus. De la source du Jumma, il résolut de se rendre directement par les montagnes à Gangoutri. En vain ses guides lui représentèrent ce voyage comme très-dangereux ; en vain ils s’efforcèrent de le faire renoncer à son projet, et ils lui affirmèrent qu’un vent pestilentiel soufflant des montagnes privait le voyageur imprudent de l'usage de ses sens ; il refusa de les écouter et se mit en route. Le lendemain de Jeur départ, ils atteignirent les dernières limites de la végétation ; les bruyères et les genièvres avaient disparu complètement; mais des fleurs des couleurs les plus éclatantes s’élevaient de tous côtés au milieu des flaques de neige. Parvenus à cette hauteur, les Hindous commencèrent à se plain-. dre des effets du vent empoisonné. « Jé ne croyais pas, dit M. Fraser , qu'en s'élevant à une certaine hauteur, on pût éprouver une telle fatigue, et surtout qu'on respirât avec tant de difficulté; mais, malgré les assertions de nos guides, et quoique la neige fût en divers endroits couverte de fleurs, je ne m’aperçus point que ces fleurs exhalassent des odeurs pestilentielles. » Qu'on ne l’oublie pas , au moment où la rareté de l’air lui causait d'aussi vives souffrances, M. Fraser était encore à quelque mille pieds au-dessous de la sommité la plus voisine. Cependant, la grandeur et la magnificence des paysages qui environnent Gangoutri le dédommagèrent amplement de ses fatigues, et la vénération profonde avec laquelle les Hindous adorent cette source de leur rivière sacrée ajoutait encore un nouveau charme et un intérét plus vif à ces scènes sublimes de la nature. M. Fraser n'avait pas, il est vrai, l'instruction et les talents nécessaires pour mesurer les hauteurs des montagnes neigeuses, mais il traça pourtant une description aussi intéressante qu'animée de leur aspect sauvage et étrange, de leurs gorges profondes et sombres, et de leurs obélisques de pierre qui se dressent vers le ciel au milieu de vastes champs de neiges éternelles. « La chaine de l'Himalaya offre, dit-il, un caractère tout particulier : les

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voyageurs qui l'ont vue seront forcés d'en convenir; elle ne ressemble , en effet, à aucune autre chaine de montagnes, car, vues d’un point élevé, leurs somimnités aux formes fantastiques, leurs aiguilles d’une hauteur si prodigieuse , causent un tel étonnement à l'étranger dont elles attirent les regards, qu'il se croit parfois la victime et le jouet d’un mirage trompeur. »

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