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cruelle conjoncture il loua un canot pour descendre le fleuve, dont la largeur variait en cét endroit de un à deux milles , et dont la rapidité était de cinq nœuds à l’heure, Les naturels de ce pays appellent le Niger le Joliba ou la grande rivière. M. Park craignit pendant quelque temps qu’on ne lui permît pas de traverser le royaume de Bambara. Incapables , à ce qu'il paraît, de comprendre les motifs d'aussi dangereuses expéditions, les naturels se méfiaient sans cesse de tous ceux qui étaient assez hardis pour les entreprendre. Mais Park sut lever avec adresse les scrupules du premier ministre du roi. « Vous savez , lui dit-il, que les blancs sont un peuple commerçant , et qu'ils fabriquent eux-mêmes les divers articles que les Maures et les habitants de Jenni apportent à Ségo, Si vous parlez d’un bon fusil? qui l’a fait? Un blanc. Nous vendons aux Maures tous les objets sortis de nos manufactures ; les Maures les apportent à Tombouctou , où ils les revendent à un prix beaucoup plus élevé. Les habitants de Tombouctou les revendent plus cher encore aux marchands de Jenni, et vous les achetez moyennant des sommes énormes aux marchands de Jenni. » Ces arguments, soutenus pat un magnifique présent de deux fusils à deux coups et de divers autres articles , valurent à nos voyageurs la faveur de la cour et la permission de construire une barque à Sansanding. Trois vieux canots réunis ensemble formèrent bientôt un petit bâtiment d'environ quarante pieds de long et seize de large , qui reçut le nom «le Joliba Schooner de Sa Majesté. Toutefois, avant que ce bâtirnent fût achevé , M. Park eut le malheur de perdre son parent et son compagnon, M. Anderson. Il se trouvait pour la seconde fois seul et sans ami au milieu des déserts de l'Afrique.
Le 17 novembre 1805, notre hardi voyageur s'embarqua à Sansanding pour descendre le fleuve. Sa suite se composait alors de quatre Européens , le lieutenant Martin et trois soldats. Isaac, son domestique nègre, apporta ses lettres et son journal à la Gambie , mais jamais depuis on ne reçut aucune nouvelle de cette dernière expédition.
Si l’on en croit les renseignements recueillis plus tard par le capitaine Clapperton, Mungo Park et ses quatre compagnons seraient descendus de Tombouctou jusqu’à une ville
nommée Boussa. Le sultan de Yaourie, auquel-ils envoyèrent ” quelques présents, leur offrit de leur fournir des guides pour diriger leur barque au travers des rochers qui à peu de distance de la ville obstruent la navigation du fleuve. Mais, au lieu d'accepter cette offre, ils se mirent en route au milieu de la nuit. Peu de temps après leur départ, leur frèle embarcation se brisa contre les rochers. Les habitants des deux rives les assaillirent alors à coups de flèches, et les deux hommes blancs se noyèrent dans les eaux du Niger. D’après la même relation, quelques livres et diverses liasses de papiers furent retrouvés sur les débris de la barque, et l’un de ces
livres est, dit-on, encore aujourd’hui en la possession du sultan de Yaourie.