‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 127 sur 178 · CHAP. XXII. EMBOUCHURE DU NIGER · texte numérisé non relu

CHAP. XXII. EMBOUCHURE DU NIGER

à regagner ses propres domaines, et lui interdisant de répaudre sa lumière sur la terre, — Toute fantastique que füt cette explication, elle avait été accueillie avec une foi explicite par le roi, la reine, et presque tous les habitants de Boussa. L’effroyable bruit que nous entendions, car il se continuait avec un redoublement d'énergie, était le résultat des efforts deæ naturels assemblés, qui espéraient ainsi, en effrayant le soleil, le forcer à regagner sa propre sphère et à laisser la lune éclairer paisiblement le monde comme autrefois. »

Ce'ne fut que le lundi, 20 septembre, que nos voyageurs prirent définitivement congé du roi de Boussa, et de la Métiki. Pour se rendre au Niger, il leur fallut traverser une double haie de naturels qui, à genoux sur leur passage, pleurant et levant les mains au ciel, leur adressaient les adieux les plus affectueux. Enfin, à neuf heures et demie , ils arrivèrent au bord du fleuve, où deux canots les attendaient. Deux heures après ils étaient embarqués, et, remerciant le Tout-Puissant de l'évidente protection qu'il leur avait accordée jusqu'alors, ils le suppliaient de ne pas les abandonner , et de favoriser leur entreprise jusqu’à la fin. Le roi de Nyflé leur avait envoyé son fils, qui devait leur servir de guide jusqu’à Rabba, Le soir du même jour , ils s'arrétèrent dans une ville située sur une belle et grande île, nommée Patashie, où ils durent attendre le canot acheté au roi de Wowou. Mais le roi de Wowou leur répondit que ce canot se trouvait à Lever, ville située à vingt milles au-dessous de Patashie. Ils descendirent donc à Lever, où ils ne trouvèrent pas le canot promis et payé, et ils se virent forcés, pour continuer leur voyage, de voler ceux que leur avait prêtés l'excellent chef de Patashie. Le 4 octobre, après de noüveaux retards, ils se remirent en route, et, emportés par le courant, perdirent bientôt de vue la ville de Lever, ou Layaba , son chef insolent et trompeur et ses misérables habitants.

Près de Lever, les bords du Niger s'élèvent d'environ quarante pieds au-dessus du niveau de l'eau , et sont à peu près perpeudiculaires. La rivière, profonde et libre de tous récifs, se dirige presque droit au sud; sa largeur varie d’un à trois milles. Nos voyageurs s'arrétèrent d'abord à Zajiébo, grande et spacieuse ville , située sur la rive droite ou occidentale ;

puis à Litchi, place importante, habitée par les Nyfféens sur la rive opposée, et à Madjie, éloignée de trente milles de Bajiébo. Ce fut quelques minutes après avoir quitté cette ile, et en en dépassant une autre , qu’ils aperçurent, sortant du milieu des flots, un roc élevé de deux cent quatre-vingt-un pieds de hauteur, nommé le mont Kesa ou Kesy, et très-vénéré des naturels ; car, selon la tradition, un génie bienveillant en fait sa demeure habituelle et favorite. Quelques milles plus loin, débarqués à l’île Bili, ils y reçurent la visite du roi des Eaux-Noires, souverain de l’île Zangoshie, et le lendemain, 7 octobre, ils arrivèrent à Zangoshie , ville bâtie sur l'ile de ce nom, et située en face de Rabba, la seconde ville des Fellahs, après Sokatou, sous le double rapport de la population et de la richesse. Jusqu’alors la navigation avait été agréable et facile. Les rives du fleuve offraient des paysages aussi variés qu’enchanteurs, et ses eaux étaient, en certains endroits, couvertes de canots qui luttaient de vitesse avec celui de nos voyageurs. « Mais, dit Lander, les sales huttes de boue et les indolents naturels souillent de leur aspect le pays qu'ils habitent, et l’âme se resserre ici à la vue d’une si belle nature, au lieu de s'épanouir. »

Le souverain de Rabba, Mallam-Dendo, mécontent des présents qu’il avait reçus, déclara d’abord que, si on ne lui donnait pas des choses plus utiles et d’un autre prix, il exigerait leurs fusils, leurs pistolets et leur poudre , avant de permettre aux hommes blancs de quitter Zangashie. Mais le don de la tobé de Mungo-Park, que Lander avait recouvrée, le jeta dans de tels transports de joie, qu’il se déclara l’ami et le protecteur éternel des Européens, et qu’il ordonna au magia, ou roi de Nyffé, son vassal , de les bien traiter. Le 16 octobre, nos voyageurs, abandonnant les canots volés au chef de Patashie, dirent adieu au roi des Eaux-Noires, montés sur une mauvaise pirogue que ce monarque rusé leur avait vendue fort cher, et munis de pagaies volées, car personne ne voulait leur en vendre, à quelque prix que ce fût, ils descendirent pour la première fois le fleuve sans l'assistance des étrangers.

Jusqu'à Egga, aucun événement extraordinaire ne signala leur navigation. Une nuit seulement, ils furent obligés de

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