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CHAP. XXI, EMBOUCHURE DU NIGER

là était le fameux marché de Bocqua , et la rive opposée faisait partie du royaume de Funda. Cependant les naturels, effrayés par trois hommes de la suite de Lander, qui s'étaient introduits dans le village pour y chercher du feu, arrivèrent bientôt en grand nombre, diversement armés de fusils, d'arcs, de flèches , de coutelas , de crochets de fer , de longs fers de lances et d’autres instruments de destruction. Le sang-froid et la présence d'esprit des deux frères surent prévenir la lutte qui semblait inévitable. S'avançant vers le chef de cette bande de forcenés, Richard et John lui tendirent la main. Il se jeta à leurs genoux, fondit en larmes, déclara que les hommes blancs étaient les enfants du ciel tombés des nuages, et leur demanda pardon. « Il est heureux pour nous, dit Richard dans sa relation, que nos figures blanches et notre conduite calme aient si fort imposé à ce peuple. Une minute plus tard, nos corps eussent été hérissés d’autant de flèches qu’un porc-épic a de dards. »

Les renseignements que nos voyageurs obtinrent du chef de Bocqua étaient des plus favorables. « Le fleuve conduisait en dix jours à la mer, et sa navigation n’offrait aucun danger. Seulement, les habitants de ses rives n’avaient pas une bonne réputation. » Suivant les conseils de leurs nouveaux amis, ils passèrent devant la grande ville d’Atta sans s'y arrêter , se reposèrent malgré eux à Abbacaza, où le Niger se divise en plusieurs bras , et dont le chef se montra très-avide, refusèrent en deux ou trois endroits de débarquer pour satisfaire la curiosité des naturels, qui accouraient par centaines dans l'eau afin de les mieux voir, et ils essayaient d'éviter le grand village de Damuggo, lorsqu'ils furent étrangement surpris de s'entendre héler en anglais par un petit homme revêtu d’une veste de matelot de leur pays. En vain ils firent force de rames : atteints par une douzaine de canots, ils se virent contraints à revenir sur leurs pas pour présenter leurs respects au roi. Le chef les reçut bien, leur envoya du rhum parmi d'autres provisions, ordonna la célébration de réjouissances publiques pour fêter leur arrivée, et leur promit tout ce qu'ils pourraient désirer. Enfin, bien qu’il les retint jusqu’au 4 novembre, il leur fournit un autre canot, des rameurs et un guide. Les fétiches consultés prédisaient que les hommes

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blancs seraient assaillis de mille dangers avant d'atteindre la mer.

Cette sinistre prédiction ne tarda pas à se réaliser. Afin de n'être pas trop retardés par .la lenteur des nègres, les deux frères s'étaient embarqués dans deux pirogues différentes. Après avoir dépassé une branche du Niger qui coulait vers l’ouest, ils furent arrêtés et pillés complètement par de longs canots de guerre, surmontés de pavillons semblables aux pavillons européens , remplis d’équipages nombreux et armés chacun d'une pièce de quatre ou de six amarrée à sa proue. Conduits à Kirri, un palabre on grand conseil se tint.sur leur sort. Heureusement pour eux, des prêtres mahométans parlèrent en leur faveur, et, après une journée de discussions et de délibération, le palabre rendit l'espèce de jugement suivant : « Les effets pris aux hommes blancs leur seront rendus. Le noir qui a commencé les hostilités perdra la tête, en expiation de sa faute. Quant aux hommes blancs, ils seront conduits demain à Obie, roi du pays d'Eboe, qui les interrogera et qui prononcera sur leur sort. » La première partie de cette sentence fut exécutée aussitôt. « On nous rendit, dit Richard, notre boîte de pharmacie et notre malle de livres qui avaient été retirées de l’eau; mais nos habits, le fusil à deux coups de M. Park, nos mousquets, épées ou pistolets, ainsi que ‘es armes de nos hommes, sont volés ou submergés. Les dents d'éléphant, quelques objets d'histoire natarelle, notre boussole, nos thermomètres, mon journal, lememorandum de mon frère , les notes, les livres de croquis, quelques cahiers du journal de John , sans compter nos cauris et nos aiguilles , il ne reste pas trace de tout cela ; heureux encore de nous retrouver nus, dépouillés de tout et à la merci des barbares ! »

Deux journées de navigation amenèrent les prisonniers à Eboe, résidence du roi Obie. Le fleuve avait changé de direction; il ne serpentait plus autant , et ses rives devenaient si basses et si régulières, que l’on ne pouvait nulle part distinguer la plus petite élévation qui rompit leur ligne monotone. Mais les naturels , se persuadant que si les hommes blancs osaient regarder les eaux du Niger, cette témérité aurait pour conséquence inévitable la destruction de toute la

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