CHAP, XXII. EMROUCHURE DU NIGER
flottille, no: -seulement les forcèrent à rester couchés dans le canot , mais les couvrirent de nattes. Cependant, lorsque les brouillards dont on les accusait d’être les auteurs se furent dissipés , nos voyageurs obtinrent la permission de revoir le Niger. Leur canot se trouvait alors sur une immense nappe d’eau, une espèce de lac, à l'ouverture d’une forte rivière coulant à l’ouest et formant un bras considérable du Niger. Une autre branche partant du même point descendait au sud-ouest, tandis que la petite flottille poursuivait sa route au sud-est, dans le principal lit du fleuve, le tout formant trois rivières d’une prodigieuse grandeur dont les bords sont bas, marécageux et complètement couverts de palmiers. Une heure plus tard , vers midi, le lundi 8 novembre, un des hommes du canot des prisonniers, natif d'Eboe , s'écriait : « Voilà mon pays! »
A Eboe, de nouveaux malheurs les attendaient : le roi, jeune homme à la physionomie éveillée , à l'air intelligent et affable, les reçut, il est vrai, avec cordialité; mais il ne leur fit donner que des provisions insuffisantes , et il résolut de ne les laisser partir qu'après avoir touché le prix de leur rançon. Privés de toutes ressources, ils se virent obligés de mendier ; mais autant eût valu, disent-ils, adresser leurs prières aux pierres et aux arbres : ils se fussent épargnés du moins l’humiliation d’un refus. Après avoir été pris pour des demidieux et traités, en conséquence, avec me vénération universelle, ils se trouvaient rangés parmi les êtres les plus dégradés et les plus misérables. D'abord, les gens de Bonny et ceux de Brass, qui étaient alors à Eboe, se disputèrent l’avantage de conduire les deux Anglais sur la côte, dans l’un ou l’autre de ces royaumes. Enfin, ceux de Brass l’emportèrent, parce que le roi Boy, frère aîné du roi Gun, offrit de payer à Obie tout ce qu’il demandait pour la rançon de ses prisonniers, espérant que le tout lui serait rendu par le capitaine du brick le Thomas, alors à l’ancre dans la première rivière de Brass. Le prix de la rançon était vingt barres ou vingt esclaves, et le roi Boy demandait en outre quinze barres ou quinze esclaves, plus un tonneau de rhum, pour sa peine et ses risques et périls. Richard Lander fit un billet de trentesix barres sur le capitaine Lake , commandant du brick le
Thomas ; « trop ivre de joie , en ce premier moment, pour réfléchir, dit-il, à une demande aussi exorbitante. »
Le canot du roi Boy ne contenait pas moins de soixante personnes, dont quarante rameurs. Comme les canots de guerre d’Obie, il était muni d’une pièce de quatre amarrée à la proue, d’une grande quantité de coutelas, de mitraille, de provisions, etc. Le 42 novembre, nos voyageurs voguèrent de nouveau sur les eaux du fleuve, qui n'avait plus qu'un mille et demi environ et qui coulait au sud-ouest. De grands villages éloignés l’un de l’autre de deux à trois milles ornaient ses rives inondées. Le 14, à sept heures du soir, le canot quitta la rivière principale en se dirigeant vers la ville de Brass, à travers un petit bras courant dans une direction sud-est, à l'est du grand bras dont il sortait. Le même jour, à huit heures et demie du soir environ, Richard Lander eut la joie inexprimable de sentir les effets de la marée. Le lendemain, il vit dans la ville de Brass un homme blanc, le capitaine d’un shooner espagnol, alors à l’ancre dans la rivière Brass, pour prendre une cargaison d'esclaves.
Brass, la plus sale et la plus affreuse de toutes les villes du monde, se divise en deux villes contenant environ mille habitants chacune, et reconnaissant, l’une la domination du roi Jacket, l’autre, celle du roi Forday. Un autre endroit nommé par les Européens « Ja Ville des Pilotes, » à cause du nombre des pilotes qui l’habitent, est situé à l’embouchure de la première rivière de Brass (la rivière Nun des Européens) et à une distance de soixante à soixante-dix milles. Cette dernière ville reconnaît l'autorité des deux rois, s'étant peuplée, dans l’origine, de leurs sujets.
Le roi Forday, ayant fait venir les étrangers en sa présence, exigea qu'ils lui payassent quatre barres, ou sinon, ajoutaitil, il ne leur permettrait pas de sortir de ses états. À l’en croire , ce tribut Jui était dû par tous les hommes blancs qui venaient à Brass. Richard Lander fut donc obligé de faire un second billet sur le capitaine du navire anglais , et le lendemain 147 novembre, il partit pour se rendre à l'embouchure de la rivière, laissant son frère en otage. Le lendemain à sept heures du matin , il rentrait dans la branche principale du Niger (la rivière Nun), qui courait du nord au sud, et un
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