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pect rappelait à tous ceux qui étaient à bord un malheur trop
grand pour qu'ils pussent encore se réjouir du succès de l’expédition. Le capitaine Clarke prit alors la place de son chef si regretté, et se substitua le lieutenant Gore dans le commandement de la Découverte. Après avoir quitté Owhyhéé, les vaisseaux touchèrent à l'ile d’Atooé, que l’on trouva désolée
par une guerre civile, née des prétentions respectives de plusieurs chefs à la possession des chèvres dont le capitaine Cook avait doté l'ile. Ces pauvres bêtes étaient déjà au nombre
de six, lorsqu’à leur sujet éclata cette guerre, dans. le cours
de laquelle elles furent toutes détruites. L'histoire de l’introduction des animaux utiles dans les iles de la mer du Sud nous fournipait au besoin plusieurs exemples semblables de l’aveugle lent humain et de cette rapacité jalouse qui dé-
truit voloi un trésor, plutôt que de le laisser à un rival. Le capitainé Clarke essaya dès lors d’exécuter les inten-
tions de son malheureux commandant, c’est-à-dire de trouver un passage dans l'Océan du nord. Il toucha dans la baie d'Awatska, au hâvre de Saint-Pierre et Saint-Paul, où il
fut traité par les Russes avec une hospitalité sans bornes; puis, % traversant pour la seconde fois le détroit de Behring , il pé- # nétra jusqu'au 70° 35’ de latitude nord, où le même obstacle qui, l’année précédente, avait arrêté les navires, s’opposa, - cette fois encore, à ce qu’ils allassent plus loin. Il y rencontra une solide barrière de glace de sept lieues plus éloignée au sud que celle qui avait empêché le capitaine Cook de continuer son voyage, et l’on résolut,de revenir en Angleterre, après avoir ainsi rempli le pri jet de l'expédition. On regarda alors comme suffisam montrée l'impossibilité de trouver un passage au nord. Cêtte résolution des officiers dibparmi les équipages , épuisés par les fatigues d’une
et pénible, une joie aussi vive que si, au lieu d’a- Sque le tour du monde à faire, ils eussent été déjà infique. Au moment où les naviresärrivaient e capitaine Clarke mourut d’une maladie de t déjà trois fois fait le tour du monde, d'atdres du commodore Byron, puis sous ceux fé*Cook.. M. Anderson, habile médecin et natu- Vexpédition , avait succombé , l’année précédente,
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à Oonalashka, à une maladie pareille. Le capitaine Gore prit alors le,commandement de l'expédition, et confia celui de la Découverte au lieutens"t King. Leur voyage en Chine ne produisit aucun résultat géographique de quelque importance. En naviguant sur ces mers orageuses, ils se virent contraints de se tenir éloignés de terre, et le mauvais temps ne cessant pas, ils ne purent explorer les côtes du Japon. :
Le 3 décembre, nos navigateurs arrivèrent à Macao , où, pour la première fois , ils apprirent les événements survenus en Europe depuis leur départ, et, entre autres, la guerre qui avait éclaté entre l'Angleterre et la France. Ils eurent en même temps connaissance de la conduite généreuse tenue par le gouvernement français. Au mois de mars 1779, le ministre de la marine avait adressé de Paris une circulaire à tous les commandarts de vaisseaux au service de France, leur faisant connaître l'expédition et la destination du capitaine Cook, et leur enjoignant de traiter cet illustre navigateur, partout où ils le rencontreraient, comme l'officier d’une puissance neutre et alliée. Cette mesure , si honorable pour la nation qui l’adopta, était due, dit-on, à l’esprit éclairé du célèbre Turgot. Le docteur Franklin , qui résidait alors à Paris comme ambassadeur des États-Unis, avait, peu de temps auparavant , fait partir une sorte de réquisition par laquelle il recommandait avec chaleur aux commandants des vaisseaux de guerre américains de ne point considérer le capitaine Cook comme un ennemi ; mais il ne disposait d’aucune autorité qui pût sanctionner ce simple avis, et son gouverneient n'eut pas la Mmagnanimité d'en confirmer les dispositions. ;
Pendant que les vaisseaux étaient à l'ancre dans la rivière de Canton, les matelots ouvrirent, avec les Chinois, un commerce actif de peaux de loutres qu’ils rapportaient de la côte nord-ouest de l'Amérique , et qui chaque jour angmentaient de valeur. «Un de nos matelots, dit le lieutenant King, vendÿ sa provision seule 800 dollars, et quelques peaux de choix parfaitement propres et bien conservées furent vendues à raison de 120 dollars chacune. Le montant total, marchandises et ar gent monnayé, de cequi revint aux deux vaisseaux en échange
de leurs fourrures dut s’élever à environ 2,000 livres sterling, et l'or supposait généralement que les deux tiers au moins de celles que nous avions achetées aux Américains avaient été gâtées , usées , données ou vendues à vil prix dans le Kamtschatka. Lorsqu'on se rappelle en outre que cesfourrures avaient été rassemblées d'abord sans que l’on eût aucune idée de leur valeur réelle; que la plus grande partie avait déjà été portée par les Indiens auxquels nous les achetions ; qu’ensuite on s’en était servi sans aucun soin, soit comme couvertures de lit, soit pour d’autres usages, et que probablement nous n’en avions pas tiré toute la valeur qu’elles avaient en Chine , on peut se faire une idée des avantages qu’ofirirait un voyage purement commercial entrepris sur cette partie de la côte américaine. » Ces observations du lieutenant King se rapportent à ce qui devint le résultat le plus important de cette expédition. Un commerce considérable dans la mer Pacifique, jusqu'alors ignoré des nations qui avaient le plus grand intérèt à le voir se développer et à posséder des établissements favorables à son exploitation, venait d’être découvert tout-à-coup et par hasard, et il fut ensuite activement exploité par une nation maritime placée à l’autre extrémité du monde. Les équipages des deux navires furent étonnés et ravis du prix que les Chinois attachaient a leurs fourrures; et leur désir de retourner à la rivière de Cook, afin de se procurer une nouvelle cargaison de peaux, alla presque jnsqu’à la rébellion. Quelques-uns des mâtelots parvinrent à déserter , et se trouvèrent parmi les premiers aventuriers que l’on vit traverser l'Océan Pacifique pour se livrer au commerce nouvellement découvert. Les marins enrichis d’une façon si inopinée subirent une métamorphose des plus étranges : ils étaient arrivés à Macao couverts de haillons, plusieurs d’entre eux ayant inconsidérément vendu leurs habits dans les iles de la mer du Sud ; mais , avant de quitter ce port, ils se trouvèrent des pieds à la tête habillés en soieries a et avec toutes les recherches de la fatuité chinoise.
cun incident de quelque importance ne marqua leur traversée de retour, et, le 4 octobre, les navires arrivèrent sains et saufs au Nore, après une absence de quatre ans deux mois et vingt-deux jours. Dans tout le cours de ce long voyage, la Résolution ne perdit par maladie que cinq hommes, dont trois
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étaient dès le départ dans un état de santé pméeaire ; la Découverte ne perdit pas un seul matelot.
Poyr apprécier les talents du capitaine Cnok , il suffit de jeter ün coup-d’œil général sur la nature et l’étendue de ses découvertes, et d'examiner quelle infilmenceelles-ant dû exercer immédiatement sur les entrepriseseommerciales de toutes les nations. Il a découvert ou recommu une plus grande étendue de côtes que tous les autres mavigateurs. La rive orientale de la Nouvelle-Hollande, qui n’a pasmoins de deux mille milles, était totalement inconnue avant qu’il l’eût reconnue, n'échappant au danger de cette navigation difficile que par sa froide intrépidité et les ressources de son talent. 11 fit aussi le tour de la Nouvelle-Zélande , dont les côtes orientale et méridionale, tout-à-fait inconnues, étaient , dans l’opinion d’un grand nombre de géographes, réunies à la Terra Australis incognita: La Nouvelle-Calédonie et l'ile Norfolk furent l’une et l'autre découvertes par Cook, et les Nouvelles-Hébrides, grâces à ses travaux, prirent sur nos cartes une forme et une position déterminées, Il rendit 2nssi un service essentiel à la géographie en faisant le tour du globe sous une latitude sud élevée; en effet, bien que ses efforts et ses périls n'aient été récompensés par aucune découerte brillante, cette navigation difficile a résolu un problème qui divisait , depuis des siècles , les géographes théoriciens. La terre Sandwich, ou la Thulé du sud, peut être aussi comptée parmi ses découvertes, bien que, selon toute probabilité, ce soit la-terre que Gerritz avait signalée un siècle auparavant.
Ses conquêtes sur les côtes nord-ouest de l'Amérique furent plus importantes encore et plus vastes ; en un seul voyage, il obtint plus de résultats que les navigateurs espagnols n’en avaient obtenu dans le cours de deux siècles. Sa traversée du détroit de Behring détermina la pr:xtinité de l’Asie et de l'Amérique, que Bebring lui-même: n'avait pas su apercevoir; enfin, il rendit sur les cartes, à la côte des Tshuktzki la place qui lui appartenait, à quelques degrés à l’est de celle qu’on lui avait d’abord assignée.
Il est inutile de récapituler ici toutes les additions importantes qu'il fit à nos connaissances géographiques sur les
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divers archipels de l'Océan Pacifique. Quelques-unes des iles de la Société et des îles des Amis étaient connues avant lui, mais il releva soigneusement ces deux archipeïs et détermina la position des principales îles, telles qu’Otahiti et Tonga-Taboo, avec une exactitude égale à celle d'un astronome européen dans son observatoire. Il s’enorgueillissait spécialement d’avoir découvert les îles Sandwich , et l'on n’a guère le droit de lui refuser cet honneur ; en effet, même en supposant qu'un navigateur espagnol nommé Gali ait réellement découvert ces iles en 4576, et qu'il ait donné à Owhyhéé le nom de Mesa, ou Montagne de la Table , marqué sur les vieilles cartes espagnoles à 220 à l'ouest des iles Sandwich , mais sous la même latitude qu'elles , on ne saurait attacher une grande importance à une découverte dont l'humanité n’avait point profité. Les Espagnols parurent bientôt avoir oublié complètement l'existence des iles Sandwich, en admettant qu’elle leur fût connue, malgré les avantages qu'ils en auraient pu tirer dans leurs fréquents voyages de la Nouvelle-Espagne à Manille. Anson et beaucoup d’autres navigateurs se seraient épargné bien des détresses et des souffrances, si, en voyageant sur l'Océan Pacifique , ils avaient connu d’une manière à peu près certaine l'existence et la situation des îles Sand-
wich, Mais Cook se distingua surtout par l'exactitude avec
laquelle il détermina la position de toutes les côtes dont il |
s’approcha. Ses relèvements sont des matériaux précieux de géographie positive. Il avait profité de toutes les améliorations que lui suggéraient les progrès de la science, et au lieu de commettre, comme la plupart de ses prédécesseurs, des erreurs de deux ou trois degrés de longitude, il nous a légué des calculs qui sont encore parfaitement exacts aujourd'hui. Ce mérite n’appartenait point aux astronomes qui l'accompagnaient dans ses expéditions. Observateur habile , il était en même temps si infatigable et si vigilant, qu'il ne perdait jamais une occasion d'éclaircir ses doutes. Il possédait au plus haut degré une sagacité qui semble l'apanage des marins , et se trompait rarement dans ses conjectures sur la configuration des cs, La Pérouse, qui était lui-même un
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