‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 31 sur 178 · PIE · texte numérisé non relu

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pagne. L'exécution compiète des travaux que nous venons

d'énoncer aurait à elle seule fait le plus grand honneur à une expédition.

Les vaisseaux français devaient ensuite examiner avec soin la côte nord-ouest du continent américain, surtout afin de découvrir s’il n’existait réellement-de ce côté aucune communication avec l’est. Les iles Aleutiennes seraient ensuite étudiées , puis les navires ayant touché an Kamtschatka se rendraient par les Kourilles et le Japon à Manille et à la Chine. Là ils se reposeraient pour se préparer à la partie la plus difficile de ieur tâche; car elle consistait à explorer la côte orientale ‘le 4 Tartarie , que les géographes européens ne connaissaicat encore que fort imparfaitement. L'ile de Iéso étant décrite, l'expédition devait toucher une seconde fois au Kamtschatka et revenir ensuite en France par les iles des Larrons, les Nouvelles-Carolines et les Moluques, aprés avoir toutefois fait un relèvement exact et déterminé avec soin la position de toutes ces côtes, En outre, La Pérouse ne devait pas omettre, dans cette traversée de retour, de chercher le cap Circoncision de Bouvet, bien que les inutiles efforts de Cook pour retrouver cette terre apocryphe dussent

ètre considérés comme une preuve suflisante qu’elle n’exis- .

tait pas.

Les préparatifs de cette expédition furent aussi complets que le plan en était vaste : La Pérouse prit le commandement de deux belles frégates , la Zoussole et l'Astrolabe, et plusieurs hommes supérieurs dans les diverses sciences se déterminérent à l'accompagner, De ce nombre était Monge, qui depuis s’est distingué comine ayant fait partie du grand tium.rat des mathématiciens français. Mais sa santé se trouva si sérieusement compromise par le mal de mer, qu'il dut quitter l'expédition à Ténérifle et sauva ainsi une vie précieuse pour l'avenir de la science, La hardiesse du projet

et l'étendue des connaissances géographiques que révélait le plan de l'expédition nouvelle, le soin qu’on avait mis à l’équiper, l'incontestable habileté de tous ceux qui en faisaient partie, semblaient en garantir le succès et faisaient naitre les plus grandes et les plus légitimes espérances ; cependant elle se poursuivit au milieu des plus ter-

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ribles infortunes et se témina par une catastrophe lâmentable, unique, pour ainsi dire, dans les annales dé la navigation.

Le commencement du voyage fut heureux. Lés navires, s'étant rafraichis à l'ile de Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil, doublèrent le cap Horn avec moins de difficultés qu'on en devait craindre; mais néanmoins cette traversée à l'extréinité méridionale du continent américain, même dans des circonstances aussi favorables , fut si triste et si pénible qu'on ne put s’élancer immédiatement sur l'Océan Pacifique à la recherche de terres nouvelles. En conséquence, La Pérouse fit voile vers l'ile de Päques, dont les naturalistes français purent étudier les habitants mieux que ne l'avaient fait les compagnons du capitaine Cook. On reconnut que leg statues colossales qui attirent surtout l'attention des voyageurs dans cette ile singulière, et dont les Anglais regardaient la substance comme une composition, étaient fabriquées avec cette légère matière volcanique qu’on appelle Japillo. En quelques endroits le 6ol était cultivé avec soin et habileté; les insulaires parurent aux compagnons de La Pérouse tout aussi ingénieux que les avaient jugés les Anglais, mais moins misérables et plus nombreux. Leurs huttes formaient des villages, et quelquefois Les habitants d'un district tout entier se trouvaient logés sous un même toit. Les grandes maisons qui se trouvaient ainsi occupée commun avaient plus de trois cents pieds de longueur, élient très-soigneusement construites et ressemblaient à un canot renversé. Si l’on compare les arts et les progtès sociaux de ces insulaires, si grossiers qu'ils puissent être, aux faibles ressources dont les a pourvus la nature, on est amené à les regarder peutêtre comme le peuple le plus extraordinaire de l'univers.

De l'ile de Pâques les Français se rendirent aux iles Sandwich pour s’y munir de provisions fraîches, et séjournèrent pendant quelque temps à Mowée, ile que Cook n'avait point reconnue. Mais leur séjour n’y amena aucune circonstance intéressante, et ils ne purent rien ajouter d'important aux relations détaillées des navigateurs anglais.

La Pérouse entreprit dès ce moment la portion difficile de ses travaux par l'examen de la côte nofd-ouest de l'Amérique; côte qu'il atteignit dans le mois de juin 1786

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par le 59° de latitude. Il ne lui restait que deux ou trois mois pour ja reconnaître , puisque ses instructions l’obligeaient à étre, au mois de février , rendu en Chine afin qu'il pût commencer à relever les côtes de Tartarie durant le printemps suivant. Il arriva sur la côte d'Amérique près du mont Saint-Elie; à partir de ce point et en remontant vers le nord, la côte avait été soigneusement relevée par le capitaine Cook, pour lequel La.5Pérouse professait une vénération sans bornes; et come il jugea que, dans l'intérêt bien entendu de la science et de son honneur, il était plus important, au lieu de corriger les erreurs de ce grand navigateur, 4 s'appliquer à combler les larunes qu'il avait laissées silré

lut de naviguer le long de la côte vers le sud, dti. A mont Saint-Elie jusqu à l'établissement espagnol de Monterey.

Dès que les vaisseanx rravesié se furent rapprochés du rivage , ils découvrirent un port étroit à l'entrée, mäis dont les eaux intérieures paraissaient si calmes, qu'après quelque hésitation les commandants des navires se hasardèrent à v pénétrer ; telle était pourtant la violence du courant à l'entrée ‘iu port qu'ils faillirent être jetés contre les rochers. « Depuis trente années que je suis en mer, dit La Pérouse, je n'ai jamais vugleux navires si près de se perdre. » Les Français exami t ensuite cette baie, qui leur parut un des lieux les plus extraordinaires du monde. Pour s’en faire une idée il faut imaginer un bassin, pour ainsi dire sans fond, bordé de montagnes à pic, hautes et abruptes, couvertes de neige, et sans une bande de gazon pour protester contre , l'éternelle stérilité à laquelle la nature semblait les avoir condamnées. La surface de l’eau y est à peine ridée par le souffle des vents. Rien n’en trouble le calme, si ce n'est la chute de quelqu'énorme bloc de glace qui se sépare de temps à autre de cinq glaciers différents et dont la chute bruyante réveille l'écho des montagnes lointaines ; l'air est si calme et le silence si profond que la voix d’un homme ou les cris d'un oiseau de mer qui niche sur les rochers s’y font entendre à une demi-lieue de distance.

Les Français élevèrent leur observatoire sur une petite tle dont ils prirent solennellement possession après l'avoir ache-

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