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CHAP: V. VOYAGES pa PÉROUSE, ETC. 75
Cook, par les habitants des îles des Amis, n’essaya pas d’établir la moindre communication avec les naturels. Il s'arrêta peu dans cet archipel intéressant, et continua sa route au sud jusqu’à cé qu’il fût en vue de l’île Norfolk. Du reste, ses naturalistes, moins heureux que ceux qui avaient accompagné Cook, ne purent aborder sur ce coin de terrédeculc.
Lorsque les navires français arrivèrent dant baie de Botany, où ils avaient le projet dé se rétablir complètement avant d'entreprendre leur troisième campagne, ils virent avec joie quelques vaisseaux de guerre anglais qui venaient d'y jeter l'ancre. Les Européens qui se rencontrent dans ces régions éloignées semblent se revoir comme d'anciens amis, comme des membres de la même famille. La Pérouse apprit que les Anglais venus en ce lieu pour y établir une colonie allaient reculer leur établissement jusqu’au port Jackson, hâvre magnifique situé à quelques milles au nord. Il reconnait qu'il fut traité avec les plus grands égards par les colons et leur gouverneur, avec lesquels, — dix milles seulement le séparaient d'eux, — il put maintenir des relations presque journalières. Il profita du départ des vaisseaux anglais pour envoyer en Europe le complément de son journal et les cartes qu’il avait dressées depuis son départ du Kamtschatka. Dans une lettre écrite également de Botany-Bay, et datée du 7 février 4787, il développe ainsi le plan qu'il entendait suivre pour le reste de'sôn voyage. « J'irai, dit-il, jusqu'aux iles des Amis, et je ferai tout ce que me prescrivent mes instructions relativement à la partie sud de la Nouvelle-Calédonie, à l’île Santa-Cruz de Mendana , à la côte sud de la terre des Arsacides de Surville et à la Louisiade de Bougainville; j’essaierai de déterminer si cette dernière n’est qu'une portion de la Nouvelle-Guinée, ou bien si elle est séparée par
utidétroit de ce dernier pays. Vers la fin de juillet 1788, je km entre la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Hollande
té. canal que le détroit de l'Entreprise, si toutefois gnfin, durant le mois de septembre et une ; ictobre, je visiterai le golfe de Carpentaria et touté/18#t8te "de la Nouvelle-Hollande jusqu’à la terre de Van-DK mais de telle facon que,je: puisse revenir au nord assez à témps pour arriver à l'Ile de France au com-
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mencement de décembre 1788. Melle était la teneur de la derriere communication que l’on recut de cét infortuné navigateur. Il partit de Botany-Bay peu de jours après celui où cette lettre fut écrite, et on n’a encore rien pu savoir de sa destinée ultérieure.
La Pérousesétait, comme nous l'ayons dit, admiratedf'enthousiaste allée Cook ; et, parmi les successeurs immédiats de cefarin célébréfaucun autre ne réussit mieux à ” Coiserver comme lui la santé de ses matelots, Il n'y avait jamais beaucoup deymalades à bord des navires français qui obéissaient à ses ordres; les accidents funestes qui eurent lieu au port des Français et dans les îles des Navigateurs doivent être attribués plutôt à l'impétuosité téméraire du caractère national qu'ä* aucune imprudence du capitaine. Cook avait déterminé ‘ävec précision la position dans la mer du Sud de localités assez nombreuses pour en faciliter considérablement la navigation à ceux qui suivirent ses traces. La Pérouse rivalisa aussi sous ce rapport avec le navigateur anglais ; et, comme il était accompagné d'hommes habiles et pourvu de tous les instruments que réclamait l’état plus avancé de la science, ses observations furent précieuses pour la géographie. Il décrivit avec vérité, bien qu'avec trop peu de détail, cette partie de la côte nord-ouest de l'Amérique que Cook n’avait pu examiner; et combinant ses relèvements avec ceux des navigateurs anglais et espagnols, il compléta le traëé général de ce continent. Ses découvertes sur les côtes de Tartarie furent encore plus importantes, et, si l’on songe aux difficultés qu’il eut à surmonter, elles font le plus grand honneur à son talent et à sa persévérance.
Plus de deux ans s'étaient écoulés au-delà de l’époque à laquelle La Pérouse devait être de retour dans sa patrie, et l’on n'avait aucune nouvelle relative à son expéditiog: ne pouvait douter , par conséquent , qu il n'eût fait na et l'on devait le croire, ou bien englouti dan bien tourmenté avec quelques-uns de ses combo L quelqu'ile lointaine de la mer du Sud, paññ cieuse des sauvages et par les réflexions ?
assiégent l’exilé. Ces considérations motivèrentæs l'Assemblée nationälérendu au mois de février"419f;
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lequel cette assemblée suppliait le roi de France d' échanger avec les autres souverains de l'Europe des commuñications officielles, et de leur demander, au nom de l’ humaïiité, : qu'ils voulussent bien enjoindre à leurs sujets, naviguant,
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Pérouse, et, s'ils rencontraient encore vivants quelques hommes ayant fait partie de cette expédition , de leur prodiguer tous le$ secours qu'ils auraient à leur disposition. Le roi fut
en même temps supplié d'équiper deux navires dans le double
but de rechercher quel avaitété le sort de La Pérouse et.de.,%4 compléter le système de découvertes géographiques qu'il MER
laissait inachevé. |
Le commändement de cette expédition fut donné à l’amiral d'Entrecasteaux. A son arrivée au cap de Bonne-Espérance, d’Entrecasteaux reçut un message de l'Inde qui l'informait que, dans les fles de l’Amirauté , à l’ouest de la Nouvelle-Bretagne, le capitaine d’un bâtiment hollandais avait vu les naturels revêtus en assez grand nombre d’uniformes appartenant à la marine française ; d’où il conciuait que les vaisseaux français avaient probablement péri dans ces parages. Nonobstant l’invraisemblance intrinsèque et l’authenticité fort douteuse de ce renseigneméñit, qui plaçait le naufrage de l'expédition si loin de la route qu'elle avzic Jù 4 suivre, d'Entrecasteaux se trouva obligé d'en vérifier l'exactitude, en se transportant sur les lieux. Avant qu'il partit de France, nn capitaine anglais, prisonnier de gra etait répandu le bruit que les débris d’un vaisseau français 4Vaient été aperçus par lui sur la côte sud de la Nouxelle- "senes, une des îles Salomon.
Lorsque d’Entrecasteaux parvint aux iles de l’Amiranté, il ne découvrit rien qui pût donner à penser que des vaisseaux français se fussent jamais perdus près de là. En conséquence, il reprit son-premier plan d'opération, fit le tour de la Nouvelle -Hollande, à l'ouest et au sud, et partit ensuite de Botany-Bay pour examiner la route que La Pérouse, dans sa dernière lettre , avait manifesté l'intention de suivre. Afin
d'accomplir autant que possible le principal objet de son
xoyage et de découvrir s’il existait des traces de ses compatriotes naufragés, il navigua toujours aussi près du rivage que cela pouvait se faire sans danger; cette circonstance, les dé- ..ails minutieux de ses relèvements et l'exactitude de ses ob- *+8ervations rendirent son voyage très-utile pour la science géographique; il ne fit pas sans doute des découvertes remarquables ou importantes, mais il traça de longues lignes de côtes avec utie fidélité et une justesse remarquables. Les” observations du naturaliste Labillardière, qiraecompagnait l'expédition, ont aussi beaucoup contribué à augmenter nos connaissances des diverses productions du globe.
de: D'Entrecasteaux , du reste , ne put, ni découvrir aucun ves-
tige, ni recueillir aucune nouvelle de La Pérouse. Il vérifia seulement , en interrogeant les naturels , que l'infortuné commandant n'avait jamais visité les les des Amis. Pendant son retour en France, l'amiral aperçut au loin une des îles de la Reine-Charlotte , qu’il appela l’île de la Recherehe, et que, par une étrange fatalité, il omit d'examiner avec son attention ordinaire. Il mourut bientôt après, ainsi que l'officier appelé à le remplacer. Les maladies avaient si cruellement sévi contre les équipages que letiers des matelots était mort avant que l'expédition parvint à Java, où, your compléter la série de leurs nf les navires furent capturés par les Hollandais, et où les officiers apprirent les premiers événements de la révolution française, qui les dépouillait tous de leurs grades. Ainsi s’acheva l'expédition de d'Entrecasteaux, presqu'aussi malheureuse que celle dont il avait vainement cherché les traces. L'état des affaires politiques en France empécha qu'on s'occupât encore à retrouver La Pérouse, et près de quarante années s’écoulèrent avant qu’"n seul rayon de lumière vint percer le nuage mystérieux qui enveloppait sa destinée.
Au mois de septembre 1815, le navire Æunter,du Bengale, commandé par le capitaine Robson , toucha aux Îles Fééjéé
pour s’y procurer une cargaison de bois de sandal, Les naturels sont maintenant aecoutumés au commerce des Européens et les aident volontiers au chargement des navires; on les récompense de leur travail en leur donnant des armes à feu et des munitions. Les négociants européens, qui ue se laissent
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assistent aussi les sauviges dans les guerres intérieures, et s'ils ne les aident pas à déorer leurs ennemis, ils servent du moins à préparer des festins cannibales. De là des animosités mortelles entre les Européens et quelques-unes des tribus indigènes. Tandis que le Hunter était à l'ancre près de l’une de ces îles, tous les Européens qui se trouvaient à terre et dont lé plus grard nombre s'était recruté parmi les déserteurs de la marine marchande , gens sans aveu du reste et sans mofälité, furent massatrés et dévorés par les Indiens , à” l'exception de trois seulement. Martin Bushart, Prussien, sa femme, née dans l'île, et Achowlia, Lascar d'origine, se sauvèrent à bord du Huñler. Is demandaient à être jetés sur,la première tle habitable que l’on rencontrerait. En conséquence, on les dé-
barqua de leur plein gré à l'ile T'ucopia ou Barwell, sous le 1420 45° de latitude sud et le 1696 de longitude, à l’extrémité sud-est des îles de la Reine-Charlotte, où ils furent actueillis avec bienveillance par les naturels.
Au mois de mai 48926, le capitaine Dillon, qui servait à bord du Hunter, durant le voyage de ce navire aux îles Fééjéé, et qui était un des trois Européens échappés à la fureur des insulaires, reveñant, sur le Saint-Patrick, de Valparaiso à Pondichéry, se trouva en vue dé l'ile T'ucopia. Il eut la curiosité de savoir ce qu’étaient devenus ses anciens compagnons , déposés jadis dans cette île. Comme il approcñait de terre, ii vit venir à lui des canots dans lesquels se trouvaient Le Lascar et Martin Bushart. Le canonnier du vaisseau acheta du premier une garde d'épée en argent ; et comme on s’informait des moyens par lesquels ces sauvages se l’étaient procurée , Martin Bushart raconta qu'à son arrivée dans s'ile, il y avait trouvé plusieurs verroux de fer, des haches, des couteaux, des tass6s à thé, uue cuillère d'argent et quelques autres objets, tous de fabrication française, Lorsme, au bout de deux aus, ileut appris la langue des indigènes, il sut qu'aucnn navire, avant le Æunter, n'avait été vu dans l'île; mäis que tous ces ustensiles y avaient été apportés de Manicolo , groupe d'îles situéés à l'ouest : deux jours suffisaient pour y aller en canot. Le capitaine Dillon crut apercevoir sur la garde d'épée dont nous venons de parler les initiales du nom de La Pé-
rouse ; et, continuant à interroger les Maturels, dont plusieurs avaient visité les iles en question , il apprit que, bien des années auparavant, deux navires avaient été jetés sur les côtes de Manicolo, et que l'équipage de l’un d’eux avait entièrement péri; les hommes qui montaient l’autre étaient descendus à terre , où ils avaient séjourné le temps nécessaire pour construire un petit vaisseau avec ce qui restait du plus grand. 1 étrangers étaient ensuite partis , laissant toutefois quelq
uns d’entréfêux, dont les services militaires étaient | Phriel fort utiles a tribus avec lesquelles ils avaient contracté alliance. Le Lasear, qui avait visité Manicolo, y avait vu deux de ces Européens , mais jamais on ne put le décider à retourner dans cette île. Martin Bushart, au contraire, fatigué de la vie sauvage , consentit à accompagner le capitaine Dillon et à l’aider dans ses recherches; mais quand le navire fut en vue de Manicolo (l'ile de la Recherche, signalée par d’Entrecasteaux), un calme plat se déclara tout-à-coup ; les provisions commençaient aussi à manquer ; et tout retard étant particulièrement préjudiciable aux voyages de commerce, le capitaine, obligé pour le présent d'abandonner ses recherches, se hâta d’arriver à Pondichéry.
A peine eut-il touché au port qu’il présenta au gouvernement un mémoire, dans lequel il exposait les indices qu’il croyait avoir découverts sur la destinée de £a Pérouse, et les ressources que sa capacité et ses longues relations avec les insulaires du sud lui donnaient pour continuer lui-même les recherches ainsi commencées ; recherches qui intéressaient nonseulement l'humanité en général, mais qui pouvaient aussi honorer le gouvernement assez généreux pour les entreprendre. Cet exposé obtint aussitôt l'attention qu'il méritait. Un vaissean nommé la Zecherche fut placé sous les ordres du capitaine Dillon, qui partit au mois de janvier 1827, pour commencer ses investigations. Il toucha d'abord à Tucopia, où
il se pourvut d'un pilote et d'un interprète indigènes. Dé
là, il se rendit à Manicolo, qu'il trouva après un examen attentif entièrement entourée par un banc de corail, laissant à peine quelques passages étroits. Les naturels, avec lesquels 11 était parvenu à établir des relations amicales, lui apprirent que l’un des vaisseaux européens avait
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touché à un endroit appelé Whannow, et s’était enfoncé dans la mer ; l’autre avait couru sur les rochers voisins de Païou, et les étrangers, parvenüs de là à terre, étaient restés sur l’ile durant cinq mois, occupés à se construire un petit bâtiment. Ils montraient l'endroit où ce travail s'était accompli, et cet ‘paraissait favorablement disposé pour un tel objet. Les at, du reste, qu ils eussent attaqué et massacré un des navires. Le capitaine Dillon ne put ni vérifier le bruit , répan lu à Tucorpia, que les ers naufragés étaient conservés par les in- Mal lo, dans une sorte de bâtiment public apà iaison Mes esprits. Le capitaine pensait, du reste, que l'hostilité des insulaires à l'égard des Français, obligés à ce qu’il semble, tant qu’ils demeurèrent sur l'île, de se retrancher derrière des fortifications en bois, que cette hostilité, disons-nous, ne venait pas d’un pur instinct de barbarie, maïs
de la croyance que les étrangers étaient des êtres surnaturèls, *
des esprits de la mer. On est disposé à penser qu’en effet leur férocité habituelle était excitée par la superstition, lorsqu'on songe aux détails qu’ils donnèrent sur les Français. Ils des",
décrivirent comme causant habituellement av ec la lune et Jes
étoiles-au moyen d’un long bâton ; allusionsidir servations astronomiques. Les chapeaux cornes portés par les Francais avaient fait croire aux” sat ages que leur
nez avait un pied de long. La description qu ‘ils donnaient ”
des sentinelles n'était guère moins bouffonne , cac ils les représentaient comme des hommes debout sui un piéd,, et tenant une bâtre de fer à la main.
Le capitaine Dillon s’occupa assidûment et avec bôfheur à recueillir tout ce que les Françafs avaient laissé. Enéxaminant le banc de corail où le vaissean avait: touché, il'découvrit et retira de la mer plusieurs canons de brorizes Il acheta aux naturels quelques morceaux d’un théodolithe: et une planche détachée de l'arrière d’un vaisseau, sur laquelleétait sculptée une fleur de lysMil recueillit aussi une cloch@"marine, avec cette inscription : Bazin m'a faite; une grande quantité de barres de fer; quelques fragments de porcelaine, de tubes à haromètres et'd’antres objets. Il revint à Calentta au mois d'avril.
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