LIV. V
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du groupe qui avait été déjà visité par Wallis et Bougainville. Du reste, il se rendit directement à sa destination, sans se laisser détourner par des découvertes peu importantes. Enfin, il arriva à l'ile du roi Georges III, nommée Otahiti par les naturels , et il jeta l’ancre dans la baie de Port-Royal qu'ils app a a Matavai, Leshabitants lui firent la réception la plus aïicale, et, averti par les erreurs de ceux qui l'avaient précédé, il dressa, pour guider ses gens dans leurs relations avec les naturels, une sorte de réglement qui fait le plus grand honneur à son bon sens et à son humanité. Il changea de nom avec le chef de l’île, Ini donnant ainsi une solennelle marque d'amitié fort usitée parmi les habitants des îles de la mer du Sud. On obtint sans beaucoup de peine la permission de dresser sur le rivage des tentes pour les malades ; un petit fort fut construit, et l'observatoire s’éleva. À mesure qu’approchait l'époque où le passage de Vénus devait être observé, une grande inquiétude commençait à se manifester parmi les officiers, qui redoutaient de voir le grand objet de leur expédition manquer par quelque circonstance imprévue, comme un bfpuillard de quelques heures, ou tout autre défavorable changement du temps. Du reste, un détachement fut prudemment envoyé à Ciméo, petite tle éloignée d'environ vingt lieues, et un autre à Otahiti même , très à l'ouest de la baie Matavai, afin de diminuer par le nombre des observatoires les chances d’un insuccès complet. Enfin le grand jour arriva; c'était le 5 juin, et le soleil se leva dans un ciel sans nuages. L'observation se fit heureusement sur les trois points , et nos voyageurs furent délivrés de leurs inquiétudes, le principal résultat de leur mission étant ainsi obtenu.
La douceur et la judicieuse conduite de Cook lui gagnèrent complètement la confiance des Otahitiens, et le mirent à même de se former sur leur caractère une opinion plus exacte que celle de ses devanciers. Ils se montrèrent remarquablement affectueux, et leur attachement seul paraissait exempt de la légèreté caractéristique qui empêche leur attention de se fixer long-temps sur un même objet. C’est un peuple remarquable par sa beauté , l'élégance de ses formes , et la franche vivacité de sa physionomie. Son industrie est surtout remar quable par la fabrication d'une espèce de drap, on pour
mieux dire de papier, qu’il façonne avec l'écorce intérieure de
quelques arbres. Les vêtements, faits de cette.étoffe, sont
»d’urie rare élégance , et portés, surtout par les femmes , de
façon à rappeler les draperies classiques de l’antiquité. Les habitations sont, à peu de chose près, des hangargélevés près des arbres sous lesquels, durant le jour , les n s restent
couchés et prennent leurs repas. Elles se multiplient dans les
bosquets qui couvrent les basses rives de l'île. De hautes montagnes s'élèvent dans le fond, et de nombreux ruisseaux en suivent les pentes jusqu’au bord de la mer. A distance, ce tableau produit un effet enchanteur.
M. de Bougainville avait conjecturé que les habitants d'Otahiti étaient divisés en deux races ; l’une d’elles réduite à l'esclavage. Cook, lui aussi, constate la supériorité des chefs, la distinction de leur figure et de leur costume, mais il ne va point jusqu’à faire dériver de quelque distinction d’origine ou de race cette différence après tout peu sensible. Il n'a point remarqué que le pouvoir exercé par ces chefs sur leurs vassaux fût absolument despotique , ainsi que l’avait prétendu le navigateur français. Il était en revanche évident que le rüi, bien que traité par tous avec respect , n'avait qu'une autorité dérivant de l'attachement volontaire des chefs, dont il ne pouvait s'assurer l’aide et l'assistance qu’en les consultant sur chaque entreprise par lui projetée. Parmi ces sauvages, la loi de succession est tout-à-fait bizarre : le fils, dès qu'il est né, succède à l'autorité de son père, lequel aussitôt, si par exemple il s’agit du roi, n’est plus qu’un simple régent. Des associations d’une nature coupable existent chez ce qu’on peut appeler l'aristocratie de ces tles , et entre autres effets criminels, tendent à encourager l’infanticide ; on comprend que la loi d’héritage , telle que nous l'avons rapportée, doit rendre fréquente la suppression d’un fils qui par sa naissance contrarie l'ambition de son père.
Au temps où Cook visita cette île, la souveraineté était échue à un petit garcon de sept ans, fils de Homai ct d'Obéréa, cette femme que nous avons vu figurer comme reine de l'ile dans la relation du capitaine Wallis. Elle vivait séparée de son époux, et, bien que traitée encore avec les égards accordés à la noblesse, elle ne jonissait plus au même