‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 53 sur 178 · CHAP. VIILL LES COTES DE L’AUSTRALIE · texte numérisé non relu

CHAP. VIILL LES COTES DE L’AUSTRALIE

ent la persévérance de la gravir. De la cime dn mont Brown, élevée d'environ trois mille pieds , la vue s’étendait fort loin, mais on n’apercevait au sud-est ni rivière, ni lac, ni rien qui annonçât la prése: *e de la mer. Dans presque toutes les directions, le regard . ‘mbrassait qu’un pays plat, insignifiant, et couvert de bois ; a l'exception d'une chaine de montagnes qui s'étendait vers le nord, et des eaux du golfe au sud-ouest. Ce grand bras de mer qui, en mémoire du premier lord de l’amirauté, fut appelé le golfe Spencer (Spencer’s qulf), a près de quarante-huit milles de largeur à son embouchure, et environ cent quatre-vingt-trois milles de profondeur en le mesurant à partir de l’ile Gambier, qui est située auprés de l'entrée. En le quittant pour suivre leur course au sud-est, nos voyageurs gouvernérent entre le continent et une grande ile, qui fut nommée l’île des Kangarous (Kangaroo island) à cause du grand nombre de ces animaux que l’on voyait jouer sur tous les lieux ouverts, Le sol paraissait riche en productions naturelles , et l'aspect du pays était attrayant. Vis-à-vis de l’île des Kangarous se trouvait un autre golfe profond d'environ quatre-vingt-dix milles, et qui fut appelé le golfe Saint-Vincent (Saint-Vincen’s guif).

Bientôt après avoir faitces curieuses gonrertes M. Flinders rencontra le Géographe, navire français, sous les ordres du capitaine Baudin, également chargé d'explorer les côtes de l'Australie. Les deux vaisseaux se saluèrent dans la baie du Combat (Encounter bay), par 158° 58’ de longitude est et 55° 40° de latitude sud : c’est là, conséquemment, qu’est placée la limite des découvertes faites sur cette côte par les deux commandants, L'objet qui attira ensuite le plus l'attention de M. Flinders fut un beau hâvre qu'il découvrit près de l'entrée occidentale du détroit de Bass ; hâvre assez vaste pour les flottes les plus considérables, et entouré par un beau pays fertile en apparence. Il supposa d'abord que c'était le port Western, découvert par M. Bass ; mais reconnaissant son erreur (Port-Western était visible au sud-est du haut des collines qui entouraient le rivage), il lui donna le nom de port Philip. On fit une tentative pour y établir une colonie en 4805 ; mais la difficulté de s'y procurer de l’eau douce en assez grande abondance, et d'au-

tres causes inutiles à énumérer ici, ayant fait abandonner ce projét, les colons se retirèrent sur la terre deVan-Diémen. De Port-Philip Flinders se rendit à Port-Jackson afin d'y restaurer ses hommes et de se p'éparer à un second voyage. Au mois de juillet 4802, cet infatigable navigateur se remit en mer et se dirigea vers le nord; après avoir échappé

aux écueils de la rive orientale, il traversa en trois jours le détroit de Torrès. Bligh et Portlock, en explorant ce détroit en 1792, n'avaient pu effectuer ce passage qu’au bout de dix-neuf jours ; le Chester/field et un autre navire, en 1798, avaient mis dix semaines à faire le même chemin. Quoique M. Flinders se hâtät à dessein et omiît toutes les études qui auraient pu retarder sa course , il est certain qu’il découvrit un chenal qui abrégeait considérablement la navigation de ce détroit difficile. Son voyage le long des rives orientales du grand golfe de Carpentaria offre peu de circonstances intéressantes. Durant l’espace de 190 lieues la'terre est si basse, que la plus élevée des collines dépassait à peine en hauteur, le grand mât du navire. Parmi les îles Wellesley , au fond du golfe, se trouvait une bonne rade pour les vaisseaux et des provisions en abondance. Les rives occidentales offraiéiillune plus grande variété de paysages et une plus grande richesse de végétation. Le choux palmiste y était en grande quantité ; on y trouva aussi un arbre semblable au vrai bois de sandal et des noix muscades probablement de qualité inférieure, Des traces d'habitations étrangères y attirèrent à un bien plus haut degré l'attention de nos navigateurs; c'étaient des restes de maisons avec des cloisons de bambou , quelques morceaux de cotonnades bleues, etc. ; il était en outre évident que plusieurs arbres, qui naguère bordaient le rivage, avaient été coupés à la hache. On conclut de toutes ces circonstances que cette partie du continent australien avait été visitée par des habitants de l'Asie. Au besoin on en aurait trouvé la preuve dans l’ani-

mosité des naturels qui attaquèrent vigoureusément nos navigateurs, et qui paraissaient habitués à combattre des étrangers pour lesquels ils ressentaient plus de haineque de crainte,

On n’employa pas moius de cent cinq jours.à explorer le golfe de Carpentaria, dont le circuit, y compris les détours

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du rivage, à au moins quatre cents lieues: À forme que lui donnent les anciennes cartes n’est pas “éloignée de la vérité, et doit étre le résultat d'examens réels ; mais comme l'authenticité des voyages des Hollandais ne reposait pas sur des documents publiés en leur :mps, on accordait peu de confiance à leurs vagues enseignements , et le golfe de Carpentaria commençait à être regardé comme une espèce de pays de fées, une sorte de création chimérique. L'Investigator avait à peine quitté la baie Melville, située à l'extrémité nord - ouest du golfe, que l’on apercut les Asiatiques, dont on suivait les traces depuis plusieurs milles. C'étaient des Malais, montés , au nombre de deux cents, sur as, et venant de Macassar ; ils appartenaient à une Dixänté vaisseaux employés sur cette côte à la pêche *e Lou limaçon de mer, qui est regardé en Chine une 1 urriture de luxe, et qu'ou y achète à des prix

fort: élevés.

Durant ce voyage, près de six cents lieues de côtes avaient été relevées ; mais l'équipage de l’nvestigator étant en butte aux oladies, et le navire en si mauvais état, qu'il pouvait à peine tenir la mer, M. Flindérs fut forcé de limiter ses recherches aux îles des Vaisseaux (#essels Islands), et d'aller chercher des provisions à Timor, d’où il revint à Port-Jackson dans le mois de juin 4803. Examen fait de son navire, on le trouva si complètement délabré, qu’il ne valait pas la peine qu'on eût prise à le remettre en état, et, dès lors, pour revenir en Angleterre , il dut solliciter un autre bâtiment. Embarqué en conséquence subtile Marsouin, petit brick appartenant à la colonie, il fit voile de conserve avec le Caton et le Bridgewater, deux grands vaisseaux qu'il s’engagea à piloter dans le détroit de Torrès. Son intention était d'achever sur le Marsouin son étude de la côte nord, avant de repartir pour l’'Angleterre; mais des malheurs plus grands queda perte de son premier navire lui étaient réservés. Ainsi que nous l'avons dit, toute la côte orientale de la Nouvelle-Hollande est bordée par une barrière de bancs de corail, sur lesquels la mer déferle d'une manière redoutable : en decà de ces bancs, l’eau est parfaitement tranquille ; mais la navigation y rencontre une foule d'obstacles, à raison des iles nombreuses et des bas-fonds dont

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la situation ne se trouve pas déterminée ; aussi les marins préfèrent-ils les dangers visibles de la pleine mer à ceux qui les attendent, cachés le long de la terre. M. Flinders naviguait en dehors des récifs, ne sonpçonnant aucun danger , lorsque tout-à-coup, vers la tombée du jour, le Marsouin donna contre un écueil. On fit à l'instant au Caton et au Bridgewater les signaux nécessaires pour qu'ils pussent éviter le danger ; ce dernier y échappa en effet; mais le Caton, poussé sur un rocher, s’enfonça immédiatement. Sur ces entrefaîtes, le Marsouin se remplissait d’eau, et l'on craignait, s’il était emporté au-dessus du récif, qu’il ne coulât bas aussitôt. M. Flinders prépara une chaloupe, afin de gagner le Bridgewater, et de se concerter avec le commandant de ce navire , pour sauver les débris du naufrage; mais la nuit était si obscure etlasmer'si agitée , qu’il ne put pas mettre ce projet à exécution; cout même avec de grandes difficultés qu’il revint'”soit nâÿite,

où chacun le considérait comme perdu. Le jour revint enfin, ,

et les naufragés purent apprécier alors dans toute leur éteñdue les dangers de leur situation. L'avant du Caton restait seul audessus de l’eau; le reste était entièrement submergé. Le Marsouin était fortement engagé dans les rochers de corail, d’où il eût été fort dangereux de chercher à le dégager. Le Bridgewater avait disparu, le capitaine de ce navire faisant preuve de la plus coupable indifférence pour le malheur de ses compagnons. Par bonheur, on aperçut à la distance d’un demi-mille un banc de sable assez grand pour recevoir les équipages des deux vaisseaux , avec leurs provisions, qu’on avait heureusement sauvées, On y éleva des tentes, sur lesquelles des pavillons furent arborés ; les charpentiers se mirent aussitôt à construire des embarcations ; et ce petit coin de terre, perdu au milieu de l'Océan , devint tout-à-conp le séjour d’une communauté civilisée, On résolut alors que M. Flinders partirait dans le cutter, et se rendrait à Port- Jackson, afin d'obtenir qu’on vint au secours des naufragés, et que, s’il n’était pas revenu avant les trois mois qui suivraient son départ, ceux-ci s’embarqueraient sur des chaloupes construites avec les débris de leurs vaisseaux. Flinders partit en conséquence pour sa périlleuse expédition, On peut bien appeler ainsi un voyage de deux cent cinquante lieues dans une

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