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éleva des maisons, des magasins , et plaça une batterie de canon à l'entrée du port. Pendant que les Espagnols étaient ainsi occupés à jeter les fondements d'un établissement nouveau, un navire parut à l'entrée du hâvre. On lui permit d'entrer; mais à peine avait-il jeté l'ancre qu'il fut abordé et saisi par les Espagnols ; ce navire se trouva être l’A4rgonaut” bâtiment de commerce parti de Londres et commandé par le capitaine Colnett, qu'on avait en bonne forme autorisé à former un établissement à Nootka. 11 était porteur d’un ordre qui lui enjoignait de préparer des habitations pour les colons anglais que devaient y transporter dans le délai d’une année des navires qu’il avait laissés s’équipant sur la Tamise. Ce procédé violent de la part de l'Espagne fit naître de vives discussions politiques entre le cabinet de Londres et celui de Madrid; et l’on vit deux nations européennes, fières de leur civilisation, sur le point de s'engager dans une guerre acharnée pour se disputer une petite port‘nn de côte stérile placée à six mille lieues de chacune d’elles. Cette histoire succincte du commerce des fourrures, et des querelles politiques auxquelles il donna lieu, expliquera comment les Européens acquirent si promptement la connaissance de ces parages redoutés et dangereux dont on ne soupçonnait pas l'existence un demi-siècle auparavant ; elle explique aussi l’origine du plus beau travail hydrographique qui ait été jamais accompli.
Le gouvernement anglais, amplement récompensé du secours qu’il avait donné aux découvertes géographiques par l'activité qu’en avaient reçue les entreprises commerciales , se préparait, en 1790, à faire partir une expédition pour compléter l'examen de l’Océan dans les latitudes sud, lorsqu'on apprit en Angleterre la capture de l’Argonaute. Aussitôt l'équipement de l'expédition fut arrêté; un armement de guerre la remplaça, prêt à appuyer les remontrances que l'on allait tenter. L'apparition soudaine d’une flotte bien armée eut sur la cour d’Espagne l'influence qu'on en attendait. La restitution du navire saisi fut immédiatement promise, et l’on reconnut sans vaine résistance le droit de la Grande-Bretagne à la possession du détroit de Nootka. L’importance attachée à ce poste, à cause des pêcheries et du com-
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merce des fourrures, fit juger convenable d'en obtenir une cession formelle. Le capitaine Vancouver, qui avait été désigné pour diriger en second le voyage projeté aux mers antarctiques, reçut l’ordre de se rendre à Nootka; et, lorsqu'il aurait reçu du gouvernement espagnol la restitution de ce territoire, de relever toute la côte nord-ouest, depuis le 30c de latitude jusqu’à la rivière de Cook, sous le 640. Il partit en 1791 sur la Découverte, accompagné par le capitaine Broughton sur le Chatham, petit navire de cent trente-cinq tonneaux.
Les instructions de Vancouver lui enjoignaient d'arrêter principalement son attention sur deux objets :—le premier était d'étudier les communications par eau qui pouvaient faciliter le commerce entre les côtes nord-ouest et les côtes nord-est de PAmérique; — en second lieu, il devait déterminer le nombre des établissements formés par les Européens sur la première de ces côtes et la date de leur établissement. 11 avait aussi.à scruter minutieusement tous les bras de mer, mais san& poursuivre son examen des rivières au-delà du point où elles cessaient d’être navigables pour les vaisseaux aptes à parcourir l'Océan Pacifique. On appelait particulièrement son attention sur le détroit de Fuca et sur la baie explorée en 1789 par le Washington. « La découverte, disaient encore ses instructions, d'une communication voisine entre cette mer ou ce détroit et toute rivière venant du lac des Bois ou s’y jetant serait particulièrement utile. » Vancouver avait reçu l'ordre d'user de la plus stricte courtoisie à l'égard des commerçants étrangers qu’il pourrait rencontrer sur la côte nord-est et surtout vis-à-vis des Espagnols; il devait, s’il rencontrait quelques navigateurs de cette nation engagés dans des recherches pareilles aux siennes, leur offrir une libre et entière communication de toutes ses cartes et découvertes. Les instructions portaient encore qu'à son retour il relèverait la côte occidentale de l'Amérique du Sud, depuis le 44° jusqu’au cap Horn. Durant sa première traversée, Vancouver étudia une portion considérable des côtes sud de la Nouvelle-Hollande, où il découvrit le détroit du Roi-Georges III (King George the Third’'s sound); en passant à ia Nouvelle - Zélande , il compléta aussi les relèvements que
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Cook avait laissés inachevés. Lorsqu'il partit de ce dernier pays, le Chatham et la Découverte furent séparés par une tempète. Vancouver, qui montait ce dernier vaisseau, découvrit quelques Îles rocheuses, qu’il appela les Embaches (The Snares); ensuite il en visita une autre fort considérable et nommée par lui Opara; son véritable nom, déterminé depuis, est Rapa. Dans la baie Matavai, il rejoignit son compagnon le capitaine Broughton, qui avait découvert l'ile Chatham assez près à l’est de la Nouvelle-Zélande.
Au mois d'avril 4792, Vancouver arriva sur la côte de la Nouvelle-Albion. En approchant du détroit de Nootka, il rencontra un navire commandé par le capitaine Grey, le même qu’on avait représenté comme étant parvenu, en 1789, par le détroit de Fuca jusqu’à une vaste mer; mais le capitaine américain désavoua tout ce qu'on avait dit en Europe sur cette merveilleuse navigation. Il avait pénétré, disait-il, à cinquante milles seulement à l’est-sud-est , et là le détroit conservait encore cinq lieues de largeur; les naturels.lui avaient dit qu’ensuite il se dirigeait vers le nord. Vancouver entra bientôt après dans ce bras de mer, et, dès la première nuit, il jeta l'ancre beaucoup plus loin que le capitaine Grey ou aucun autre Européen n'avait encore pénétré. Durant ce long voyage il avait examiné deux cent quinze lieues de côtes d'assez près pour ne jamais perdre de vue l’écume du ressac sur les brisants. Descendu dans une île qu'il trouva au milieu du détroit , il fut charmé du tableau qui frappa ses regards. De tous côtés des arbres magnifiques harmonieusement distribués, et sur les broussailles une couche épaisse de rosiers en pleine fleur ; les alentours paraissaient fertiles , çà ei là ouverts en larges prairies, tandis qu’en d'autres endroits, et spécialement sur la terre ferme, on voyait des forèts solitaires composées d'arbres énormes parmi lesquels les chênes se faisaient surtout remarque:. Ou acheta un daim aux naturels moyennant un morceau de cuivre d'environ un pied carré; ils estiment ce métal plus que le fer. Ces sauvages exprimèrent la plus grande horreur et le dégoût le plus extrême à la vue d'un pâté de venaison; il fallut d'assez grands eflorts pour les convaincre qu'il n'était pas fait de chair humaine. Leurs soupçons à cet égard, et la répugnance
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qu’ils manifestèrent prouvent que s’ilsne pratiquaient pas euxmêmes le cannibalisme , ils en connaissaient l’existence chez quelques tribus voisines. En traversant au nord ce bras de mer, dont il explora toutes les divisions, Vancouver rencontra deux petits bâtiments espagnols employés comme lui-même à faire une étude détaillée de la côte. Les deux commandants réunirent aussitôt leurs travaux et jusqu’à leurs noms pour cette partie de leurs recherches. L'ile qui forme la limite occidentale du bras de mer et sur laquelle Nootka est située s'appelle encore l'ile Vancouver ct Quadra (7’ancouver and Quadra Island). Le navigateur anglais, cependant, comprit tout l'archipel sous le nom collectif de Nouvelle-Georgie (New-Georgia), et il donna celui de golfe de Georgie au principal bras de mer qui se ramifie en une grande quantité de hâvres secondaires.
A son arrivée au détroit de Nootka, le commandant espagnol éleva quelques difficultés sur les termes de la restitution convenue ; et Vancouver, faisant partir le capitaine Broughton pour informer le gouvernement anglais de la conduite évasive des Espagnols , s’avança lui-même afin de compléter son travail au sud-est. La rivière Colombia fut explorée par lui dans toutes les parties où pouvait naviguer un petit vaisseau. En général, on trouva que les naturels ressemblaient à ceux de Nootka par le costume, les mœurs, mais non par le langage : ils ont quelques notions de civilisation, et, dans plusieurs endroits, montrent un goût décidé pour l’architecture. Leurs maisons sont des édifices bien construits en bois habilement enmortaisés, et recouverts de planches parfaitement unies ayant vingt pieds de long sur deux de large. Quand on compare ces édifices aux outils imparfaits dont on s’est servi pour les élever, ils apparaissent comme de merveilleux monuments d'adresse et de travail. Sur la façade de ces maisons, les naturels peignent en général une figure humaine dont les traits sont hideux et les proportions énormes ; la bouche, que l'on représente comme ouverte, et qui forme un ovale haut de trois pieds, large de deux, sert de porte à l'habitation. Dans le cours de janvier 1795, Vancouver alla hiverner aux iles Sandwich , emportant avec lui une certaine quantité de bétail vivant qu'il avait réuni dans les établissements espa-
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