‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 75 sur 178 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

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Le 7 avril, le détachement, quittant sa station au fort Mandan, continua de remonter le Missouri. Bientôt après, nos voyageurs passèrent devant l'embouchure de la rivière aux Pierres Jaunes ( Fellow stone river), qui le cède à peine en largeur au grand fleuve dans lequel elle se jette : on trouve en cet endroit une prodigieuse quantité de gibier. Les buffles y sont par troupeaux de trois à six mille têtes. Bientôt après, les voyageurs furent excessivemenl embarrassés, en voyant le fleuve se séparer devant eux en deux branches presque égales. Un détachement, équipé à la légère, partit à la recherche de ces grandes cataractes qui, on le sait, distinguent le cours principal du Missouri. Le capitaine Lewis lui-même, en remontant le bras méridional du fleuve , aperçut au loin les Montagnes Rocheuses, alors complètement couvertes de neige ; et, guidé par un effroyable fracas, il arriva au lieu où le Missouri se précipite en une seule nappe sur le talus d’un rocher, et continue à former, pendant plusieurs milles, une série non interrompue de chutes et de cascades écumantes. En conséquence, le détachement tout entier longea ce bras du fleuve, et, s’embarquant dans ses canots au-dessus de la grande cataracte, continua sa course vers les Montagnes Rocheuses, Là, le Missouri circule le long d’un défilé de trois on quatre milles, les rochers s’élevant perpendiculaires au bord de l'eau. Nos Américains suivirent le courant dans la montagne , jusqu'à ce que, après l'avoir remonté durant l’espace de trois mille milles , ils arrivèrent à sa source première. Elle se compose de trois courants, auxquels ils donnèrent les noms de leurs hommes d'État les plus célèbres : Jefferson, Madison et

Gallatin. Puis, comme pour compléter l'éloge de ces citoyens, ils appelérent deux autres courants tributaires la Philosophie et la Philantropie (Philosophy and Philantropy rivers).

L'expédition s'avançait maintenant vers l'ouest, et commença bientôt à descendre du côté de l'Océan Pacifique. Les Américains avaient amené avec eux, en qualité d’interprète, une femme” Shoshonée, qui avait été enlevée de ce pays par une bande des Indiens de l’est, dans l'espoir que sa médiation leur servirait à établir des relations amicales avec les naturels. Leurs espérances ne furent pas trompées : ils rencontrérentune troupe de guerriers à cheval et armés se préparant évidemment à résister à une attaque hostile; ils manifestèrent tout d'abord quelque méfiance et quelques soupçons contre les blancs ; mais, quand la femme Shoshonée fut amenée sous une tente pour servir d'interprète aux deux partis, elle reconnut son frère dans le chef des Indiens, et, dominée par ses émotions, resta quelque temps sans pouvoir parler. La confiance et l'amitié des Indiens furent désormais acquises aux voyageurs ; mais elles ne les empêchèrent pas d’avoir beaucoup à souffrir de l'insuffisance de leurs provisions. Ils se virent contraints à tuer leurs chevaux, si maigres que fussent ces pauvres bêtes, et mangèrent autant de chiens que les naturels leur en voulurent vendre. Ceux-ci, plus forts contre les privations ou moins habitués à une nourriture animale, appliquérent aux étrangers le honteux surnom de Mangeurs de chiens.

Les Américains s’embarquèrent alors sur l'Orégan, ou Grande Rivière de l'Ouest, à laquelle, sans beaucoup de raison, on a donné le nom de Colombia. A mesure qu’ils descendaient vers la mer, les habitants semblaient gagner en douceur de mœurs et en habitudes d'industrie régulière. Les Sokulks habitent des maisons construites en nattes , et sont bien pourvus d'instruments de pêche, à l’aide desquels ils se procurent une subsistance abondante. La navigation de la Colombia présentait beaucoup de dangers, que nos voyageurs surent détourner à force d'art et de courage. Leur audace excitait l’étonnement et l'admiration des naturels. En approchant de la mer, le flenve acquiert une largeur qui va jusqu’i

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Lewis et Clarke furent les premiers qui traversèrent le continent de l'Amérique du nord, depuis les Etats-Unis jusqu’à l'Océan Pacifique ; mais, bien des années auparavant, cette entreprise avait été projetée par Jonathan Carver, qui avait voyagé jusqu'aux sources du Mississipi et qui voulait chercher l'Orégan, par lequel il serait descendu jusqu’à l'Océan Pacifique. « L’accomplissement de ce plan, dit-il, que j'aieu le premier l'honneur de concevoir et de tenter, sera‘effectué un jour ou l’autre, je n’en fais pas de doute ; ceux qui seront assez heureux pour y réussir recueilleront, outre les avantages nationaux qui doivent en être le résultat, des profits personnels au-delà de leurs espérances les plus ambitieuses ; lorsqu'ils éprouveront l’enthousiasme du succès, puissent-ils ne pas oublier l'homme qui, le premier, leur a montré le chemin; en échange de toutes mes fatigues, je serais heureux de recevoir leurs éloges et leurs bénédietions ! »

Tandis que Lewis et Clarke réalisaient les vues de Carver, un jeune et entreprenant officier, le lieutenant Zabulon Montgomery Pike, fut envoyé par le gouvernement améticain pour reconnaître les sources du Mississipi, et lui concilier l’a-

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mitié des nations indiennes qui habitent aux environs. Il fut hospitalièrement reçu par les Indiens Sioux, et leur chef Ini offrit la pipe sacrée qui, lui servant en quelque sorte de sauf-conduit, devait lui donner des droits à la protection des tribus amies. En avançant , il admira la beauté romantique du pays qui borde le Mississipi supérieur ; il passa devant l'embouchure du Chippeway, rivière majestueuse qui de l'est se jette dans le Mississipi , et devant celle du Saint- Pierre (Saint-Peter’s river), courant plus vaste encore.et qui vient de l’ouest. Au-delà de ce dernier, la navigation du Mississippi est obstruée par une succession de chutes qui se terminent aux grandes cataractes de Saint-Antoine. Lorsque M.Pike etses compagnons eurent fait deux cent trente milles au-dessus de cet endroit, ils furent obligés, sous le 45° de latitude, de quitter leurs canots et de continuer en traîneaux leur, voyage On était alors au fort de l'hiver, et ils eurent à souffrir autant du manque de nourriture que de la rigueur des froids. Ils continuèrent néanmoins à suivre le cours du Mississipi désormais réduit à environ trois cents verges de largeur et coulant à travers un pays plat. Dans le courant de février, ils arrivèrent au lac des Sangsues ( Leech Lake), qui leur parut être la véritable source du fleuve; en cet endroit, l'hospitalité leur fut donnée dans une station des marchands de fourrures anglais, de Montréal. Après avoir ensuite visité le lac des Cèdres Rouges (Red cedar Lake), autre tributäire du Mississipi, M. Pike revint au fort Louis dans le mois d'avril, après un pénible voyage , qui avait duré près de neuf mois. Il était à peine de retour, lorsque, promu au grade de major, il fut désigné pour diriger une expédition destinée à examiner le vaste pays placé entre le Mississipi et les montagnes occidentales, comme aussi à découvrir les sources de l’Arkansas, et de la rivière Rouge (Red river ). Son détachement consistait en vingt-trois personnes, y compris un chirurgien et un interprète. Au début du voyage, il vit sur les bords de la rivière Osage ( Osage river ) une riche et belle contrée où les Indiens semblaient jouir d'une plus grande abondance qu'il n’est ordinaire d'en trouver parmi ces enfants de la nature. Le pays qui environne l’Ar- Kansas parut à nos voyageurs un vrai paradis de chasseur.

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L'élan, le daim et le buffle couvraient les gaines en troupeaux assez nombreux pour nourrir gendiant un siècle toute la race indienne. L’Arkansas est mawigable en bateau dans toute son étendue, depuis le Mississip jusqu'aux montagnes, c’est-à-dire pendant près de deux milliemilles, sauf cependant quelques mois de la saison sèche, durant lesquels ileest obstrué par des bancs de sable. L'hiver etait venu avant que le major Pike eût atteint les sources de l’Arkansas ; cet officier n'avait pas tenu compte de l’élévation du sol et des misères que l’on aurait à endurer en visitant les montagnes pendant cette saison rigoureuse ; il persévéra néanmoins dans ses efforts pour atteindre un pic élevé dont le sommet neigeux s’apercevait de la plaine à une distance de cent milles.Le gibier était devenu rare.En une occasion, le détachement passa quatre jours sans goûter de viande; et quelques hommes ayant eu les pieds gelés, se trouvèrent incapables d'avancer. Le major Pike persista cependant jusqu’à ce qu'il eût gagné l’extrémité de l'Arkansas, à cent quatre-vingt-dix milles au-dessus du point où il sort des montagnes. Il dirigea alors sa course au sud, et en peu de jours arriva sur les bords d’une grande rivière qu'il supposait être la rivière Rouge, le long de laquelie ii avait l'intention de revenir. Ce nouveau courant était le Rio del Norte, qui coule sur le territoire espagnol jusqu’au golfe de Mexico: Le major entra ainsi à son insu dans les possessions d’un peuple particulièrement jaloux de tout empiétement. Il eut bientôt à se repentir de son erreur. Un détachement de soldats espagnols entoura les Américains , et les conduisit prisonniers à Santa-Fé. Là leurs vétements déchirés, le désordre de leur coiffure et leur aspect misérable de tout point les firent généralement prendre pour des sauvages. Les soupçons du commandant espagnol s’éisnt peu à peu dissipés, nos voyageurs eurent la permission de partir, et arrivèrent le 4° juillet à Nachitoches.

Le gouvernement américain semble avoi: borné là, pendant un certain nombre d'années, les recherches entreprises par son ordre. Plusieurs voyages àtravers les Montagne: Rocheuses et se terminant à la mer furent accomplis par des négociants isolés; mais le public n’en obtint presque aucune connaissance nouvelle. M. Hunt entreprit, en 1841, une expédition

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