‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 77 sur 178 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

qui, probablement , équivaut à trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer.

Le major Long et ses compagnons avancérent ensuite au sud jusqu’à l’Arkansas, dont ils explorérent les sources. Un détachement envoyé au midi descendit la rivière Canadienne qu’il avait prise par erreur pour la rivière Rouge, et fut ainsi ramené à l'Arkansas, où il rejoignit le gros de l'expédition. Lesuñsétlés autres avaient eu beaucoup à souffrir des tempêtes ét du manque de provisions ; l’eau surtout avait fait faute, celle des fleuves étant en général ou fangeuse ou saumâtre. Des couches de sable entièrement dépourvués de végétation couvrent la plus grande partie du pays qui entoure l’Arkansäs supérieur, et se révétetit souvéñt elles-mêmes d’une incrustatioh de sel qui fessémble à une glace mince. Dans ces déserts , le thermoinètré, a mois d'août et à l'ombre, demeurait entre les 95v et 4000. Des nuées de sauterelles remplissaient l'air ; des serpeñts à sonnettes de divérses especes et d'énormes scolopendres sortaient des fissures du sol desséché., Les moustiqués n'y tourmentaient pas nos voyageurs, mais à leur place le pays produit ces redoutables tiques de bois qui se logent dans la peau et causent une irritation souvént suivie des conséquences les plus désagréables, Le détachement qui avait descendu la rivière Canadienne s’était trouvé en rapport avec une bande d'Indiens Kaskaïa qui occupe le pays autour des sources de la Platte , de l'Arkansas et du Rio del Norte. Ils parurent à nos voyageurs

les plus dégradés et les plus misérables parmi les sauvages qui errent sur les versants orientaux des Montagnes Rocheuses. Leur existence vagabonde et la naturs inhospitalière de leur pays les vouent pour jamais à la plus extréme barbarie. Ce sont du reste d'excellents cavaliers, très-habiles à prendre au lacet les chevaux sauvages. Les différents détachements d'exploration qui s'étaient donné rendez-vous à Portsmith sur le Mississipi se rendirent à Washington, rapportaut avec eux, comme fruit de leur voyage, les peaux de plusieurs animaux rares, quelques milliers d'insectes conservés, et un herbier de quatre ou cinq cents nouvelles plantes, Sur ces entrefaites une autre expédition était partie pour

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étudier le pays qui fait frontière aux possessions britanniques autour des sources du Mississipi; le général Cass la commandait; M. Schoolcraft en fut l'historien. Ils suivirent la route que Pike avait déjà explorée, mais qu’ils examinaient mieux que lui au point de vue de la science. Pour compléter l'étude des frontières, on chargea le major Long et M. Keating de remonter le Saint-Pierre, rivière considérable qui tombe de l’ouest dans le Mississipi environ sous le 45° de latitude. Cette rivière avait été jadis remontée par Carver, et depuis encore par le baron La Hontan; mais les tribus indiennes qui habitent ces bords étaient encore presque entièrement inconnues aux citoyens des États-Unis. Long et Keating suivirent la rivière jusqu'à sa source, éloignée d'environ trois cent soixante-quinze milles , et s'avançant ensuite quelque peu au nord, arrivèrent à la rivière Rouge qui, du territoire anglais, se rend au septentrion dans le lac Winnipeg. Les travaux de cette expédition complétèrent l'étude générale des vastes possessions appartenant aux Etats-Unis. L'immense étendue de pays qui s'étend au nord du lac supérieur et des sources du Mississipi n’est encore qu'imparfaitement connue. Néanmoins, et c'est là ce qui la caractérise principalement, ses chaînes de lacs et de rivières navigables furent hientôt découvertes par les négociants en fourrures anglais toujours de plus en plus entreprenants. Dès 17145, la compagnie de la baie d'Hudson avait recu des Indiens quelques renseignements assez positifs au sujet d'une rivière se jetant au nord dans la mer, et sur les bords de laquelle étaient situées des mines de cuivre. La compagnie manifesta, en 1768, l'intention d'explorer cette rivière et ses richesses minérales ; à cette époque de précieux échantillons de minerai de cuivre furent apportés au fort du Prince de Gailes par les trafiquants indiens. La compagnie choisit pour cette entreprise diMicile un marin nommé Samuel Hearne, qui avait fait preuve de zèle et de talent en examinant la côte nord de la baie d'Hudson, et en améliorant la pécherie. Il sortit du fort le 6 novembre 1769, accompagné par deux blancs et par quelques Indiens. Le sol était raboteux bien que couvert de neige. Les provisions manquèrent bientôt. Lorsqu'il ent fait environ denx cents milles, ses guides

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indiens l’abandonnèrent et il fut obligé de revenir sur ses pas. Il ne se découragea point cependant, et au commencement de février 1770, il partit de nouveau emmenant avec lui cinq Indiens et pas d'Européens; il s'était apereu que leur inaptitude à supporter les misères du voyage attiraient à ces derniers le mépris des naturels. Arrivé à cinq cents milles dans l’intérieur, il jugea nécessaire d’attendre que la rigueur de la saison se füt relàchée ; le manue de provisions lui fit endurer à cette époque la plus extrême détresse. « Nous passions, dit-il, des festins à la famine; quelqu: £ois nous avions une surabondance d'aliments, rarement ce qu'il nous eût fallu, souvent trop peu, plus souvent encore pas du tout. Je me bornerai à dire que bien souvent nous avons passé deux jours et deux nuits à jeun, Deux fois il nous est arrivé de rester trois jours ainsi; et dans une autre circonstance sept jours entiers durant lesquels nous n'avons pas goûté une seule bouchée de nourriture, sauf quelques baies de genièvre, des morceaux de vieux cuir, des os brûlés et de l’eau. » Vers la fin d'avril il se remit en route, et dans le mois d'août, lorsqu'il se préparait à passer lhiver au milieu d'une tribu d’Indiens qui l'avaient amicalement accueilli, sous le 63° 10° de latitude nord, et environ à 400 40° de longitude ouest à partir de la rivière Churchill, un coup de vent renverea son quart de cercle qui se trouva brisé ; ceci le détermina à repartir.

Sans se laisser abattre par tant de misères et de désappointements, Hearne se remit en route le 7 décembre cherchant toujours la rivière de Cuivre, et accompagné d’un Indien fort intelligent qui se nommait Motannabi. Il suivit cette fois une route plus à l'ouest, et sous le 60e de latitude , à plus de six cents milles du fort, construisant des canots, il s’avanca au nord en naviguant sur différents lacs et rivières. Le 48 juillet 47714, son escorte, grossie par la réunion de plusieurs bandes d'Indiens errants, arriva enfin à la rivière de Cuivre. Les Indiens méditaient depuis quelques semaines une attaque contre les Esquimaux avec lesquels ils vivent dans un état d'hostilité perpétuelle. Le combat commença le 17 au matin vers une heure, « Voyant, dit Hearne, tous les Esquimaux livrés au

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tombèrent à l’improviste sur ces pauvres créatures; je contemplais ce massacre, réduit à rester neutre. » La petite tribu si cruellement anéantie se composait d'environ vingt individus, hommes , femmes et enfants. Une vieille femme qu'on trouva pêchant auprès d'un ruisseau voisin fut torturée et mise à mort avec la barbarie la plus révoltante. Un petit nombre d'Esquimaux parvint à s'échapper ; mais les Indiens détruisirent leurs tentes , brisérent leur vaisselle de pierre, emportèrent leurs provisions, et, se rassemblant ensuite au sommet d’une petite colline, poussèrent des cris de triomphe, que durent entendre les malheureux fugitifs cachés près de la rivière. « Après ce carnage, dit Hearne, nous nous assimes sur l'herbe et fimes un bon repas de saumon frais, » Dans la matinée du 17 il commença le relèvement de l’embouchure du fleuve. La marée était basse dans ce moment, mais elle avait laissé sur la rive des traces qui lui assignaient une hauteur ordinaire de douze à quatorze pieds. L'eau du fleuve était parfaitement douce; mais, d'après le nombre de phoques qu'il vit sur la glace, et la quantité de barbes de baleine que l’on avait trouvées dans les tentes des Esquimaux, Hearne conclut que l'étendue d’eau, maintenant sous ses yeux, était nécessairement la mer. Aussi loin que l’on pouvait discerñer les objets à l'aide d’un bon télescope, elle lui parut abonder en îles et en bas-fonds. IL arriva au fort du Prince de Galles le dernier jour du mois de juin 14772 après une absence d’un an et cinq mois. Trois ans plus tard il fut nommé gouverneur de cet établissement. En 1782, le fort du Prince de Galies fut pris par une escadre française que commandait La Pérouse. Ce chef, aussi généreux qu'éclairé, rendit à Hearne les manuscrits de son journal à condition qu'il les publierait immédiatement après son arrivée en Angleterre, Ceci eut lieu en 4787 ; cependant, on ne sait pour quelle raison, la publication de Hearne se trouva différée jusqu'en 1795. C’est peutêtre à ce long retard qu'il faut attribuer l’omission de plusieurs importants détails dans la relation du voyage. Il ne mentionne pas la latitude sous laquelle se trouve l’embouchure de la rivière qui, sur la carte jointe à son volume, est placée sous le 73° 50”, c'est-à-dire à six degrés trop loin vers le nord, Une si grande inexactitude géographique et quelques

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