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170 DÉCOUVERTES MODERNES. LIV, v.
ils avaisnt pénétré dans le détroit de sir James Lancaster,
uc ia lenteur des mouvements de la boussole et leur irrégularité, occasionnée par l'attraction des ferrements du navire, s'étaient uniformément accrues tandis qu’ils avancaient vers l'ouest. Maintenant qu'ils descendaient ce bras de mer, la boussole perdit toute action, et ils virent pour la première fois, « par un curieux rhénomèné, la puissance dirigeante de l'aiguille aimantée s’affaiblir au point de ne pouvoir résister à l’attraction de chaque vaisseau : en sorte qu’elle marquait, à vrai dire, le pôle nord de l’AÆécla ou du Griper. »
Le bras de mer dans lequel ils avançaient s’élargit à mesure qu’ils gagnèrent du terrain vers l’ouest ; et, comme la rive occidentale inclinait sans relâche vers le sud-ouést, leur espoir d'arriver par cette direction à la pleine met s’augmenta considérablement ; mais, au point où la terre semblait se terminer , une barrière de glacés s'éleva comme par enchantement devant les deux navires, et les empêcha dé passer outre. À part cet obstacle, du reste, nos navigateurs ne voyaient aucune terre qui pôt arrêter leurs progrès vers le sud-ouest. Ils avaient fait environ cent vingt milles depuis l'embouchure de ce bras de mer. A leur retour au détroit de Barrow (Barrow’s siraîit) — c'est ainsi qu'iis appelèrent le bras de mer dont le détroit de Lancaster est en quelque sorte l'entrée, — la mer, encore peu de jours auparavant couverte de glaces, se retrouva parfaitement libre, Ils continuèrent néanmoins leur route à l’ouest, mais, faute de vent, avec assez de lenteur. Le 22, par le 92° un quart de longitude, ils virent au nord une lacune de terres, large d'environ huit lieues, En regardant du haut des mâts ce bras de mer qu’on nomme le canal Wellington ( Wellington channel), on n'aperçut ni terres ni glaces. Son aspect, en pérsuadant à nos navigateurs qu'ils étaient parmi des îles séparées par de nombreux canaux, lès encouragea dans la pensée qu'ils arrivaient enfin à la mer Polaire.
Plus loin , les difficultés s’accrurent. Le passage était obstrué de petites îles, les bas-fonds devenaient plus fréquents, les glaces plus incommodes ; les brumes se multipliaient,
Nos voyageurs continuèrent néanmoins à s'avancer vers l'ouest, le long du rivage d'une grande ile, appelée par eux
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île Bathurst ( Bathurst island). Un détachement y prit terre, et y trouva les restes de quelques habitations d’Esquimaux ; on aperçut à plusieurs endroits des traces de renne et de chèvre à musc. Les observations magnétiques faites en cet endroit, comparées à celles qui avaient eu lieu dans le détroit du Prince-Régent, amenèrent, suivant le dire du capitaine Sabine, « à conclure qu’en traversant par mer l’espace compris entre ces deux méridiens , nous avious passé immédiatement au nord du pôle magnétique, et sur un de ces points du globe où l’aiguille aurait varié de 480°, c'est-à-dire, en d'autres termes, où son pôle nord aurait exactement marqué le midi. Selon toute probabilité, ce lieu était, en cette saison, assez près de la méridienne de 1009 à l’ouest de Greenwich. »
À mesure que nos navigateurs avançaient à l’ouest, vers l'extrémité septentrionale d’une autre grande ile qu'ils appelaient l’île Melville, les difficultés que leur opposaient la glace et les temps brumeux semblaient augmenter sans cesse ; mais, le 4 septembre, ils réussirent à passer la méridienne de 4110° de longitude ouest, méritant ainsi la moins considérable des récompenses promises par le parlement, une prime de 100,000 livres sterling. Un promontoire, qui marque à peu près cet endroit, reçut, à cause de la circonstance, le nom de cap de la Munificence (Bounty cape) : une bonne rade, découverte à peu de distance, fut appelée la baie de l’Hécla et du Griper. On y hissa les pavillons et les flammes des deux navires. « Ce ne fut pas un médiocre sujet de joie pour nous, dit le capitaine Parry, de voir le drapeau britannique flotter pour la première fois dans ces régions qui jusqu'alors avaient été considérées comme étant par delà les limites de l'univers habitable, »
L'hiver approchait alors rapidement, et ce fut avec difficulté que les navires parvinrent, en forçant les glaces nouvelles, à gagner le hâvre d'Hiver (Winter Harbour) au fond de la baie de l'Hécla et du Griper. On passa trois jours à pratiquer un canal en sciant la glace, dont l'épaisseur moyenne était de sept pouces ; la longueur intégrale de la brèche qu'on pratiqua ainsi fut d'environ deux milles et un tiers. Aussitôt que les navires se trouvèrent amarrés dans leur quartier d'hi -
ver, lés matelots saluèrent cet événement par trois acclama-
tions. Le mcreure du thermomètre était maintenant tombé à 4° au-dessous de zéro, et la surface de la mer, aussi loin
que l'œil pouvait l'embrasser, se trouvait complètement prise;
à partir de ce moment on ne vit plus de flots libres. On fit des préparatifs pour combattre les rigueurs de l'hiver qui
devait durer huit ou neuf mois, dont trois devaient se passer sans que l’on vit la riante lumière du soleil. Tous les agrès pesants furent transportés sur le rivage, de façon à laisser les ponts libres pour la ventilation et l'exercice. On enveloppa entièrement les vaisseaux de fortes bannes ouatées, telles que celles dont on se sert pour recouvrir les wagons. La neige fut disposée en murailles autour d'eux, tancis que des poëles et des fourneaux étaient placés à l’intérieur pour y maintenir une température élevée. Mais, nonobstant ces précautions, il se trouva que la vapeur engendrée d'ordinaire an dedans des navires, au lieu de se dissiper d'elle-même, comme cela arrive sous un ciimat tempéré , se condensa le long des solives et des parois de façon à les tenir dans un état constant d'humidité; et, comme on ne parait qu’en partie à cet inconvénient au moyen d'un courant d'air échauflfé, on jugea convenable de laisser se congeler cette vapeur sur les flancs intérieurs du navire où eile forma comme un doublage de glace.
Dès la première arrivée de nos voyageurs dans le hâvre d'Hiver, on avait envoyé des détachements à la chasse ; ils aväent trouvé en abondance des rennes et des coqs de bruyère : mais ces animaux étaient tous partis avant la fin d'octobre de l'ile Melville , où, durant l'hiver, il ne restait que des renards et des loups. Au plus fort de la saison on n'y vit point d'ours , »t un seul 5ÿnoque y fut aperçu. La chasse , du reste, n'y était pas sans danger : pour avoir négligé les précautions nécessaires, quelques hommes furent cruellement gelés: on remarqua aussi fort souvent chez les chasseurs cette torpeur et cet engourdissement des facultés mentales produits par les froids extrêmes et ressemblant aux effets de l'ivresse,
Le plus grand péril 2 redouter dans la situation de nos navigateurs était le déconragement moral auquel les ex-
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ques du scorbut, tandis qu'au contraire la gaieté de l'esprit réagit sur la constitution physique et atténue les souffrances dont elle ne préserve pas. Pour amuser ses matelots , le capitaine Parry et ses officiers montèrent une pièce de théâtre dont la première représentation eut lieu le 6 novembre, le jour même où le soleil tomba au-dessous de l'horizon pour ne reparaître qu'après trois mois. Les marins furent fort divertis par le drame qu’on leur joua, et trois acclamations sincères attestèrent le succès qu’il obtint. Les officiers, ayant besoin de donner à leur esprit une pâture plus substantielle, se mirent à composer une pièce de Noël dans laquelle il était fait allusion à la situation des vaisseaux et à l'état actuel des équipages. Ils se réunirent aussi pour publier un journal hebdomadaire qu'ils appelèrent la Gazette de la Géorgie du nord, Chronique d'hiver ( The North Georgia Gazette and Winter Chronicle). Le capitaine Sabine en était l'éditeur. Cette gazette, qui eut vingt-un numéros, et qui tivait son intérêt des circonstances au milieu desquelles elle fut écrite, reçut les honneurs de l'impression, lorsque l'expédition fut de retour, On avait observé que les représentations dramatiques réussissaient particulièrement à maintenir les équipages dans une bonne disposition d'esprit. Elles leur fournissaient aussi de l'occupation en les obligeant à décorer le théatre, et à changer ensuite ses arrangements intérieurs ; aussi furent-elles répétées de quinzaine en quinzaine durant les trois mois de nuit.
Nonobstant l'intensité du froid et l'obscurité, les officiers avaient pour habitude de se promener tous les jours sur le rivage ; bien que le thermomètre fût presque toujours de 500 à 60° au-dessous de zéro, ces excursions étaient sans inconvénient, pourvu que le vent ne soufflat pas; mais le moindre mouvement de l'air rendait le froid intolérable , alors même que le thermomètre était au-dessus de zéro. du reste, la promenade ne procurait guère de plaisirs ; la sombre inonotonie du paysage, s n repos glacé, son silence funébre ne pouvaient inspirer d'autres sentiments que ceux d'une
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profonde mélancolie. Ce fut ainsi que l'on gagna Île jour le plus court, ou plutôt le milieu de cette longue nuit à laquelle
-nos voyageurs étaient condamnés, Ce jour-là, un peu avant
et après midi, ils eurent justement assez de lumière pour déchiifrer les caractères imprimés , en tournant vers le sud les pages du livre, et pour se promener commodément pendant deux heures. Dans le cours du mois de janvier , le thermomètre se maintint généralement de 30° à 40° au-dessous de zéro. Le scorbut fit alors son apparition parmi l'équipage de l’Æécla , et, durant quelque temps, sa ténacité causa d'assez vives alarmes, mais l’usage bien entendu des anti-scorbutiques parvint enfin à en triompher, Rien ne contribua davantage à cet heureux résultat qu’une distribution quotidienne de moutarde fraiche et de cresson que le capitaine Parry était parvenu à faire pousser dans des boîtes remplies de terre et placées auprès du poële de sa cabine, Quoique le manque de lumière les eût privées de toute coloration, ces herbes avaient une saveur aussi marquée que si elles étaient venues en plein air.
Les officiers continuèrent à se promener sur le rivage, bien que, le thermomètre exposé à l'air tombant quelquefois à 50° au-dessous de zéro, ils eussent à subir, en passant du vaisseau à terre, une brusque transition de 80° à 4009, et même quelquefois à 420° de température.
Le 7 février, l'orbe entier du soleil s'aperçut au-dessus de l'horizon ; ce fut le signal de préparatifs au moins apparents pour quitter cet obscur séjour; mais les officiers savaient bien que plusieurs mois encore devaient se passer avant qu'ils pussent sortir de leur prison de glace. Le mois de février est l'époque la plus froide de l'hiver arctique. Le 45, le thermomètre desceadit à 58°, et demeura pendant quinze heures à 54° au-üessous de zéro. « Nons nous amusämes, dit le capitaine Par:y, à faire glacer du mercure, en l’exposant à ce froid coritinu, et à le battre sur une enclume préalablement amenée à la température de l'atmosphère. Il ne paraît pas très - malléable dans cet état, et se brise ordinairement après deux ou trais coups de marteau. Le 24, on découvrit que l'observatoire bâti sur le rivage était la proie d'un incendie, Chacun se mit aussitôt à
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Le froid venant à diminuer, la glace qui depuis quelque temps tapissait les bords du navire commença à fondre, et, vers le 8 mars , il devint nécessaire de racler cette espèce d'envelappe. « On croira difficilement, dit le capitaine Parry, que ce jour-là (le 8 mars) , nous enlevämes plus de cent baquets remplis de glace, chacun contenant de cinq à six galons , résultat de l'accumulation qui avait eu lieu en moins de quatre semaines; cette énorme quantité était principalement produite par la respiration des hommes et par ia fnmée de leurs aliments durant les repas. La mi-avril arriva sans aucun dégel sensible; mais, le 30, la température de l'atmosphère changea notablement ; le thermomètre s'éleva jusqu'à la simple glace, ou, pour parler d'une manière plus en rapport avec ce climat extraordinaire , jusqu’au dégel ; depuis huit mois c'était la première fois que nous le voyions aussi hant, Les matelots prirent cet état de choses pour une température d'été, L'autorité des officiers dut s'interposer pour les empêcher de jeter bas leurs vétements d'hiver. La vie commença à se répandre sur le paysage environnant. » Le premier ptarmisan parut le 42 de mai, et le jour suivant on vit
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à s'acheminer vers le nord. Ainsi leur migration a lieu dès les premiers beaux jours qui suivent le retour de la lumière. Ces symptômes et l'annonce de leur libération prochaine jeterentune grande joie parmi nos navigateurs ; mais une pluie qui tomba le 24 mai leur causa une surprise tout-à-fait extraordinaire. « Nous étions, dit le capitaine Parry, si désaccoutumés de voir l'eau dans son état naturel et surtout de la voir tomber du ciel , que cette circonstance si simple devint un véritable sujet de curiosité, Il n'y eut personne à bord, je le crois du moins, qui ne se hâtàt de monter sur le por pour observer un phénomène si intéressant et si nouveau. » Le 4° juin, le capitaine Parry, suivi de quelques-uns des officiers, fit une excursion dans l'ile Meiville. Ils atteignirent son extrémité nord sans voir aucune autre terre au nord ou à l'ouest. A leur retour de ce voyage, qui dura quinze jours, ils trouvèrent la végétation qui montait avec une vigueur merveilleuse autour du hâvre d'Hiver. La glace était couverte d'innontr.bles flaques d’eau, et les fleurs rouges d'une espèce de saxifrage répandaient quelque éclat et quelque gaité sur un tableau jusqu'alors horrible à l'extrême. Vers le milieu de juillet, le thermomètre s'éleva de 56° à 606 ; et enfin, le 4e jour d'août, les vaisseaux purent sortir du hâvre où ils avaient passé l'hiver ; mais l'immense quantité de glaces iloitantes dont le détroit était comme assiégé rendait leur marche excessivement diMicile. Ils eurent à faire face à des dangers que de: vaisseaux moins forts, des hommes moins résolus, moins vigilants, moins habiles, n'auraient pas pu éviter. [ls essayèrent encore d'avancer vers l'est ; mais tous leurs efforts ne purent les mener au delà de l'extrémité sudest de l'île Melville ; et le 46 d'août cette entreprise fut abandonnée comme impraticable. Le point le plus éloigné auque: l'expédition parvint dans la mer Poliie fut le 74° 26° 25" de latitude et le 1150 46° 45” de iongitude.
En quittant le détroit de sir James Lancaster, les navires se maintinrent au sud ie long de la côte orientale de la baie de Baffin dans le but de relever rue côte assez mal connue et que la premicre expédition avait fort imprrfaitement examinée. On la trouva a coupée par de rombreuses baies où bras de mer; dans Fun d'eux, vers le 70° 22 de latiinde,
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le capitaine Parry rencontra une tribu d'Esquimaux dont il dit « qu’en somme , ces gens peuvent être regardés comme possédant tout ce qui est nécessaire à la vie et jouissant de toutes les commodités que l’on peut attendre dans un état de société si peu développé. » Le 26 septembre, la glace fut aperçue pour la dernière fois, et vers le milieu de novembre les navires arrivèrent dans la Tamise. Les équipages n’avaient pas vu leur santé un instant altérée pendant les dixhuit mois qu'ils avaient passés loin de leur pays natal. Ortre les additions considérables que valut ce voyage à la science géographique, il fournit d'abondants matériaux aux investigations des autres connaissances humaines. Les phénomènes magnétiques et ceux du froid poussé à ses dernières limites, tels qu'ils venaient d’être observés, étaient tout-à-fait curieux et importants. Pendant les mois d'hiver, l'atmosphère des régions arctiques est tellement sèche que non-seulement la neige ne tombe pas, mais qu’il ne se voit pas dans le ciel un seul nuage. Toute l’humidité qui peut exister dans l’air y flotte en petites aiguilles excessivement menues et affectant les diverses formes de la cristallisation. Dans les temps les plus froids, l'haleine d’un homme vue à distance ressemblait exactement à la fumée qui suit un coup de fusil , et, lorsqu'un détachement de matelots travaillait sur la glace, ils se trouvaient bientôt comme enveloppés d'un épais nuage. La fumée des cheminées, au lieu de monter, flottait horizontalement jusqu’à plusieurs milles des navires. Il est remarquable que les aurores boréales, quoique fréquentes, n’y sont pas à beaucoup près aussi vives et aussi rapides à s’enflammer que sous une latitude-inférieure. Entre les parallèles du 600 et du 66, elles déplatent ordinairement vü srlendide foyer de lumière ; mais , dans les régions arctiques, ce foyer est excessivement faible et apparait presque toujours à l'horizon sud. D'après les variations et l’inciinaison de l'aiguille aimantée durant cette expédition, on a conclu que le pôle magnétique doit être supposé aux environs du 7% de latitude, sous le 100° de longitude, ou bien dans Le voisinage de la baie du Régent.
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