VOYAGES DE PARRY
Préparalifs pour un second voyage. — Son objet. — Les vaisseaux entrent dans le détroit Glacé.— On découvre la baie du duc d'York. — On parvient jusqu'à la Bien- nord Venue, — Examen de la baie du Refus. — Bras de mer explorés. — Les vaisseaux pourt engagés dans les glaces près de l’île d'Hiver. — Village d'Esquimaux.— Leur caractère.— Talents d'Iiglink.— Elle dessine une carte de la côte. — Les glaces se rom- et pas pent et les vaisseaux avancent. — Difficultés de la navigation. — Canal de Fox.— Pac Détroit de l'Hécla et de la Furie. — Impossibilité de passer à l'ouest. — Quartiers d'hiver à Igloolik. — Maisons de neige des Esquimaux. — Renseignements géo- Les graphiques fournis par eux. — Excursions par terre, — Longueur de l'hiver. — contr'i Retour des vaisseaux. — Troisième voyage de Parry. — Il hiverne dans la baie du Régent.— 11 essaie d'avancer dès le printemps. — La Furie est brisée par les glaces de Da et abandonnée. — Essai de Parry pour aller sur la glace jusqu'au pôle nord, — Il se tro fait voile jusqu'au Spitzherg.— Voyage de deux mois sur la glace, — Il s'égare vers le sud. — Ses projets échouent. que d on vé
Si le voyage du capitaine Parry ne fit pas découvrir le pas- gateu sage au nord-est, il avait du rvins produit des renseignements etes encourageants. On ne pouvait pas douter qu’il n'eût découvert flottar les détroits communiquant avec la mer Polaire; et, bien que capita sa marche eût été arrêtée par des glaces amoncelées, on de- très-( vait s’attendre, selon toute probabilité, à ce que, se brisant avaie d'un instant à l’antre, elles laisseraient tôt ou tard le passage de roc libre, L'opinion des anciens navigateurs, que la portion nord au mil de l'Amérique est un continent détaché on plutôt un groupe tendu de grandes iles, se trouvait ainsi confirmée, et, comme on ne moins connaissait guère encore les rives nord de la baie d'Hudson, lages. on espérait y trouver quelque passage en communication Des avec la mer du Nord, et dans lequel, à raison de sa position dans |
méridionale, on pourrait continuer à naviguer pendant une pàs à plus grande partie de l'année. par li L’Hécla avait si bien répondu aux exigences de son pre- nent. mier voyage, que la Furie, vaisseau du même genre, fut pré- que Q parée pour l'accompagner dans une expédition nouvelle, On donné améliora notablement l'appareil intérieur de ces navires ; on nom
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placa entre les parois des vaisseaux et leur doublage intérieur des couches de liége comme préservatif contre le froid ; et l’on fixa dans les entreponts une machine simple mais bien imaginée pour y distribuer de l’air chaud. Les instructions du capitaine Parry portaient qu’il commencerait son examen de la côte dès qu’il aurait atteint quelque point appartenant d'une manière certaine au continent d'Amérique. De là il s'avancérait au nord, sans le perdre de vue, en explorant avec soin tous les bras de mer et toutes les baies qu'il rencontrerait, afin de déterminer d'une manière certaine l’extrérnité nord est de ce continent, autour de laquelle on espérait qu'il pourrait gagner la pleine mer, doublant ainsi le cap Glacé et passant ensuite par le détroit de Behring dans l'Océan Pacifique.
Les vaisseaux quittèrent la Tarise le 8 mars 1821 et rencontrètent la première montagne de glace à l’entrée du détroit de Davis; le 44 juin. La difficulté de nsviguer parmi les glaces se trouva être beaucoup plus grande dans le détroit d'Hudson que dans celui de Davis ou dans la baie de Baffin; du reste, on vérifia l’exactitude de ce qu'avaient dit les anciens navigatéurs touchant les grosses pierres, le sable, les coquillages et les racines que l’on y voyait déposés sur les masses de glace flottante. « La quantité de ces substances étrangères, dit le capitainé Parry, était réellement surprenante; il nous fut très-difficile de nous rendre compte de la manière dont elles avaient été transportées sur ces locs de glace. Des fragments de rochers pesant jusqu'à cent livres se rencontrent souvent au milieu d'une de ces îles dé cristal, ayant un demi-mille d’étendue, ou même davantage, et dont toute la surface est plus où moins couverte de petites pierres, de sable et de coquillages. »
Des nombreux obstacles qui s’opposaient à la navigation dans le détroit d'Hudson, il résulta que l'expédition n’arriva pas avant le 2 du mois d'août à l'embouchure du canal formé par l'ile dé Southampton et la côte septentrionale du continent. Le capitaine Parry, persuadé que ce canal était le même que celui auquel le capitaine Middleton avait, en 1742, donné le nom de détroit Glacé, se décida , en dépit de ce nom de mauvais augure , à essayer de s'y fraver un passage.
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Cette entreprise, s’il la menait à bien, devait lui épargner un détour de cent cinquante lieues. Après une lutte de plusieurs jours, les vaisseaux arrivèrent dans un bassin intérieur profond d'environ dix milles et large de cinq, ayant un brassage régulier et de tous côtés des ancrages excellents ; il était entièrement dégagé de glaces.
Cette magnifique baie, que le capitaine Parry regarde comme un des hâvres les plus sûrs et les plus étendus de l'univers, reçut de lui le nom de baie du Duc-d’Yerk (Duke of York’s bay.) Le 21 août, un mouvement houleux venant du sud convainquit nos navigateurs qu’ils étaient parvenus à la Bien-Venue de sir Thomas Rowe, qui sépare à l’ouest l'ile de Southampton du continent américain. Des brouillards et la neige qui tombaient en épais rideaux émpéchaient leurs regards de s'étendre au loin ; mais tout-à-coup, le temps venant à s’éclaircir, ils se trouvèrent presque entièrement entourés de terres : ils étaient entrés , à leur insu, dans la baie du Refus, où il n'existait pas un seul fragment de glace capable de gêner ieur passage. On s’aperçut qu’elle était fermée par la terre, et assez d'accord avec la carte que Middleton en avait dressée. L'examen de la côte nord-est du continent américain, qui était le véritable objet du voyage, commença le 22 août, justement sous le cercle arctique. La tâche laborieuse et difficile d'explorer tous les bras de mer et toutes les lacunes du rivage qui pouvaient devenir un passage à l'ouest fut exécutée avec un zèle, une persévérance et un talent qui depuis n'ont jamais été surpassés. Les vaisseaux se trouvaient souvent snveloppés par les glaces et entrainés au sud avec elles; d'ailleurs, la saison était déjà trop avancée pour qu'il leur restt le temps nécessaire à la suite de leurs recherches. Presque tout le mois de septembre fut employé à relever la côte, et à vérifier la continuité de la terre ferme en examinant plusieurs bras de mer très-profonds qui maintenant sont désignés sur les cartes par les noms de bras de mer de Lyon, de Hoppner, baie de Gorre, baie de Ross, etc. (Lyon’s inlet, Hoppner's inlet, Gorre bay, Ross bay, etc.) L’étendue de la côte nouvellement découverte et explorée allait à plus de deux cents lieues.
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glaces nouvelies annonça l'approche de l'hiver; en méme temps le thermomètre se fixait à zéro. « La formation de !a glace sur la surface de l'eau est la circonstance qui avertit le mivux de mettre un terme à la navigation sur ces mers : elle apprend au marin que le temps de ses opérations actives va bientôt se terminer. Il est, en effet, à peine possible de deviner à quel point cet obstacle, si léger en apparence , devient grave lorsqu'on le rencontre. Quand la couche de glace a gagné une épaisseur d’un demi-pouce et qu’elle a une étendue un peu considérable, un navire peut être arrêté par elle, à moins qu’il n’ait en poupe une brise trés-forte st très-décidée; même alors que le navire file sur l'eau à raison d’un mille par hèure , sa course n’est pas toujours sous la direction du timonier, n dépend de la moindre augmentation ou diminution dk ‘ches de glace, avec lesquelles l’avant ou l'arrière dt au peut se trouver en contact. Un bâtiment qui e: daus cet état fâcheux, ses voiles vainement ouvertes à une brise favorable, sans pouvoir s’aider de ses ressources habituelles, et soudainement arrété dans sa course sur l’élément où elle s’accomplit d'ordinaire sans obstacle , m’a souvent rappelé , dit le capitaine Parry, Gulliver garrotté par les faibles mains des Lilliputiens ; comparaison que justifient les efforts prodigieux que fait ce navire pour se dégager, et l’insignifiance apparente des obstacles contre lesquels il ne peut prévaloir.
Près de l'extrémité où le continent commence à décliner vers le nord, on trouva une petite ile qui présentait un excellent ancrage sur sa rive sud, Elle reçut le nom d'’ile d'Hiver, et l’on y laissa se prendre les vaisseaux. Leur température intérieure était réchaufée cette fois par de meilleurs procédés que ceux de l'expédition précédente, et l’on employa les mêmes ressources pour amuser et occuper l'esprit des matelots. De nouveau l'on eut recours aux jeux de la scène, D'autres soirées furent consacrées à la musique ; etsur chaque navire on établit une école où les équipages trouvaient à la fois d'utiles enseignements et des distractions salutaires. Mais ce qui contribua le mieux à aliéger les ennuis d’un hiver long et sombre fut la visite d’un détachement d'Esquimaux que l'en vit arriver le 1°" février à travers les glaces, jus-
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qu'aux navires anglais. Quelques-uns de nos voyageurs accompagnèrent ces pauvres gens à leurs huttes sur le rivage, et furent surpris de voir que ces habitations humaines, quoi. qu’elles fussent en vue des navites , avaient échappé à leurs regards curieux. « On peut facilement, dit le capitaine Parry, concevoir la surprise que nous éprouvâmes de trouver un établissement composé de cinq huites, avec des canots, des trafneaux, des chiens , et habitées par plus de soixante personnes, hommes, femmes et enfants, aussi régulièrement établi et d’une manière aussi permanente en apparence que s'ils avaient passé tout l'hiver dans ce lieu. Si la première vue de ce petit village était de nature à faire naître l’étonnement, ce sentiment ne diminuait pas lorsqu'on entrait dans ces habitations extraordinaires à la construction desquelles les Esquimaux n'avaient employé d’autres matériaux que la neige et la glace. Après nous être glissés à travers deux passages fort bas, dont chacun avait sa porte cintrée, nous arrivâmes à un pelit appartement circulaire dont le toit était un dôme parfaitement régulier, De là, trois portes cintrées comme celles du dehors, mais plus grandes , conduisaient dans autant d'appartements habités, l’un à notre gauche, l’autre à notre droite, et le troisième en face de nous au moment où nous entrâmes. L'intérieur de ces compartiments offrait ün tableau non moins nouveau qu'intéressant : les femmes étaient assises sur des lits placés contre les parois, chacune ayant autour d'elle. son petit feu, sa lampe, et tous ses ustensiles de ménage. Les enfants se glissèrent, à notre vue, derrière leurs mères, et les chiens, effrayés, se dérobaient de tous côtés. La construction de cette portion habitée de la hutte était pareille à celle de l'appartement extérieur, formant également un dôme composé de différents blocs de neige agencés avec une grande régularité et un certain art, car chacun était coupé de façon à former une arche solide, haute à son centre de sept à huit pieds, et sans autres étais que ceux dont une telle architecture était susceptible, La luinière pénétrait, dans ces curieux édifices, par une fenêtre de glace, taillée en rond au milieu du toit de chaque appartement. » Dix-huit mois de rapports intimes avec res Ésquimaux firent concevoir d'eux unc idée très-favorable, Ils paraissaient
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