‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 82 sur 178 · CHAP, XII. PARRY · texte numérisé non relu

CHAP, XII. PARRY

inoffensifs, remarquablement honnétes, et, ce qui se trouve plus rarement chez les sauvages , très-affectuenx dans leurs rapports domestiques. Les femmes ne sont pas, chez eux, écrasées par le travail et les fatigues serviles qui composent leur lot dans les sociétés sans civilisation : leur tâche est limitée à la façon des habits, à la cuisine et à quelques autres soins domestiques. Sous quelques rapports les Esquimaux faisaient preuve d'une extrême faiblesse d'intelligence : peu d'entre eux, en effet, pouvaient compter au-delà du nombre cinq, et, après dixhuit mois de communications journalières , il n’était pas un d'entre eux qui possédât une bonne douzaine de mots anglais. Du reste ils s'entendaient merveilleusement à pourvoir à leurs besoins. Ils étaient vêtus d’une étoffé chaude et commode, et les coutures de leurs bottes en peau de phoque étaient parfaiment travaillées.

Une femme de leur tribu, nommée Iligliuk , s’attira l’estime de nos voyageurs par une évidente supériorité d’intelligence, qui, du reste, lui donnait une influence réelle sur ses compatriotes. Elle aimait extrémement la musique, chantait elle-même avec goût, et passait des heures entières à éconter les airs joués sur l'orgue. Sa finesse d'esprit et son aptitude à apprendre l'ayant souvent fait employer comme interprète, et lui ayant valu de la part des Anglais des égards auxquels elle n'était pas habituée , sa vanité finit par lui tourner la tête, et elle se trouva complètement gâtée. On pent dire à son excuse que peu de femmes auraient résisté à des flatteries aussi entraînantes que le devait être, pour des Esquimaux, la faveur particulière et, pour ainsi dire, le respect des voyageurs anglais ; de plus, les airs de reine qu’elle jugea convenable de se donner étaient justifiés par l'utilité fort réelle de ses services : parmi ces derniers, il faut mentionner une carte grossière qu'elle dessina de cette portion de la côte américaine où elle avait passé sa vie, et des iles qui l'avoisinaient. Le capitaine Parry ayant découvert que les Esquimaux connaissaient les quatre points cardinaux de la boussole, les marqua sur un morceau de papier , ainsi que la partie de côte où ils avaient hiverné. Ceci fait, il ajoute : «Nous désirions qu'elle complétt ce dessin, et qu'elle le fit en petit (mikkée ) ; alors, avec une physionomie empreinte d'une

attention profonde et d'une intelligence toute particulière, elle d'iles € traça la côte du continent au-delà de son pays, comme gisant de la

assez près, au nord, de l'ile d'Hiver. Le plus important restait affirmè à faire, et un spectateur de sang-froid se ft amnsé singulière- de dist ment à observer l'anxiété et le doute qui se peignaient sur nos cont € figures pendant qu’iligliuk continuait son opération ; jamais crayon ne fut suivi des yeux avec une sollicitude plus vive, On peut, du reste, se figurer notre surprise et notre satisfac tion lorsque, sans lever le crayon du papier, le géographe core q femelle mena la côte continentale assez près à l’ouest, eten- du voy suite au sud-sud-ouest, de façon à la rapprocher de la baie du de Se Refus, qui n’en eñt été séparée, d'après ce document, que tiers 8’ par trois ou quatre jours de voyage. Le pays, ainsi situé sur 2 juille les bords de la mer Occidentale ou Polaire, s'appelle Akkoolée , et il esi habité par de nombreux Esquimaux. A moitié chemin entre cette côte et la baie du Refus, Iligliuk dessina un lac de dimensions assez considérables , et donnant naissance, de chaque côté , à plusieurs petits ruisseaux qui s'allaient jeter dans la mer. Ses compatriotes ont l'habitude de se rendre tous les ans, durant l'été, auprès de ce lac, et s’y livrent à la péche d'une espèce de saumon ; sur ses bords d'ailleurs on trouve des rennes en grand nombre. A l’ouest d'Akkoolée , en regardant du haut des collines, qu’elle décrivit comme fort élevées, on ne voyait rien qu’une immense étendue de mer. Désireux de vérifier si la rivière du Pari (Wager river), dont l'existence nous était connue, n'était pas étrangère à Iligliuk, je lui demandai de continuer la ligne de côte au sud d’Akkoolée; mais alors elle jeta précipitamment le crayon, et me dit qu'elle ne savait rien de plus. »

Les renseignements ainsi obtenus furent confirmés par les autres Esquimaux, que nos voyageurs requirent de tracer la carte des pays qu'ils pouvaient connaître. Leurs dessins de la côte, ex. isolément, se rapportaient l'un à l'autre de la manière .« vlus surprenante. Le capitaine Parry et ses officiers se rappelèrent alors que, d’une haute colline placée au fond du bras de mer de Lyon, ils avaient vu se dessiner dans le ciel à l’ouest un point éclatant qui ressemblait à ce que les marins appellent l'aube de l'horizon, et que, d’une autre hauteur, une vaste étendue d’eau semée

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d'iles et de caps, avait été apercne à l’est-nord-ouest. Du fond de la baie du Refus à la mer septentrionale, les Esquimaux affirmèrent qu'il y avait seulement trois sénicks, ou sommeils, de distonce ; mais leurs sommeils , ou journées de voyage, sont en général très-courts. Un détachement qui avait fait au nord un voyage de quarante sommeils fut rejoint par les vaisseaux en un jour de navigation.

Le printemps fit son apparition à l'ile d'Hiver plus tard encore qu'on ne l'avait vu renaître dans l'ile de Melville lors du voyage antérieur. Cependant la première de ces îles était de 8° et demi plus rapprochée de l'équateur. Neuf mois entiers s'étaient passés au milieu des glaces, lorsqu’enfin, le 2 juillet, après de grands efforts , les vaisseaux parvinrent à en sortir ; mais le courant qui les emportait, au sud, vers le canal de Fox, à l'examen duquel les voyageurs anglais allaient procéder, se trouva charrier une assez grande quantité de glaces flottantes pour leur donner des embarras et leur faire courir des dangers presque continuels. Les navires échappèrent souvent de fort près aux pics de g'aces qui menacaient de les écraser, et aux couches de la même matière qui, se glissant sous la quille, pouvaient la soulever, et les faire chavirer. Grâce à une persévérance infatigable, ils parvinrent , le 12 juillet, dans une petite baie située sous le 67° 48’ de latitude, et d'où l’on voyait sortir un courant assez fort. Comme cette circonstance paraissait devoir les préserver des glaces, le capitaine Parry jeta l'ancre aussi près de cet endroit qu’il Jui fut possible, et fit descendre à terre un détachement pour explorer le pays. Déshabitués depuis plusieurs mois des charmes de la verdure et d’un paysage pittoresque, la joie de nos marins fut indescriptible, lorsqu’après avoir erré quelques heures sur les bords d’un impétueux ruisseau, ils arrivèrent à une série de cascades tombant de rocher en rocher, et qu'ils trouvèrent au-dessus une large rivière roulant ses flots paisibles sur un lit parfaitement uni, au milieu de collines délicieuses, couvertes d'une végétation presque miraculeuse sous un tel climat. Bientot après, les bâtiments arrivèrent aux îles d'Amitioke et d'Ooglit, tracées sur les cartes des Esquimaux, et où ceux-ci avaient prévenu les Anglais qu’ils trouveraient un grand nom-

bre de chevaux marins. Ce renseignement était exact ; nos 46,

marins y rencontrèrent nne multitude de ces animaux, telle que, suivant le capitaine Parry, on n'en trouverait pas ailleurs une pareille. Ils étaient couchés , par groupes de douze à trente, sur d'énormes fragments de glaces en dérive. Nos voyageurs approchèrent alors avec une inquiétude mêlée d’effroi de l'endroit où les Esquimaux, dont les renseignements s'étaient vérifiés jusqu'alors, avaient marqué un détroit communiquant avec la mer occidentale, Le passage fut en effet reconnu , et désormais le succès parut hors de doute. Mais quels ne furent pas le chagrin et la mortification des navigateurs anglais, lorsqu'ils s’aperçgurent qu'une barrière de glace continue fermait complètement l'embouchure accidentale du détroit, de la rive nord à la rive sud? Comme on était alors au milieu de juillet, et que la glace, bien loin d’être récemment accumulée, laissait voir, à des signes irrécusables, qu’elle était depuis long-temps attachée à la terre par ses deux extrémités, le désappointement fut complet, et il ne resta aucun espoir de vaincre cet obstacle , au moins pendant la * saison. Après avoir lutté soixante-cinq jours pour se frayer un passage à l'ouest, les navires revinrent à l’ile d’Ygloolik, où ils se laissèrent enfermer par les glaces le 50 du mois d'octobre. Le canal qu'il fallut ouvrir dans la glace, au mayen de la scie et du pic, pour faire arriver les vaisseaux à leur quartier d'hiver, avait plus de treize cents pieds de longueur ; en de certains endroits, la glace était épaisse de plusieurs pieds, et pendant ce rude travail, le froid demeura intense, le thermomètre descendant une fois jusqu'à 9° au-dessous de zéro. C'est ainsi que nos voyageurs furent réduits à passer dans les glaces une seconde saison, dont les souffrances étaient encore accrues par le désappointement qu'ils avaient subi ; en effet, ils avaient compté avec confiance sur un passage, à travers la mer Polaire et le détroit de Behring, qui devait les conduire aux hivernages commodes de la mer du Sud. On prit les mêmes précautions que l'hiver précédent, pour maintenir la bonne volonté et conserver la santé des matelots; mais les récréations dramatiques n'avaient plus l'attrait de la nouveauté ; et, bien qu'il n'existât pas un mécontentement formel parmi les équipages, on y vit régner moins de gaîté que par le passé. Ils avaient néanmoins appris des

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