CHAP. XII. PARRY
Esquimaux à augmenter notablement leur bien-être, en élevant autour des vaisseaux une haute muraille de neige qui enfermait un large espace carré, pareil à la cour d’une métairie; les tourbillons de neige se trouvaient ainsi repoussés, et l'on s'était fait un lieu d’exercices à l'abri de tous les vents. Cette mesure augmentait aussi la chaleur du navire. D'ailleurs, la présence d’une nombreuse tribu d’Esquimaux servit à diminuer les ennuis de ce séjour. Les officiers firent des excursions des deux côtés du détroit, que le capitaine Parry appela le détroit de la Furie et de l’'Hécla (Strait of the Fury and Hécla). Dans sa portion la plus étroite, il a deux milles d'étendue et près d’une lieue de longueur. La terre au sud, ou côte continentale, est une grande péninsule appelée par le capitaine Parry la péninsule Melville. C’est un pays âpre et montagneux, coupé par des chaînes de lacs et où, par conséquent, il est fort difficile de pénétrer. Le capitaine Lyon essaya de le traverser, mais il dut renoncer à cette entreprise sans avoir fait plus de sept milles de chemin. La terre, au nord, fut nommée l'ile Cockburn. Les Esquimaux informèrent nos voyageurs qu'elle était entourée d'eau ; mais ilsne purent dire si le canal qui l’environnait était navigable ou non. Quelques-uns des officiers firent une excursion d'environ soixante milles sur la rive occidentale de l'île Cockburn, d'où ils decouvyrirent la mer Polaire s'étendant sous leurs yeux; mais à l'entrée du détroit la glace était amoncelée en entassements si énormes qu’on pouvait difficilement croire à l'existence d'un passage navigable de ce côté. Le 4er août 1823 était arrivé, et les navires se trouvaient encore enserrés dans une barrière de glace ; mais le capitaine Parry, impatient de cette espèce de captivité, résolut de faire les plus grands efforts pour en sortir, fallût-il, ce qui semblait inévitable, scier pour cela un canal de quatre ou cinq milles de longueur, Cette tâche pénible était commencée lorsque la glace, venant à se rompre plus complètement , ouvrit aux navires, le 42 du mois d'août, l'accès de la pleine mer. On ne doutait plus que le détroit de la Furie et de l'Hécla ne communiquât avec la mer Polaire, et l'obstacle qui en fermait l'issue, quelque formidable et même quelque durable qu'il pôt sembler, étant d'une nature accidentelle, pouvait être
anéanti, soit par les chaleurs d’une saison extraordinaire, soit par d’autres causes fortuites. Le capitaine Parry, qui touchait au succès, ne voulait pas s’en revenir tant que la plus faible espérance lui resterait. Il forma le projet d'enlever les provisions de l’Hécla et de renvoyer ce navire en Angleterre, tandis que lui-même resterait dans les parages arctiques afin de reprendre ses travaux pendant la saison suivante. Ce plan téméraire, qui aurait pu avoir les plus désastreuses conséquences et faire perdre à l'expédition toute la gloire déjà méritée, fut heureusement écarté grâce à des circonstances particulières. Le scorbut avait fait irruption dans les équipages, et la crainte de cette formidable maladie, ainsi que les raisonnements du capitaine Lyon, detournant le capitaine Parry de l'effort désespéré qu’il méditait, le déterminèrent à retourner au plus tôt dans son pays. L'expédition parvint le 40 d'octobre à Lerwick dans ies iles Shetland ; vingt-sept mois s'étaient écoulés depuis qu'elle s’était séparée de tout peuple civilisé. Les officiers et les équipages revenaient en parfaite santé, n’ayam perdu que cinq hommes sur cent dixhuit dans le cours de ce pénible voyage durant lequel ils avaient passé deux longs hivers sous la glace, exposés à une température moyenne bien au-dessous de zéro.
Encore que ce second voyage du capitaine Parry n’eût pas réussi dans son principal objet, qui était de trouver un passage communiquant avec la mer Polaire, on ne peut nier cependant que la géographie lui doive beaucoup de renseignements importants. Que si l'on fait entrer en ligne de compte les difficultés vaincues, ce voyage, comparé à ceux des premiers navigateurs sur ces mers glaciales, paraitra éminemment heureux. Désormais on avait jeté assez de lumières sur la géographie du nord-ouest pour prouver aux plus sceptiques que le continent américain, selon toute probabilité, ne s'étend guère vers le nord au-delà du 70° de latitude; et que l'Atlantique communique avec la mer Polaire par de nombreux canaux plus ou moins obstrués de glaces suivant la direction des courants ou d’autres circonstances analogues, On vérifia qu’un très-fort courant, traversant le détroit de la Furie et de l’Hécla, chassait devant lui d'énormes blocs de glace qu’il amoncelait à l'embouchure occidentale de ce
CHAP
canal, ( à la nav de Fox détourr arrive « l'Hécla Parry d trémité nature] avait vu ces acc peut dis, la mer EF sud-oues long des et la Fu et le lier Ce vo:
le capite cheux a posés. S entravée peine à g du Rége Ja naviga semaines babilité, peut-être L'hive ville.et d divertiss:
nos navi leur cha qu’au fo ils parvi uniforme à souffri précéden à n0g v
soit hait ible OV tre, afin plan nséméparages, l'aitaine èrent rvint t-sept tout nt en t dixel ils une
ùt pas pasnier enseie de ceux araitra de lux plus bilité, de; et par de vant la )gues, étroit s blocs de ce
CHAP, XIh PARRY. 189
canal, ce qui peut-être devait l’empècher de s'ouvrir jamais à la navigation. Cet autre courant qui descend dans le détroit de Fox, où il charrie une quantité de glaces flottantes, et, se détournant à l’est, obstrue la navigation du détroit d'Hudson, arrive également de la mer Polaire à travers le détroit de l'Hécla et du Griper. Les glaces qui empêchèrent le capitaine Parry d'avancer lors de son premier voyage au-delà de l’extrémité sud-est de l'ile Melville, paraissaient aussi d'une nature permanente; mais on pouvait espérer que la glace qu’il avait vue dans le passage du Régent était seulement une de ces accumulations accidentelles qu’un changement de vent peut disperser : dès lors, on conservait la chance d'arriver dans la mer Polaire par ce détroit, qui, ouvert dans la direction du sud-ouest, livre une issue aux courants qui coulent vers l’est, le long des côtes nord de l'Amérique. En conséquence, l’Hécla et la Furie furent équipés de rechef; et le capitaine Parry et le lieutenant Hoppner en obtinrent le commandement.
Ce voyage a été le moins heureux de ceux qu'a dirigés le capitaine Parry : il y fut poursuivi par ces hasards fàcheux auxquels les navigateurs sont malheureusement exposés. Sa route à travers la baïe de Baffin se trouva tellement entravée par les débris de glaces, qu'il eut la plus grande peine à gagner Port-Bowen sur la rive orientale du passage du Régent, avant la saison où le climat de ces parages y rend la navigation tout-à-fait impraticable. S'il était arrivé trois semaines ou un mois plus tôt, il aurait pu, selon toute probabilité, arriver par là jusqu’à la pleine mer, et hiverner peut-être sur la côte nord de l'Amérique.
L'hiver passé à Port-Bowen fut pareil à ceux de l’île Melville.et d'Igloolik ; les matelots travaillaient à à :vole , et se divertissaient à des mascarades. L'expérience avait appris à nos navigateurs par quelles précautions ils devaient assurer leur chauffage et leur bien-être. En plaçant des poëles jusqu'au fond de la cale, et par quelques autres arrangements, ils parvinrent à entretenir dans les navires une température uniforme de 50 à 33° ; aussi la santé des marins eut-elle moins à souffrir dans ce voyage que dans toutes les expéditions précédentes. Le 20 juillet 4825, la rupture des glaces permit à nos voyageurs de commencer leurs opérations actives ;
RE Pb
Gérsrsdnr hs: an Spb. RIT Be de Sue te Fe: S 6 Serres .
et peut-être n’eussent-ils rien perdu à un retard de quelques jours, que la prudence leur commandait, Ils entreprirent de longer la côte orientale du passage du Régent ; mais les énormes masses de glaces qui flottaient dans le milieu de ce détroit se rapprochèrent par degrés des navires, et les poussèrent enfin sur le rivage. La Furie se trouva si avariée, que, malgré quatre pompes toujours à l'ouvrage, on pouvait à peine la maintenir à flot, grâce aux efforts réunis des matelots et des officiers, On essaya de la réparer, en la hissant au préalable sur un banc de glace : mais un ouragan survint, entraina une énorme quantité de glaces, jeta une seconde fois la Furie sur le rivage, et l’endommagea tellement, qu'il fallut se résoudre à l'abandonner avec tous ses agrès. Les officiers et les matelots montérent à bord de l'Hécla, et l'expédition revint en Angleterre. Le capitaine Parry n'avait pénétré aussi avant dans le détroit du Régent que lors de son premier voyage.
Ainsi désappointé dans l'espoir qu’il avait de trouver passage au nord-ouest , le capitaine ( maintenant sir Edward) Parry n’abandonna pas tout d'abord ses plans de découvertes septentrionales. 11 lui parut possible d'arriver au pôle nord à l'aide de bateaux légers et de traîneaux, qu’on emploierait alternativement, suivant que l’on aurait à lutter contre des barrières de glaces ou contre les vagues de la pleine mer. Un plan présenté comme réalisable par des hommes tels que Parry, Franklin et Scoresby, avait droit à être attentivement examiné. La Société Royale l’appuya de sa recommandation auprès de l'Amirauté, qui rééquipa l’Hécla pour cette expédition, et la mit sous les ordres du capitaine Parry. On construisit deux barques, qui réunissaient au plus haut degré les qualités requises de force et de légèreté; elles furent recouvertes d’un canevas imperméable , et doublées de feutre; on plaça aussi en dessous , de chaque côté de la quille, des itagues de palan, afin qu’au besoin elles servissent de traineaux.
Le capitaine Parry partit au mois d'avril 4827. A Hammerfert, en Norwége, il prit à son bord huit rennes destinés à le trainer sur la glace , ainsi qu’une quantité de. mousse pour les nourrir. On perdit beaucoup de temps à mener le na-
CHAP
vire au trouva des cor turer t situatic dans ui furent Enfi gulière daient rabotet Dès lo entrept arrivaic fallait a ils atte eux leu gées, Si ble mét faire en la nuit, trouva ils avai les heu le couc heures passé, à la nuit glace l s’envel mir. Le distance néanm leurm à cinq Q de lati la para semble directi
tr'e-
ent ; mis, et a si age, unis bn la agan une agea tous d de aine gent
pasard ) ertes ord à loieontre mer.
8 que ment ation expé- | COnré les eCou- >; On 8 itatrai-
Anmerinés à
pour e na-
CHAP,. XIL PARRY. 191
vire au nord ; et, lorsqu’enfin on atteignit aux glaces, on les trouva tellement bouleversées par la violence des ouragans et des commotions marines, que l’on jugea impossible d'y aventurer une expédition. Les périls auxquels, dans une pareille situation, le navire était exposé , et la nécessité de le placer dans un hâvre sûr avant que le capitaine reprit son voyage, furent l’occasion de nouveaux retards.
Enfin, le 22 juin, nos aventuriers commencèrent leur singulière exploration. La surface des glaces, qui ne s'étendaient nulle part en plaine compacte , était trop àpre et trop raboteuse pour qu’on pût atteler les rennes aux tratneaux, Dès lors, il fallait une ardeur approchant de la folie pour entreprendre une expédition aussi fatigante. Les voyageurs arrivaient-ils à une mare d'eau étendue sur les glaces, il leur fallait alors lancer leurs chaloupes, et s’embarquer. Avaientils atteint la rive opposée , ils étaient obligés de tirer après eux leurs chaloupes , non sans les avoir au préalable déchargées, sur des pics de glace escarpés et dangereux. Cette pénible méthode, appliquée, pour ainsi dire, sans relâche, leur fit faire environ huit milles en cinq jours. Ils ne voyageaient que la nuit, afin d’être moins incommodés par le reflet de la neige, trouvant d’ailleurs alors la glace plus ferme et plus consistante; ils avaient, en outre, l'avantage de se livrer au repos pendant les heures les plus chaudes de la journée. Quelque temps après le coucher du soleil, ils déjeùnaient; puis, après quelques heures de travail, ils faisaient leur principal repas. Minuit passé, aux approches du jour, ils faisaient halte, comme pour la nuit , fumaient leurs pipes, regardaient sur le désert de glace l’espace qu'ils auraient à parcourir le lendemain, puis, s’enveloppant de leurs fourrures, ils se couchaient pour dormir. Le 22 juillet, ils firent dix-sept milles, la plus grande distance qu'il leur eût été donné de parcourir en un jour; néanmoins les retards qu'ils avaient déjà subis suffisaient pour leurmontrer l'impossibilité d'atteindre le pôle,qui était encore à cinq cents milles d'eux. Ils s'étaient avancés jusqu’au 820 40? de latitude, et bornaient maintenant leur ambition à atteindre la parallèle du 83° ; mais, justement lorsque l’état des glaces semblait devenir favorable à leur projet, le vent changea de direction, souffla vers le nord, et les égara dans un sens op
RE RTE Lis
ri de Li on 5 2 Jar TS
neige
# APR DER |, Li?
(| } fl M } Î
tire
ÉRPRRSE
pion ps
posé à celui qu’ils avaient suivi; de sorte qu'après avoir fait à grand'peine dix ou onze milles sur la glace , leurs observations leur prouvèrent qu’ils étaient à quatre milles au sud de la position qu'ils avaient occupée le 22 ; ce qui revient à dire que les tourbillons de neige les avaient en quelque sorte emportés à quatorze milles au sud. Dans de telles circonstances, il était évidemment inutile de persister davantage. Nos voyageurs revinrent, en conséquence, sur leurs pas, et rejoignirent le navire dans la crique de l'Hécla, le 21 août, après être restés deux mois sur la glace. Leur tentative pour atteindre au pôle avait complètement avorté, et il leur restait pour toute consolation de penser que peut-être ils avaient pénétré d'un degré plus loin vers le nord qu'aucune des expéditions antérieures, au moins de celles que l’on tient pour authentiques.