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capitaine Franklin , le docteur Richardson, MM. Back et Kendal se rendirent alors à New-York. Leurs instructions leur recommandaient de former leurs établissements d'hiver dans le voisinage du grand lac Ours, et de descendre la Mackenzie pendant l'été de 1826. Arrivés à l'embouchure de cette rivière, ils devaient se séparer ; le capitaine Franklin et M. Bach se dirigeant à l’ouest, pour essayer € atteindre le détroit de Kotzebue , où ils pourraient espérer rencontrer la frégate Blossom (la Fleur), commandée par le capitaine Beechy; le docteur Richardson et M. Kendal allant au contraire du côté de l'est , afin de reconnaître toute la ligne de côtes comprise entre les rivières Mackenzie et Coppermine.
Partis de New-York, les chefs de l'expédition visitèrent d'abord lé Niägat; puis, après avoir travérsé lé lac Supérieur, ils rencontrèrent les barques dans la rivière Méthye, le 29 juin 1898. Ce lieu ést situé par 565 10’ dé latitude et 108° 55’ de longitude, presqu’au point le plus élevé du bassin dont les eäux coulent à l'est dans la baié d'Hudson. Îls avaient déjà fait deux cent quatre-vingts milles, et les barques douze cents milles.
Une fois embarqués sur la Mackenzie, nos voyageurs eurent une navigation facile. Divers points du pâys qu'ilstravérsérent, entré l’île dé la Crossé et la Mackenzié, ne leur offrirent souvéht autour d'eux qué d'imménsés huagés de fumée s'élévant de forété Eh feu, Htais ils he purénit s’assurér si des incendies étaient lé résultat déla malveiliartcé dés Indiéhs ou simplement de leur négligénice. Sous lè 82% de latitude se trouvé situé le fort Simpson ; au confluent de la Mackenzie et de la rivière dés Môntagnés , qui descend de l'occident; c'ést par cette rivière qué les marchands américains se procurent des provisions, et, eñtré autrès denrées, des pommés de terre, dont la culture à été très-avahtagéusement introduite dans cetté région éloignéé: La Mackenzie, qui jusqué là n’à qu’un demi: mille ou qu’un millé de largeur, s’étend au-dessous du fort Simpson sur ühe étendue d'environ deux milles. Nôs voyageurs n'étaient pas alürs à une grande distance du grand lac
Oùrs, et, comme la bonne saison devait durér eñicoré cinq ou six semaines, il fut résolu que Île capitaine Franklin et M. Kendäl descendraient la rivière jusqu'à la mer, et recon-
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naîtraient son embouchure, abrégeant ainsi considérablement les opérations de l’été suivant. Le docteur Richardson devait en même temps relever la côte orientale du grand lac Ours, tandis que M. Back était chargé de diriger et de surveiller les préparatifs de l’hivernage.
A l'entrée de la rivière du lac Ours, on remarque une montagne dont le sommet se compose d’un grand nombre de pics isolés, rangés de la manière la plus irrégulière ; cette montagne est entièrement calcaire, et un liquide bitumineux de couleur noire coûle sans cesse sur ses dernières pentes. La rivière du lac Ours est d’une limpidité parfaite , tandis que les eaux de la Mackenzie sont blanches et sablonneuses, A quelques milles au-dessous de la rivière du lac Ours, et près de son embouchure, on trouve sur les bords de la Mackenzie des couches d’excellent charbon, qui étaient en feu en 1825 , ainsi que Mackenzie l'avait déjà remarqué dans son voyage à la mer, et d’où s’exhalaient des odeurs très-désagréables. Des expériences faites plus tard, aux quartiers d'hiver du grand lac Ours , apprirent à nos voyageurs que ce charbon ne donnait qu'une très-faible chaleur , et qu'il ne pouvait pas servir aux forgerons. Les rives de la Mackenzie renfermaient également des couches d’une sorte de boue onctueuse dont les Indiens du voisinage se servaient en guise de nourriture durant les époques de famine, et qu’en tout autre temps même ils mâchaient par plaisir. Cette boue avait le goût du lait et une saveur assez agréable; nos voyageurs l’employèrent paur blanchir les murailles de leurs habitations, usage auquel elle leur parut parfaitement propre.
Au-dessous de la rivière du lac Ours, la Mackenzie présente, en certains endroits, de grands et de magnifiques paysages, Ainsi, par exemple , dans un lieu appelé les Remparts, elle coule pendant sept milles avec une largeur qui varie de quatre cents à huit cents verges, au travers d’un défilé dont les murailles latérales ont quelquefois cent cinquante pieds de hauteur. De petits ruisseaux tombant de ces rochers les métamorphosent en grosses tours rondes, tandis que de nombreuses grottes ou cavernes, semblables à des arcades gothiques , donnent çà et là aux collines l'aspect d'une vieille cathédrale. Le 140 août, le capitaine Franklin arriva au
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fort de Bonne-Espérance, le plus éloigné de tous les établissements de la compagnie. La dernière demeure des hommes civilisés que la passion du gain détermine à braver les rigueurs d'un climat aussi rigoureux, se trouve située par 68° 28° 21” de latitude et 150° 51° 38” de longitude. Ce fort fut fondé dans le but d'établir des relations commerciales avec une tribu d’Indiens appelés Loucheux , qui ressemblent aux Esquimaux , dit le capitaine Franklin , par leurs manières et leur aspect général, mais dont les yeux sont plus proéminents et plus gros ; ainsi que ce dernier peuple , ils ont également l'habitude de se percer le nez et de suspendre dans ces trous des os ou des coquillages.
En approchant de la mer, le capitaine Franklin n’éprouva aucune difficulté sérieuse, seulement il eut quelque peine à se diriger dans les bras innombrables du fleuve, Les rives de la Mackenzie sont, de même que ses iles, entièrement composées de terrains d’alluvion ; des saules couvrent leurs bases et des sapins couronnent leurs sommets. Après deux jours de navigation au travers de ces canaux, nos voyageurs découvrirent enfin l'Océan. L'eau était encore tout-à fait douce, ils ne la trouvèrent salée que lorsque, s'étant dirigés vers une ile située à quelque distance, ils perdireni entièrement de vue la côte orientale. Une ligne d’écume marquait les limites de l’eau douce ; au-delà de cette ligne l’eau devenait amère, et à trois milles de l’île ils eurent enfin le plaisir ineffable de la trouver (lécidément salée. Du côté du nord, l'Océan peraissait entièrement dégagé de glace. Un grand nombre de veaux marins et de baleines noires et blanches se promenaient en jouant au-dessus de sa surface. L’ile sur laquelle le capitaine Franklin débarqua et qu'il nomma üle Garry, a environ cinq milles de-long sur deux milles de large, et semble n'être qu'une masse de boue gelée offrant l'aspect d'une terre végétale dans quelques parties exposées au soleil. On y planta le pavillon de l’Union , et le capitaine Franklin déposa au pied du mât une lettre contenant la relation de son voyage, et adressée au capitaine Parry, dans le cas où le capitaine Parry approcherait de cette île. Une seconde lettre semblable à la première, et enfermée dans une boite imperméable, fut lancée à la mer. La marée ne s'élevait que de trois
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pouces, et la position de l’ile Garry fut déterminée par 69° 20° de latitude et 1355° 41” de longitude. Ainsi Mackenzie n'avait commis que de légères erreurs dansses calculs concernant la latitude de cette rivière, et le capitaine Franklin prouva àsesaccusateurs que Mackenzie s'était montré digne de confiance lorsqu'il prétendit avoir atteint l'Océan sans reconnaitre que l’eau fût salée. « Il est probable, dit le capitaine Franklin, que, si à l’époque de son voyage, la mer eùût été complètement dégagée de glace, il n'eûtcependant pas pu aller assez loin pour reconnattre l’eau salée, bien qu’un horizon sans limites, le phénomène de la marée et la vue des veaux marins et des baleines dussent naturellement le convaincre qu'il était parvenu jusqu'à l'Océan. Le relèvement des côtes de la Mackenzie, fait durant notre expédition , diffère peu de celui de ce voyageur distingué, dont nous avons eu plus d’une fois l’occasion d'admnirer la véracité. »
Après avoir reconnu aussi heureusement l'embouchure de la Mackenzie, nos voyageurs songéèrent à leur retour. La rivière avait beaucoup baissé, et il devenait par conséquent de plus en plus difficile de remonter les rapides. N'oublions pas de le remarquer, vers la fin d'août la chaleur était presque insupportable ; à l'ombre, le thermomètre marquait 66», au soleil il s'élevait à 76°; à la même époque la réfraction de l'atmosphère était très-forte. Les montagnes prenaient les formes les plus extraordinaires, et même à une faible distance les rives du fleuve paraissaient avoir une élévation telle qu'on pouvait à peine les reconnaitre.
Le 5 septembre, le capitaine Franklin et ses compagnons arrivèrent à la résidence d'hiver, située sur les bords du grand lac Ours et que, pendant son absence, les officiers avaient appelée le fort Franklin. Le docteur Richardson était déjà de retour ; il avait achevé le rciévement de la côte nordest du lac qui, sur ce point, n'est pas éloignée de la rivière Coppermine, et déterminé également le lieu où l'expédition orientale se dirigerait la saison suivante, Le fort Franklin se composait de diverses maisons très-confortables bâties sur un banc de sable à vingt-cinq pieds au-dessus du lac, Du côté du nord, une chaine de collines d’une hauteur moyenne bornait la vue et abritait l'établissement, Au midi s'ouvrait le
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bras sud-ouest du lac Ours, large d'environ quatre milles à cet endroit. Le bois ne pouvait pas manquer ; on trouvait à une faible distance une immense quantité d'arbres dont quelques-uns avaient cinquante pieds de haut. Le nombre des individus réunis au fort s'élevait à cinquante, en y comprenant les chasseurs canadiens et indiens avec leurs femmes et leurs enfants.
Lorsque l'hiver fut venu, les officiers s’amusèrent à dessiner et à prendre des notes. On établit aussi une école pour instruire et occuper les hommes. Plus tard, lorsque les oiseaux de passage eurent complètement disparu, l'aspect du pays devint d’une tristesse affreuse ; mais le 41 octobre il tomba beaucoup de neige, et alors commencèrent les amusements et les occupations d’un hiver du nord. La prem'ère nouvelle que la terre était suffisamment couverte de neige pour qu'on pût voyager avec des traineaux atte}és de chiens causa une joie générale.
Après la célébration religieuse des fêtes de Noël, les officiers donnèrent un bal auquel prirent part ou assistèrent soixante personnes formant un mélange bizarre d’Anglais, d'Écossais des hantes terres, de Canadiens français, d'Esquimaux et d’Indiens de quatre tribus différentes. Cependant, durant le mois de février, on commença à craindre une disette, les provisions étaient épuisées et la pêche devenait improductive ; il fallut réduire tontes les rations. Heureusement cette famine ne dura pas long-temps; les chasseurs tuèrent un daim qu'ils avaient chassé pendant six jours ; la pêche redevint abondante et des provisions arrivèrent des établissements de la compagnie, Au mois d'avril la chaleur commença à se faire sentir, bien que la terre restât toujours couverte de neige. Le docteur Richardson et M. Kendal achevèrent de lever le plan du grand lac Ours, tandis que les hommes demeurés au fort étaient occupés à bâtir une grande barque.
Le 22 juin toute la colonie s’embarqua pour aller essayer d'atteindre enfin le but principal de l'expédition. Le temps était alors très-chaud, Le thermomètre marquait 71° à l'ombre. Le 4 juillet suivant, nos voyageurs arrivèrent à la Fourche, où les bras principaux de la Mackenzie se séparent pour couler à l'est et à l’ouest. Parvenus à cet endroit, qu'ils
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nommèrent le Point de Séparation, ils se divisèrent en deux corps qui devaient, selon leurs instructions, aller, l’un vers l’est, l’autre vers l'ouest, « A six heures du matin, be 4 juillet , dit l’auteur de la relation que nous analysons, les barques furent toutes chargées et prêtes pour le départ, Il était impossible de ne pas être frappé de la différence qu'il y avait entre notre état complet d'équipement et celui dans lequel nous nous étions embarqués lors de notre premier voyage si désastreux. Au lieu d’un frêle canot et de provisions insuffisantes, nous allions commencer notre voyage de mer dans des barques excellentes remplies de vivres pour trois mois. D'après le désir du docteur Richardson, l’expédition occidentale s’embarqua la première, Le docteur et ses compagnons nous saluèrent de trois acclamations affectueuses auxquelles nous répondimes avec émotion, et, comme nous tournions le cap qui devait les dérober à notre vue, nous les aperçümes occupés à s'embarquer. »
Dès que le capitaine Franklin eut quitté l'embouchure de la rivière et atteint l'Océan, il entra dans une large baie, sur les rives de laquelle ii 2perçut bientôt une troupe d'Esquimaux, Ces sauvages vinrent en si grand nombre rôder autour des barques , qne nos voyageurs désespérèrent de pouvoir compter leurs canots aprés avoir dépassé le chiffre de soixantetreize. Leur interprète, nommé Auguste, leur apprit alors que les étrangers ne se proposaient, en visitant leurs côtes, que d'établir des relations commerciales. A cette nouvelle ils montrèrent la joie la plus extravagante, mais le trafic très-restreint qu'on fit avec eux en cette occasion tenta plutôt leur cupidité qu'il ne satisfit leurs désirs ; les barques échouées à un mille de la côte furent bientôt entourées d’environ trois cents Esquimaux qui, d’abord importuns et bruyants, devinrent enfin assez hardis pour tenter de commettre des vols. Lorsqu'on les eut découverts et dépouillés de ce qu'ils avaient pris, ils entrèrent dans une grande fureur et semblèrent combiner ensemble un plan d'attaque simultanée. Brandissant en l'air leurs couteaux , ils essayaient de se rendre maitres des barques. Cette lutte singulière se continua pendant quelques heures et se termina enfin sans aucune effusion de sang; car les Anglais eurent la patience
de ne pas se servir de leurs armes à feu, tandis que les Esquimaux se propnosaient seulement de s'emparer de tout ce que possédaient les étrangers sans leur faire aucun mal. Le danger passé, Auguste débarqua pour reprocher aux Esquimaux l'inconvenance de leur conduite, et ils le reçurent en chantant et en dansant. A sa grande surprise , ces chansons et ces danses lui parurent pareilles à celles que chantaient et dansaient ses concitoyens dans des occasions semblables.
Les barques continuèrent alors leur voyage le long de la côte avec un bon vent dans une direction ouest-nord-ouest ; mais à peine eurent-elles fait quelques milles qu’elles furent complètement arrêtées par une banquise attachée solidement à la terre et s'étendant à perte de vue du côté de la mer. Nos voyageurs reconnurent alors qu'ils étaient arrivés assez à temps pour assister à la première rupture des glaces. Ils tirèrent en conséquence leurs barques sur le rivage, car un délai de quelques jours leur semblait inévitable, À peine furentils campés qu'une troupe d'Esquimaux vint leur rendre visite ; ces Esquimaux appartenaient à une tribu très-pacifique et très-inoffensive ; ils gambadaient de joie lorsqu'Auguste leur expliqua les avantages que devaient leur rapporter par la suite leurs relations avec lés étrangers. C'était la première fois qu'ils voyaient des hommes blancs. Dès qu'on leur eut donné des alènes et des hamecons, ils se les pendirent au nez en guise d’ornements; mais, outre leur nez, leur lèvre inférieure était également percée de chaque côté de trous dans lesquels ils plaçaient, ainsi que les naturels de certaines parties de la côte nord-ouest de l'Amérique, des pièces d'ivoire rondes ornées à leur centre d’un gros grain de collier bleu. Les hommes étaient plus grands et plus robustes que ceux des autres tribus d'Esquimaux rencontrés jusqu'alors sur la côte orientale, et, bien que les pommettes de leurs joues fussent moins saillantes, ils avaient cependant les principaux traits caractéristiques de leur nation, c'est-à-dire des petits yeux et un gros nez épaté. Ils apprirent à nos voyageurs que, dès que le vent soufflerait fortement de la terre, les glaces s'éloigneraient du rivage de manière à laisser un passage aux barques, et qu'elles resteraient au large jusqu'à la réapparition des étoiles. Un peu plus loin à l'occident,
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ajoutèrent-ils, les glaces restent souvent attachées à la terre pendant tout l’été, et, si elles s'en séparent quelquefois, elles ne s'en éloignent qu’à une très-faible distance, et y reviennent dès qu’un vent un peu fort souffle de la mer. Des
barques ne pourraient naviguer dans ces parages , car les
glaces y sont sans cesse ballottées par les vagues. Enfin, les Esquimaux parurent surpris que les hommes blancs ne fussent pas pourvus, ainsi qu’eux-mêmes , de traineaux et de chiens pour voyager par terre toutes les fois que de pareils obstacles se présenteraient. Leurs maisons sont construites de bois flotté que des courants d'est apportent toujours en grande abondance sur cette côte où le capitaine Franklin trouva des troncs de sapins de trente-six pieds de long et de sept pieds de circonférence. *
Dès que la rupture de la glace permit à nos voyageurs de s’embarquer , ils s'efforcèrent, non sans difficulté et sans danger, d'atteindre une ile à laquelle le capitaine Franklin donna le nom du savant Herschell. Dans cette île, ils rencontrèrent encore des Esquimaux assez bien approvisionnés de couteaux et d'autres ustensiles de fer ; interrogés sur la manière dont ils se procuraient ces divers objets, ils répondirent qu'ils les recevaient principalement d'une tribu d’Esquimaux, habitant à une grande distance du côté de l'occident, et à laquelle les jeunes gens allaient tous les printemps vendre des fourrures, des peaux de veau marin et de l'huile. Quelques Indiens descendent aussi une rivière qui se jette dans la mer Polaire, presqu’en face de l’ile Herschell, et font un semblable trafic. Ces Esquimaux supposaient que les Indiens et les Esquimaux avec lesquels ils trafiquaient tiraient leurs marchandises des Kabloonacht, ou peuple blanc qui habitait du côté de l’est un pays très-éloigné. Ainsi il paraît que les produits d’une manufacture russe se débitaient parmi les Esquimaux à l’est de la rivière Mackenzie.
Le peu de profoudeur de l’eau le long du rivage, la grande quantité de blocs de glace dont la mer était couverte ct d'épais brouillards arrétèrent tellement ses progrès que l’expédition commença à désespérer de pouvoir accomplir l’objet de sa mission, Une large rivière qui se jette dans la mer près du méridien du 1419, et qui sépare les territoires anglais et
9214 DÉCOUVERTES MODERNES. LIY, Y.
russe, reçut le nom de rivière Clarence. Une boîte contenant une médaille du roi fut déposée en ce lieu, et trois acclamations saluèrent le drapeau de l’Union qu'on y avait arboré. Un peu plus loin on découvrit une autre rivière qu’on appela la rivière Canning. L'eau de la mer était encore douce à trois milles au-delà de l'embouchure de cette rivière. Les brouillards devinrent alors si épais qu’ils forcèrent les voyageurs à tirer leurs barques sur le rivage et à attendre que le temps se fût assez éclairci pour leur permettre de continuer leur navigation difficile au travers de la glace; ce retard détruisit les dernières espérances de succès qui leur restaient encore, Le 16 du mois d’août ils ne se trouvaient qu’à moitié chemin du cap Glacé (Zey cape). L'hiver avançait rapidement, et pendant la nuit le thermomètre s'élevait rarement audessus de trente-sept degrés, Le capitaine Franklin résolut en conséquence de retourner immédiatement, plutôt que d’exposer la vie de ses compagnons dans une entreprise désespérée. La dernière observation fut faite près de l'Ecueil du Retour (Return Reef), sous le 70° 26’ de latitude et le 4480 52’ de longitude. Le 50 août les barques atteignirent l'ile Garry, et peu de temps après elles entrèrent dans une helle rivière que les voyageurs regardaient comme l’une des embouchures de la MacKnzie; aussi ne reconnurent-ils leur erreur que lorsqu'ils eurent aperçu des montagnes à l’est. Cette rivière, à laquelle le capitaine Franklin donna le nom de Peel, avait une largeur qui variait en certains endroits d'un quart de mille à un demi-mille. Ses rives étaient , ainsi que celles de la Mackenzie, ombragées de peupliers, de bouleaux et de saules. Le 21 septembre, l'expédition arriva an fort Franklin, après avoir accompli en trois mois un voyage de deux mille quarante-huit milles, Elle avait relevé trois cent soixante-quatorze milles de côtes à l’ouest de la Mackenzie, et reconnu que sur une si grande étendue il n'existait pas un seul port dans lequel un vaisseau püt trouver un abri,
L'expédition du docteur Richardson n’éprouva pas les mêmes difficultés, Favorisée peut-être par le courant qui va de l'ouest à l'est , elle navigua le long d’une côte plus sûre; dans une mer plus profonde et par conséquent moins embar-
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rassée de glaces. Le nombre considérable et les manières turbulentes des Esquimaux la menacèrent aussi de quelques dangers ; mais le docteur Richardson reconnut que ce peuple était intelligent et nullement féroce. Lorsqu'on le traitait avec douceur et fermeté tout à la fois, il ne manifestait plus aucun sentiment d’hostilité. Une fois encore, les Esquimaux tentèrent dé s'emparer des barques; mais, à la vue des armés à feu, ils renontèrent à leur projet et s'éloignèrent des Anglais, en s'écriant : « L'amitié estun bien ! » Les Indiens et les Esquimaux apptirent au docteur Richardson qu’à une courte distance du rivage se trouvait un grand lac qui n'avait pas moins de cent cinquante milles de l'est à l’ouest, et dont on atteignait lés bords en quatre jours de marche, depuis le fort de Bonné-Espérance ; le lac Esquimaux , ainsi s'appelle cette petite mer, est, dit-on, pârsemé d'ilés ; il communique avec la Mackenzie, et reçoit en outfé les eaux de deux autres grandes rivières. Le docteur Richardson suivit les côtes de deux vastes baiés nornmées, la première, baié de Liverpool, et la deuxièmé, baié Franklin. Le rivage oriental de la baie Franklin, qui couft sur un assez long espace vers lé notd, lui causa qüelqués inquiétudes. Mais, en tournant lé cap Patry, il vit la côte s’inelinet au midi et à l'est aussi loin que la vue pouvait s’étendré. Comihe il approchait de l'embouchure de la rivièré Copperiine, il découvrit at nord une terre qu’il craignit de trouveï réunie 4u continént d'Amérique. Toutefois, en s’avançant plus loin, il reconnut qu’elle en était séparée pat un canal de douze à vingt millés dé largeur. Cette ile, dont la côté, en apparence continue, fut observée sur uné étendue d'énviron cent milles, reçut le nom de terre Wollaston. Le 7 août, les barques étaient parvenues dans le golfe du Couronnement jusqu’à l'endroit exploré par la première expédition. La longueur de la côte reconnüe entre les rivières Mackenzie et Coppermine dépassait deux cent deux milles. Le succès qui avait jusqu'alors favorisé l’expédition ne se démentit pas, et le 42° septembre elle atteignit le fort Franklin sans avoir éprouvé aucun accident:
Afin de compléter autant que possible la reconnaissance des côtes septentrionales du continent américain, le gouvornement y envoya deux expéditions chargées de seconder
celles du capitaine Franklin et du docteur Richardson. Le 40 juin 1824 , le capitaine Lyon s'embarqua en Angleterre sur le Griper, porteur d'instructions qui lui ordonnaient d'hiverner dans la baie Aépulse, et au printemps sui-
vant de se rendre de cette baie sur les côtes septentrionales
du continent américain, qu’il relèverait alors du côté. de l’occident ; son travail, réuni à celui du docteur Richardson, devait ainsi achever de nous faire connaître entièrement les côtes de la mer Polaire, depuis leur point le plus accessible jusqu’à l'embouchure de la rivière Mackenzie. Mais le voyage entier du capitaine Lyon ne fut qu'une lutte continuelle contre le mauvais temps ; il n’arriva que fort tard dans le détroit appelé Sir Thomas rowe’s Welcome, où les glaces et des vents contraires l’empéchèrent d'avancer ; après avoir perdu toutes ses ancres , il se vit obligé de renoncer à son entreprise et de retourner en Angleterre.
Le capitaine Beechey, parti sur la frégate Blossom , reçut l'ordre d'hiverner dans le détroit de Kotzebue et de chercher, pendant l'été de 1826, un passage à l’est, en tournant le cap Glacé de manière à rencontrer l'expédition du capitaine Franklin. Les glaces empéchèrent la Blossom de doubler le cap Glacé. Mais M. Elson, le contre-maitre, fut chargé de continuer le voyage dans une barque, aussi loin qu'il le pourrait du côté de l’est. Le 22 août, il atteignit une pointe de terre basse et sablonneuse à laquelle les glaces étaient solidement attachées , et comme un vaste champ de glace compacte s’étendait à perte de vue du côté du nord. M. Elson fut obligé de renoncer à toute espérance de, pénétrer plus loin. Ce point, qui est la partie la plus septentrionale du continent connue aujourd'hui, est situé à cent vingt milles du cap Glacé, par 71° 23° 59” latitude ct 154° 24” longitude. La côte reconnue par M. Elson était plate, couverte d’un grand nombre de lacs et de rivières, et surtout trèspeuplée. Les habitations d'hiver des Esquimaux avoisinent les côtes de la baie. Ainsi le point où s'arrêta le capitaine Franklin le 48 août, pour retourner à la Mackenzie, n'est éloigné que de cent soixante milles de celui qu'atteignit M. Elson quatre jours plus tard.
Si le capitaine Franklin eût su qu'en persévérant dans ses
illustre passa I
* efforts seulement pendant quelques jours encore, il pouvait . rejoindre ses amis, il se fût probablement décidé à braver À #4 tous les dangers et à continuer son voyage. Ainsi, à l’excep- | Fe tion de cette courte étendue de cent soixante milles, les An- | hi glais opt exploré avec autant de courage que de persévérance | sl une ligne non interrompue de côtes depuis le « ‘oit de Î Q û , Q { n. Behring jusqu’au 108 de longitude. | les ble 18e lle déel CHAPITRE XV.
voir son VOYAGES DE M. DE HUMBOLDT.
t Rapports de la géographie et des sciences physiques. — Education de M. de Humeçu boldt. — 11 forme le projet de visiter l'Egypte et l'Orient. — Il se rend en Espaher à gne. — On lui conseille de visiter les colonies espagnoles de l'Amérique. — Il fait l'ascension du pic de Ténériffe. — 11 arrive à Cumana.— Tremblement de terre. Cap — Caracas, — Les goulus de mer. —1l fait l'ascension du Silla de Caracas. — Il aine visite le lac de Valencia. — Vigueur de la végétation. — L'arbre qui produit du or] lait. — Voyage au travers des Ilanos. — Le gymnotus ou l’anguille électrique. — r 1e Manière de prendre ces animaux. — Leur force. — Remarques sur les crocodiles. 5 de — M. de Humboldt remonte l'Orénoque. — Concert des bêtes sauvages. — Le ca- & ribito.— Voyage au travers d'une forêt inondée.— Les dauphins parmi les arbres. out — Descente du Rio-Negro. — M. de Humboldt détermine la position de la jonc- » de tion du fleuve des Amazones et de l'Orénoque.— 1l navigue sur le Cassiquiare qui li- les réunit, — J1 descend l'Orénoque. — Catacombes d'Ataruipo. — Il arrive à 50 Angostura. — Il retourne à Cumana.— 11 se rend à la Havane.— Ses occupations om- dans ce dernier pays.
\son is plus Ainsi que nous l'avons montré dans un précédent chapitre, e du
les progrès de l'astronomie servaient depuis long-temps déjà à corriger les erreurs de la géographie, et ils avaient fourni aux navigateurs les moyens de dresser une carte exacte de la surface du globe. Mais les rapports qui existent entre la géographie et les sciences physiques en général n'étaient pas encore étudiés et compris ; ce fut senlement de nos jours que son zèle , ses connaissances et ses talents rendirent un voyageur capable de tenter et de mener à bonne fin une si importante entreprise. M. Alexandre de Humboldt, l'homme illustre dont nous voulons parler, naquit à Berlin l'an 1769, passa plusieurs années de sa jeunesse aux universités de Gœt-