‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 89 sur 178 · SES · texte numérisé non relu

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étroit qu’ils pouvaient à peine s’y asseoir commodément ; le froid était très-vif, et le vent d'ouest soufflait avec violence ; mais la richesse, la variété et l’étendue de la vue qu'ils avaient sous les yeux les récompensèrent amplement de leurs fatigues et de leurs peines. La transparence de l'air rendait le panorama beaucoup plus vaste et beaucoup plus net qu'il ne l’eût été sous un climat plus froid. Par un beau temps, on peut, du haut du pic, découvrir presque tout l'archipel des îles Fortunées , et M. de Humboldt calcula que l’œil embrasse une surface du globe égale au quart de l’Espagne. Nos voyageurs descendirent sans danger au fond du caldera ou du cratère ; le volcan, éteint probablement depuis des milliers d'années, n’est plus aujourd’hui qu'une solfatare d'environ cent pieds de profondeur, exhalant toutefois par les fissures de ses côtés des vapeurs chaudes qui font monter à cent soixante degrés le thermomètre placé dans ces fissures. Les deux savants redescendirent sains et saufs rapportant de leur voyage une bouteille d'air recueilli au sommet du pic pour faire des expériences chimiques.

Au mois de juillet suivant, MM. de Humboldt et Bonplan arrivèrent au port de Cumana dans l'Amérique du Sud, et ils passèrent quelques semaines dans cette ville à vérifier leurs instruments, à former des collections botaniques et à examiner les traces du grand tremblement de terre du mois de décembre 1797. M. de Humboldt détermina par des observations astronomiques la longitude et la latitude de Cumana, placée sur la plupart des cartes au moins à un demi-degré au midi de sa véritable position. Jusqu'au commencement du siècle actuel, toute la côte de la Terre-Ferme avait été trop rapprochée du sud ; le courant voisin de l’île de la Trinité et qui se dirige vers le nord, trompant les navigateurs dans leurs calculs, leur faisait croire qu'ils se trouvaient beaucoup plus éloignés du nord qu’ils ne l'étaient réellement. Les habitants de Cumana n’ont pas de plus grand plaisir que de se baigner dans les eaux du Manzanarès , rivière parfaitement limpide et pure qui traverse la ville. Quand on se rencontre le matin, on ne se demande pas : Quel temps fait-il? mais bien : Les eaux du Manzanarès sont-elles fraiches aujourd'hui ? Des sociétés tout entières, vêtues d’habits fort légers,

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s’asseoient sur des chaises disposées en cercle à l'endroit le plus frais du courant; elles y passent la veillée, servies par des noirs qui viennent leur apporter quelques verres de limonade ou leur présenter des cigares. Hommes et femmes se livrent ainsi aux plaisirs de la conversation au milieu de la rivière, sans s'inquiéter des petits crocodiles ou bavas qui deviennent de plus en plus rares et qui n’attaquent presque jamais l'homme, ni des dauphins du golfe qui remontent le fleuve pendant la nuit et qui effraient cependant quelquefois les baigneurs, en soufflant de l’eau par leurs évents.

De la péninsule d’Araya et des Lagunes salées des côtes voisines de Cumana, nos voyageurs se rendirent au travers de forêts de paliniers et de fougères arborescentes aux missions des Indiens situées dans les montagnes de l’intérieur. Les forèts devenaient de plus en plus épaisses , et la végétation de plus en plus vigoureuse à mesure qu'ils approchaient du couvent de la vallée de Caripé , qu’a rendue à jamais célèbre la fraicheur extraordinaire de son climat, et plus encore la grande Cueva ou caverne du Guacharo. Dans un pays où le peuple aime tout ce qui est merveilleux , une caverne qui donne naissance à une rivière et qui est habitée par des milliers d'oiseaux nocturnes dont on emploie la graisse pour assaisonner la plupart des mets dans les missions, est un sujet inépuisable de conversations et de discussions sans fin.

La caverne, que les naturels appellent une mine de graisse, ne se trouve pas située dans la vallée de Caripé elle-même, mais à une distance de trois petites lieues à l’ouest-sud-ouest. Elle s'ouvre dans la paroi verticale d’un rocher et forme à son entrée une voûte de quatre-vingts pieds de large et de soixante-douze pieds de haut. Des arbres d’une hauteur gigantesque couvrent le rocher qui domine cette voûte. Diverses plantes grasses ont pris racine dans les fissures de ce roche des plantes grimpantes, agitées par le vent, pendent et: mm .nten festons devant l'entrée de la caverne. Cette bell. ‘égétation n’embellit pas seulement l’extérieur de la voûte, elle orne mème le vestibule. Des heligonius à feuilles de plantain , de dix-huit pieds de haut, de petits arbres palmiers et des aromates arborescents bordent les ‘rives de la rivière jusqu’à environ quarante ou cinquante pas

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