‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 90 sur 178 · FE RE · texte numérisé non relu

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299 DÉCOUVERTES MODERNES. LIY, V.

au-delà de l'entrée, comme si elle y coulait encore à l’air libre et au soleil. Les voyageurs mesurèrent, à l’aide d’une corde, le chemin qu’ils parcoururent, etils s’avancèrent à une distance d'environ quatre cent trente pieds sans étre obligés d'allumer leurs torches. Quand le jour commença à baisser, ils entendirent au loin les cris rauques des oiseaux nocturnes. Le guacharo est gros comme une poule européenne. Il a un plumage noir bleu-gris , et ressemble par ses mœurs à la vèse-chèvre et à la corneille des Alpes; il est presque le seul oiseau nocturne frugivore que l’on connaisse , et il quitte la caverne à Ja tombée de la nuit, surtout lorsqu'il fait clair de lune. « On ne saurait, dit M. de Humboldt, se former une idée de l’horrible bruit causé par des milliers d'oiseaux dans les parties obscures de la caverne. Ce bruit ne peut se comparer qu’à celui des croassements de nos corneilles qui, dans les forêts de sapins du nord , vivent en société , et construisent leurs nids au-dessus des arbres dont les sommets se touchent. Les cris aigus des guacharos retentissent sous les voûtes des rochers, et sont répétés par leurs échos dans les profondeurs de la caverne. Ils augmentèrent à mesure que nous nous avançâmes , et la lumière de nos torches de copal effraya tellement tous les oiseaux que ce bruit épouvantable cessa pendant quelques minutes autour de nous ; mais nous entendîmes alors dans l'éloignement les cris plaintifs d’au-

-tres guacharos perchés au fond d'autres ramifications de la

caverne, »

« Les Indiens entrent dans la Cueva du guacharo une fois chaque année , vers le milieu de l'été, armés de perches, à l’aide desquelles ils détruisent la plus grande partie des nids. A cette saison plusieurs milliers d'oiseaux périssent ainsi de mort violente , et les vieux guacharos, comme s'ils voulaient défendre leurs couvées , planent au-dessus des tétes des Indiens, en poussant des cris horribles. Les petits qui tombent à terre sont ouverts sur le lieu même. Leur péritoine est revêtu d’une épaisse couche de graisse qui s'étend depuis l'abdomen jusqu'à l’anns, formant ainsi une sorte de coussin , entre les jambes des oiseaux. A l'époque appelé à Caripé, la moisson de l’hnile, les Indiens bâtissent à l'entrée et même sous le vestibule de la caverne, des hnt-

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tes de feuilles de palmiers , puis, allumant alors des feux de broussailles , ils font fondre dans des pots d'argile la graisse des jeunes oiseaux qu'ils viennent de tuer. Cette graisse, connue sous le nom de beurre ou d'huile des guacharos, est à demi liquide , transparente, inodore et si pure qu’on peut la concerver une année sans qu’elle rancisse. Les membres d'une famille indienne , appelés Morocoymas, prétendent , en qualité de descendants des premiers colons de la vallée , être les légitimes propriétaires de la caverne , et devoir jouir du monopole exclusif de la graisse du guacharo. Mais les moines établis parmi eux tiennent peu de compte de leurs réclamations et les obligent à leur fournir de l'huile pour la lampe de l’église.

M, de Humboldt pénétra dans la grotte de Caripé jusqu’à une distance de 1460 pieds, et il reconnut qu’elle conservait toujours sur cette longue étendue la même direction, et presque les mêmes dimensions.Al'endroit où M. Humboldt s’arrêta, la rivière forme une cascade au-delà de laquelle les In diens ne voulurent pas s'avancer , persuadés qu'ils y retrouveraient les âmes de leurs ancêtres; maisil apprit au couvent qu'un évêque de Saint-Thomas de Guyana avait mesuré environ deux mille cinq cents pieds depuis l'entrée de lacaverne jusqu’au lieu où il était allé, sans avoir cependant atteint son extrémité, Les oiseaux nocturnes appelés guacharos ne se trouvent que dans les montagnes de Caripé et de Cumana Con.

Après avoir visité la grotte de Caripé , nos voyageurs retournèrent à la côte de Cumana par les montagnes de Santa- Maria et les missions de Catuaro. Le 4 novembre ils éprouvèrent une petite secousse de tremblement de terre et ils eurent alors l'occasion d'observer le singulier phénomène atmosphérique qui accompagne de pareilles secousses, Ils se rendirent alors par mer à Caracas, où ils arrivèrent le 21 novembre, Grande fut leur surprise de voir, dans le port de la Guayra , les mulâtres libres et les nègres employés à charger les vaisseaux, s’avancer au milieu des flots jusqu'à mi-corps, sans s'inquiéter des goulus de mer dont ce port est presque constamment rempli. « Ce fait, dit M. de Humbolit , semble avoir un certain rapport avec celui que j'ai souvent observé sous les tropiques, relativement à d’autres races d'a-

nimaux qui vivent en société , les singes et les crocodiles, par exemple, dans les missions de l’Orénoque et de la rivière des Amazones. Les Indiens, qui s'emparent si rarement des singes, n’ignorent pas qu'ils peuvent très-facilement apprivoiser ceux qui habitent certaines iles , tandis que les singes de la même espèce, pris sur le continent voisin, meurent de terreur ou de rage, lorsqu'ils se trouvent eux-mêmes au pouvoir de l’homme. Les crocodiles d’un étang des Llanos sont timides, même dans l’eau, et ils s’enfuient à la vue de l'homme. Ceux d’un autre étang, au contraire , attaquent avec une extrême intrépidité tous les malheureux qu'ils aperçoivent. Il serait difficile d'expliquer ces différences de mœurs et d'habitudes par l'aspect des localités respectives dans lesquelles on les observe. Les goulus du port de la Guayra semblent nous fournir un exemple analogue. Ils sont dangereux et altérés de sang humain vers l'ile située en face de la côte de Caracas , tandis qu’ils craignent d'attaquer les individus qui nagent dans les ports de la Guayra et de Santa- Martha. Le peuple, qui a toujours recours au merveilleux pour simplifier l’explicaiion des phénomènes naturels, affirme que dans ces deux ports l’évêque donne sa bénédiction aux requins. »

Quoiqu'elle ne soit éloignée que de trois lieues du port de la Guayra , la ville de Caracas se trouve située sur un plateau de montagnes. Le climat est si froid qu’il ne permettrait pas de cultiver le blé , si la culture du café n'était pas préférée. M. de Humboldt fit l'ascension de la montagne à double pic, appelée la Silla ou la Selle de Caracas. Aucun des habitants de la ville n'était monté au sommet de cette montagne qui n’est cependant pas éloignée. Dans cette excursion, il enrichit sa collection botanique de plantes rares, et il eut l’occasion de renouveler ses expériences sur la transparence de l'atmosphère et la réfraction de la lumière.

De Caracas , nos voyageurs se rendirent à Valencia par les montagnes de Los-T'eques, et les rives fertiles du lac de Valencia, Ce lac, appelé Tacarigua par les Indiens, surpasse en étendue le lac de Neufchätel en Suisse. La variété et la vegélation extraordinaire des plantes qui ornent ses rives offrent des attraits irresistibles au voyageur qui se plait à étudier la

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diversité infinie de la nature : le contraste des vives couleurs de la végétation et la teinte uniforme d’un ciel sans nuage ajoutent un nouveau charme à ce tableau. Mais ce ne sont pas seulement ses beautés pittoresques qui rendent ce lac remarquable ; c’est surtout la diminution graduelle de ses eaux phénomène dont les savants ont donné des explications différentes. D'après M. de Humboidt, on doit l’attribuer à la destruction des bois dans les vallées voisines, qui a rendu le climat plus sec et transformé les rivières en torrens. De Porto-Cabello sur le rivage de la mer, nos voyageurs se préparèrent à traverser les grandes Llanos ou Steppes de Caracas, comprises entre la chaîne de montagnes qui borde la côte et la vallée de l'Orénoque. En passant une-seconde fois dans les vallées d’Aragua, ils s’arrétèrent à la ferme de Barbula,pour s'y convaincre par eux-mêmes de la vérité des récits qu’on leur avait faits du palo de vaca ou arbre-vache, dont les nègres considèrent le lait comme un excellent aliment. Ils reconnurent en effet que les qualités de cet arbre extraordinaire n'avaient point été exagérées. Le palo de vaca est un bel arbre qui ressemble au pommier à larges feuilles. Lorsqu’on fait des incisions dans son tronc, il en découle une grande quantité de lait glutineux d’une saveur agréable et balsamique. Ce liquide doux et nourrissant est plus abondant au lever du soleil qu’à toute autre heure du jour. On voit alors les noirs et les naturels accourir de tous côtés avec de grands vases destinés à recevoir le lait. M. de Humboldt déclare que, dans tout le cours de ses voyages , il ne vit aucun objet qui produisit sur lui une plus vive impression que l'arbre-vache. Cet inestimable don de la nature semble n'avoir été accordé qu'aux Cordillères de la côte.

Une descente de mille pieds amena nos voyageurs des vallées d’Aragua dans un grand désert qui s'étend jusque sur les rives de l'Orénoque. « Je ne sais pas, dit M. de Humboldt, si le premier aspect des Llanos excite moins d'étonnement que celui de la chaine des Andes. » Dans ces vastes et tristes solitudes , tous les objets paraissaient immobiles, la plaine semblait toucher le ciel, et, à la première vue, on l’eût prise pour une mer couverte d'algues marines. Partout où elle était dépouillée de végétation, la terre avait une tempé-

rature de cent vingt degrés. On ne sentait aucun souffle dans l’air, bien que des tourbillons de poussière s’élevassent continuellement au milieu de ce calme apparent. Le sol de ces Llanos est si parfaitement uni qu'un espace de vingt lieues carrées ne renferme souvent pas une éminence d’un pied de ‘haut. Quelquefois cependant des bancs de pierre de quatre ou cinq pieds plus élevés que le reste de la plaine et de trois ou quatre lieues de longueur interrompent cette triste uniformité. On a quelque raison de croire qu'avant la découverte de l'Amérique, les Llanos étaient moins arides, moins sèches et moins désertes. Depuis qu'elles sont habitées et qu’on y fait paître des bestiaux, on met souvent le feu à la savane, afin d'améliorer les pâturages. Des groupes d'arbres épars dont l’ombrage protégeait la végétation contre les rayons brûlants du soleil se trouvent ainsi détruits.

A Calabozo, ville située dans les Llanos, nos voyageurs eurent l’occasion d'examiner le grand gymnote ou anguille électrique que l'on trouve en très-grande quantité dans les confluents de l’Orénoque. Il leur fut difficile toutefois de se procurer quelques-uns de ces poissons, car les Indiens craignent singulièrement la secousse qu'ils peuvent recevoir en les prenant. Ils croient, il est vrai, que les gymnotes peuvent être touchés avec impunité par un homme qui mâche du tabac. Mais leur foi en cette précaution ne va pas jusqu’à les déterminer à en faire l'expérience. Enfin, on proposa de « pêcher avec des chevaux ; » et les Indiens chassèrent aussitôt, de la savane dans un marais, environ trente chevaux ou mulets sauvages. Notre voyageur décrit ainsi la lutte qui suivit : « Le bruit extraordinaire causé par les sabots des chevaux fait sortir les gymnotes de la vase et les provoque au combat. Ces anguilles jaunâtres et livides ressemblant à des serpents aquatiques nagent sur la surface de l'eau et se pressent sous le ventre des quadrupèdes qui viennent troubler leur tranquillité ; la lutte qui s'engage entre des animaux d'une organisation si différente offre un spectacle frappant : les Indiens, armés d'harpons et de longues cannes, entourent l'étang de tous côtés et montent même sur les arbres dont les branches s'étendent horizontalement sur la surface de l’eau. Leurs cris sauvages et leurs

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longs bâtons empêchent les chevaux de prendre la fuite et de regagner les rives de l'étang. Les anguilles, étourdies par le bruit, se défendent au moyen de décharges répétées de leurs batteries électriques ; pendant long-temps elles semblent victorieuses ; quelques chevaux succombent à la violence de ces secousses qu'ils reçoivent de tous côtés dans les organes les plus essentiels de la vie, et, étourdis à leur tour par la force et le nombre de ces secousses, ils s’évanouissent et disparaissent sous les eaux. D'autres haletants, la crinière hérissée, les yeux hagards et exprimant la plus vive douleur, cherchent à s'enfuir loin du champ de bataille ; mais les Indiens les repoussent impitoyablement au milieu de l'eau ; ceux en très-petit nombre qui parviennent à tromper la vigilance active des pêcheurs regagnent le rivage, s’abattent à chaque pas et vont s'étendre sur le sable, épuisés de fatigue, tous leurs membtes étant engourdis par les secousses électriques des gymnotes. »

En moins de deux minutes cinq chevaux furent noyés. L'anguille, qui a cinq pieds de long et qui se presse contre lé veñtre des chevaux, fait une décharge sur toute l'étendue de ses organes électriques. Les chevaux ne sont probablement pas tués, mais seulement étourdis, et s'ils se noient, c’est que la lutte prolongée des autres chevaux et de leurs ennemis les empéche de se reléverLoréque leë gymnotes ont dépensé toute leur force électrique, ils s’ pprochent timidement du bord du marais et on les prend à l'aide de petits harpons attachés à de longues cordes; si les cordes sont très-sèches, les pécheurs n’éprouvenñt aucune secousse en retirant le poisson de l'eau. Divers gymnotes, pris de cette manière, furent examinés avec lé plus grand soin par nos voyageurs. Quelquesuñs ävaiént cinq pieds trois pouces de longueur ; et les Indiens affirment qu'ils en ont vu quelquefois qui étaient beaucoup plus longs. Le gymnote ést le plus large des poissons électriques ; il a une tellé forcé électiique, que M. de Hum-

boldt s'éxprimait eh ces térinés : «à Je ne me rappelle pas avoit jamais reçu de là déchätge d'une grande bouteille de Leyde une coinmotiün plus épouvañtable que celle que j'éprouvai en plaçant imp'üdéemment tñon pied sut un gymnote qui venait de sortir de l’eau. »

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Après avoir déterminé , au moyen d'observations astronomiques , la position de Calabozo, nos voyageurs descendirent vers l'Orénoque ; durant la nuit, ils traversèrent un gué de l'Uritucu , rivière remplie d’une espèce de crocodiles dont l'audace et la férocité sont d'autant plus frappantes , que les crocodiles de la rivière Tisnao , éloignée seulement de huit lieues, se font remarquer par leurs habitudes timides et inoffensives. À San-Fernando nos voyageurs s’embarquèrent sur l'Apure, l'un des affluents de l'Orénoque. Les épaisses forêts au milieu desquelles coulait la rivière étaient peuplées par une multitude innombrable d'oiseaux de diverses espèces, qui, s’envolant tout-à-coup à l'aspect de nos voyageurs, obscurcissaient l'air comme des nuages. Sur le bord de l'eau, le taillis formait une sorte de haie d'environ quatre pieds dr hauteur au travers de laquelle les animaux féroces de ce pays, les tigres, les jaguars et les peccari avaient pratiqué des sentiers pour aller boire à la rivière. La nature était redevenue tout-à-fait sauvage et vierge ; des bêtes fauves de différentes espèces se succédaient les unes aux autres dans toutes les clairières de la forêt. Le plus grand tigre que nos voyageurs aperçurent et qui surpassait en hauteur les tigres de l'Inde possédés par les ménageries européennes, était étendu nonchalamment à l'ombre d’un beau zamany. Au coucher du soleil les singes commencèrent à pousser des gémissements épouvantables qui se font entendre à une distance de plusieurs milles. Les autres animaux prennent alors l’alarme, et confondent leurs cris divers dans ce concert sauvage. Les tigres, les oiseaux et les singes semblent lutter ensemble à qui produira le bruit le plus ierrible. Lorsqu'on demande aux naturels pourquoi les animaux de la forêt font un pareil tumulte à certaines heures de la nuit, ils répondent gaiement qu'ils célèbrent la fête de la pleine lune.

L’'Apure est de même que l'Orénoque infesté de crocodiles d’une taille immense, qui ne sont ni des caïmans, ni des alligators, mais bien de véritables crocodiles sembiables à ceux du Nil. Quelques-uns ont dix-sept pieds de longueur. L'Apure nourrit aussi un petit poisson de quatre à cinq pouces de long , appelé dans le pays caribe ou caribito, parce qu'aucun autre poisson n'est aussi friand que lui de sang

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humain. Il attaque les baigneurs et les nageurs , auxquels il enlève souvent des morceaux de chair considérables. Dès qué l’on est blessé, même légèrement, par l'un de ces animaux, il est difficile de sortir de l’eau sans recevoir d’autres blessures plus graves encore ; ces poissons cruels et voraces vivent au fond des rivières, mais, à peine quelques gouttes de sang ont-elles troublé leurs eaux, ils arrivent par milliers à leur surface. Comme personne n’ose se baigner dans les lieux qu'habite ce poisson, le caribito peut être regardé comme l'un des plus grands fléaux de ces climats, @ù les piqüres des moustiques et l’irritation de la peau rendent l'usage des bains si nécessaire, sat

Enfin, nos voyageurs atteignirentl’Orénoque,et ils commencèrent à descendre ce fleuve majestueux, qui, en certains endroits, avait trois milies de large à une distance de cinq-cents milles de la mer; ils naviguèrent ainsi jusqu’à ce qu'ils fussent arrivés au Temi , qui vient se jeter dans l'Orénoque du côté du midi, et qu’un portage de peu d'étendue réunit au Cano-Pimichin, l'un des affluents du Rio-Negro. Les forèts des rives du Temi sont souvent inondées à une grande distance , et, pour abréger la navigation , les Indiens ouvrent au travers des arbres des sendas, ou sentiers d’eau, de quatre à cinq pieds de large. Ainsi une partie du voyage s’accomplit au milieu d’une forêt d'arbres magnifiques dont la hauteur varie de cent à cent vingt pieds. Des bancs de dauphins d’eau douce entouraient la barque et nageaient au traversléila forèt en lançant au-dessus de leurs têtes ces jets d’eau d'air comprimé qui leur ont fait donner par les marins le nom de souffleurs. Nos voyageurs furent singulièrement étonnés d'assister à un pareil spectacle, dans le milieu du continent, à trois cents ou quatre cents lieues au-dessus des embouchures de l'Orénoque et de la rivière des Amazones. Il fallut quatre jours pour porter les canots par terre des eaux du Témi dans celles du Cano-Pimichin, par lequel MM. de Humboldt et Boiplan descencirent ensuite dans le Rio-Negro , l’un des tributaires du Maranon et de la rivière des Amazones. Leur but en entreprenant cette pénible excursion , pendant laquelle ils eurent tant à souffrir des piqûres des moustiques , du manque de repos, et d’un long emprisonnement sur un canot étroit, était

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