CHAPITRE XVI
Arrivée de M. de Humboldt à, Carthagène. — Volcanitos de Turbaco, — Santa-Fé de Bogota. — Chutes de Tequendamos. — Traditions locales. — Vue du plateau. — Pont naturel d'Icononzo. — Passage du Quindiu. — Un voyage à d'os d'homme. — Visite au volcan Purace.— Arrivée à Quito. — Volcan de Pichincha.— M. de Humboldt entreprend l'ascension du Chimborazo.— li passe par Riobamba.— Ravages des treniblements de terre. — Chaussée de Yégor. — M. de Humboldt descend la rivière des Amuzones.— 11 observe l'équateur magnétique.— Il repasse 'es Andes, — Truxillo, — [Il arrive à Lima. — Il observe le passa.’e de Mercure. — I se rend à Guayaquil. — 11 va par mer à Acapulco. — Mexico. — Mines de Moran et de Réal de Monte.— Guanaxuato. — Description de Jorullo.— Volcans de Puebla. — Le coffre de Perote. — Vera-Cruz. — Philadelphie. — Retour en Europe. — M. Bonplan va à Buénos-Ayres. — Il est pris et fait prisonnier par le souverain du Paraguay.
M. de Humboldt avait promis à Baudin de faire artie de l'expédition projetée dans l'hémisphère méridional ; aussi, à peine apprit-il que ses bâtiments étaient partis de France, avec l’ordre de doubler le cap Horn et de toucher sur les côtes du Chili et du Pérou, qu'il quitta immédiatement Cuba, pour traverser l'Amérique du sud, et aller à la rencontre du navigateur français. Ce fut à Quito seulement qu'il sut que x l'expédition du capitaine Baudin avait suivi une route différente, et devait entreprendre la circumnavigation du globe, en se dirigeant de l’ouest à l’est.
Au mois de mars de l’année 1804, M. de Humboldt et son ami Bonplan arrivèrent de Cuba à Carthagéne, avec l’intention de se rendre à Santa-Fé de Bogota, capitale de la Nouvelle.Grenade, et de monter ensuite sur les plaines élevées de Quito. Mais, pour se préparer à ce long voyage et éviter les chaleurs excessives de Carthagène, ils habitèrent pendant quelque temps le beau village de Turbaco, situé sur les hauteurs qui dominent la côte, à une élévation de douze cents pieds au-dessus de l'Océan. Les Indiens qui les accompagnaient dans leurs herborisations leur parlaient sou-
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vent d'un pays marécageux , situé au milieu d’une forêt de palmiers, et appelé /es Pelits-Volcans. A en croire les traditions existantes encore parmi eux, ce pays avait été autrefois en flamme, mais un homme très-pieux était parvenu à éteindre ce feu souterrain en l’arrosant avec de l’eau bénite, et, depuis cette époque, le volcan de feu se transforma en un volcan d'eau.
Ces histoires que les naturels racontaient avec tant d’empressement, pour attirer l'attention des étrangers sur les phénomènes de la nature, M. de Humboldt savait bien qu'elles étaient remplies d’exagération et de superstition. Il se laissa néanmoins conduire aux Petits- Volcans, et il fut récompensé de ses fatigues et de sa crédulité par un spectacle beaucoup plus important qu’il ne pouvait l’espérer.
Les Polcanilos , ou Petits-Volcans , sont situés à deux milles environ à l’est de Turbaco , dans une épaisse forêt, abondant en baume d'arbres tou. Au centre d'une vaste plaine, s'élèvent dix-huit à vingt petits cônes de vingt à vingtcinq pieds de hauteur, formés d’une argile grisâtre, et ayant à leur sommet une ouverture remplie d’eau. En approchant de ces petits cratères, on entend par intervalles un son creux, mais très-distinct, et quelques secondes après on voit s’en dégager une grande quantité d'air. Les Indiens affirment que les forines des cônes n'éprouvent aucun changement visible pendant un grand nombre d'années. M. de Humboldt recon. nut que l’air qui s’en dégageait était du gaz azote beaucoup
plus pur que celui qu’on se procure généralement dans les :
laboratoires de chimie.
A Santa-Fé de Bogota, située dans une vallée plus élevée que le sommet du Saint-Bernard, nos voyageurs employèrent quelques mois à étudier les richesses botaniques du pays, sa structure minéralogique et ses curiosités principales. Bien qu’elle s'élève à huit mille six cents pieds au-dessus du niveau de la mer, la plaine sur laquelle se trouve bâtie la ville est entourée par de hautes montagnes, et paraît avoir été autrefois le lit d’un grand lac. La rivière de Funzha, appelée communément le Rio-Bogota, qui reçoit toutes les eaux deda vallée, semble s’être frayé un passage au travers des montagnes au sud-ouest de Santa-Fé, Près de la ferme de Tequen-
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dama, cette rivière quitte les plaines par un étroit canal qui descend dans le bassin de la rivière Magdalena , et , si l’on bouchait ce passage, tout le plateau de Bogota serait immédiatement inondé. Les Indiens, toujours prêts à attribuer une origine miraculeuse à tous les phénomènes naturels , racontent que Bochica , un héros de leur race, déchira les rochers qui fermaient la vallée, et dessécha ainsi les eaux du lac de Bogota. Cette grande œuvre terminée , il se retira dans la vallée sainte d’Eraca , où il vécut pendant deux mille ans , en s'imposant les pénitences les plus austères.
Bien que la cataracte de Tequendama ne soit pas, comme on le croit généralement en Europe, la plus grande cataracte du globe, elle offre cependant un spectacle sublime au voyageur : à peu de distance de sa chute, la rivière a encore cent soixante-dix pieds de largeur ; mais, près de la crevasse qui paraît formée par un tremblement de terre, sa largeur ne dépasse pas quarante pieds. C’est par cette crevasse que toute la masse des eaux réunies dans la vallée de Bogota tombe en deux chutes dans un abime de six cents pieds de profondeur. La colonne de vapeur qui s'élève au-dessus de la cataracte s'aperçoit de Santa-Fé, c'est-à-dire à une distance de cinq lieues. On croit que cette énorme masse de vapeur qui est précipitée par son contact avec l’air froid contribue beaucoup à la fertilité de cette partie du plateau de Bogota. Comme la rivière tombe dans'le bassin de la Magdalena qui arrose un pays plus chaud ; la végétation de ce bassin offre un aspect entièrement différent de celui de la plaine supérieure. Le voyageur, placé sur les hauteurs, laissant derrière lui une plaine fertile en blé, et se trouvant lui-même entouré de chênes , d’ormes et d’autres plantes qui rappellent à son souvenir la végétation de l’Europe, voit s'étendre à ses pieds une immense contrée couverte de palmiers , de bananiers et de cannes à sucre. Quelques palmiers sont même venus au pied de la cataracte.
Ce fut durant ce voyage qu’au mois de septembre de l’année 4801, MM. de Humboldt et Bonplan passèrent sur les ponts naturels d'Icononzo. La vallée dans laquelle ces ponts sont situés est l’une de ces profondes et étroites crevasses que l'on ne trouve, pour ainsi dire, que dans les Cordilléres, et
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