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Chimborazo, dont les séparait une immense crevasse de neige, les dominait encore de treize cent cinquante pieds. A cette élévation, où leur sang s'échappait par leurs yeux et par leurs lèvres à cause de la rareté de l'air, ils firent des expériences sur l'inclinaison de l’aiguille magrétique.
De Quito, M. de Humboldt et ses compagnons se dirigèrent vers la rivière des Amazones, en passant par Lactacunga, Hambato et Riobamba, pays qu’avaient bouleversé complètement le tremblement de terre du mois de février 1797 et les éruptions volcaniques de la même époque. En effet, d'immenses torrents de boue et d’eau descendus des montagnes, se répandant sur les vallées cultivées, y engloutirent environ quarante mille habitants. A Loxa ils firent pendant quelque temps des recherches concernant les arbres des bois voisins, qui fournissent l'écorce péruvienne. Puis ils descendirent de nouveau les hautes Andes pour se rendre à larivière des Amazones, et pendant ce trajet ils eurent l'occasion d'admirer les magnifiques ruinés de lt chaussée de Yéga qui conduit sur les chaînes porphyritiques des Andes depuis Cusco jusqu’à Assonay, à une élévation de quatre à
mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Au village de Chamaya ils s'embarquèrent sur la rivière du même nom, qui les conduisit dans le Maranon. La jonction des deux rivières fut déterminée à l’aide de calculs astronomiques, et M. de Humboldt dressa une carte du Maranon d'après des observations scientifiques, depuis le point où il y entra jusqu’à l'embouchure du Rio Napo où Condamine avait commencé ses observations. Ainsi se trouva comblée cette lacune importante de la géographie de l’intérieur de l'Amérique. Durant ce voyage, Bonplan s’occupa à augmenter sa collection botanique.
En retournant au Pérou nos voyageurs traversèrent pour la cinquième fois la grande chaine des Andes, et ils déterminèrent par 7° de latitude sud la position de l'équateur magnétique, c'est-à-dire la ligne sous laquelle l'aiguille magnétique n’a aucune inclinaison. Ils visitérent aussi les riches mines d'argent d'Hualguayoc, élevées de plus de douze mille pieds au-dessus du niveau de la mer. De Caxamarca, célèbre par ses ruines, ils montèrent à la ville de Truxillo, dans le
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voisinage de laquelle des pyramides désignent l'emplacement d’une ancienne cité péruvienne. Sous l’une de ces pyramides on a découvert, durant le cours du siècle dernier, une immense quantité de monnaie d'or. Traversant ensuite ‘es déserts qui s'étendent le long de la côte au midi du Pérou, nos voyageurs arrivèrent à Lima, où M. de Humboldt eut la satisfaction d'observer avec le plus grand succès un passage de Mercure.
Au commencement de l’année suivante, M. de Humboldt et ses compagnons se rendirent à Guayaquil, où ils remarquèrent surtout la vigueur de la végétation des tropiques. De ce port, un voyage de trente jours les amena à Acapulco, dans la Nouvelle-Espagne. L'immense masse de renseignements locaux que M. de Humboldt parvint à recueillir durant sa résidence d’une année dans ce pays, et que contient son ouvrage intitulé : Essai sur la Nouvelle-Espagne, suflirait seule pour montrer quels furent ses nombreux talents et son infatigable activité. Mais, tandis qu’il contiuuait ses r'echerches sur l'histoire et les antiquités du Mexique, le caractère et le langage de ses habitants, il trouva encore le temps d'étudier les phénomènes naturels que lui offrait cette intéressante contrée et de déterminer avec exactitude la position géographique de ses principaux pays.
Il examina avec le discernement d’un disciple de Werner les mines de Tasco, de Moran et de Real del Monte. En 1803 il se rendit avec ses compagnons dans la partie méridionale du royaume, et il visita les mines de Guanaxualo qui surpassent en richesses celles de Potosi. Deux mois furent consacrés à prendre des mesures trigonométriques et à faire des recherches géologiques; puis les voyageurs descendirent dans les plaines de Jorullo, d’où ils firent l'ascension du volcan du mème nom et examinèrent son cratère. La forma tion de ce volcan est peut-être l’une des révolutions physiques les plus extraordinaires dont les annales de l'histoire nous aient conservé une relation positive. Dans l’intérieur du continent, à trente-six lieues de la côte de la mer et à plus de quarante-deux lieues de tout autre volcan en activité, s'éleva tout-à-coup du sein de la plaine, le 29 septembre 1759, une montagne de cendres et de scories de mille
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sept cents pieds de haut, entourée de mille petits cônes qui jetaient tous des flammes en même temps ; ces petits cônes, variant de six à neuf pieds en hauteur, s'étendent sur un espace de quatre-vingts milles carrés. Ils ressemblent à autant d’entonnoirs, exhalent une vapeur épaisse et communiquent une chaleur insupportable à l'atmosphère environnante. Aussi les contrées voisines sont-elles très-malsaines.
Du pays fertile de Méchoacan, nos voyageurs retournèrent au Mexique par les hautes plaines de Tolucca, où ils virent un arbre remarquable , le Cheirostemon, qu’on suppose étre le seul arbre de ce genre existant sur la surface de la terre. A Mexico ils s’occupèrent à mettre en ordre leurs collections de plantes et d'échantillons géologiques, à rédiger leurs observations astronomiques et à dresser l'Atlas géologique pour lequel ils avaient réuni tant de matériaux. Ils quittèrent cette ville au mois de janvier 4804 afin d’aller reconnaitre le versant oriental des Cordillères sur lequel ils mesurèrent géométriquement les hauteurs des deux volcans de Puebla, Popocatepetl etItzaccihuatl. Le premier de ces volcans est constamment en activité, bien que depuis des siècles son cratère n'ait vomi que de la fumée et des cendres. Il a deux mille pieds de plus que les plus hautes montagnes de l’Europe , et il est lui-même la montagne la plus élevée de la nouvelle Espagne. La grande quantité de neige tombée tout récemment n’empécha pas M. de Humboldt de fcire l'ascension du Cofre, plus élevé de mille trois eents pieds que le pic de Ténériffe. Du sommet de cette montagne, on découvre une vue aussi étendue que variée sur la plaine de Puebla, et le versant oriental des Cordillères du Mexique, couvert d'épaisses forèts de liquidambar, de fougères arborescentes et de plantes sensitives. Nos voyageurs purent distinguer le port de Vera-Cruz , le château de St.-Jean-d'Ullou et les rivages de la mer, Cette montagne doit son nom de Cofre à un rocher nu, de forme pyramidale, qui s'élève sur son sommet comme une tour, à la hauteur de quatre ou cinq cents pieds, du milieu d'une forêt de pins, et qui, vu à une certaine dis tance, a un aspect singulier et pittoresque. Le pic d'Orizana fut mesuré aussi avec la plus grande exactitude.
Après une résidence agréable dans ces plaines élevées ,