CHAPITRE XVII
Le Paraguay. — Azara reconnaît les frontières, — Les Pampas de Buénos-Ayres. — Voyage du capitaine Head. — Description des plaines. — Formidable croissance des chardons. — Colonie projetée des Espagnols.— Description de la Patagonie et des Pampas, par M. Falkner. — Déserts de sable. — Les habitants indigènes. — Leurs habitudes vagabondes.— Leurs statuts, — Les côtes de la Patagonie relevées par les Espagnols, — Voyage du capitaine King, — Ses résultats, — Le Nouveau- Shetland du Sud, — Voyage de M. Weddell. — 11 examine le nouveau Shetland du Sud, — 1l atteint une haute latitude. — Les Nouvelles-Orcades. — La Nouyelle- Géorgie. — Son aspect. — Pêche du veau marin.
Leur passion de l'or qui entraîna sur les traces de Colomb les premiers conquérants de l'Amérique, et leur croyance
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24h DÉCOUVERTES MODERNES. LIV. V.
erronée que tous les lieux éloignés, déserts, et d’un accès difficile renfermaient d'immenses trésors naturels, les conduisirent bientôt dans presque toutes les contrées du continent de l'Amérique du sud. Les mêmes régions ont été depuis visitées à plusieurs reprises par des voyageurs modernes, qui les examinèrent avec une attention plus intelligente, ct qui en firent des descriptions beaucoup plus exactes et beaucoup plus complètes que celles de tous leurs prédécesseurs. Les ouvrages d'Ulloa , de Barrière, de Luccock, de Koster, de Mawe, d'Helm et d’autres, contiennent tous des renseignements précieux concernant les régions tropiques de l'Amérique du sud. Mais l'analyse des relations de ces écrivains dépasse les limites d’un ouvrage qui a plutôt pour objet d'indiquer les premières découvertes des diverses parties du globe, que de suivre dans toutes leurs vicissitudes les progrès successifs de l’histoire de lä géographie. :
Les travaux de M. de Humboldt et des hydrographes espagnols ont singulièrement corrigé les nombreuses erreurs de la carte des régions équatoriales de l'Amérique. Les discussions que les cours de Lisbonne et de Madrid eurent ensemble pendant quelque temps, concernant les limites méridionales du Brésil, donnèrent naissance à des recherches qui devaient nécessairement faire faire quelques progrès à la géographie. En 1781, don Félix de Azara et quelques autres officiers furent chargés par le gouvernement espagnol de déterminer sur les lieux mêmes, avec les commissaires portugais, les lirnites de leurs territoires respectifs. L’exécution du traité signé entre les deux cours éprouva d’abord quelques difficultés et quelques retards occasionnés par les réponses évasives des Portugais ; mais Azara, qui était doué d’une grande activité et très-bon naturaliste, employait utilement son temps à explorer une partie de l'empire espagnol jusqu'alors très-peu connue. Il dressa de très-bonnes cartes de la Plata et de ses tributaires ; il écrivit aussi une description du Paraguay, sèche et imparfaite il est vrai sous le point de vue géographique, mais renfermant des renseignements précieux pour l'histoire naturelle. Le Paraguay, qui se trouvait à cette époque soumis à la juridiction immédiate du viceroi de Buénos-Ayres, avait perdu la prospérité dont il parais-
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‘sait jouir sous le gouvernement des jésuites missionnaires ; les nations indiennes abandonnèrent un pays dans lequel elles n'avaient plus aucune importance, car si les jésuites les regardèrent comme des enfants , les officiers espagnols les traitèrent en esclaves. La population et la production du Paraguay diminuèrent sensiblement , et lorsque Azara la visita, cette contrée ne pouvait exciter le même degré de curiosité qu'elle excite aujourd'hui , depuis qu'une révolution extraordinaire en a fait un état indépendant. Lors de la destruction de l'empire espagnol en Amérique, le Paraguay se sépara de Buénos-Ayres, et demeura soumis à don José-Gaspard- Rodriguez de Francia, qui prenait lui-même le titre de directeur, et qui , bien qu’assisté d’un conseil de quarante-deux représentants choisis par le peuple, exerçait en réalité un pouvoir arbitraire. Le docteur Francia est un créole, qui doit évidemment aux jésuites les notions qu’il possède en matière de gouvernement ; toutefois , son courage le rend bien digne de commander à un peuple demi-barbare. Au mois d'avril de l'année 1827, l'empereur du Brésil reconnut , dans un traité solennel, l'indépendance du Paraguay et le gouvernement du docte:r Francia.
La partie méridionale du continent américain, depuis les limites de la province de Buénos-Ayres jusqu'au détroit de Magellan, n’a été jusqu'alors que peu visitée et n’a trouvé comparativement à d’autres pays qu'un très-petit nombre d'historiens. Ce n'est même que de nos jours que sa carte hydrographique a été dressée avec une exactitude passable.
Le capitaine Heod nous a donné dans ses nofes une des-
cription animée des Pampas ou grandes plaines, situées à
l'ouest et au sud de la Plata, Placé à la tête d’une société qui avait pour but d'exploiter les mines d’or et d'argent des provinces du Rio de la Plata, ce gentleman se rendit au travers des grandes plaines des Pempas aux mines d’or des San- Luis, puis aux mines d'argent d'Uspallata, situées au-delà de Mendoza à mille milles environ de Buénos-Ayres. Ayant laissé ses mineurs et ses inspecteurs à Mendoza, il alla lui-même à cheval à Buénos-Ayres et parcourut en huit jours cet immense trajet, À peine arrivé dans cette ville , ses affaires l'appelèrent au Chili. Retournant alors à Mendoza, il traversa
les Andes pour aller à Santiago. Il fit un voyage d'environ douze cents milles dansles montagnes du Chili, afin de visiter les mines d’or et d'argent, puis traversant de nouveau les Corditlères , il revint à cheval par les plaines à Buénos A yres. «Il était très-important, dit le capitaine Head, que je me transportasse aussi rapidement que possible d'un lieu dans un autre, et je puis affirmer en vérité que pendant environ six mille milles je courus contre le temps. »
Nous empruntons à l’ouvrage de cet infatigable voyageur la description suivante de ces grandes plaines sur lesquelles il lassa un si grand nombre de chevaux : « Les Pampas, situées à l’est des Cordillères, ont neuf cents milles de largeur, et la partie que j'ai visitée, quoique située sous la même latitude, se divise en plusieurs régions de climats et de produits différents. En quittant Buénos-Ayres, la première de ces régions est couverte, pendant cent quatre-vingts milles, de luzerne et de chardons ; la deuxième région, qui s'étend sur un espace de quatre cent cinquante milles , produit des herbes longues, et la troisième, qui atteint la base des Cordillères, est un vaste bois de petits arbres et de broussailles. Ces deux dernières régions ont presque le même aspect pendant toute l'année ; car les arbres et les arbrisseaux sont toujours verts, et les immenses plaines d'herbes changent seulement de couleur; de vertes elles deviennent brunes. Mais la première région varie d'une manière extraordinaire pendant les quatre saisons de l’année. En hiver , les feuilles des chardons sont larges et abondantes , et toute la surface du pays prend alors l’aspect d'un vaste champ de navets. Dans cette saison, la luzerne est d'une richesse et d'une vigueur remarquables, et les tronpeanx sauvages qui y paissent en toute liberté offrent un spectacle aussi beau qu'intéressant. Le printemps venu, la luzerne disparaît ; les feuilles des chardons s'étendent vers la terre, et la plaine ressemble encore à un champ de navets. Mais en moins d'un mois s'opère un changement extraordinaire. De tous côtés poussent d'énormes chardons qui, atteignant en peu de temps à une hauteur de dix ou onze pieds , et se couvrant de fleurs , bordent des deux côtés la route ou le sentier ; la vue est complètement obstrnée; on n’aperçoit ancun animal, et les tiges de ces
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chardons sont si : 1pprochées l’une de l'autre et si fortes qu'indépendamment des épines dont elles sont armées elles forment une barrière impénétrable. La croissance merveilleuse de ces plantes est tellement rapide qu’une armée ennemie qui ne connailrait pas ce pays pourrait se trouver emprisonnée au milieu de ces champs de chardons avant d'avoir eu le temps de s'en échapper. Vers la fin de l'été, le paysage subit un autre changement aussi rapide : les chardons perdent tout-à-coup leur -sève et leur verdure; leurs têtes se fanent; leurs feuilles se sèchent et se resserrent ; leurs tiges, devenues noires , ne tardent pas à mourir, et la brise des Pampas les secoue l’un contre l’autre jusqu’à ce qu’un ouragan violent les jette tous à terre, où ils se décomposent et disparaissent rapidement. La luzerne pousse de nouveau, et la plaine se couvre d’une magnifique verdure. » La vaste région de l'herbe, qui, ainsi que nous l’avons dit, n’a pas moins de quatre cent cinquante milles, ne renferme pas une seule plante étrangère et vénéneuse, et la région des bois est également extraordinaire : les arbres y croissent dans un ordre si parfait qu'on peut galoper entre eux dans toutes les directions. Le climat des Pampas est soumis à de grandes variations de température pendant l’hiver et pendant l'été. En hiver, il y gèle toutes les nuits ; mais la glace a rarement plus de quelques centimètres d'épaisseur. D'un autre côté,
les chaleurs de l’été y sont excessives, et le climat des Pampas .
peut être regardé comme beaucoup plus chaud que celui des pays du midi de l'Europe, la Grèce, la Sicile et Malte, situées à une distance égale de l'équateur. Dans la partie orientale de la plaine et dans la région des chardons et de la luzerne, l’atmosphère est toujours humide, mais cette humidité, qui se fait surtout remarquer à Buénos-Ayres, ne parait pas nuire à la santé, et « on peut affirmer, dit le capitaine Head, que les Pampas jouissent d’un climat aussi beau et aussi salubre que les parties les plus saines de la Grèce et de l’Italie, sans être jamais sujettes à aucune maladie de nature pestilentielle, Le seul inconvénient de ce climat est le pampero ou vent du sud-ouest, qui, formé par l'air froid des Andes, se précipite sur ces vastes plaines avec une rapidité et une violence auxquelles il est presqne impossible de résister; mais anssi,
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après l’un de ces ouragans, le temps est toujours très-sain et très-agréable. »
En 1778, le gouvernement espagnol conçut le projet de coloniser les côtes de la Patagonie, et il envoya dans ce but un grand nombre de familles en Amérique. Ces familles, accueillies d’abord dans les ports de Monte-Video, Maldonado et San-Sacramento, devaient étre de là dirigées selon les circonstances sur les divers établfssements projetés le long de la côte. Azara reçut l’ordre de reconnaître la rive méridionale de la Plata et d’y choisir les positions les plus avantageuses et les plus faciles à défendre. Mais la négligence du vice-roi ou sa mauvaise volonté fit échouer ce projet. Azara, dont l'attention s’était portée principalement sur les contrées voisines des frontières portugaises, contribua peutêtre par ses avis à changer la destination des émigrants, qui s’établirent définitivement sur les frontières du Brésil, près
des sources de l’Ybicui, où ils fondèrent et bâtirent une ville
appelée Esperanza.
La meilleure description que nous possédons de la Patagogie ou du pays compris entre la Plata et le détroit de Magellan’ est celle de Falkner, chirurgien de marine , qui, ayant été converti par les jésuites, passa environ quarante années dans ce pays. « Sur la frontière espagnole, nous dit-il, le terrain est bas et uni, couvert de longues herbes marécageuses, abondant en armadilles, en daims, en autruches et en chevaux sauvages ; les bois renferment des lions et des tigres. Dans quelques endroits, ces bois ne sont éloignés que de deux lieues du rivage de la mer, tellement bas et rempli de fondrières qu’il est imposible de le suivre. Les premières montagnes que l’on rencontre en voyageant vers le midi se trouvent situées à environ six lieues de la mer et courent à l’ouest sur une étendue d'environ quarante lieues. Elles s’élèvent presque perpendicnlairement du sein de la plaine et sont couvertes d'herbes presque jusqu'à leurs sommets , qui forment un parapet de roc nu ; les sommités de ces montagnes sont de petits plateaux où les Indiens vont chasser les chevaux sauvages, après avoir eu soin de boucher les défilés étroits par lesquels ces animaux pourraient s'échapper dans les plaines inférieures. Au-delà de ces montagnes s'étend un
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Noire, est un quelqu dant u que da tent de visiter Julien tribus comme renfer de sour lacs et cette é bituelle du nor de Mag montag nécessa de Byrc
vaste désert de sable appelé par tes fimdiens Huecuvu-Mapu, ou pays du Diable, désert quils me traversent jamais ; car, sile vent s'élevait tout-à comp, il les renverserait et les ensevelirait dans le sable. Les montagnes Casubhiti, situées sur la rive septentrionale della rivière Rouge, sont le commencement d’une grande æehaîne réunie aux Cordillères du Chili, et dont diverses ramifications s'étendent jusqu'au détroit de Magellan. Le Casuhiti est lui-même la montagne la plus élevée de la chaîne, car des neiges éternelles recouvrent quelques-uns de ses pics. Plusieurs grandes rivières descendent de ces montagnes dans l'Atlantique. Les principales sont : le Rio Colorado, ou Rivière Rouge, et le Rio de Sauces, ou Rivière des Saules , plus communément appelée le Rio Négro, ou Rivière Noire. Les déb:rdements de cette rivière sont, à en croire Falkner, extraordinairement violents, lorsque les torrents grossis par les pluies et la fonte des neiges descendent du versant occidental des Cordil'êres ; ce: elle reçoit toutes les eaux qui arrosent une étendue dv sept cents milles. A environ vingt lieues au midi de la riviere Noire, toute la côte de la mer jusqu'au détroit d: Magellan est un pays aride et nu, inhabité.et parcouru sevlement par quelques guanacos descendus des montagnes voisines. Pendant une grande partie de l’année, on n'y trouve de l’eau que dans les lacs après de grandes pluies. Les Indiens profitent de la saison pluvieuse pour venir y enterrer leurs morts, visiter les sépultures et recueillir du sel dans le port Saint- Julien ou sur les côtes de la mer. Le territoire occupé par les tribus indiennes à l’ouest de cette région inhabitée consiste, comme l’apprit Falkner, en un certain nombre de vallées renfermécs dans des chaines de montagnes basses arrosées de sources et de ruisseaux qui pendeni l'hiver forment des lacs et qui pendant l'été sont entièrement à sec. Aussi, à cette époque de l'année, les naturels émigrent-ils habituellement sur les rives de l’une des grandes rivières du nord. Depuis les frontières du Chili jusqu’au détroit de Magellan, le pays est, d'après toutes les descriptions, montagneux, froid, aride, et dépourvu de toutes les choses nécessaires à la vie. Cependant, à en croire le témoignagne de Byron et d’autres navigateurs, il paraît que plusieurs par-
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