M. COWPER ROSE
ragea par son exemple^ Ce fruit , appelé incagolo ^ vient sur im arbre à épines et à feuillage somlnre, qui atteint une hauteur d^une vingtaine de pieds. Au dehors, ce fruit ressemble un peu à un petit abri^ eot; il est juteux, et a ui^ goût légèrement acicie et rafraîchissant; ses pépins, au nombre^ de sept ou huit, ressemblent à ceux de la grenade. Il parut délicieux à notre voyageur; mais ît penso qlie la cha*^ leur, et la soif ont contribué à le faire trouver tel. Les missionnaires n'avaient pas entendu parler de cet fruit, qui était également inconnu dans* la colonie. Les Cafres même, que nos «royageurs avaient em-« menés, nç le connai^aient pas; il paraît que l'arbre qui le produit ne croît que sur les collines des bords du Key»
DevaM se rendre' le lendemain matin chez le chef Hinza, les Cafres passèrent la nuit à faine leur toilette; en d'autres mots, ils se graissèrent la peau, ej: l'enduisirent d'argile rouge. Ils polirent aussi les objets en métal qui servaient à l^ur parure , et mirent un soin particulier à arranger leur chevelure. Cependant Congi^ar, qui portait une veste et un pantalon à l'européenne , s'abstenait de l'enduit d'ocre commun chez les Cafres. Pour l'entrevue avec Hinza, il endossa un uniforme d'officier d'artillepie*
En laissant le chariot et la tente à l'endroit où l'on avait passé la nuit, on traversa le Key à gjié, H on se«rendit, à achevai, au krafil de Hinza. Ce Jiraal ccmsistait en une dnquantaine de cabanes^ et He différait en rien des autres peuplades qu'oQ avait vues dans le coqrs de ee voyage; et son cHef^^
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qui goiiverB€ trente mille sujets, ne différait {K»st 4es autres Cafre^, si ce nest par sa peau ^e tigre. Il se lev^) à 'l'approche du biiâdrost, du milieu de; &a suite, tendit la main aux voyageurs, et les pria de ri^ter awc lui. Voyant Conguar en uniforme, il fit semblant de ne pas le connaître, let si$ tourna vers quelcp'^n de sa suite en lui demandant qui c'était; Quand on lui eut nomoié Conguar, il dit : Ah ! qu'il est beau ! et détourna la vue aveqdé* dain. Il annonçait en général, dans Sjes manières, un homme habitué à plaisimter grossièrement, et rempli de prétentipns.
Ls Janddrost s'était muni d'une ample provision de cadeaux pour le chef, ses femmes et s^es filles : c'étaient des haches, des scies, des couteaux 9 de la verroterie, des boutons, des briquets, et du fil de cuivre ei^elacé pour des bracelets. Jamais, dit M. Cpwper Rose, le kraal n'avait eu une journée semblable. Tout fut délice et merveille. Hinzt ayai\|: reçu nn vét^nçnt i^'écarjate, le jeta sur ses larges épaules, et parut infiniment satis&it de sa persaane. Il fit^ à ce sujet ^ une réfles;ion digne d'un ^uyage : «Je porterai cela, xlitril, quand j'irai visiter mon kraal aux bestiaux , et les hœiifs viendront me regarder, et je serai «à n^me de les compter. » Puis, ^ regardant de nouveau, il dit : « Me voilà aussi beau que Conguar !»
On tua un bœ^f en Thonneur des voyageurs, et h^ chef et ses capitaines eix pcirent amplement leur part. Le soir, pendant qu'on était assis. autour *du ^ , Hinsa dit qu'il avait quelque chose -de partû»H
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DE M. COWPER ROSE (l 824-^8). 9I
lier à cbmmmiiquer, et pria les voyageurs de^rcn-c voyer leurs Cafres. Cela étant feit , il commença par avouer que c'était une belle chose que d'avoir neuf femmes, attendu qu'elles étaient fort utiles pour les travaux des champs ; cependant, ajouta«»t41, <{u'il est difficile de maintenir la discipline dans cette petite troupe ! je n'ai que tr^p de motifs de croire que des 4ésordresy ont eu lieu; -ausfti j'ai puni ceux qui en sont- les auteurs, j'ai pris leur bétail , et je les ai ban^ nis. Néanmoins , JB crains que tofut ne se passe pas encore bien, a Nous essayâmes de lui faire comt prendre, raconte l'officier anglais , que son infortune n'était pas du tout une chose extraordinaire, et qu'on y est «^posé partout, mênie là où l'op ne prend qu'une seule femme. » Les voyageurs ne conçurent pas d^ibord le motif de la confidence de Hrnza ; m^s en se retirant daas la cabane qu'on leur fvait assignée pour y coucher, ik y virent se glisser deuxjdes fini^mes et deux filles^ du cbçf Les malheureuse^ étaient envoyées sans doute par flin^a , qui « pensait probablement, ajoute l'officier, que puisqu'il ne pouvait garder son bien contre ses sujets, il ferait tout aussi bien d'en &ire part à ses amis, files se tinrent 'tapies aiiprès de la porte , sentant probablement ce que leur position avait de pénible , et elles furent biân contestes d'étré renvoyées chez elles. »
L^ lendemain, fA'. Gowper^ose demanda en ba^ dinant pour quel prix Hinza céderait une de se^ filles, q|ii avait seise ans, et n'aurait pas été fâc^hée d^accompagner les voyageurs. Le pare l'évaluait à VHigt vaches; la pauvre fille ne possédait que tfi
ga VOYAGE
kaross qui la couvrait , et le bonnet dont elle était coiffée.
(c Mais ce fut dans une autre tribu cofre que je vis la fiémme qui a fait la plus vive impression sur moi , continue notre officier. Namarké était la fille d'un grand guerrier dans le pays de St'Lamby, et elle aurait passé pour belle dans tous les pays du monde , car sa taille était grande et bien prise, et ses traits nobles. Les ornements de verroterie blanche et bleue suspendus à. sa coiffure relevaient son teint foncé; son cou était paré de colliers de coraux, de nacre rouge et de griffes de tigre j et un seul an^ neau de verroterie bleue entourait et dessinait Je bas de sa jambe fine et délicate. Son kaross se drapait autour de son corps, et rien n'offensait la dé-v cefnce dans sa mise. Le matin , pejidant que nous le-^ vâmes noire tente pour nous préparer au départ, Namarké parut encore ime fois. Channée ^d'avoir produit de l'effet, la première fois, elle avait soigné sa toilette plus que» de coutume, et elle avait réussi à se rendre affreuse à force d'ocre; mais quand nous lui eûmes £3iit savoir que sa parure .n'était pas du tput de notre goût^ elle se retira derrière un groupe de Cafres, se débarrassa de l'ocre, et reparut. Le landdro^ distribua des cadeaux en abondance, et tdut le monde fut joyeux. Les chevaux étaient sellés, les bœufs attelés au cl;^ariot , lorsque par l'interprète je commençai uia cour; je disais à la dame qu'elle était bien jolie, et je lui ^demandai si je lui plaisais; ^lle répondit oui;- voilà qui était bien commencé. Je lui demandai ensuite si elle voulait venir avec moi;
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DE ^. COWPEB ROSE (l8a4-^8). gd
nuiis lepère,<|ui se tenait auprès de looi, rëpHqua qu'il fallait lui donner des tas de verrQterie. En bon amant, je fis observer qu elle était digne de posséder toute la verroterie du mon^p. Mai&que me donne* rez-vousrà moi? demanda le guerrier. Ce n'est pas vous, mais votre fille, que je veux ; etNamarké montra l'ivoire de ses belles dents. Le Cafre me frappant sur l'épaule avec toute la familiarité d'un beau-père, dit : Cela est bel et bon^ mais il me faut cinquapte vaches» Vous êtes voyageur^ ajouta-t-il, et vous n'avez pas amené de vaches avec vous ; mais il faut revenir, alors nous en causerons. Je j)ré8entai ma maia à Namarké, elle y imprima les marques d'ocre de ses lèvres, et nos am.ours en finirent là. »
L'auteur raconte encore qu'en s'entretenant avec Conguar , il lui exprima le désir d'épouser une des filles de sa tribu , et qu'il n'exigeait de sa future que l'honnêteté et une petite bouche. Le Cafre secoua gravement la t^te, comme si le voyageur avait demandé une chose presque impo^ibie.
Hinza ne paraissait pas fort à son aise parmi les blancs. Étant à taole avec eux , il montrait de la méfiante , comme s'il craignait d'être empoisonné ; cependant quelques verres de vin lui ôtèrent toute peur. Après: avoir reçu une quantité de cadeaux , il demanda encore un cheval , disant que le sien était vieux et boiteux. Ce Hinza était un mendiant effronté ,* et tant soit peu enclin au mensonge; sa bravoure ne paraissait pas être à toute épreuve. Inte^ rogé sur ce qu'il ferait si Cbaka envahissait son pay' il i*épondit qu'il invoquerait l'assistance des anglais»
g4 ITOYAjGB
Ce Gbâka est làtetteur de la Cflfrefie. M. G6iKrf>ef Rose ayant inentionné ce nom devant les Gafres, une femme s'écria : Voilà le loup qui nous détruit ! * • Après avoir pris congé de Hinza, la caravane re* prît le chemin de la colonie ; elle s'était accrue d'une personne; c'^it une femme de la tribu de Gonguar qui avait épousé un Cafre de la suite de Htnza; mais comme le mari n'avait pu acquitter le prix convenu^ il était obligé de la rendre aux parents. La pauvre femme paraissait très affligée ; elle se tenait seule et tristement à l'écart , tandis que les àuti'es se réjouis*^ sâient autour du feu. a C'est , j^ crois, Barrow qui dit que, lors de son séjour en Gafrerie, le prix d'une fanme était un bœuf. Si cela était, il faut que la valeur ait haussé. La fettime dont il vient d'être parlé en avait coûté huit, encore était-elle de la basse classe, et nullement, belle. CongUar nous dit qu'une de ses femmes, fille de St'Lamby, lui avait coûté quarante boeufs; et à tnoi, on en a demandé cinquatite. Il est doux et agréable de voir le beau sexe miemt apprécié et prendre son rang dans 1|^ société. »
Il ne se passa rien d'important sur la route de nos
voyageurs, si ce n'est qu'au moment où la société se
reposait à l'ombre des arbres sur les bords du Gro-
Bow, les Hottentots de la
le landdrost un pauvre
attaqué les moutons de h
chiré un. Lés Hottentots
^r le chien ; mais non c
ils voulaient qu'il compei .. vieux Gafre comparut, ace
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DE M. GOWPER^OSB (l 824-28). qS
hèàvoL cbtnpàtriotes. Après avoireberefaé sdn supérieur autour de lui, il commença son plaidoyer, et y si Ton en juge par Ténergie de ses mouvements , son apologie a dû être fort éloquente. Il disait que son chien n'ayaiit jamais vii dé moutons, u avait pu les distinguer du gibier ; qu'il était fâché de la perte du mouton , mais qu'il était hors d'état de réparer cette perle, attendu qu'il n'avait rien; que le frève dé Hinza avait enlevé son bétail , et qu'il était réduit à l'état de fkigo (vagabond). Le landdrost lui répon«^ dit qu'il ne demandait point d'indemnité, et que le chien avait été tué à^soù insu. Il renvoya cet homme après lui avoir fait un présent.
En rentrant daiis la colonie , d'oà Ton avait été absent pendant trois semaines, le landdrost et se» cavaliers , né dépendant plus dé leur chariot , prirent' lesdetants, après avoir distribué parmi les Gafres dé leur suite le restant des cadeaux, tels que verroterie , couteaux , boutons, briquets , fil de cuivre ; il aurait fallu vôii» la joie des sauvages ! l'un versa'des larmes en recevant sa part; tm autre, ayant obtenu sept cactouches de fusil, baisa ^à plusieurs reprises la iilai*du bienfaiteur; puis, levant son bras, il s'écria que l^hippopotame , à l'embouchure dé la ri«^ vièré , n'aurait 'plus dé sommeil tranquille.
M. Courper Rose avait été si satisfait de son voyager que, de retour dans l'Albany, il entreprit une non* telle excursion sur les frontières de la Cafrerie.. Jeune et disposé à s'amuser de tout, il se plaisait k errer dans ces vastes sdlitud^ ddôt le sol n'est foulé que par quelqtte peuplade^rrânte du par les animaum
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sauvages, et à se mêler à ces sauvages dont les débuts ne le frappaient pas autant que leur simpli-, cité, leur naïveté, leurs manières vraies et dépourvues d'artifice. Il trace un tableau séducteur de ces courses. « Dans d'autres pays , dit-il, on est à chaque pas averti de la présence de Thomme et de ses œu-. vres, qui ont souvent détruit ce qu'il y avait de beau. Ici, tout est naturel; le voyageur passe sous de vieux arbres dont les branches se rejoignent au-dessus de sa tête, dans «des forêts immenses où n'ont jamais retenti les coups de la cognée; il passe à gué des rivières qui n'ont pas un seul pont ; il suit à travers les broussailles épaisses un sentier qui*a été frayé par des éléphants dans leurs émigrations perpétuelles à travers un pays qu'ils ont possédé depuis un temps imméniorial. Au coucher du soleil , le voyageur allumé son feu , et , enveloppé dans son manteau fourré , il peut dormir sans craindre d'être attaqué par le loup Y dont il entend les hurlements lugubres aji milieu de la nuit. Â la pointe du jour, il se lève , frais comme l'air qu'il respire , tandis qUe la rosée brille sur l'herbe et sur les fleurs , et il prend un déjeuner léger que lui a préparé son domestique hot^ tantôt. Celui-ci roule son manteau, selle les chevaux, et examine attentivement l'état du fusil; puis on Vachemine^ sans ,souci par monts et par vaux, et même par les rivières , cherchant dès yeux si quelque animal sauvage ne se montre pas dans les espaces vides éntie les buissons ou à l'horizon de la. vaste plaine. Tantôt c'e^un superbe koudo , qui lève ses cornes en spirale; tanlot un.hartebeest, qui se
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toE M* cowPEii Rosp' (i8a4-3i8)' 97
Sauve au galop , puis $e retourné fièrement pour regarder Tétranger importun , ou le boscii-bôck , qui se lève sous les pieds du cheval , ou le beau spriogbock , dont • lea mouvements sautants défient le chasseur, et qui déploie en l'air sa fourrure blanche comme la neige. Il est midi , l'homme et les animaux languissent sous l'ardeur brûlante du soleil ;^as ie moindre nuage n'apparaît sur le bleu foncé du firmament , pas la moindre brise n'agite le feuillage , et. les petites mares d'eàu sur lesquelles compte le voyageur sont aesséchées, sans retenir une seule goutte d'eau , même dans les creux les plus profonds ; il n'y i'este que de la boue durcie ; il faut que le cheval continue son chemin sur une herbe fanée, qui De contient aucune substance nutritive; baissant les yeux et marchant péniblement, il par-:^ court encore quelques milles; tandis que le Hottentôt, qui connaît chaque mare dans ces déserts, se^ coue la tête , et exerce en vain sa vue perçante : le voyageur est obligé de piquer des deux pour faire avancer sa monture. Oh! quel délice alors d'atteindre un ruisseau du désert, dont l'eau limpide laisse apercevoir le fond rocailleux sur lequel elle coule , d'é-» tanchef la soif ardente , de baigner un visage brûlant , et de s'étendre sur une herbe fraîche qui fournit au cheval une pâture abondante ! Sur les deux côtés s'élèvent des roches escarpées, à formes tranchantes; de tendres acacias et des roseaux qui semblent em-* plumés bordent le cours des eaux , tandis que plus haut les branches vieillies de maints arbres s'entrelacent en se courbant de la manière la plus fantastique. Tout ce fond est sombre , à moins qu'un rayon XXI. 7
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98 VOYAGB
de soleil aè .perce à travers Tëpais feuillage, et ne vienne briller sur I9 surface du ruisseau.
a Djàus ces déserts sans limites, il n'y a point de souvenirs du temps passé. La race humaine y est encore dans l'enfance; mais, dans ses mœurs simples, le sauvage n'a rien qui puisse offenser. Jamais il n'est commun ; soit qu'il se présente armé et entouré de ses chiens , soit qu'il déploie son agilité gracieuse à la chasse , soit qu'il aborde avec sa franchise et sa hardiesse l'étranger blanc qu'il voit traveî*ser son pays, il est toujours noble, et tout son extérieur est en harmonie avec la contrée qu'il habite , avec les chaînes lointaines de montagnes couvertes de neige., avec le sombre kloof, les rivières ombragées, les cotes escarpées qui présentent des formes si étranges ; avec les rocs nus et brûlés par le. soleil , dont les crevasses pourtant se remplissent d'une riche ' verdure ; avec ces tapis d'herbe et de plantes à fleurs odorantes à trayers lesquels il fraie son chwiin , enfin avec tout ce que ces solitudes ont 4e magnifique. »
. £n voyageant entre les collines auprès de la grande rivière aux Poissons., M. Cowper Rose entendit un coup de fusil , et bientôt il vit paroiître un diasseur s^ cheval, avec neuf chiens; un morceau de sanglieir était pendu à sa selle* Il était coiffé d'un grand cha*^ peau de colon ; son teint hâlé et ses yeux roulant de tous cotés lui donnaient l'air d'un braconnier» Son a})ord éta^it franc et hardi ; il resta avec ses deux serviteurs hottentots auprès de notre voyageur : ils éta* tèreut leurs provisions sur l'herbe , allumèrent leurs fçux , et étendirent leurs peaut de mouton pour leur
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DE M. GOWPBH B06E (l8a4-38). 99
servir de coudie» Auprès de l'un des deux feux s'assit reut notre voyageur avec son eompàgnon , le chasseur et un petit garçon qu'il habituait à son périlleux métier; l'autre feu était pour les deux Hottentots du chasseur, et pour les' deux qui servaient M. Cowper Rose et son compagnon.
a Le souper était enfin terminé, dit l'auteur, et nous nous étendîmes sur nos peaux de mouton pour écouter les aventures du chasseur, que je suis fâché de ne pouvoir rendre c<Hnmeil les débitait, dans un désert sauvage 9 et au milieu du calme d'une belle quit africaine. Ce chasseur, nommé D***, était un colon anglais, et ne dissimulait pas qu'il avait fait la contrebande sur la frontière de la Cafrerie. Quand le commerce avec les Cafres eut été rendu libre , il s'y livra au fort Willshire : il perdit dans ce trafic licite tout ce qu'il avait gagné dans un trafic clandestin , et, embarrassé dans ses affaires, il se jeta par désespoir dans la carrière de chasseur d'éléphant, qu'il suivait alors. Il racontait qu'étant encore contrebandier, les Cafres avaient saisi plusieurs fois sa pacotille de verroterie, et menacé sa vie, sachant bien que la personne d'un contrebandier n'avait pas de protection à réclamer. Gaika lui avait tout enlevé , et avait tnéme voulu le livrer aux troupes anglaises ^ qui , avait-il froidement ajouté, ne manqueront pas de vous pendre , comme vous le savez bien. D**"^ ne fut sauvé que par l'intervention d'un autre chef, Duchany , qui persuada Gaika de le laisser évader. Ce même Duchany lui fit rendre une autre fois du bétail q'i'on lui avait enlevé , et qui devait servir à
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lOO VOYACfE
^oncommeroe. «J'ai couru de grands dangers, disaitil, à la chasse aux éléphants, et parmi lesCafrés; mais jamais je n'ai éprouvé de frayeur pareiHè à celle de kl nuit, durant laquelle mon compagnon fut massacré. Nous ramenions des bestiaux dans la colonie; tout à coup nous sommes cernés par les Cafres ; nous fuyons par des chemins différents : j'erre à pied , seul et sans armes; la nuit me surprend : en voulant tourner un rocl|er, j'aperçois trois Cafres armés, à viQgt yards de moi ; ils^ s'étaient ^^nparés d'une partie du troupeau, et le corps sanglant de mon compagnon gisait là auprès d'eux. Je me retournai pour fîiir^ mai3 sans espoir d'échapper à mon triste sort, et m'attendant à tout moment à avoir une hassagaie dans le dos. Cependant je réussis à m'échapper; mais quelque temps après je fus surpris avec un compagnon par une patrouille, de soldats du Cap. Arrêtés et conduits à Grahamstown, nous £(imes traduits en justice; la cour. fut divisée dîopinion j et nous fumes relâchés^».
, hè lendemain de bon matin ^ A/L CoWper Rose et l'ancieii contrebandier furent debout, ainsi que les Hottentots, pour aller à la chasse aux éléphants. Il y avait parmi les quatre Hottentots un des chasseur^ les plus Intré^des et téméraires du pays. « Je le vois eocore, ce vieux cbasseui*, dit M. Cowper Rose, secouer tranquillement la cendre de sa pipe pendant que les élépliaats broutaient l'herbe à douze yards de nous;». On traversa un pays tout-à-&it désert; il n'y avait dechemins que ceux que les éléphants avaient battus ; partout régnait uu silence profond qu'inter-
DE M. GOWPER ROSE (l8a4*^S)* >Or
lompftit de temps en tempsle son d'une clodiette ri^'étatt le chant monotone d'un oiseau d'Afrique. On s'ache^ mina par les sentiers des éléphants siïr les collines et dans les ravins ; on remarqua souvent les larges traces des pieds d^éléphânts; les Hottentots reconnais* saient le temps depuis lequel elles avaient été iropri* mées sur le sol. En voici une qui a trois jours, di^ saient-ils : celle-ci a été faite la nuit dernière. C'était surtout autour dés petites mares d'eau que les marques des animaux sauvages étaient nombreuses. On reoon* naissait les pieds d'éléphants, de rhinocéros, de bn^ fles', de loups, d'antilopes, de singes-, qui tous ves naient la nuit s'abreuver à ces flaques d'eau,'
A midi;, le. soleil dardait ses feux africains sur les chassieurs; M. Gowper Rose pouvait à peine tenir son fusil : les regards errants des chasseurs ne dé^ couvraient rien. On n'avait aperçu encore. que trois bufQes qui étaient descendus eu courant une coLline^ et qui avaient disparu ensuite dans le creux du ravin. On avait pa^é auprès de quelques sque-^. lettes d'éléphants, dont les os étai^t blanchis par le soleil et la pluie. Les chasseurs crurent remarqi^ei*. en6n une troupe d'éléphants qui broutaient sur la colline opposée à celle où l'on était. Ap^ès une.<;oiiâultation.on gagna cette colline ; on n'était plus sé^ paré des animaux que par un raviur On approcha en silence en longeait ce ravin. Skipper, chasseur hottetUot, remit ^ntre les mains de Gowper Ro^ et du petit garçon des mèches allumées, en leur^recommandi^i^t de mettre le feu aux bjuisaons si les éléphants (odid^ient sqr4Hix.u< J'^ouvai up senlî*^
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roa VOYAGÉ
meut ëtràiige, dît^notre auteur, en me voyant à vingt yardâ de gros animaux qui , en se portant en avant ^ pouvaÎMt tout détruire; mais ils broutaient les buissons, et battaient de leurs ionglies oreilles sani» se douter de Hen. Quand nous ^mes occupé notre poste, nous entendîmes tirer un cotip, puis un autre. Sur les huit éléphants , sept prirent la fuite ; nous avançâmes pour voir l'efiet des coups. Skipper avait abattu le huitième éléphant d'un seul coup ; mais Tanintal se releva : je n'ai jamais rii^n entendu de semblable à son râlé ; il tcnnba une seconde fois , et expira. I^ balle avait pénétré derrière l'épaule jus^ qu'au cœur. On coupa sa queue en signe de triom* phe; puis les chasseurs suivirent à la piste les autres élé^banté qui s'étaient enftiis au bas de la colline. NoïB les vîmes traverser le ravin, et marquer leur passage en détruisant et déracinant les buissons qui les arrêtaient : des branches étaient jetées des deux cotés, et les euphoi4)es de ce désert, semblables à des palmes, étaient brisés comme des roseaux. Quand nous eûmes atteint le ravin, je ne pus plus avancer; nous avions parcouru vingt-quatre milles sur les chemins les phi» raboteux, et sous un soleil ardent; mon fusil à éléphant pesait une vingtaine de livres. Je m'assfs à terre , eh déclarant aux chasseurs qu^il m'était impossible de marcher plus long-temps ; je les priai, en rentrant au bivouac, dé m'envoyer mon Hottentot avec mon cheval. Ils me déda^èrent qu'il serait nuit avant qu'on pût venir me chercher, et qu'on me trouverait diffidiement dans cet endroit. Après quelque délibération , il fat convenu
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DE M. COWPER ROSE (l8i4'"^8). lo3
que le petit garçon resterait avec moi, et que kyrtquQ nous aurioas grari la coUioe, noud y allumerions du feu pour donner le signal de notre séjour. Les chasseurs continuèrent la poursuite dés é\é^ phants* Au bout d'une démi-héute' nous> commençâmes à grayip la colline. On m'avait échangé mon lourd fusil contre un autre , qui à peincpouvait faire feu. Le vallon que nous quittions et la pente que nous avions à gravir étaient couverts de buissons ; pendant que nous montons lentement , nous entendons tout à coup le galop pesant d'un animal qui approche. Les yeux du petit garçon , qui à quelque distance de là souffle son bâton allumé, deviennent hagards , et il se jette à l'écart : moi ; je me mets à iîiir vers le haut de ta colline. Je ne doute pas que ce ne soit un rhinocéros ; j'enteâdis son mouvement pesant tout près de moi, et j'entrevis un gros animal noir, qui se précipitait à travers les buissons à l'eifdt^t que je venais dé quitter, et dans le sentier même où je courais. Mon jeune compagnroti s'était hâté de mettre le feu aux buissons; ce qui détourna l'animal, L'enfant vint enfin me rejoindre, et noits atteignîmes le sommet de la colline , d'où nous vîmes les élépbants passer sur une autre hauteur devant nous ; nous entendîmes les chasëéurs tirer, et noua distinguâmes -les animaux qui s'ëufayaient : l'un d'eux se dirigea sur nous; aussitôt nous allumâmes les buissons cft l'herbe, et nous nous trouftâme» dans un cercle de feui Nous apprîmes plus tard que l'on avait tué encore un éléphant femelle , après avoir tiré dix balles sur lui ! le matbéfureux
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aaÎBialy au milieu de son agonie^ s'était tenu debout, tandis que son petit s'agitait autour de lui, et se couvrait du sang de sa mère.: Quel plaisir cruel que cette chasse !»
La nuit arriva ; notre voyageur et son compagnon mirent le feu aux buissons, et tirèrent des coups de fusil pour avertir les chasseurs; mais ceux-» ci étaient loin : d'ailleurs la rosée empéi^it les brot^ sailles de prendre feu. Il faHut se résigner à.pass^* la nuit en plein air, sans soup^. On- rassembla des branches sèches , et chacun Veilla à son tour auprès du feu. <c II n'y avait pas de ^une , dit l'auteur; mais les étoiles jetaient, un vif édat sur lé sombre fir* marnent bleu.- J'écoutai , et de temps en temps j'en^ tandis des soQs étranges et éloignés/Quel voyageur, en passant. une nuit au milieu du désert, n'a pas cru entendre, des voix et un langage qu'apportent à ses oreilles les vents de la nuit?. Je distinguais aussi le brpit d'une foule d'éléjphants qui. passaient sur les collines; puis tout était silencieux. On entendait ensuite le hurlement mélancolique du loup, et ses courts aboiements qui approchaient de plus en plus; je ravivai la flamme, et tout rentra dans le silence. U fut interrompu par le coasseitieiil du corbeau nocturne qui fondait sur un éléphant mort dans la ravinç. Un étrange, bruit semblait annoncer l'approèhe de quelque animal ; il éveilla mon jeune compagnon; il dit que c'était le hurlement de l'hyène : c'était une sorte de rire , le son lé plus affreux qu'on entende la nuit au milieu de ces solitudes. »
yé^oUe du matin se moi^a enfln au*destsus de la
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montagne , et appoiiça* l'aube du jour* M. Cowpcr et son compagacui aUuilièrent leurs bâtons, prirent leurs fusils, et s'acheminèrent vers le bivouac ,^ où ils arrivèrent &tigués et affames. L'ancien contre*bandier dit à M. Cowper Rose que- les, chasseurs ne . redoutaient rien autant que la rencontre d'un rhino* cëres ; il demanda si l'animal avec la corne de ses naseaux avait sillonné la terre. Notre voyageur rë{:K>Bdit qu'autant qu'il avait pu entrevoir, l'animal ne fiiisait que. courir. Dans ce cas , repartit le contrebalidter^ ce n'est pas vous qu'il cherchait; il aura été troUr blé par les â^hants qui traversaient le ravin^ il y a , continua-t-il , un viiBux chef, fameux cfae2 les <2afres pour un acte de courage désespéré, ou plutôt de folie. On était à la chasse, tout à coup nn rhinocéros s'élance hors des buissons, si près des chasseurs , que le vieux chef, par une inspiration soii^ daine, prend le parti de sauter sur l'animal. Le monstre se précipite à travers les broussailles, sillonne le sol de sa corne, soûfBe de rage, et fiit tout ce qu'il peut pour jeter à bas son cavalier. Pendant cette course étrange le Caire laisse son kaross accroché aux buissons; aussitôt le rhinocéros s'en empare, et, pendant >qu'il exhale sa fureur contre ce •vêtement, le cavalier profite du moment, et s'élance dans les broussaillesj Quand on tire sur ces animaux, et lors, liiême. qu'ils. sont légèrement blessés, ils se portent'en avant;. la flamme, qui effraie et arrête les autres animaux, n'a, dans ce cas, aucun effet sur eux. Le bufBe aussi se précipite en avant quand on tire sur lui ; mais.il est .moins dangereux, parce
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qu'il baisse la tête en courant, et te chassew eR ^mvë^ poorvu qu'il se jette dans un buisson , ou qu'il soit un peu plus ëiey^. La manière ordinaire d'at*taquer û birfSe, c'est de le faire relancer par des diiens, et de tirer sur lui pendant qu'ils le cernent. IjCS Hottentota smit si superstitieux que, lorsque les ëlëpbanis ne tombent pas sous plusieurs coups, «ces gens s'imaginent qu'on a jeté uii sort. Le vieux chasseur Skipper a un courage à toute épreuve ; xxspendant il cède facilement à des idées snpersti-* tieuses. Je me rappelle de Ta voir vu tout à coup re^ iionoer à tirer sur un hippopotame , parce que soil iiisil avait raté trois fois » (i).
Le lendemain on recommença la chasse* M. Cow* per Rose, se souvenant de la £itigue de la veille, voulut prendre son cheval. Il vous servira peu dans le voisinage des éléphants, lui dit le contrebandier; la peur ôte aux chevaux toutes leurs forces ; je les ai vus se coucher sous les buissons commeles chiens pour se cacher; cependant montez à cheval, jusqu'à ce que vous arriviez à l'endroit où il y a des élépliants.
ce Nous traversâmes , dit M.- Gowper Rose , la ri»vière aux Poissons , et 4ious noiia dirigeâmes vers l'endroit ou cette rivière reçoit le*Kat-Rtvier. Il fallut traverser un pays comme celui dont j'ai parié, composé de collines et de ravins couverts de buissons, et partagé par des aentiers d'éléphants; de temps en temps oo -passait auprès d'un kloof <m défilé profond et sombre, ou d'une rivière qu'on voyait couler
(i) Fout f9ià^ ùé soutkêm Jfiia», p. s3s.
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ê&nê le ùmd. Ayant entendu le brait d'pn oiseau à miel y Un des Bottentols y répondit aussitôt en stf* fiant, et suivit l'oiseau, en répondant toujours m son petit cri , jusqu'à ce que l'oi«eaù l'eût conduit àson nid ; malheureusement ce nid était dans une roche au-dessus d'un abîme, et hors de la por^ des hommes. Tai vu plusieurs fois les Hotlentots suivre ces messagers ailés ; rarement ik reveifaienl les mains videsJ
ocLa.plus grande partie de U journée se passa sans aucune découverte , et les ombr^ s'allongeaient saM que la vue pénétrante des Hottentots observAt au*** cime tracé récente, A la fin , l'un d'eux signala dans le lointain une colline haute^et rocailleuse de l'autre cété de la rivière' de Rat, et fermant le proFonge^ ment de sa rive escarpée et boisée. Nous descen^ dîmes de la chaîne de collines que nous avions longée , et , après avoir passé la rivière , nous gravîmes l'escarpement de l'autre rive. En approchant do soni* met, nous vîmes enfin les<é}éphants; nous qui étions à cheval , nous mîmes pied à terré , et nous atta-^ châmes nos montures aux ai4>çes, en tournant leurs têtes du côté .opposé à celui oîi la chasse allait se faire. On mit le feu à la fiente sèche d'éléphant ai^ tour d'eux, afin dé détourner les éléphants si v dans leur Alite, ils allaient se diriger par là.
<ic On s'avança ensuite avec précaution «t en sî^ lence. £n approchant, nous; distinguantes neuf oa dix animaux dont les dos s'élevaient au-dessus ^ea^ btiissons qu'ils broutaient. Nous tâchâmes^ d'abord do gagner une position plus élevée qu'eux ; les deui^
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Id8 VOTAOB ,
Hatteatots s!aiTélèi*ent et ooinipèrent leur poste, tandis que le chasseur, moa compagnon et moi nou^ <k>ntmuàmes de nous a{^ocher. Les buissons et les «euphorbes étaient si drus que nous ne pûmes voir les éléphants;, mais- nous les entendîmes tout, près de nous bk*outer les bmdres branches du speekhoom, leur nourriture favorite. Nous entendîmes un coup, puis un autre , et il s'ensuivit un grand fracas causé par les éléphants, qui se précipitaient à travers les buissons. Le chasseur tira^ mais sans succès'; je n'eus pas le temps de coucher en joue, ils avaient déjà disparu. Nous les poursuivîmes ; D^^^ mit le feu aux buissons abtour de nous ; eu descendant dans le creux, nous entendîmes encore un coup, et, ayant tourné autour d'un petit kloof , nous révînmes au point d'où nous étions partis.
ce Le résultat de la chasse fut la mort de trois petits éléphants, le plus grand n'ayant pas au-delà de neuf pijeds. d'élévation. Je m'assis sur Tun d'eux, pendant qu'on cherchait dans sa tête ce fameux bois, qui passe pour un amulette chez les indigène. Ce bois, qui ressemble à. une épine ou «à un brin cassé, gît à environ un pouce au-dessous de la peliu, au milieu de la graisse , précisément ious . l'œil. En examinant cet endroit plus attentivement , nous remarquâmes une petite, ouverture dans la pei|U , peut-être un grand pore : je suis donc pointé à croire que ce phénomène étrange vieDt de ce qu'unît branche «'est cassée pendant que l'animal se fipttait la tête contre le buisson , et que l'^xtrémiJté de la branche a pénétré par te pore dans la tête. Oii ne
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trouve pas ce bois dans la tête de tous les ëléphaiits.
« Ayant des chevaux^ on résolut d'emporter une partie de la chair. On ouvrit l'un des éléphants , et on coupa une partie du cœur qui était énorme ; on coupa également la partie supérieure de la trompe, ainsi qu'un de ses pieds. On attacha le tout à l'aide d'une de ses grandes oreilles pendantes. Le chasseur fit une marque sur les dents de défense, pour en prendre possession; nous antres, nous nous emparâmes des queues, laissant le reste en proie aux vautours.
« De retour au bivouac , on déploya les provisions , et on fit du coeur un carbonatje. Vous demandei*ez sans doute ce* que c'est qu'un carbonatje^? On coupe la viande en petits morceaux par lesquels on passe un long bâton aigu; ensuite on les assaisonne de poi-^ \re et de sel , et on lesrfait cuire. C'est , je vous Tassure, un mets délicieux pour des gens afTamés. Pour le servir, on fiche le bâton en terre ; alors chacun, muniile son couteau, coupe ce qu'il veut avoir. Nous fîmes honneur au cœur et à ia trompe ; mais le mets le plus friand , ce sont les pieds ; il exige aussi plus d'apprêt. On l'enfoiice dans la cendre chaude, et bn l'y laisse presque toute la nuit. Nous en fîmes notre déjeuner; et quel .déjeuner !
a La chasse aux éléphants fut le sujet d# notre conversalion. D*** nous raconta qu'il avait vu un éléphant lever son compagnon qui était tombé , et lui donner des secours, quoiqu'étant blessé lui-même. Il se laissa tuer plutôt que d'abandonner qe compa-» gnon qui ne pouvait le suivre , et ils expirèrent en
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même temps» Je lui dis qu'à eo juger par la qmvttîté de sentiers qui traversaient le pays dans toutes ks directions, les éléphants devaient y être bien nombreux. J'ose assurer , me répondit-il , que j'en ai vu jusqu'à trois mille sur les bords de la rivière aux Poissons ; mais je crois que dans les dernières années on en a détruit autant. Il me fit part d'une observation singulière : c'est que ceux qui ont traversé le pays n'ont jamais trouvé un éléphant mort naturellement ; touiles cadavres qu'ils trouvent sont ceux d'éléphants tués par des chasseurs. Je fus surpris d'entendre dire à D"^** qu'il désirait quitter la vie de chasseur , et s'établir paisiblement dans sa ferme. 11 me semble , lui dis-je , que la vie de fermier serait un peu ennuyeuse pour quelqu'un qui est habitué à chasser et à faire la contrebande. Ah, monsieur! me répondit-il , je suis marié maintenant, et j'aurai des en&nts. Il n'y a que les dettes et le besoin qui m'aient jeté dans cette carrière. Je suis sur le point d'arranger mes affaires; car^ dans l'espace de vingt mois, j'ai, avec mes Hottentpts, tué huit cents éléphants, dont U moitié est tombée sous les coups de ce bon fusil que voilà, Biçn des fois les éléphants se sont précipités tout près de moi-même à un yard du buisson où je m'étais blotti. Une fois une centaine d'éléphants sur lesquels nous avions tiré vinrent fondre sur nous auprès d'un profond ravin : le plus hajrdi chasseur finit par être victime de sa témérité. Une autre fois, poursuivi par un rhinocéros, j'ai été obligé de sauter du haut d'une roche «ans savoir quelle était son élévation , et si je ne
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DE M. €owpsA aou (i8a4*^8)* "i tomberais pas sur on bloc de pierre* Non, moiuieur, cette vie est trop dure et trop dangereuse; j'ai éié dans le cas de ronger le cuir de mes souliers fiiute d aliments. » , -
M. Cowper Ro^ demanda au Hottentot Skipper combien d'animaux sauvages il avait tués dans sa vie. « Je ne me rappelle pas exactement le montant de sa liste, continue notre auteur; mais il y avait dans le nombre, ai je ne me trompe, un lion, deux rhino* cëros, je ne sais combien d'éléphants, de tigi*es, de loups, etc.; la liste finissait par deux Cafres, car Skipper n'était pas .homme à faire des distinctions subtil^. »
Les chasseurs firent encore la chasse aux buffles en anieoant leurs chiens, qu'on ne mène point à la chasse aux éléphants ; cependant ils ne trouvèrent point de buffles , quoique dans ce pays on les rencontre quelquefois par centaines ; et ce furent encore trois éléphants qu'ils tuèrent.
M. Cowper Rose et son compagnon firent enfin leurs adieux à l'ancien contrebandier, et continuèrent leur route vers la ville du Cap. De là, en atten*^ dant son embarquement , il fit encore quelques excursions dans l'intérieur de la colonie; mais ces excursions sont indiquées vaguement; il a craint, dit-il, d'imiter ces voyageurs qui, avant lui, ont visité la cobnie du Cap, et ont écrit leurs voyages comme ils les ont Êtits, à pas de bœuf: ils paraissent avoir écrit, dit M. Cowper Rose, sous l'inspiration du mouvement de leurs chariots.
En quittant le district d'Albany, notre voyageur
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lia • YOTÀGE
vit passjsr une nuée de sauterelles, qui s'étendait sur un espace de trois milles; cette nuée n'était pas assez épaisse pour intercepter les rayons du soleil ; partout, au contraire, où Ton portait la vUe, on voyait briller les ailes de ces insectes dévorants , le plus terrible fléau de ce pays. Ils arrivent par millions, portés par le vent; toute la végétation dis* paraitsur leur passage, et quand' l'œuvre de la destruction est accomplie ^ un autre vent Jes emporte loin du théâtre de leurs ravages.
£n traversant le district d'Uitenhagc, notre voyageur vit partout les ruines noircies dés fermes brûlées pendant la guerre des Cafres. Dans ce pays où la population est clair-semée , il règne une grande , uniformité dans les mœurs et le caractère des paysans. Notre voyageur cite Un fermier , nommé Hendrik Van der Zéphyr, comme échantillon. M. Cowper Rose arrive à la ferme avec un compagnon qui parle hollandais; ils descendent de cheval aux aboiements d'une douzaine de chiens; la grosse fermière se lève de son fauteuil à coussins , et souhaite le bonjour aux éti'angers : ceux-ci expriment le désir d'avoir un gîte pour .la nuit; la théière, façonnée selpn le vieux modèle hollandais, est toujours sur là table devant elle. La fille travaille à une autre table, et deux fillés^ esclaves repassent le linge sur une troisième table; des enfants esclaves, à demi nus, traversent la chambre en silence et comme à la dé-» robée ; d'autres enfants, sales , appartenant aux maîtres de la maison, y prennent leurs ébats. A la fin de la journée arrive le fermier, modèle du flegme
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et de l'apathie hollandaise; le chapeau quitte aussi peu sa tête que la pipe quitte sa bouche. On voit fondre ensuite dans la chambre les jeunes gens avec leur meester ou précepteur. Ce meester est ordinairement un ancien soldat anglais, et tient le milieu entre les maîtres et les domestiques. Il enseigne tout ce qu'il sait, et reçoit, en échange de son petit fonds de savoir, un mince salaire, une copieuse nourriture, et une bonne ration d'eau-de^vie. Au reste, il n'y a dans la chambre 'qu'un seul livre; c'est une grande et vieille Bible munie de fermoirs en argent. Le souper se réduit à un seul plat, le n^éme qui m'a poursuivi, dit M. Cowper Rose, dans tout mon voyage : c'est 'un mélange abominable de tête de mouton et de graisse de la queue du même animal. Cette graisse paraît constituer le fond de tous leurs plats, et les légumes même y nagent; heureusement il y avait aussi du bon pain, du beurre, du lait et des pêches séchées.
. oc Dans un pays aussi reculé , continue le voyageur, le fermier ne peut jamais s'enrichir faute de débouché pour ses productions ; mais il a peu de besoins , et , isolé comme il est , il mène ce qu'on peuk appeler une vie patriarcale, c'est-à-dire qu'il élève ses propres chevaux , qu'il tue ses propres moutons , et qu'il porte des culottes de peau de mouton non tannée , et sans bas. Henri le fils vit et fume précisément comme faisait Henri le père ; rien ne peut troubler cette vie d'apathie et d'ignorance, si ce n'est la perte de la graisse des queues de mouton, La maison du paysan est souvent grande, et les dépen-: XXI. 8
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dances sont vastes; mais tout cela présente un aspect peu riant : en dedans , il n'y a risn pour la commodké ; et au^lehors^ tout est nu et aride. Pourquoi, demanda un de mes anlis à un paysan, ne plantez^ vous pas de chênes, pour avoir de la verdure et de Fombrage autour de votre maison ? — Je serai mort avant que les arbres soient grands ! — Ce serait alors pour vos enfants. -«-^ E3i bien , que mes enfants en plantent ! Et le, dialogue finit là.
a On ne fait pas de grandes offres d'hospitalité ; cependant on est hospitalier : peut-être croit-on que cela est de droit; et il faut avouer qu'ils ne sont pas intéressés, car leurs comptes sont généralement très modérés.
ff De cette manière , nous parcourûmes près de sept cents milles de pays, voyageant de ferme en ferme , et nous procurant des chevaux et un guide toutes les trois ou quatre heures. La monotonie de la route était interrompue quelquefois par la nécessité de traverser à la nage une rivière, ou de passer par un défilé de montagnes. Nous eûmes pourtant une distraction agréable; ce fut la visite que nous, fîmes* à M. Rex, Anglais, qui possède une grande étendue de terres à l'embouchure de la Knysna. Nous nous détournâmes d'une journée pour arriver à sa demeure, en traversant un pays à hautes montagnes, et nous n'eûmes pas à nous en repentir ; car , dans cette journée , nous vîmes presque tous les sites divers^ que peut offrir l'Afrique méridionale, depuis les précipices hérissés de rochers à travers lesquels monte un sentier rocailleux, impraticable pour toute
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autre monture que pour le cheval de ce pays , jusqu'aux Talions verdoyants et bien ombragés, et jusqu'aux ravins entre les rochers, où l'eau séjourne*, et oîi fleurissent des végétaux vigoureux et variés. Nous traversâmes plusieurs fois les belles sinuosités de la rivière coulant au milieu des fleurs odorantes du Keurboom , arbre qui donne aussi son nom à ce fleuve. Quelquefofs, ayant péniblement gravi une montagne , nous espérions wir au-dessous de ntMls une vaste plaine ; mais nous trouvions devant nous des montagnes plus élevées encore , et de tous côtés ce n'étaient que montagnes d'un aspect sauvage et désert. Pas une habitation; à peine un être vivant, si ce n'est le vautour qui plane sur les rochers. Le soir, en descendant des montagnes, nous aperçûmes dans le lointain l'Océan et la côte entrecoupée de baies; nous eûmes à traverser ensuite d'immenses forêts où régnait déjà l'obscurité. En sortant de ces bois , le guide nous montra la demeure de M. Rex.
(t Cette partie du district de George passe pour la plus belle de la colonie ; en effet , je n'ai rien vu de semblable ailleurs. Cette grande rivière parsemée d'îles verdoyantes, les riches pâturages qui s'étendent sur ses bords, le vaste coup d'oeil dont 6n jouit en se plaçant sur une hauteur, et en voyant de là la rivière se perdre dans d'épaisses forêts ; enfin ,• ces chaînes de montagnes qui se confondent l'une avec l'autre, ef dont les dernières ont l'air vaporeux de nuages; tout cela présente un aSpect magnifique. Mon compagnon et moi nous employâmes plusieurs journées à parcourir les bords de la rivière, qui, en
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sortant des forêts où elle coule entre des géants de végétation , et sous de superbes plantes et parmi, les fleurs, s'élargit et devient un lac bordé d'un rivage caillouteux. Il est impossible à la plume et au pinceau de retracer la richesse de la végétation qui ombrage une rivière d'Afrique; Tœil se promène avec délices sur ces diverà genres de beautés que la main de la nature a prodiguées ; on est charftié ^e ces parterres de lis qui ressemblent à un grand tapis blanc sour tenu par de larges feuilles ; cette blancheur éclatante contraste avec ïa verdure sombre d'alentour, provenant surtout des alôès groupés sur les bords , et soutenant une riche floraison d'une couleur rouge. Pour moi, j'éprouvai mille plaisirs, soit que je suivisse des yeux le flamant couleur de rose, quand il rasait la surface des eaux qui réfléchissaient sa forme rougeâtre , ^oit que le bruit des pas de nos chevaux fît sortir de leurs retraites dans les bois des hérons blancs, gris et noirs, soit enfin que je m'entretinsse avec les habitants du lieu; je n'oublierai jamais ce beau séjour, et l'agrément de rencontrer des mœurs aussi polies dans un pays désert, et où la nature peut étaler toute m beauté. Un air d'industrie- et d'activité régnait dans cette propriété; tous les arts et métiers y étaient réunis, en cîffet, tels que charpentiers, maçons, selliers, etc. , tandis que la maison et les jardins étaient tenus dans le plus grand ordre. Les vues du propriétaire s'étendaient même au-delà de sa propriété, et il faisait construire un navire. pour faire le conimerce d'interlope depuis sa demeure jusqu'au Cap , qui en est
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éloigné d'environ trois cents milles. Nous allâmes avec lui voir ce navire , qui ^tait construit solidement , et devait recevoir le nom de Britanuia ; mais je demandai qu'il fut nommé Knysna , comme étant le premier navire construit dans les forêts, et lancé sur les eaux de ce fleuve. »
. Nos.voyageurs, après avoir pris congé de M. Rex , se dirigèrent sur le chef-lieu du district ;. la nuit les surprit au passage de la rivière des Caïmans ou Crocodiles, qui coule dans un ravin couvert de rochers et de hois ; la marée se retirait quand ils arrivèrent au bord de cette rivière , et ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'ils effectuèrent le passage, moitié en marchant, et moitié à la nage.
«Cet endroit, observe M, Cowper , Rose ,. est le même que Le Vaillant décrit xomme étant si effrayant ; et ce fut dans cette partie du district de George qu'il établit son camp permanent , et enrichit considérablement sa collection d'histoire naturelle. Je ne suis nullement surpris qu'il se soit plu dans, cette contrée , car l'amant de la nature peut passer ici bien du temp^ avant d'avoir épuisé toutes les beautés qu'elle étale dans les forêts, dans la rivière et sur les montagnes. J'ai lu les Voyages de Le Vaillant dans mon enfance; ce livre m'enchanta. Aujourd'hui encore je puis sympathiser avec son enthousiasme : il faut avoir erré dans ces immenses forêts, entre des arbres séculaires, couverts de lambeaux de mousse qfx desséchés à force de vieillesse, et enveloppés de plantes parasites qui offrent les couleurs les plus brillantes; il
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£iat avoir fait lever les oiseaux au riche plumage dé leurs nids eachés ; il &ut avoir vu le serpent à la peau, bigarrée se glisser sous le feuillage; enfin, il faut avoir vécu dans les solitudes avec la nature, pour éprouver cet enthousiasme du voyageur français. Jusque-là je puis le suivre, et sentir comme lui ; mais quand il devient sentimental au sujet d'une fille hottentote, et décrit minutieusement les petites af« fections que lui a inspirées une de ' ces femmes à la grande bouche, aux petits yeux, et au nez camus, j'avoue qu'il va plus loin que moi. J'en ai beaucoup vu de cesHottentotes, j'en ai trouvé beaucoup d'ivrognes j mais je n'ai pas rencontré de Nérina » (j).
M« Cowper Rose visita encore la mission hernute de Gnadenthal ou Val-de-Grâce , et la vallée pittoresque de Franscbe-Hoeck , et revint enfin au Gap afin de se rembarquer pour l'Angleterre, avec tous les souvenirs de son séjour dans ta colonie. « J'avais partagé, dit^il, la vie rude du chasseur d'éléphants; j'avais* couché dans la cabane ronde et pointue du Cafre, et traversé sa belle patrie; j'avais visité la ferme du paysan flegmatique, et l'établissement du missionnaire au ton humble et résigné ; j'avais vu la plupart des animaux sauvages du pays , l'élé-* phant, le rhinocéros et l'hippopotame; j'avais cherché le lion dans la contrée où il était autrefois si nombreux : mais c'est dans cette contrée surtout que les colons se sont établis; les bétes féroces se retirent à l'approcbe de l'homme , sentant par ins-
{^i) Four ycars in soui/tern j4f rida , p. aya.