‹ Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection des relations deChapitre 9 sur 60 · DE M. COWPER ROSE · texte numérisé non relu

DE M. COWPER ROSE

pour attaquer impunëment leur gibier. Toute cette adresse échoue pourtant quelquefois contre sa force prodigieuse, doublée par la fureur ; dans ce cas extrême, ils se hâtent d'allumer l'herbe sèche et les buissons, et de se mettre h couvert derrière les flammes et la fumée. On prétend que, lorsqu'ils ont tué un éléphant, ils lui demandent pardon de cette offense, et enterrent sa trompe, en répétant pendant cette cérémonie : «L'éléphant est un grand seigneur, et la trompe est ssk main droite.» C'est à peu près ainsi qu'en agissent, à ce que l'on assure^ les Samoièdes quand ils ont tué un ours , et lés Arabes de l'Afrique, à la chasse aux hyènes. >

Nos voyageurs quittèrent la mission de Wesleyville, accompagnés par Conguar, frère de Pato, et par quatre personnes de sa suite , appelées Faarni , Chiqua, Ikey et Glaa-Claa. On prit ce dernier en traversant un kraal oii sa femme venait de lui faire la toilette de son voyage, en l'enduisant d'ocré de la tête aux pieds, et en le coiffant dans le grand style cafre, c'est-à-dire en arrangeant ses "cheveux en une multitude de petites boucles de la grosseur de pois. Il s'avança fier de sa parure et de l'honneur d'accompagner le' landdrost.

Sur la dernière hauteur où l'on pouvait encore apercevoir la mission , M. Cowper Rose ne put s'enipêcher d'admirer le tableau calme que présentaient les chaumières blanches sur la pente verte parmi les mimosa , et ce ruisseau «^ui s^pentait entre les jardins et les champs appartenant aux colons. On visitli une seconde missiofi 'située sur une coltine

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que les Cafres, à cause de sa belle position, avaient nommée Omkamgeza, rayons de lumière, mai» que les chk'ëtieus ont appelée Mont Coke. On se dirigea ensuite s^ur un troisième établissement, qui ne Élisait que d'être fermé sur la rivière des Buffles. On négociait alors avec Hinza pour fonder une quatrième mission sur son territoire.

« Nos nouv^ux compagnons , auxquels il faut ajouter deux interprètes et un guide, dit l'auteur, étaient à la fois utiles et très amusants; ils faisaient passer l'enodii de la route à force de contes débité$ avec beauooi^i de vivacité et dé gestes; souvent le conteur parlait pendant une heure, puis un second reprenait. J'aurais voulu connaître le sujet de leurs contes, mais un interprète est,ep général, un triste moyen de communication, et je ne pus apprendra que peu de chose; ce que je regrettais d'autant plus, que l'un de ces contes qui roulait sur une aventure de la chasse aux éléphants, et qu'on m'expliqua, of* frit beaucoup d'intérêt. Le conteur, chassant un jour un de ces animaux, avait été poursuivi de si près, qu'il n'avait trouvé d'autre expédient , pour échap* per à l'éléphant, que de se jeter dans une fente di; rocher. L'animal furieux l'avaif assailli avec sa trompe dans cette retraite, qui était tellement étroite, que la trompe de l'animal ne trouvait pas de prise, et essayait en tain de s'emparer de l'homme et d^ l'arracher de là. En contant cette aventure, le Cafré faisait les gestes les plus animés poilr exprimer sa position dans la fente de roch^, et il montrait se^ dents blanches en riant des etiforts inutiles <}e l'ani-*

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DE M. GOWPER ROSE ( 1824-^8). 8^

mal pour le saisir. Lo^ nuit, auprès du feu, on entendait également débiter des contes et des histoires; lé conteur au teint foncé, éclairé par la ûamtfie, ges^ ticulait quelquefois avec une vivacité extraordinaire. Une iiuit M. Cowper Rose en entendit on s^entretenir très énergiquement avec; son interlocuteur, dont il ]fiiraissait persifler et tounier en ridicule les argu* ments; puis, prenant tout à coup un- ton grave et passionné, il montrait les étoiles qui brillaient andessus de leur tête , e^ traçait avec son bras bien modelé la course de la lune fiï firmaiQ«nt. La dispute roulait apparemment sur quelque sujet relatif au temps, car la }$me est leur chronomètre, et leur sert à mesurer les distances, a Hlus d'une fois dans mes excursions , ajoute l'auteur, lorsque je demanda^ la distance d'un endroit, on me répondit : Vous j arriverez quand la lune se couchera » (f ).

Daûs les eiidroits oii la caravane s'arrétajt, on voyait ordinairement affluer les habitants de tous les kraals d'alentour. On remarquait leurs grandes tailles au haut des collines; quelquefois e'étaient des cavaliers moMés sur des bceufs, qu'on dresse depuis leur jeunesse pour servir de moiiture; à cet efiiat^ on leur perce le cartilage du «useau pour y passer un bâton, au bout duquel on attache des courroie» servant àe brides. Beaucoup d'habitants portaient des paniers remplis de lait <k)ux et ds lait caiBé, eit le bivouac des voyageurs se transformait en une espèce de gaarehé.

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Après un voyage ée dix jours^ on atteignit la rivière du Key^ dont les bord3 sont hérisses^ de ro^ ohers; aussi, avant d'y arriver, jugea- t-on prudent de quitter le chariot et de monter à cheval. Oà envoyât un nnsssager pour avertir le chef Hinza dé l'approche du landdrost ; et , en attendant son retour , on 6t une chasse^ l'hippopotame le long deja rtvière. On découvrit un de ces animaux; mais, en tirant sur lui avec trop peu de précaution, on le mit en fuite; il plongei^, et ne reparut plus que pour respirer de temps en temps l'air du dehors ; mais alors il n'élevait au-dessus du^iveau de Ja rivière que ses naseaux. « Le Key, la plus graii(^ rivière. que j'aie vue dans l'Afrique ihéridionale, dit l'auteur, diffère, par son aspect, des autres rivières que noua avions traversées. Peu d'arbres croissent sui* ses bords, qui sont jonchés de gros blocs de pierre grisâû'e; ces blocs gisent au bas des rochers élevés dont ils se sont détachés. £n quelques endroits,^ la rivière baigne le pied de ces escarpements formidables; dans d'au;r très , il y a, entre leà rochers et la rivière, un espace^ qui , en été, se couvre d'une, végétation vigoureuse^ Partout on remait[ue la trace des ravages que font les débordements de la rivière dans la saison hiver-^ nale. »

Harassé de fatigue après cette chasse et la course entre les roches^ notre voyageur vit avec délices, dans un ravin , un arbi:e chargé de fruits d'un aspect ten** tant. Sachant que plusieurs firuits sauvg^ges de la contrée sont des poisons , il n'osa pourtant en goûter; mais, un jeune Cafre, son compagnon, l'encou-

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