‹ Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection des relations deChapitre 13 sur 60 · DE JACOB VAN EE£N£N · texte numérisé non relu

DE JACOB VAN EE£N£N

anglaise le Grosvenor, commandé par le capitaine Coxon, étaot pa:rti de Trinquemalev le i3 juia 178a, fut assailli, le 2 août, par une tempête, laquelle continua avec tant de violence, que le 4 ^^ même mois, à quatre heures de l'après-midi, il fîit obligé d'amener. Il paraît donc que depuis quelque temps les .officiers de ce bâtiment n'étaien»t plus en état de faire les observations nécessaires : ce qui sana doutç fut cause de la grande erreur qui se trouva dans le pointage du capitaine.

Deux matelots, placés dans les hunes, crièrent terre, et qu'on faisait route dessus; mais cet avis fut reçu avec dédain par le quart du jour. Peu detemp^ après on en fît rapport au capitaine; mais il n'était plus temps : la quille du vaisseau donnait déjà avec tant de force sur les écueils à fleur d'eau dont il était entouré, qu'i| n'y avait plus que la mort à attendre.

On abattit alors promptement le grand mât et le mât de misaine, et l'on songea à sauver l'équipage par le moyen d'un radeau ; mais il fut emporté sur le rivage, oîi il se brisa. Trois hommes de l'équipage entreprirent de se rendre à terre avec le bput d'une corde,: deux eurent le bonheuf* de ^réussir; le troisième fut perdu. Avec le secours des naturels du pays, ils trouvèrent le moyen de' tirer à terre une ci ncenelle, laquelle ayant é^é attachée aux rochers, servit à sauver plusieurs personnes : cependant quinze périrent^ sans compter cinq qui s'étaient noyées daùs la première tentative. On Jança alors e^ mer la chaloi^e et l'esquif, qui furent bientôt mis en pièces par les rudes bri^ans. Peu de temps après, le

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vaisseau tnémcftit partagé en deux , un peu en avant du grand mât. Cet accident, qui parut d*abord funeste,, contribua à sauver beaucoup de monde, parce que le vent, qui vint à changer, donnait directement sur la terre, et y chassa la partie du navire sur laquelle se trouvait alors la plupart de rëquîpage; tandis ^ue l'autre partie servit à rompre Timpëtuosité des lames, qui, sans cet obstacle, les auraient immanquablement tous submergés ou Agaçasses contre les rochers qui bordent la côte en cet endroit.

Il faisait presque nuit lorsqu'ils se trouvèrent nendus à terre. Par bonheur les naturels du pays avaient laissé, en se retirant au coucher du soleil, lés cepdres ardentes d'un feu qu'ils avaient fait, qui servirent aux naufragés à en allumer trois autres, pour apprêter quelques vivres qu'ils avaient sauvés du vaisseau. Ensuite vinrent encore flotter à terre plusieurs barils de viande salée, de lard, de farine , etc. , dont le capitaine Goxon fit la distribution. Deux voiles servirent à fortner des tentes pour les femmes , qui y passèrent la nuit.

Le 5 au matin , les Cafrés vinrent enlever tout ce qui pouvait leur convenir; mais ils se bornèrent alors à cette spoliation. Le jour suivant se passa à rassembler tout ce qu'on jugea convenable pour se rendre par terre au cap de Bonne-Espérançe ; le capitaine se flattant, de trouver au* bout de quinze ou seize jours de marche quelque habitation des cultivateurs hollandais.

Coxcm entreprit donc, contre la coutume ordi-

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naire des miurins en pareilles circonstances, dfe s exposer à tous les dangers d'une longue marche à travers différentes nationssauvages, pçut-etre même ennemies, et à manquer de tout dans ce$ déserts inconnus, plutôt que de rester dans le voisinage du vaisseau naufragé, poqr y attendre qu'un événement heui^ux vînt les tirer de cette triste position ; ou , ce qui aurait été infiniment plus sage, de. construire une embarcation pour se rendis par mer aU Gap; moyen qui lui aurait été d'autant plus facile, que les charpentiers et caUàts du vaisseau s'étaient ^sauv^ à terre.

A peine s'étaient-ils mis. en route, qu'ils rencoii^ trèrent une troupe de Cafres, parmi lesqirals il y en avait un qui parlait le hollandais. Gelui-d leur fit un tableau affligeant, piais vrai, de tous les dangers qu'ils aiu^ent à courir^ vaut d'atteindre à l'habita* lion de quelque colon du Cap. Après avoir fait inutilement à cet homme, appelé Trout, les promesses les .plus séduisantes pour l'engager à leur servir de guide,. ils continuèrent à mapcheir pendant quatre ou cin(} jours. Durant ce temps, les sauvages, qui les entouraient continuellement de toutes parts, leur enlevèrent tout ce qu'ils jugèrent leur pouvoir convenir. Ils insulièr^t même les femmes, et malti;ailèrent les hommes; de sorte qu'on en vint quelque* fois à des rixes fâcheuses. Mais tout cela n'était rien en comparaison de ce qu'ils eurent à souffrir par la suite; car, outre les mauvais traitements que les Cafres firent essuyer aux femmes., ils les dépouillèrent de leurs montres et de leurs bijoux; et, ce qui était

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bien j^us malhe^reux encore dans cette circon" stande, c'est qu'ils enlevèrent à ces pauvres naufragés la seule boîte à amadou qu'ils possédaient entre eux.

Après avoir passe une rivière , les vivres se trouvèrent à peu près consommesi^ et les difficultés augmentèrent par l'embarras de secourir les femmes et les enfants : ce qui fit beaucoup mumiurer les ma-* rins, et obligea nos voyageurs à se partager en plusieurs bandes. Ceux qui suivirent Hynes , d'après le rapport de qui nous donnons ce /écit, eurent des peines incroyables à supporter, n'ayant plus pour toute nourriture que des baies sauvages, des cancres , des limaces, etc.; souvent' même» ils se voyaient au moment de périr de faim : tandis que d'autres fois ils se nourrissaient d'huîtres et d'autres crustacées; mais leurs meilleurs repas consistaient dans les dépouilles de quelque baleine ou phoque échoué sur la côte.

* Enfin, après un voyage de cent cinquante jours ^ la troupe que conduisait Hynes, et qui se trouvait considérablement diminuée par la.mort de plusieurs d'entre eux , eut le bonheur de rencontrer quelques cultivateurs hollandais qui leur accordèrent généreusement l'hospitalité. Us fîyi'ent conduits sur des voitures jusqu'à Zwellendam, 4'oîi on en, fit partir deux ou trois pour le Cap, qui retournèrent ensuite en Angleterre.

L'année suivante , une société de colons hollandais entreprit de parcourir le pays pour aller à la découverte des malheureux naufragés du Grosvenor,

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qui pouvaient se trouver encore dans ces déserts ; mai^ ils n'en rencontrèrent aucun : ce qui fit croire qu'ils avaient tous përi , ou de faim, ou par la main des Gafres. Cependant, dii^ ans après, le bruit ayant couru que quelques un& de ces infortunés existaient encore, et particulièrement des femmes, de braves et courageux cultivateurs du Cap se déterminèrent à faire de nouvelles tentatives pour les sauver. Us se rendii^nt, pour cet efifet, jusqu'à l'endroit où le vaisseau avait péri en. 1 782. C'est le journal de cette expédition généreuse, dspas un pays où jamais aucun Européen n'avait encore pénétré, que nous allons mettre sous les yeux du lecteur.

Les colons qui ont entrepris d'aller à la recberche des naufragés du vaisseau anglais le Grosvenor, commandé par le capitaine John Coxon, échoué le 4 août 1782, sur la côte des Cafres en Afrique, étaient au nombre de treize (j). Us avaient pris la résolution de pousser leur voyage jusqu'à la rivière d'Andieradeira- de -Natal, ou le cap Natal, où l'on supposait que ce bâtiment avait péri (a).

Avant de partir, ces voyageurs avaient formé entre eux un règlement particulier.

« J» A.Holtsbausen , H. Mulder, L. A. Prins et moi

(i) Voici les noms de ces intrépides colons : J..A. Holtshausen, H. Muïder, L. A. Prins, C. J. Mulder, Tjaardt, Van der Walt, P. Lombart, E. Scheepers, H. Janssen de Rensbarg, P. Holtshàusen , Ign. Mulder , P. Van der Waldt , J. Joubert , J. Van Reenen.

(a) On verra, par ce journal, que le Grosvenor avait écboué beaucoup plus au nord qu'on ne pose ordinairement le cap Natal ; insûs toute cette côte est «n général connue sous le nom de Natal.

126 VOTAGl

Jacob Van Reeàen (dit Fauteur de cette relation), partîmes, le mardi a4 août 1790, de Kaffers-Kuîl- Rivier, avec quatre voitures, et arrivâmes, en sept heures de temps , à la petite vallée près de Goes- Rivier, d'où nous nous rencKmes le lendemain au Lange-Touw , et passâmes le Goes-Rivier.

A neuf heures, un de nos chariots de bagage versa; ce qui nous contraignit à dételer, après avoir fiiit ce jour-là sept lieues. Notre voiture se trouva rétablie le lendemain à là pointe du jour. Nous fîmes alors de nouveau sept lieues, c'est-à-^ire que nous poussâmes jusqu'au petit Paarden-KraaI. '

Nous étions maintenant à l'entrée du Hassaquas- Rloof, et nous n'avions fait que trois lieues vers le grand Paarden-Kraal , lorsqu'une des longes de derrière d'un chariot de bagage se rompit ; nous la rac-* commodâmes à la maison de Jacob Ruiten

. Samedi 28, nous fîmes cinq lieues, jusqu'au Savraana-Kraal , d'où nous nous rendîmes, le lendemain , jusqu'au Was-Rivier. Là , H. Mulder et L. Prîns nous quittèrent pour continuer leur route par te Ijange-Kloof ,' tandis que J. Â. Holtshauseh et moi prîmes, notre chemin par le Karoo, comme étant le plus court. Nous convînmes de nous rejoindre au Assegai-Bosch , sur le bord opposé du Boschjesmans- Rivier. A dix heures du soir, un de nos chariots de bagage versa de nouveau , entre le Camnasie-Rivier et le Doorn-Rivier. Nous avions fait ce jour-là huit lieues, et après avoir rétabli notre voiture, nous marchâmes en avant. Vers les huit heures du matin , nous passâmes à gué la rivière Camnasic; et lorsque

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