CHAPITRE XXVIII
Voyages d'Alberti et de Brownlee dans le pays des Cafres , en 1806 et en i8i8-a4*
M. Louis Alberti accompagnait, comme capitaine au cinquième bataillon du corps de Worldeck, le général J. W. Janssens nommé gouverneur du cap de Bonne^Ëspérance. Au printemps suivant , il fut envoyé avec un détachement de troupes , de la ville du Cap au fort Frédéric, dans la baie d'Algoa; peu de temps après, il fut chargé de la direction des affaires concernant les Cafres et les Hottentots, et ^ ensuite des fonctions de landdrost, dans le district de Ukenhage, sur les confins du pays des Cafres. Plusieurs voyages dans ce pays, et des rencontres fréquentes avec des individus de cette nation, l'ont mis en état d'observei^ sa manière de vivre, ses mœurs et ses usages. La relation intéressante qu'il en a pu-< bliée (i) formera la matière principale de ce cha* pitre; mais nous avons joint aussi à ses obset^a^ tions celles de .M. Brownlee ^ qui a résidé sept ou huit ans comme missionnaire cfae2 les Cafres, et dont M. Thompson nous a donné un extrait dans
(i) Description physique et historique des Cafres sur h cote méridioftale d* Afrique. Amsterdïim, 1811, un vol. in-8**.
Digiti
l56 VOYAGES
l'appendice de son voyage. Les remarques de ces deux voyageurs ne s'appliquent qu'aux Cafres voisins de la colonie du Cap , et non aux peuplades plus éloignées , vers te nord, qui sont comprises sous la même dénomination.
Situation, étendue, sol et climat de la Cafrerie.
Selon M. Alberti , la partie de la Cafrerie la plus voisine des établissements européens est située entre le 33** et le 34** de latitude méridionale, et bornée à l'est par la rivière Key, à. l'ouest par la grande rivière des Poissons , au sud par la mer, et au nord par une grande chaîne de montagnes, qui s'étend d'occident en orient, et au-delà de laquelle commence le pays de ces Africains que , dans la colonie hollandaise , on appelle Boschjesmannen. L'étendue de cette partie de la Cafrerie, depuis la grande rivière des Poissons jusqu'à la rivière de Key, est, en ligne droite^ d'environ quarante milles d'Allemagne, et depuis le pied des montagnes dont nous avons parlé , jusqu'à la mer , d'environ vingt milles. Les peuples qui habitent cette contrée, désignés vulgairement par le nom de Cafres, se nomment euxmêmes Amakosa et Kosa au singulier. I^ territoire qu'ils occupent est quelquefois nommé Amako? sime(i).
(i) Brownlee, dans Thompson's Traveis , t. n, p. 336.
Digiti
d'alberti et j)e broavklee (1806-24). 167 Entre les deux fleuves limitrophes, le pays est entrecoupé par les rivières Kunap , Kat , Kom , Keyskamma et Buffel, qui se suivent, d'occident en orient, dans l'ordre où nous les avons nommées: elles méritent le nom de rivières, tant à cause de la largeur que de la profondeur de leur lit ; mais elles contiennent peu d'eau , hormis après des pluies abondantes. Outre ces rivières, le pays est encore arrosé par des ruisseaux au nombre de quinze. Toutes (Des eaux courantes prennent leur source dans la chaîne de montagnes au nord. La grande rivière des Poissons , le Keyskamma et le BufFel reçoivent toutes les autres, et vont elles-mêmes se jeter dans la mer. En plusieurs endroits de la plaine, et principalement sur les montagnes, la nature a formé des réservoirs de forme circulaire, et qui ont, dans leur milieu, jusqu'à trois pieds de profondeur, où l'eau de pluie se i*as$çmble et se conserve longtemps, et sans lesquels de vastes contrées, surtout dans le voisinage de la cote , seraient entièrement privées d'eau douce. Le Buffel, ou rivière des Buffles, et plus encolle les ruisseaux qui s'y rendent des deux côtés au nombre de douze , fournissent de très bonne eau; aussi trouve-t-on dans cette contrée beaucoup . plus de hordes cafres qu'ailleurs. Toutes les autres eaux sont plus ou moins saumâtres, en proportion inverse de l'eau de pluie qui s'y trouve mêlée. Au reste, le pays, en. général, est loin d'être suffisî^mment arrosé; on y éprouve, au contraire, la même disette d'eau que dans la colonie.
Des' branches de montagnes, qui se croisent en
Digiti
l58 VX)YAGES
tous sens, y forment des bassins et des v^U^ profondes, et renferment, en quelques endroits, des plaines considérables. Sur quelques unes de ces mon* tagnes, le tcirrain est pierreux; sur d'autres, ainsi que dans les plaines, il est composé d'un mélange d'argile et de menu ^^le. Les coteaux nombreux, qui s'élèvent contre la grande chaîne de montagnes au nord du pays des Cafres, abondent en arbres de haute futaie , dopt le bois est propre à toutes sortes d'usages, ou soqt couverts de broussailles presque im^ pénétrables. Dans tout le reste du pays , on ne trouve des arbres de haute futaie que sur les bords des rivières et des ruisseaux, et, par-cL par-là , dans les gorges des montagnes. Toute la contrée, entre la grande rivière des Poissons et le Keyskamma, surtout dans lé voisinage de la mer, à l'exception de quelques plaines, est presque entièrement couverte d'arbres, dont la plupart consistent en mimosa. Le terrain , entre la rivière Keyskamma et le Key, à l'exception du voisinage des rivières ou ruisseaux, çt dans quelques gorges de montagnes, n'offre que des bouquets de petits arbres. L'aloé çlVeuphor-bium s'y trouvent en abondance ; la dernière de ces plantes y parvient à la hauteur de trente ou quarante pieds.
Entre le Keyskajnma et la rivière des Buffles, on trouve une étendue de terrain dont l'aspect extraordinaire mérite une description particulière. C'est une plaine , entrecoupée d'un petit nombre de hauteurs peu escarpées , et dont le sol ne produit que de l'herbe. Cette plaine s'étend, vers le nord, jusqu'à
Digiti
d'alberti et de brownlee (1806-24). ï59 la grande chaîne de montagnes qui de ce cote sert de limite au pays des Cafres ; partout ailleurs , et surtout vers le sud, elle est entourée de hautes collines. La longueur de cette enceinte , prise de Toues^t à l'est , est d'environ cinq quarts de mille , et sa largeur d'environ un mille. La surface du terrain est partout entrecoupée de ravins de différentes formes et de différente grandeur. Ces ravins , qui n'ont pas plus de trois pieds de profondeur , sont en si grand nombre', qu'il est très difficile de conduire une voiture à travers les intervalles , et de l'empêcher de verser. On trouve de ces ravins sur la grande chaîné de montagnes , qui ont trois cents pieds de profondeur et au-delè. Le fond en est partout couvert de petits cailloux unis et arrondis, parfaitement semblables aux dragées de différente grosseur dont on se sert pour la chasse. Ces ravins, et les cailloux qujon y trouve, ne permettent pas de douter qu'il, n'y ait eu autrefois, en cet endroit, un débordement, dont les eaux ont dû s'élever au moins à la hauteur oîi l'on voit encore de ces ravins sur les montagàes. Ces traces d'un grand débordement auraient , peut-être , disparu depuis long-temps , si l'herbe , qui couvre partout le sol , n'avait empêché le vent de combler peu à peu ces profondeurs, et de niveler le terrain.
Quelques arbustes portent des baies qu'on peut manger; on n'en a cependant pas trouvé dont la saveur fut aromatique : toutes avaient, même dans leur parfaite maturité, un goût aigre ou &de. Il s'y trouve aussi plusieurs sortes d'ognons, dont les uns
Digiti
l6o VOYAGES
se mangent bouillis ou rôtis, et les autres crus et sans aucune préparation; et une espèce de roseau très propre à étancher la soif, quand l'eau, dans laquelle il croît, est saumàtre ou bourbeuse. A l'endroit où le fleuve Key se jette dans la mer, les du-
5, qu'il indique en criant Il laisse ensuite au voyalui-même la ruche ; ce qui le les abeilles, en allant et [lissent elles-mêmes. Quella ruche, on est obligé de ine heure et davantage.
JLes animaux herbivores trouvent, surtout dans les années oîi il tombe assez de pluie, une nourriture abondante entre la grande rivière des Poissons et le Keyskamma. Cette contrée renferme, le long des rivières et des ruisseaux, de même que dans les plaines et les fondrières, d'excellents pâturages pour
Digiti
d'albbrti et de brownlee (1806-24)' '6' le gros et le menu bétail. Ces pâturages, de Teftpèce de ceux qu'on appelle au Cap prés rompus, s€mt préférables aux pâturages aigres des montagnes. L'herbe qui croit au-delà du Keyskamroa« et qui y parvient à une hauteur extraordinaire, contient presque partout beaucoup d'acide; en mûrissant elle acquiert une telle dureté , qu'elle ne peut plus servir de nourriture au bétail : c'est pourquoi les Cafires ont coutume d'y mettre le feu; après quoi l'herbe pousse de nouveau , plus tendre et meilleure. Sans cet expédient, ils ne pourraient habiter cette contrée, &ute de pâture pour leurs bestiaux : ce n'est qu'au pied des dunes qui bordent la côte que la natiu*e se montre un peu moins défavorable.
C'est à cette différence remarquable entre les pâturages • qu'on doit attribuer la diversité qui se trouve , par rapport au nombre et à la qualité , entre les animaux qui habitent les deux rives du Keyskamma. Tja rive occidentale nourrit plusieurs espèces d'antilopes, entre autres un nombre incroyable de chamois : j'ai vu plus d^une fois des troupes de ces animaux qui en contenaient au-delà de mille. On y trouve également de nombreux troupeaux de chevreuils, et, quoiqu'en plus petit nombre, des élans et d'autres espèces de gazelles, nommées au Cap chèvres de bois , chèvres de marais , chèvres de montagnes. Les chevaux sauvages s'y montrent aussi par troupes, et il n'est pas rare d'y voir dés sangliers. C'est apparemment à la présence des animaux que nous venons de nommer, qu'il faut attribuer celle des lions ^ des tigres, des loups et des jakals, qui inxxi. II
Digiti
ï6a^ VOYAGES
feslait cette contrée. Sur la rive orientale, au contraire, oa ne voit guère, de tous ces animaux r que des élans, qui y marchent par troupes très nom-* breuses, e| quelques chevaux sauvages. Au contraire, les éléphants et Ifss hippopotames paraissent habiter cet endroit, de préférence ; on les y trouve en très grand nombre. Pendant un de mes voyages, on tua dans la rivière Key viogt-deux hippopotames; et l'on en. eût tué un Vwn plus grand nombre d'autres qui se montrèrent, si l'on avait eu assez de voitures pour en transporter la graisse. L^a multitude d'éléphants qu'on trouve dans le même canton surpasse tout ce qu'on peut imaginer : j'y vis un jour passer une troupe de ces colosses, dopt mes compagnons évaluèrent le nopibre k cinq cents. Quoique cette évaluation me parûjt exagérée, je suis néanmoins persuadé d'avoir vu, cette fois-^là, au moins trois cents éléphants réunis. -
Une loi d'anoieuMe datie défend aux colons de chasser au-delà des limites de la colonie. Cependant il n'était pas rare autrefois qt^e des particuliers transgressassent cette défense; le gouvernement lui-mâme exemptait quelquefois de la loi, en permettant cette chasse à ceux qui en disaient la demande. Mais ce^ courses ne s'étendaient guère plus loin que le K.eyskamma, et la distance des lieux menait ep sûreté les animaux qui habitaient au-delà du fleuve. On a re<gardé cette circonstance comme un^ des principales^ causes de la rareté des éléphants et des bippop.ot£unes en deçà du fleuve, tandis que ces anin^aux sont en si grand nombre sur la rive opposée : cependant, de-
Digiti
D^ALBERTi ET DE VROWUTLEB (l8o6-îl4). l63
puift plusieurs années , la loi a été maintenue avec plus de vîguetir, et il n'arrive que rarement que des personnes, envoyées par le gouvernement pour traiter avec les Gafres, aient occasion d'inquiéter ces animaux , sans que pour cela ils aient reparu en plus grand nombre. On sait d'ailleurs que les éléphants ainsi que les hippopotames, et surtout les premiers, aiment à se porter d'uivlieu à l'autre : ce qui,dottne lieu de soupçonner que le choix de leur habitàtion,^ au-delà du Keyslçamma, est l'effet du caprice plutôt que de la contrainte.
- Outre les diverses espèces de gabelles dont nous avons. parlé, et qui habitent de préférence la contrée située entre la grande rivière des Poissons et le Keyskamma, il s'y trouve, en grand nombre, plu* ^eurs espèces d'oiseaux , qu'on chercherait en vain , du moins pour la plupart, dans les terres situées plus à l'orient. Dans les plaines arides, on trouve des. autruches. Les endroits couverts de halliers sont peuplés de perdrix rouges et grised, de coqs de bruyère et de montagne, de paons sauvages et de fM>uÂes perlées. Cette dernière espèce habite de préférence le bord des rivières et des ruisseaux, oii l'on trouve d'ailleurs, ainsi que dans les réservoirs dont nous avons parlé plus haut, un grand nombre d'oi*seaux aquatiques, particulièrement d'oies et de ca* Bardt. Nulle part on ne voit une aussi grande multir tude d'oiseaux de proie qu'en cet endroit : il y en a de toutes couleurs et de toute taille. Un des plus grands. que j'aie vus, avait près de treize pieds dû
Digiti
l64 VOYAGES
loBg , depuis/rextrémité d'une de ses ailes jusqu'à rextrémité de l'autre (i).
On n'éprouve, à proprement parler, que deux saisons dans ce pays, i'ëtéçt l'hiver, qui ne différent que par le plus bu moins de chaleur, sans que l'hiver y soit toujours, comme au cap de Bonne-Espérance, la saison des pluies. Ces deux saisons principales sont séparées, comme en Europe^ par des intervalles d'une température variée. L'hiver commence au mois de juin, et finit, au mois de septembre; dans cette saison, le thermomètre de Fahrenheit s'élevait, à midi et dans l'ombre, rarement à plus de 70**, et ne descendait presque jamais au-dessous de 5o* : pendant tout le reste de l'année, il variait comniunémeht de 70 à go°* C'est dans les mois de décembre, janvier et février, qu'on éprouve les plus grandes chaleurs, qui sont souvent insupportables; il est arrivé .quelquefois à M. Alberti de trouver, par une bise légère, le courant d'air si chaud, qu'il ne pouvait résister à l'idée d'être placé sous le vent a une petite di* stance d'une fournaise ardente. Dans un de ces cas, qui sont rares à la vérité , et où la chaleur, qui commisnce d'abord après midi, ne* dure ordinairemeht:que peu d'heures, ce voyageur a vu le thermoniètre s'élever tout à coupj dans l'ombre, jusqu'à io3**X'est pendant ces mois que la pluie tombe en plus grande abondance; elle est précédée d'orages, qui alors sont presque journaliers. Dans la même saison, les brouillards
(t) Le pied dont nous avons fait wsa^e pour indiquer les me^ sures est le pied rhénal.
Digiti
d'alberti et de brownlee (1806-24). i65 sont presque aussi communs dans le pays situé sur la rive orientale du Buffel : ces épais brouillards s'élèvent après minuit, et ne se dissipent ordinairement que vers midi; ijs contribuent beaucoup à humecter le sol.
* Tel est fe tableau qu'Alberti a tracé de ce pays; mais Brownlee , qui a voyagé depuis Tchoumi jusqu'au-delà de la grande Key , à la résidence d'Hinza, nous en a donné une descriptioii plus complète. Selon lui, le territoire des Amakoses est borné vers le nord par de hautes montagnes. La première chaîne peut être considérée comme l'extrémité du Bpsçhberg, et la seconde celle de Winterberg. Audelà de ces montagnes , il n'y a pas de descente rapide, mais un large plateau formant de vastes plaines, dépourvues de bois, mais ayant dès sources et des flaques. d'eau en abondance. Ces plaines sont occasionnellement et partiellement habitées par les Tamboukies et les Boschimans, qui y trouvent une grande abondance de gibier de diverses sortes. Au sud, l'inclinaison des montagnes est très rapide, et leurs flancs sont garnis de grands boîs. Le sol>- sur les limites de ces bois, est uue argile compacte, évidemment le résultat de la décomposition des^ couches des hautes terres. A mesure que vous djBscendez , et que vous approchez davantage de la mer, le pays s'aplanit, et l'on ne voit aucune autre chaîne au sud de celles que l'on vient de mentionner, que celles qui sont à la source de la rivière des Buffles. Il n'y a pas dans la Cafrerie une. grande variété de minéraux; les hautes montagnes sont presque toujours compOr>
Digiti
l66 VOTACE»
sëes de trapps, les coHines et les monticules de grès et d'argile. Lé trapp globulaire, la serpentine, le schiste alumineux et la pyrite , sont communs par«tout. On trouve de la pierre à chaux sur la côte, mais elle n'y est pas commune; l'eau, prèi de la montagne, est bonne et pufe; mais dans he milieu du pays les sources sont saumâtres et quelquefois sulfureuses.
£ntre le Tchoumi et^le Keyskàmma, le sol, au pied des montagnes, est bien arrosé, et particulièrement pi*opre à la culture. I^es hautes montagnes qui sont derrière sont garnies de bois, attirent les nuages, et occasionnent de fréquentes pluies. Un grand nombre de petits ruisseaux couleitt dans des rayins sur les flancs des montagnes; ils arrosent de petites et délicieuses vallées, ombragées par des arbres magnifiques. Les bords de la rivière Tchoumi, depuis les environs de sa source jusqu'à son embouchure dans le Keyskàmma, sont très peuplés, parce que les pâturages qu'elle arrose sont les meilleurs de tout le pays possédé par Geika.
A vingt milles de la côte , l'aspect du pays change , et le soi est plus inégal, et abonde en collines couvertes de buissons. Dans toutes les vallées, on trouve des eaux courantes qui sont un peu saumâtres, mais non désagréables à boire. Presque toujours les niisséaux sont bordés par des terrains plats et élevés audessus de leur^it, sur lesquels croissent de grands arbres, le bois jaune, l'assagaiè, le bois de fer, Xerythrina cafra, nommé aussi arbre corail , mêlé aussi avec une espèce de figue sauvage qui est corn-
Digiti
d'alberti et de bbowwlee (1806-24)- ^67 mune dans (Quelques parties dn district d'Albanie La rivière Kalumna est étroite à son embouchure^ et n^a pas plus de cinquante verges anglaises de largeur; mais elle paraît profonde, et la maréie i^emonie à environ dix milles dans l'intérieur des terres* La largeur de la rivière, dans eèt intervalle, est de cent à deux cents verges. Cette rivière serpente au milieu de plaines riches et fertiles, ou se fait joUr à tra*» vers deslxancs de rochers couverts d'arbres, dont les branches sont suspendues au-dessus de ses flots! Elle abonde en poissons , richesse inutile aux Cafres, qui les dédaignent comme impurs. I^s hippopottoies y sont aussi très communs. Sur la rive orientale le pays est plus élevé, entrecoupé par des vallées fertiles, abondantes en sources, et très peuplées. Près d& la rivière des Buffles, de grands arbres croissent sue un sol fécond, et, disposés par groupes jusque, sur les plus hautes sommités , donnent au paysage un aspect riant iet pittoresque. A deux milles de la mer, oii M. Brownlee a traversé cette rivière, elle a quarante verges environ de largeur; ses rives sont élevées et rocheuses, et ombragées par une grande variété d'arbres et de buissons. Au nord-est se déploient des paysages d'une grande beauté; lés plantes y offrent plus de variété; on y observe plusieurs espèces du genre acacia, et le ramia, ou pfalmier sagou, auquel M. Brown donne le nom d'arbre à pain. Sûr là rivière Gounoubi, M. BrdiVnlee trouva une espèce de strelitzta qui surpasse toutes celles de ses congénères pai^ là b^ttté de son feuillage. Par son port , elle res^
Digiti
l68 VOYAGES ' ' ^
semble tellement au miisa qu'on peut à peine Ten distinguer; mais ses semences sont beaucoup plus grosses que celles de la strelitzia regina, et ont un bon goût lorsqu'on les mange rôties. I^es feuilles, en y comprenant leur pétiole, ont environ trois pieds de hauteur et deux de largeur; et l'espace qu'elles occupent sur la plante a trois pieds de hauteur et deux de large.
Entre la rivière Ikuku et la rivière Key, tout le sol est couvert de larges blocs de roches trappéennes, parmi lesquels croissent des acacias. La terre végétale est un sédiment noir évidemment formé par la décompositioq des roches qui sont à sa surface. L'herbe y est très abondante, l'eau y est de la meilleure qualité, et tout le pays serait très propre à la culture.
Au nord-est de la rivière Key le pays est bien arrosé. Au fond de chaque vallée coule un ruisseau d'eau limpide et excellente à boire. Les lits de ces ruisseaux sont peu profonds et surchargés de plantes aquatiques, et à la source de chacun de ces ruisseaux sont des bosquets d'arbres élevés. A dix, milles du kraal d'Hinza est une vaste carrière de minerai de fer que les Cafres exploitent pour se peindre le corps* Cette substance se trouve en masses noduleuses d'ocre jaune ou d'argile durcie : on les trouve près de la surface du sol, et en morceaux qui ne sont pas plus gros, qu'un ceuf de poule. Dans le$ kraals de Congo , de Path et d'Habanna , et d'autres que Brownlee visita comme missionnaire, il fut parfaite-
Digiti
d'alberti et de bbownlee (i8Ô6-a4)* ^^ ment bien reçu, et les Cafres se rassemblaient autour de lui pour écouter ce qu'ils appelaient « la grande parole »(i).
Stature et extériear des Cafres.
Les habitants de ce pays, que nous avons particulièrement désignés sous le nom d& Cafres , sont en général bien faits et d'une stature régulière. Leur chevelure et la couleur de leur peau ne déplaisent à l'Européen que parce qu'il n'y est pas accoutumé. La couleur de leur peau est un gris noirâtre, qu'on pourrait comparer à la couleur du fer quand il vient d'être forgé. Mais le Cafre ne se contente pas de sa couleur naturelle; il se peint non seulement le visage, mais tout le corps, en se frottant d'ocre rouge réduite en poudré , et délayée dans de l'eau. Quelquefois les hommes , et plus souvent les femmes, y ajoutent le suc de quelque plante odoriférante. Pour faire tenir ce premier enduit, on applique par-dessus, après qu'il est séché, une autre couche de matière grasse , ordinairement de graisse ou de moelle , qui , en le pénétrant , l'at-r tache intimement à la peau, et rend celle-ci plus souple. Selon Brownlee, les deux seXes se tatouent le corps , particulièrement aux épaules (2).
Il est difficile de découvrir l'origine de cette cou-
(i) Thompson's Trahis, 1. 11 vp. 335-379.
(2) Brownlee, dans Thompson , t. u, p. 3!>9.
Digiti
turtic de se peindre le torps. Oo serait d'abord tente de Fattribuéf au désir dé se préserver de la pi- <]ûre des mouches et des cousins ; mais la seule vue des individus ainsi peiats , qui négligent la propreté, suffit pour prouver que ni l'ocre rouge, ni la caisse, n'effraient aucunement les insectes. Au reste, le rouge est la couleur favorite des Cafres : tout ce qui sert à leur vêtement est peint en rouge; ils . n'aiment rien tant que les grains de cette couleur, et chez eux le cuivre rouge équivaut à l'or ; le jaune a moins de prix à leurs»yeux.
Leurs cheveux sont noirs, courts, laineux, rudes au toucher et réunis en petits flocons épars. Il est rare de voir un Cafre avec une barbe pleine ; ordinairement le menton seul est recouvert de petits flocons. Il en est de même des autres parties du corps, où les deux sexes ont coutume d'avoir du poil.
On distingue aisément les hon;imes en général à leur taille noble: elle est ordinairement de cinq pieds six pouces 9 jusqu'à cinq pieds neuf pouces; il n'est pas rare d'en voir dont la taille surpasse la dernière mesure; mais il T^st davantage d'en trouver qui soient au-dessous de la première. Le Cafre a la fête bien conformée; les bras elles cuisses annoncent la santé et la force} toiis tes membres -sont parfaitement développés et dans la plus belle proportion ; il porte le corps d'aplomb; son attitude indique la vigueur ; sa démarche est ferm^ et assurée , et tout en lui annonce le courage et l'intrépidité. J'ai vu plusieurs Cafres qui auraient pu servir de modèles au peintre et au sculpteur.
Digiti
d'alberti et m brownlee (i8o6-a4). 5^7* Les femmes diffèrent beaucoup des hommes pour la hauteur de la taille : en général elles atteignent rarement celle d'une Européenne bien faite , quoiqu'elles ne soient pas d'une petitesse qui les rende difformes. A la différence de taille près, elles spnt aussi bien conformées qtie les hommes. Tous les membres d'une jeune Cafre ont ce contour arrondi et gracieux c[ui est le signe d'une santé parfaite; leur gorge élastique a les plus belles formes ; le contentement , la gaîté , se peignent sur leur physio*nomie. Les deux sexes ont la pfeau unie et parfeîtement saine.
On ne voit pas de Cafres nés difform^ïs; la manière simple et naturelle dont ils élèvent leurs enfants les garantit aussi de toute difformité pour la suite. M. Albertin'a vu qu'un seul individu, qui n'avait d'autre défaut qu'une taille de cinq pieds, et le cou extrêmement court : ce pauvre homitie était la risée de tout le monde; .on obligeait à tout moment de petits Hottentots , de la suite de notre voyageur , à l'agacer et à lutter contre lui.
Le phénomène découvert d'abord chez les Hottentotes , et qui a donné naissance à tant de contes absurdes, a de même Heu chez lès femmes de là Çâf^erie ; c'est un prolongement extraordinaire des nymphes. Au reste, ce prolongement est l'ouvrage de la nature; et il est faux qu'on le provoque au moyen de poids , comme on s'est plu à le débité!^. Cette * excroissance , qui a jusqu'à quatre pouces ôhez les Hottentotes , est beaucoup moindre chez les Cafi'es.
Digiti
lya VOYAGES
Nourriture des Cafres,
La bonne santé dont jouissent les Càfres est* due sans contredit, en grande partie , à la simplicité des aliments dont ils se nourrissent. Ue nombreux troupeaux de vaches leur fournissent, en ^ondance, du laitage qui fait leur principale nourriture : leurs autres alinients sonl la viande ordinairement rôtie, le millet, le maïs, et les melons d'eau, (ju ils apprêtent de plusieurs 'manières: l'eau est leur unique boisson.
Lés Cafres ne boivent pas le lait frais, mais ils le laissent cailler et s'aigrir; ce qui se feit en très peu de. temps dans des corbeilles, qui, ayant servi plus d'une fois à cet usage, sont imbibées d'acide et hâtent l'opération. Ces corbeilles , de forme arrondie et qui vont en se courbant un peu vers le bas, ont ordinairement dix jusqu'à seize pouces de diamètre à la partie supérieure , et un peu plus de profondeur; là paroi a une ou deux lignes d'épaisseur, rarement davantage. Ce sont les femmes qui s'occupent de leur construction; elles y emploient une espèce de jonc très délié , qu'elles savent tresser avec tant d'adresse, qu'une corbeille ainsi faite , et enduite de graisse , est impénétrable à l'eau. On. se sert aussi, pour conserver le lait , d'outrés , qui ont deux pieds de long, sur nn pied de diamètre.
Pour manger le lait caillé, les Cafres se servent
Digiti
d'arberti et de brownlee (i8o6-îi4)- Ï73 cTune coquille de moule ou , plus commuuément , de la tige d'une plante qui croît particulièrement dans leur pays. Cette tige , qui est plate et filamineuse , a environ un poUce de largeur et trois lignes d'épaisseur. Quand la plante est entièrement desséchée , ils en coupent un morceau d environ un pied de long^ dont ils battent le bout avec un caillou poli, jusqu'à ce que tous les filaments s'écartent et forment un pinceau de la longueur d'un pouce, qui leur tient lieu de cuillère pour manger le laitage.
Jja viande est, pour les Cafres, un aliment moins indispensable que le lait : ils l'aiment à la vérité, mais ils s'en abstiennent par économie. Un Cafre ne s'aviserait guère de diminuer son troupeau, ne f(it-ce que d'une seule pièce de bétail, pour satisfaire 30A goût pour la viande; d'ailleurs la «basse suffit pour lui en fournir abondamment. La viande se mange bouillie, du rôtie : pour la bouillir, ils se servent de pots de. terre cuite au feu(i)s auxquels ils savent donner une forme assez agréable : avant de la rôtir, ils la coupent par morceaux, qu'ils appliquent immédiatement sur la braise, ou dans lesquels ils font passer une broche de bois; ils tiennent ensuite cette
(1) Voici le moyen qu'emploient les Cafres pour allumer du feu : lis posent à terre une pièce de bois plate , creusée dans le milieu ( dans ce creux s'adapte un cylindre de bois , qu'ils font tourner rapidement entre les deux mains , comme le moulinet d'une cho* colatière ; le bois s'échauffe au moyen de cette rotation , et met le feu à des herbes desséchées, dont le bord du creux est entouré. Ceux des Cafres dont les habitations sont Toisines de la colonie sont ordinairement pourvus de briquets à la manière des Européens.
Digiti
broche iivec la main, ou la fichent dans la terré visà-vts du feu. Le pays n^offrant point de salines naturelles, comme celles qu'on trouve dans la colonie, les habitants se passent entièrement de sel , sans le remplacer par quelque ^utre assaisonnement. Ils aiment néanmoins le set , car ils en demandent aux étrangers qui viennent les visiter.
I^e millet , ou blé de Cafrerie , et le maïs sont des productions dont les Cafres sont redevables à leur propre industrie, puisqu'ils sont obligés de cultiver ces graines ; il en est de même des melons d'eau , qui ne viei^draient pas sans culture dans leur pays. Ils ont différentes manières d'apprêter le millet et le maïs pour les manger : ils en font bouillir les graines entières , et les mangent sans aucun assaisonnement; ou bien ils les écrasent au moyen d'un caillou uni , et en font cuire la farine dans du lait nouvellement trait. Quelquefois aussi ils mettent cuire dans l'eau la tige du millet , qui est mucilagi^ neuse et trè^ sucrée, et en font une espèce de bouillie 9 en y mêlant une certaine quantité de farine. Enfin ils pétrissent , de ces deux espèces de farine délayées avec de l'eau , des pains pesant environ trois livres, qu'ils font cuire sous la cendre. D'autres fois, ils font griller des gerbes entières de mais sur la braise, et en mangent la graine rôtie sans autre préparation.
Les melons d'eau, qui croissent en abondance dans te pays des Cafres, ont un goût amer et désa- , gréable qui empêche de les manger crus ; majs cette amertume se corrige par la cuisson. On peut mau-
Digiti
d'alberti et de bbowitlbe (i8o6-îi4)- ^75 g^ ces melons boaillis après les avoir pelës et coupés par morceaux; oi;! en fiiit aussi une marmelade, à laquelle on mêle de Tune des <leux espèces de farine dont nous avons parlé.
Outre ces aliments, dont les Cafres sont rede» vables à leur industrie, le pays abonde en miel d'abeilles sauvages, et produit ^ sans culture, plu-' sieurs espèces de plantes bulbeuses , de raciues et de baies ; cependant ils n'en, font pas ordinairement' leur nourriture ; cela n'a lieu que dans certaines occasions, dont nous parlerons plus bas. Le laitage et, après le laitage, la viande font constamment 1^ principale nourriture des Cafres. La sécheresse oji d'autres circonstances empêchent quelquefois de recueillir et même de semer le millet , le mais et les melons d'eau; souvent aussi on n'en récolte pas en assez grande quantité pour les besoins de l'année.
L'eau fraîche , et sans aucune préparation , est la boisson ordinaire et presque unique des Cafres. Ce n'est que rarement et pour se régaler qu'ils font usage d'une boisson artificielle et enivrante, qu'il$ préparent de la manière suivante. Ils font cuire dans l'eau de la farine de millet, jusqu'à ce qu'elle soit réduite en une bouillie épaisse; ils versent ensuite cette bouillie dans des corbeilles à lait, et l'arrosent d'eau froide. En cet état la liqueur feripente , après quoi on la filtre à travers un nid d'oiseau, dont le tissu arrête au passage les particules de millet <{ui n'ont pas été dissoutest par la fermentation.
Les Cafres sont loin de dédaignel* les mets préparés à la manière d'Europe : ils aiment slirtout noti^
Digiti
pain; mais il n'est pas possible de les engager à manger la chair des cochons domesti<|ues , des lièvres , des oies ou des canards, ni d'aucune espèce de poisson. Leur demande-t-on la raison de cette répugnance, ils répondent tous, que les cochons se nourrissent de toutes sortes d'immondices, qu'après avoir mangé du lièvre on devient fou, que les oies et les cahards ont un cri désagréable , et ressemblent aux crapauds, et que tous les poissons appartiennent à la race des serpents.
fi est presque superflu de dire que le commerce qui s'es bitent c et la mj avanta{ général Europe nous p; boisson des, et procun
tions S( ^ ^
M. Âlberti a vu avec plaisir que le goût du vin et de l'eau-de-vie leur répugnait, et qu'ils préféraient même l'eau toute pure à celle qui était mêlée avec du vin ou quelque autr« liqueuf* distillée.
On ne peut pas dire que les Cafres soient de grands mangeurs, tels qu'on en trouve communément parmi les Hottentots; les femmes surtout sont très sobres. La quantité journalière d'aliments dont se nourrit un Cafre , est ordinairement proportionnée à sa
Digiti
d'aLBERTI et de BROWIfLEE (1806-24). I77
taille. Quelques individus peuvent être taxés de gourmandise ; mais la nation , en général , se con-^ t«nte de peu d'alimenté. Ils ne sont pas moins sobres par rapport à la boisson : M. Alberti a remarqué que lesCafres ne buvaient qu'autant que la nature l'exige dans l'état de santé. Dans leurs courses , après avoir marché une demi-journée et souvent davantage, exposés à l'ardeur d'un soleil brûlant, nos voyageurs rencontraient sur leur route une rivière ou quelque mare ; les colons qui les accompagnaient , leurs Hot-
ns avoir égard au pour leur santé , e beaucoup leurs .
les suivaient se ux de la main , et 3 petite quantité,
ï point aux ali- » lé c'est ici le lieu
^ ^ des Cafres pour
cette plante. Hommes et femmes , mais surtout les premiers, fument du tabac de leur propre crû mêlé avec la feuille d'une autre plante, que les Hottentots nomment dacha. Leurs pipes sont faites de bois : la tête est de la même forme que celle de nos pipes de terre, mais beaucoup plus grosse; la tige en est droite, et a environ cinq à six pouces de long, lisse servent aussi d'une autre espèce de pipe, mais qui est moins généralement en usage : la tête et la tige, ffm dans celles-ci est plus longue, ne sont pas immédiatement jointes ensemble, mais séparées par XXI. 12
Digiti
^7^ VOlPAGfS
une corne ( ordiq^iremeat d'élan) adaptée à tout^» deux, et remplie d'eau , dans Uquelle la fumée perd son goût acre. Dans les sociétés de Gafres, la pipe Élit le tour de la compagnie ; chacun en tire avec fotce quelques bouffées de fumée, et la passe ensuite à son voisin. Ils portent leur tabac dans uiie poche, ordinairement faite de peau de cbevrotin bleu, |e plus petit animal de Tespèce des antilopes , et qui n'a que treize pouces de haut. ]VL Alberti n'a jamais vufnmer de jeunes garçoQS ni de jeunes filles.
Forces physiques def^Eafres,
Un corps sain, bien confq^mé et biçft organisé, suppose ordinairement un Segré de force propor»tionné à ces avantages; mais les forces ne se développept ^t ne se perfectionnent que par l'exercice; au f lieu qu'un homme .naturellemeot peu robuste, mais à qui l'e^çercice et l'expérience ont donné de l'fidresse, viendra à bout même d'un rude travail, avec .be^u-t coup moips de peine et plus de succès que celui qui, doué p£^r la nature de plus de forces , n a pas ^ppri^ à en faire u^age.
L'extérieur de^ Cafres ne permet pas de douteir qu!ils ne soient doués de beaucoup de force; mais leur genre de vie , et Le peu de besoins qu'ils éprouvent, les mettent raremeqt dans le cas de le$ exercer. L'usage du javelot et de la massue développe chezj^ Cafre les muscles du bras droit; des courses fré«*
Digiti
d'alberti et de browwlee (i8o6-24)« 179 quentes l'exercent à marcher long-temps et à courir vite; mais veut-on l'emptoyer à charger tin pesant fardeau sur une charrette, à relever une' voiture versée, à écarter une grosse pierre, etc. , il semble alors n'avoir plus de force; et un Hottentot, petit et décharné , mais accoutumé à de rudes travaux chez le maître qui le nourrit, le surpasse et lui fait honte. Dans les exercices dont nous venons de parier, et auquel les Cafres sont plus accoutumés, ils atteignent , au contraire, unç grande perfection. M. Albert! a vu plus d'une fois des colons, renommés pour leur force , se fatiguer en vain pour jeter un javelot à
^ le jetait sans peine; et
îs une course de trente à
aussi peu de temps qu*i!
ucune marque de lassi-
ère récompense suffisait
ngager encore à danser.
Il résulte de là que ^ si les Cafres ne se montrent pas
robustes en tous points , on jtie doit l'attribuer qu'au
petit nombre de leurs besoins, qui les met rarement
dans \e cas de faire usage de toutes leut*s forces.
Malgré le voisinage de la mer, et le grand nombre de rivières qui traversent leur pays, M. Alberti n'a point vu de Cafres qui sussent nager. Ne s'occupant aucunement de la pèche, trouvant presque en toutes saisons les rivières guéries , en un mot, n'ayant aucune raison de s'exposer sur l'eau, il n'est pas surprenant qu'ils qe s'exercent point à nager.
Digiti
l8o VOYAGES?
Sommeil ; repos en général -des Cafres.
Les Cafres ont trop de vivacité naturelle pour donner Ijeaucoup d'heures au sommeil, La nuit est le seul temps qu'ils destinent régulièrement au repos; il est rare de voir un Çafre s'y livrer pendant le jour, quelque fatigue qu'il ait supportée et quelque accablante que soit la chaleur. Us aiment la conversation , et lui consacrent souvent plusieurs heures encore après le coucher du soleil , quelquefois même jusqu'à minuit. Alors commence à régner dans toutes les huttes le plus profond silence , et ceux qui les habitent ne quittent ordinairement leur couche qu'après que le soleil a dissipé la rosée de la auit.
Le repos des Cafres est profond et tranquille ; il ne paraît pas qu'il soit troublé par des songes, effrayants. Si on les réveille, ils n'éprouvent aucun étourdissement; leur réveil est serein, et leur sommeil en un instant dissipé. Âppelle-t-on, par exemple , un Cafre pour l'envoyer faire une course, il se lève aussitôt, prend ses armes, et part, comme s'il n'avait pas sommeillé.
Une natte, d'environ six pieds de long sur trois ou quatre de large, faite de joncs déliés et roulée au chevet, leur sert délit. Us se couvrent^ pour dormir, de leur manteau de peau ; de là l'expression en usage chez les Cafres : «Il dort sous deux manteaux », pour dire, il est marié. Ils dorment communément
Digiti
d'alserti et de brownlee (i8o6-!24)* i8i le corps étendu ; ce n'est que quand il fait froid qu'on leur voit s'accroupir les membres.
Le matin, à peine le Cafre a^t-il quitté sa cou-« che, qu'on le voit content et gai; on entend par* tout chanter dans les hameaux ; une allégresse générale annonce les plus heureuses dispositions du corps et de l'espi^it.
Ces sauvages sont en général très actifs, et se donnent beaucoup plus de peine et de mouvement qu'il a'est nécessaire pour satisfaire uniquement à leurs besoins. Il n'est pas rare, par exemple, qu'une compagnie de Cafres s'obstine à la poursuite d'un éléphant plusieurs. }our3 de suite , même au péril 4& leur vie : cependant iJs n'en mangent pas .la chair ;, et les dents, qui en fout La dépouille la plus pré* cieuse, non comme une chose utile, mais comme un
la prqiennent h II en ts pour i entre- Içr voir t pour
Habillement et parure des Cafres.
Les habits des Cafres sont faits de peaux, qu'ils savent préparer avec beaucoup d'art. La différence des sexes se remarque simplement à la forme des
Digiti
iSa VOtAGES
habits ; d'ailleurs l^s f^mes mettent dans la façon de leurs vêtements plus d'art et de luxe que leS hommes. Ceui-ci sont contents si leur vêtement répond au but essentiel , qui paraît se borner pour eux à se garantir du froid et de Iliumiditë de l'air; mais, chez le sexe, il est. aisé de voir que non seulement la pudeur et la fnodestie , mais encore une espèce de coquetterie y entr Au i*este, la différence d'âge n tération remarquable dans la I
Les Cafres se couvrent , en général , de peaux de boeufs ou de vaches; les femmes^ du moins, n'eà emploient jamais d'autres. Les chèfà sont les seuls qui s'habillent de peaux de -^ tigres, à moins qu'ils n^en distribuent à leurs Êivoris ; car celles de tous les tigi'es que l'on tue appartienùent de droit aux chefs.
La préparation des peaux se Mt de la màhièré suivante : Où étend la peau renversée sur des piquets fichés en tel^rel, et on l'y laisse jusqu'à ce qu^elle soit etitièremeût séchée ; ensuite on la suspend perpen-* diculairement entre deux perches , en la tendant aussi fortement qu'il est possible ; on arrose avec de l'eau le côté qui a touché à la chair, et on le ratissé avec \m fer de hache qu'on a détaché du manche ^ jusqu'à ce que la peau soit réduite à l'épaisseur d'une étoffe de drap passablement mince ; après quoi on l'étend de nouveau sur les piquets pour la laisser sécher. Cette première opération faite, on fr6tte circulairement la peau , ainsi teàdue , avec des feuilles d'aloès, ayant soio de l'sirroser à ^usièurs reprises ?
d'alberti et de àrownlee (1806-24). i83 iés pointée ou crochets dont ces feuilles sont ()oUt'<« vues, forment des ëgr#tignures sur la peau et crii! reàdeât la surfiice tkidè, d'unie (Qu'elle était. Ce frot^ tetnent ne se fait que légèrement sur les peaux qui doivent servir pour leâ hommes i celles, au contraire^ qu'on destine à rhabillement dési fettimes, âont fit^t-^ tées au poiiit qu'elles ressemblent à de là ratine. On
m l'eBh-
B, qudl-i
tUtB lea
1^ qu'on
veut lui donnef*. Enfin y on frotte encore une fois le
côté eitt^rieur de là peatl avec leg tnêffles tiÉa^èfcM
onctueuses , et l'intérieur avec une pâte d'ocre rougit ^
qui , adhérant à la graisse dont la peau «st imbibée y
y f#raie un vernis durable.
Digiti
l84 VOYAGES
sur la poitrine que quand il i^t froid ou humide: Iprsqùe le temps est doux, i»n le laisse ouvert, de manière que le ventre et les cuisses . restent nU& S'il fait fort chaud, le Cafre se dépouille entièrement de son manteau ; en voyage , il le porte sur. une épaule, suspendu à un bâton» On trouve, mais moins communément, des hommes vêtus d'une es-, pèce de scapulaire, à la manière des religieux, qui leur descend depuis la poitrine jusque sur les cuisses: ce scapulaire, &it de peau de chamois, et qui a en* < viron quatorze pouces de large, s'attache au moyen d!une courroie passée autour du cou. Les hon^mesont la tête entièrement ni^e. Dans Iqs jongu^ marches ^ les. parties de chasse, ils portent aux pieds, des sandales , ou des semelles de j)eau de bœuf, attachées par des courroies qpi.passeut autour du <î«ude-pied et du gros orteil, ou par une seule pièce de peau qui. couvre le dessus du pied tout entiei!,.à l'exception des orteils. Dès l'âge de puberté, le», jeunes hommes cachent certaines parties du corps^ dans une espèce de bourse, faite de la membrane qui enveloppe les intestins dès animaux, et à laquelle ils suspendent des grains de verre rouge 9 ou des anneaux de cuivre enfilés à une courroie*
Les manteaux des femmes sont de forme à peu:
pr^ circulaire ; ils leur descendent jusque mv le gras de la jambe , et sont assez amples pour leur couvrir entièrement le corps. Le long du dos, et, jusqu'à l'extrémité du manteau^ pend un revers assex semblable an scapulaire que portent quelqueibi» les^^* hommes, avec cette différence, que ce revçr3 ,fait,.
Digiti
d'alberti ET DE BRowia.EE (i8o6-a4)- '^5 partie da manteau méme^ auquel il est attaché par le haut. Par-dessus ce revers, qui est coupé dans sa longueur. par bandes «Peu viron deux pouces de large, recousues ensemble, pendent des deux côtés, le long des épaules, des peaux entières de chats sauvages; ces peaux, nouées à des courroies, auxquell<?s sont enfilés des anneaux de métal , servent à essuyer la sueur du visage. Derrière l'épaule gauche et à côté de la peau de chat , pend , î uAe autre eourroie , une petite écaille de tortue, contenant de la poudre d'ocre rouge, et fermée d'un chiffon de peau tendre, . qui sert en même temps à se Êirder. Enfin le nAn-^ telet, ou le revers, hii-m^me, qui s'attache de manière que le côté garni de. poil soit en dessus, est orné de plusieurs rangs de boutons de toutes Portes de formes et de couleurs.
Le manteau des femmes enveloppe le corps, de manière que l'un des bouts rentre sous l'autre, et s'y trouve assujetti sans qu'il sôit nécessaire de l'attacher auti^ement. De cette, manière ^ la gorge se trouve aussi couverte , à moins qu'on ne préfère de •faire passer le manteau sous le sein. Quand ceci a lieu , les dames cafres portent par-dessus la goi*ge une espèce de voile ou de bavette, faite de mem-i bmne de bœuf, qu'elles attachent avec des courroies derrière le dos, et qu'elles ornent, suivant leur fan? taisip , de grains, de verre de différentes couleurs. Cette manière de se couvrir la gorge . en conserve le» formes > hi^d. mtieux que. quand c'est le* manteau qui l'enveloppé::, la pesanteur de :èehii-ci l'aCfeisse et i^^nd les mamelles pendantes; au lieu qjue le voile
Digiti
î86 YOTAOES
particulier les soutient, sans rien présenter d'iiide<« cent aux regards. 11 est rare de rencontrer une Cafre avec la gorge entièrement dëoouverte : il n'y a cpiâ de très jeunes filles ou des femmes âgées, qui n'y rec gardent pas de si près; mais alors cette nudité ne cause aiioun scandale.
Outre le soin qu'ont les femmes de. la Cafit^rie de se couvrir le devant du corps avec leur mtoteau^ elles portent encore par^devant une espèce de cotte de niailles, faite de lanières minces, et nouée au moyeo d'une courroie plus forte^ i{ui passe parn deÂus les lianches. Ge dernier voile suÎBBrtit seul pour cacher aux regards ce que la nature et la pu^ deur défendent de montrer.
Les femmes ne vont pas, cpmme les he(ipmes,*la tête nue; elles se couvrent d'un bonnet, feit de la peau de quelque antilope, dont le poil est toutné en dehors. Le fond de cette coiffure est composé de plusieurs pièces taillées en forme de coins ^ qui , eb se réunissaht au haut du bonnet , lui donnent la forme d'un cône. Au aommet de ce cône sont adap«« ^^s cinq et jusqu'à sept rangées d'anneaux de cuivré* pu de fér, à côté les unes des autres : comme cettâ partie de la coiffure se porte rebourbée en avant, ces anneaux pendent presque jusque sur les paupières. Autour du bord sont attachées , à égales di^ l^tances, quatro courroies de deux doigts de large ^ de trois {Heds de long, qui servent à assujettir le bonnet autour de k tête. Les feimnes: riches, pour renchérir sur Féléganee: de cette coiffure, en recouivirent les couturiès de grtnns de verre enfilés. «
Digiti
d'aLBERTI et de BROlVIfLEE (l8p6-24)- • S^
Ce sont les femmes qui font les habits pour les deux sexes ; elles savent eh joindre les pièces et eh foire les coutures avec une adresse et une propreté qui feraient honneur à un bourrelier d'Europe. Au lieu de fil) elles ^e servent de tendons, partagés en fikments de la manière suivante : on foit d'abord sécher les tendons^ on les écrase ensuite avec un caillou , jusqu'à cef que les fils se partagent ; après quoi on les broie entre lef mains, pour achever dé le» séparer.
Outre ces diverses pièces qui servent à Khabitle^ ment des Cafreo, on voit ch^z eux Uù grand nombre dô choses qui servent à l'ornement, et auxquelles ils' attachent beaucoup de pti)^. Un àeé principaux objets de luxe pour les hommes cofisiste en anneaux de dent d'éléphant; ils en portent quelquefois jusqu'à neuf ou dix autour du bras gauche. Toutes les dents d'éléphants appartenant de droit au chef de la horde, ces anneaux sont regardés comme autant de marques de la bienveillance du prince , et il n'est pas permis, à celui qui les a obtenus, de les aliéner sans la permission du donateur. On voit aussi de^ Câfires qui portent autour du bras gauche une cour* i*oie^, à laquelle sont enfilées des dents de tigre ou de sanglier ; quelques uns portent énv le front le bodt de la queue d'une antilope, suspendu à un ban«* deau de cuir; d'autres, en plus grand nombre, sd' décorent le devant de la jambe , un peu au-dessouià' du genon, de la touffe de poil qui termine la queUé du bœuf ou de l'espèce d'antilope appelée, litt cap de Bonne-ÉspéraneeV'Cerf (hartenbëest). Beaucoup
Digiti
lS8 ^ VOYAGES
de Cafres porfent autour du corps^, en guise de ceinture, une courroie, à laquelle sont enfilés de ces anneaux de cuivre ou de. fer dont nous avons déj|i fait, mention. Un certain nombre d'anneaux équivaut à une pièce de bétail, etc.; par conséquent ils tiennent lieu de monnaie. Les personnes des deux sexes ont des colliers, composés de coquillages appelés têtes de serpents, enfilés au moyen d'une tresse de poils enlevés de la queue^'un éléphant. Au lieu de poils, on tresse aussi, pour enfiler ces coquillages, des- brins d'une herbe odoriférante, et on entremêle aux coquillages dé petits morceaux de bois de sèùr tepr. Souvent aussi les Cafres poitent autour du cou plusieurs tours de grains de coraiL Les hommes suspendent à ce collier un petit poinçon de fer, enfermé dans un étui qui leur descend sur la poitrine : c^oihçon sert à divers usages,- à coudre les habits, à tresser les corbeilles à lait, à s'arracher une épine du pied , etc. Les hommes et les femmes se décorent en outre de bracelets composés de coquillages ou d'anneaux qu'ils portent immédiatement au-dessus du poignet. Les pendants d'oreilles, pour les deux sexes, consistent en grains de verre de différente grosseur, enfilés de manière que les plus petits touchent à l'oreille, et que les plus gros sont suspendus aux premiers. Ceux des Cafres à qui leurs facultés ne permettent pas de se procurer de ces grains, se contentent de passer dans le trou dont l'oreille est. percée, et qui est toujom*s fort grand , une courrae nouée par les deux bouts.
Toutes les femmes cafres ont le dos ^ les bras et
Digiti
d'alberti et de^brownlee (i8o6-a4). 189 la poitrioe entre les mamelles silIonDés de lignes parallèles et à égale distance. Cette opération , (jui, dans Topinion de ces peuples, sert à relever la beauté, se &it en introduisant un poinçon , en guis^ de bistouri, sous Tépiderqae, et en le déchirant à mesure qu'on relève le poinçon.
Ni Thabit, ni la parure, ne servent à distinguer les rangs parmi, les Cafres. Quoique les peaux des tigres tués à la chasse appartiennent toutes au chef de la horde , il ne s'en revêt pas moins d'un simple man* teau de peau de bœuf, comme ceux que portent les Cafres de la plus basse classe; ceux-ci , de leur côté , n'ont rien qui Us distingue à cet égard des classes supérieures.
On laisse les enfants absolument nus, jusqu'à ce qu'ils commencent à marcher; alors on les revêt de simples manteaux de peau d'antilope , que les deux sexes quittent néanmoins d'ordinaire, ^uaud le temps est sec et chaud : les filles seules ne se dépouillent jamais, même dans l'âge le plus tendre, de l'espèce de tablier dont nous avons parlé. A cela prèà , les jeunes filles vont tête nue jusqu'à l'âge de neuf ou dix ans ; parvenues à cet âge , elles reçoivent de leurs aïeules ou de leurs tantes de vieux bonnets. Dès qu'elles sont nubiles , elles assistent aux parties de chasse, et reçoivent, dans ces occasions, de leurs frères, de leurs oncles ou de quelques autres de leurs proches, des peaux d'antilope, pour s'en faire elles* mêmes des bonnets.
Les Cafres, en général, aiment à échanger leurs habits et se revêtent volontiers des nôtres. Un mou-
Digiti
I9P yOXAGES
^hoir, ppur se couvrir, la tête ou la gorge , est cousi* déré par les femmes comme un objet de très grande valeur; le Hnge leur plaît surtout^ « Pendant un voyage, dit M. Alberti, que fit.en i8o5 M. le lieiH tenant-général laussens, alors gpuyerneur ducap de Bonue-Espérance, dans l'intérieur de la cglonieet au pays des Cafres, et dans lequel j'eus Thonn^ir de l'accompagner, je fus témoin d'une scène qui prouve combien ce peuple aime l'ajustement. On fit vêtir le chef de la hçrde, depuis les pieds jusqu'à la tête, à la m^uière des Européens :. ce travestissement lui C4u$a la plus grande joie , et l'engagea à nous demander encore d'autres habits de ce genre pour une autre occasion. Ce jour-là , la mère du prince avait aussi quitté ses habits ordinaires, pour s'affubler d'une robe de chambre d'homme, qui lui avait été envoyée du Cap , et dont elle paraissait toute fîère. Une autre fois on m'apporta, par ordre de M. le gouverneur, pour le même chef des Càfres, un uni* forme de hussard complet et richement garni en or, avec tout Téquipage nécessaire, et non moins brillant , pour un cheval de selle. Bientôt après je me rendis de nouveau à son hameau , pour avoir avec lui une conférence sur divers sujets. Après la conférence , à laquelle avaient assisté les offidlers de sa suite , j'engageai ceux-ci à sortir de ma tente, et je fis revêtir le prince de ce nouvel habillement, dont la vue lui causa la plus agréable surprise. Je le conduisis ensuite hors de la tente, où il trouva un cheval , orné de la selle et de la lM>usse que j'avais fait apporter. Dès qu'il fut monté à. cheval, ce qu'il
Digiti
d'albkrti et ds browni^ee (i8o6-a4)- ^9' 6t de la manière la plus leste, on lui présenta une glace de six pieds é^e haut , que M. le gouverneur avait fait ajouter aux autres présents : rien ne peut être comparé à la surprise et à la joie qu'il témoigna à cette vue. Quand il fut un peu revenu à lui-même , son trouble fit place à un air de satisfaction et de fierté y. qui se répandit sur toute sa personne ; il se montrait, tantôt à pied, tantôt à cheval, à la troupe assemblée , qui consistait à peu près en trois cents personnes, et faisait retentir l'air de oris d'admiration. Je remarquai qu'il s arrêtait de préférence auprès des groupes de femmes, et qu'il était parti-^ culièrement flatté de leurs applaudissements.
Les Cafres^ en général, donnent la préférence au costume européen, non seulement parce qu'ils le jugent plus commode pour se préserver de l'intem-^ périe des saisons, mais aussi parce qu'ils y trouvent quelque chose de plus distingué et de plus industrieux que dans l'habillement. de leur pays.