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IX

Langue, peinture, écriture, arithmétique, chronologie, facultés intellectuelles des Cafres.

On ne trouve panni eux aucune trace de peinture ni de dessin, soit comme simple amusement, ou comme un moyen de transmettre l'image et le souvenir des objets. L'écriture , ou l'art de représenter les choses et les idées par des caractères de convention, leur est également inconnue. Le seul moyen qu'ils emploient pour transmettre le souvenir de quelque événement , est la tradition orale : encore ne remonte-t*elle , comme nous l'avons déjà dit, qufà des temps peu ^culés.

Quant à leur arithmétique, elle se borne à l'addition. Ils emploient pour cela une méthode très naturelle, et celle, peut-être, qui parmi les nations civilisées a été l'origine du calcul décimal, c'est-àdire qu'ils comptent sur leurs doigts. Le Cafre opère

Digiti

d'alberti et de bbownlee (1806-24). 2o5 en appuyant tour à tour sur chaque doigt , et compte ainsi jusqu'à dix ; il lève ensuite tous les doigts à la fois, pour indiquer une dizaine d'unités, et recommence à compter par ^un : mais , comme il manque de signes pour indiquer le nombre des dizaines, ce calcul est souvent sujet à erreur. La manière de compter des Cafres est, comme on voit, plutôt visible qu'orale. Au reste, ils font peu d'usage du calcul : il est rare, par exemple, qu'un Caire soit en état: de désigner le nombre de bêtes que contient son troupeau; mais, en revanche, il les connaît si bien à la vue, que, s'il manque un seul individu dans un troupeau de quatre à cinq cents pièces de bétail , il s'en aperçoit sur-le-champ.

Cette ignorance du calcul rend la chronologie des Cafres également défectueuse. La plus grande mesure du t«mps est pour eux, pomme nous l'avons déjà dit, le mois lunaire; mais il en résulte bientôt une addition, qui outrepasse les bornes de leur arithmiér tique. De là vient qu'ils sont hors d'état de déterminer, pour le passé comme pour l'avenir, une étendue de temps un peu considérable : tout se borne à l'espace de quelqiies mois (i). Ils réussissent mieux à indiquer avec précision une heure de la journée : c'est en étendant le bras vers l'endroit où le soleil se trouve alors sur l'horizon. Veulent-ils , par exemple,

(i) M. BaxTow d la mémoire; cepen ment en usage par individus cafres au les pièces de bétail

Digiti

ao6 YOTAGlft

assigner un rendez-vous pour le lendemain à deux heurçs après midi , ils cUsent , en montrant la région du ciel où le soleil, se trouve à deux heures : a jye^ main , quand le soleil sera là, nous nous trouverons en tel çndroijt. »

En tout autre cas, les Gafires n'ont, pour détermitier l'époque d'un événement qi^lconque , d'autre moyen que de le rapporter, quand cela peut se faire , à l'époque d'un événement plus notable.

C'est à cette ignorance du calcul et à la nullité absolue de chronologie, qui en résulte, qu'on doit surtout attribuer le dé&ut de renseignements que les Cafres eux-mêmes sont en état de donner svop leur origine et l'histoire de leur nation. Tout ce €[u'il serait intéressant de connaître là-dessus , ainsi que sur les émigrations de ce peuple, qui, très yraisemblablement, ont eu lieu dans des temps antérieurs, sur les guerres de leurs ancêtres avec d'autres peuples, guerres qui ont pu être la cause ou l'effet de ces émigrations, et en général sur tous les grands événements capables de répandre quelque jour sur leur'histoire, ou du moins propres àfeire naître des conjectures , est enseveli pour toujours dans les ténèbres de l'oubli, ce Ce que j'en ai pu recueillir, dit M. Alberti, se borne à un eonte populaire, et évidemment £ibulèux, que je rapporterai néanmoins ici , tel que je le tiens des Cafres eux-mêmes :

a Dans le pays où le soleil se lève était un antre, a d'où sont sortis les premiers Cafres et en général c( tous les peuples, et les premiers animaux de toutes ce les espèces. En même temps parurent le soleil et

d'alberti et de wowirLEE (i8o6-a4). 5107 fii la lune pour éclait*er ; les arbres, l'herbe et les au- <c très végétaux , pour la nourriture des hommes et « de^ bêtes. »

Tous les efforts de M. Âlberti pour acquérir quelques détails sur leur histoire ont été inutiles ; elle est ensevelie, jusqu'à l'époque de la génération actuelle , dans les plus épaisses ténèbres, et, pour peu qu'on rétrograde dans les temps antérieurs, on se trouve ramené à la même fable.

Les organes de l'ouïe et de la vue sont très exercés chez les Gafres, et portés à un degré de perfec*tion étonnant ; ils doivent apparemment l'exercice et le perfectionnement particulier de ces deux organes à la chasse, à la guerre et aux alarmes continuelles où leé tient le voisinage des bêtes féroces. Dans un endroit où la vue ne peut s'étendre au loin , un Caire ^ au moindre bruit, indiquera, avec autant de sûreté que d'exactitude, s'il est causé par un homme qui passe, par un chien ou par quelque autre animal ; de même, par un temps jcouvert, et dans uû éloignement où l'œil d'un Européen ne pourrait rien apercevoir, les Cafres sont en état de découvrir les objets avec la plus grande précision ; c'est en quoi ils excellent particulièrement, et avec une célérité étonnante. « Je n'ai vu , dit M. Alberti , chez eux aucun exemple de surdité ou de cécité. »

Une qualité de l'esprit non moins remarquable que cette perfection dans les organes, est l'attention prompte et soutenue dont les Gafres sont doués en général; et, comme cette. qualité se trouve étroitement liée à la mémoire, ils ont celle-ci extraordi-

nairement fidèle et teùace. Le Cafre se rappelle jusqu'aux moindres circonstances d'un évënëment peu intéressant par lui-même, et qui aura eu lieu depuis pktôieurs années ; il reconnaît sur- le -champ une pièce de bétail , un. chien ^ etc. , qu'il aura vu il y a long-temps : on pourrait en citer des exemples sans nombre. Il suffit, pour prouver combien leur méraoii'e est sûre, qu'ils s'aperçoivent, sans hésiter, de la disparition d'un seul individu dans un troupeau de quatre à cinq cents bêtes , sans qu'ils en aient fait le dénombrement, et par la seule impression que la vue 4e l'animal a faite sur leur organe.

I^ vivacité de leur intelligence et la solidité de leur jugement se montrent quelquefois dans un degré surprenant , quoique ces facultés d'un ordre supérieur soient généralement moins développées parmi eux. Il est arrivé souvent qu'un chef avec qui M. Alberti était en conférence interrompait son interprète en feisant voir qu'il av^it non seulement compris parfaitement ce qui avait été dit , mais qu'il en avait déjà conclu en lui-même ce qui devait suivre. «Je m'étais fait une règle , dit M. Alberti , d'observer la plus grande droiture dans mes négociations , et d'en agir avec les Cafres comme où devrait faire avec tous les hommes , à moins qu'ils ne soient des fripons avérés ; mais il y avait des cas où la prudence m'empêchait de mettre au jour mes véritables intentions : cependant il m'est arrivé plus d'une fois, dans ces occasions, d'être deviné, contre mon attente et malgré toutes les précautions que j'avais prises. »

o'alberti bt de BBOwirUB (i8o6>a4)- *^

. .-SX.-.

Nullité de religion, sortilèges , souillure morale chcs( les Offres.

C'est à tort qu*Albérti (i) avance que les Cafres n'ont aucune idée de laDivinitë; ils reconnaissent au contraire un Être suprême, qu'ils nonimeut Ou- Ihanga (souverain) , ou Utika (très beau). Ils croient aussi à Timmortalité de l'âme ; et cependant ils n^ont aucune idée des peines ou des récompenses dans l'autre vie. En guerre, et dans les grandes occasions , ils invoquent souvent les âmes de leurs pai^ents ou amis décédés, et les. appellent à leur aide. Ils nomment ces esprits schouluga. Us croient que le tonnerre est lancé par la Divinité; et si quelqu'un en est frappé, ils disent que le Oulhanga est descendu parmi eux. Dans ces occasions, ils changent de place, et sacrifient à Dieu un bœuf ou une génisse. Si un animal du troupeau est tué par le tonnerre,. on l'enterre avec soin. Quelquefois ils font des sacrifices aux rivières dans les temps de sécheresse; on tue un bœuf à cette occasion , et on en jette une partie dans leur lit. Si quelqu'un est tué accidentellement par un éléphant, on fait aussi un sacrifice, comme pour conjurer le démon dont l'animal est possédé. Si quelqu'un]tue par accident un mahun , qui est la gru^ des Baléares, ou l'oiseau que les colons nomn^nt brom-vogel, qui est une espèce de toucan, il doit,

(i) Albertî, p. ^.

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