XI
Manière de vivre et occupations domestiques. Agriculture des Cafres.
Les Cafres «observent l'ordre et la régularité dans leur .ménage. Dans chaque maison les travaux sont régulièrement partagés entre les membres de la famille , et surveillés par le père, qui en est le chef.
L'habitation de chaque- &mille consiste en une eabane de forme circulaire , ayant environ ^euf pieds de diamètre ; quelquefois aussi elle a plus d'étendue. Les huttes n'ont pas assez d'élévation pk>ur qu'on puisse s'y tenir debout ; l'entrée a environ quatre pieds de haut sur deux pieds de- large , et la porte est faite de joncs entrelacé^. Pour construire une telle cabane, on commence par ficher en terre, autour de l'emplàceqiènt qu'on veut lui dontier , et à la distance d'environ seize pouces lès uns des autres, des pieux miaces d'un bois souple; on l'es courbe les uns vers les autres et on les réunit par le sommet, ce qui comppse une carcasse de forme co« nique , qu'on recouvre ensuite de joncs et qu'on enduit enfin, en dedans et en dehors, d'un mortier composé de terre glaise et de bouse. A une plus grande diistance des limites de la colonie, où les bordes cafres sont moins sujettes à quitter ou à changer leurs demeures, ces habitations sont doubles; c'est-à-dire qu'on .consU*aît deux huttes vis-à-vis l'une de l'autre, et qu'on endot l'intervalle qui les jsépare : cet encios tient lieu de chambre à coucher
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ai8 VOYAGES
pour les enfants, et de magasin pour les ustensiles du ménage. La construction de la hutte ^ les travaux du ménage et de la cuisine, la façon des habits, la confection des corbeilles à lait et toutes les occupa-
Cafre; il est, pour ainsi dire, Tunique objet de ses pensées et de ses* affections ; aussi le Cafre fait-îl consister son bonheur dans la possession dé sop troupeau : c'est lui qui le matin le conduit au pâturage , et qui le son* le ramène auprès de sa hutte , dans un enclos fermé d'épines entrelacées; il trait lui-même ses vaches, et se charge, en un mot, de tout ce qui a rapport à l'entretien de son bétail. Quelquefois le beuglement particulier d'une vache a quelque chose de si flatteur pour l'oreille d'un Cafre, qu'il n'a point de repos qu'il n'en ait fait l'acquisition , et que pour l'avoir il la paye beauc^oup audessus de sa valeur. Il n'est rien de plus commun que de voir les cornes des bœu& et des vaches, qui, dans la Cafrerie, acquièrent une longueur extraor* dipaire, courbées en tout sens et imitant diverses figures , suivant la fantaisie du propriétaire " tanl6t elles suivent le contour de la tête et viennent se réunir par les extrémités sous le cou de l'animal ; tantôt, des deux cornes, l'une est courbée en ce sens,
d'aLBERTI ET Wl BROWNtEE (l8o6-îl4)- ^^^9
tandis que l'autre se redresse a^-dessus de la tête : d'autres imitent , par leut courbure, le bois de quel* ques espèces d'antilopes ; on en voit surtout qUi sont tournées en spirale, comme les cornes de l'antilope à laquelle les colons du Cap donnent le nom d'ëlau. M. Barrow se trompé lorsqu'il dit qn'on fa* çpnne les cornes des vaches en y appliquant un fer chaud : voici la manière dont on s'y prends Dès que les cornes de la génisse ont poussé de la longueur d'environ deux pouces, on commence à kur faire prendre la direction qu'çn a choisie, en- les déoim* pant longitudtnalement d'un côté , jusqu'à ce que le sang commence à couler : au moyen de cette opération ,. la corne se courbe du côté opposé aux entaillures, et en variant celles-ci, on parvient à donner à chaque corne la direction que Ton veut. Un autre ornement hizarre , dont on voit quelque- &is les vaches décorées, est un lainbeau de peau, qui leur pend sous le gosier ou le long du poitrail ; on détache ce lambeau en découpant le fanon de l'af qimal vers la gorge , ou en sens opposé ; ce sont ordinairement les vaches' favorites du troupeau qui portent cette niarque de distinction.
Le chien le mieux dressé n'obéit pas plus pono* tuellement à son maître , que les bétes à cornes n'p-» béissent chez les Cafres à la voix de leur conducteur. Un coup de sifHet arrête tout à coup un nombreux troupeau de bœufs ; un autre coup de ^Ufllet sufQt pour U rei^ettre en mouvement ; tantôt il se rassemble autour du berger, tantôt il le suit à la file et en tout $ens,^uelque direction que celuinci donne à sa mardie^
aaO VOYAGES
'Quelquefois les chefs de hordes aiment à se distinguer par la possession d'un nombreux troupeau de taureaut ; c'est une marque de grandeur et de richesse. Au reste ces taureaux ne servent qu'à^l'amusement; on les tient séparés du reste du troupeau. Quand le propriétaire qui les destine à ses plaisirs veut s^en donner le divertissement, il se place à quelque distance du troupeau; à un signal dé la voix, des hommes, qui forment une double haie pour tenir les taureaux réunis, les chassent et les obligent à courir, avec la plus grande vitesse, vers l'endroit d'oii part le signal : des taureaux bien dressés à cet exercice courent sans qu'on ait besoin de les exciter vers l'endroit oii ils ont entendu la voix avec tant de vitesse, que celui qui les appelle est obligé de se mettre précipitamment à l'écart pour éviter d'être foulé aux pieds.
A cela près, on n'élève des bardes de taureaux que pour transporter les meubles, et d'autres objets nécessaires dans les émigrations. Ceux qu'on destine à cet usage portent à travers le inufHe un cylindre de bois d'environ six pouces de long sur un pouce de diamètre, muni, de chaque côté, d'une cheville en guise d'arête; on laisse, en tout temps, eette espèce de frein aux narines de l'animal , tant pour empêcher le muffle de se cicatriser, que pour y a,ttacher les rênes toutes les fois qu'on veut s'en servir. Quelquefois aussi on se sert de taureaux pour la monture ; elle est très sûre , même lorsqu'ils vont au galop.
Ijes Cafres. sont très économes de leurs bêties à
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d'aLBERTI et de BHOWlfLEE (1806-24). ^^1
cornes; ils nW tuent que rarement et xlan$ des occasions particulières. C'est toujours dans Tenclos où ils les font parquer la nuit , qu^ils tuent leurs bœufs; ils s'y prennent d'une manière singulière, et qui a quelque chose de ci'uel : après avoir terrasse l'animal 9 ils lui ouvrent la poitrine avec un fer.de javeline, y introduisent la main et lui déchirent les artères. De la fiente que renferment les entrailles on parsème le sol de l'enclos, dan^ l'attente superstih tieuse que cette cérémonie contribuera à réparer plus toi la perte qu'on vient.de faire.
Quoique les Cafres fassent grand cas de la ûhair 5IU mouton , ils n'élèvent pas eux-mêmes cet animal : c'est que . leurs pâturages conviennei^t beaucoup mieux pour le gros que pour le menu bétail. Il est rare de trouver dans ce pays quelque étendue de terrain qui produise les plantes convenables aux moutons; d'ailleurs la contrée est couverte presque partout de broussailles et d'arbustes , qui rendraieirt la garde d'un troupeau d'autant plus difficile, qu'il y serait exposé à des pertes continuelles par le voî'sinage des bêtes féroces.
Les Cafres élèvent beaucoup de chiens, tant pour la classe 1 que pour la garde de leurs troupeaux. Ces animaux sont , en général, mal entretenus, kids et d'une figure souvent dégoûtante. Dans lés ha^ meaux ou hordes plus éloignée^ de la colonie, oa nourrit t}es poules, parfaitement semblables pour la forme à celles d'Europe , mais beaucoup plus pertes ; elles ont^ ainsi que les coqs, la tête unie et sans crête , comme les perdrix.
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' Outré le béuôi^ lagriculture fburait aussi aux Cafires uoe partie de leur^ subsistance; mais ils s'eu PQedpeot avec moins de soin. Ce sont les femmes qui sont chargées de ce qui a rapport à la culture des terres : les hommes forment, avec des amas d'épines, sur uti terrain de vingt à vingt-t^inq verges ed rarré, un enclos de forme irrégulière et telle que le permettent les arbres , les buissons et les bancs de rochers ; c'est à quoi se borne toute leur besogne 9 par rapport à l'agriculture. Les plantes cultivées particulièrement en Cafrerie sont le millet {hùlcus sorgho ),\e maïs, les melôds d'eau et le tabac; on a aussi vu des champs de pommes de terre, mais épars et en petit nombre. L'espèce de millet que réèoltent les Cafres , i)i leurs melons d'eau (différents des iBiUtres espèces par un goût amer), ne noot point cultivés dans la colonie : d'où l'on peut conclure que ce n'est pas des Européens qu'ils ont reçu ces productions; on ne peut douter d'ailleurs que les Cafres ne se soient occupés de l'agriculture loog-temps avant rétablissement d'une colonie eu^ ropéenne au cap de Bonne*£spérance.
' , Pour donner le labour à Ipurs terres , les femmes cafres s'y prennent d'une manière difiérçnte de la itotfe* Elles oommenoent par semer , et remuent enauite le sol avec une bêche d'une figure particulière : c'est un iostramtot de bois d'une seule pièce, aplati AUX deux extrémités, et cylinctique dans le milieu, ressemblant à un aviron ou courte rame à denàx pat* tes; le miUeu, qui sert de manche, a environ deux pouces de diamètre; les extrémités aplaties ont, à
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d'aLBERTI et de BROVriVLEE (i8o6-24). asfcS peu près ^ quat^rc pouces de large et dix poulies de loDg. Quand l'un deâ I>puts est émoussé, à force de s*en servir, on renverse l'instrument , et on bêche la terre avec l'autre bout (i)- Cette coutume de oe remuer la terre qu'après l'avoir ensemencée , vient peutrêtre de ce qu'on n'a pas d'abord connu l'usage ée la herse ou de quelque instrument d^ ce genre ; Mais elle a un avantage dims ce pays , où l'ardeur du soleil ferait souvent ^rir les jeunes plantés au sortir de la terre : les mauvaises herbes, arrachées par le labour, i^ecouvrent la semence , et on lés laisse sur le sol, jusqu'à ce que les germes aient acquis assQs de force pour résister à la chaleur. On enlève ensuite ces mauvaises herbes desséehées, et on sarcle de temps en temps le champ , pour détruire celles qui poussent de nouveau. Quapd le millet est mûri, on en coupe les épis avec des sagaies, et on en fait ues tas, que l'on recouvre d'herbe sèche et de broussailles. Quelque temps après on bat ces épis avec des baguettes, et au lieu de vanner la graine, on la jette en Taîr avec les mains pâur eu séparer la balle. PôUr conserver le millet, on creuse, dans l'enclos des vaches, un trou circulaire, donnant au fond plus d'étendue qu'à l'embouchure , et on en durcit les parois en y tenant du feu allumé pendant quelqofe temps (a). On y dépose ensuite le niillèt; oh bôiiche
' (i) Le bois doQt ces bêches sont faites est très (^ttr, et s^dbpélle
ttieshout, i>6is à éternuér. Cette dénotaiîà&tiôii hii Mtotàt^céqulû
^roToqve réternvement qaftnd on en approche lés copeaux du nez.
(a) Brownlee dit qu'on affermit aussi les parois de ces silôs
avec un enduite '
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Torifioe du trou, d'abord avec de l'herbe sèche ^ et puis avec une large pierre plate ; enfin on recouvre le tout avec du fumier, pour ^npécher l'air extérieur de pénétrer dans ce magasin. Quant au maïs et aux plantes de tabac , on les suspend dans la hutte après la récolte, pour les y laisser sécher et les conserver. On sème ordinairement vers le milieu d'août, fit la moisson se trouve terminée ep novembre. Ils déterminent l'époque des travaux par la position des pléiades et d'autres constellations^ Si la saison est favorable, le maïs est mûr en janvier, et le millet vers le milieu d'avril. Les melons d'eau qu'ils cultivent sont d'une espèce particulière (i).
Sxn.
Soumission des enfants envers leurs parents ; relations de parenté en général^, respect pour les yieillards ches les ^ Cafres. .
L'affection mutuelle et l'amitié , ces doux liens formés par là nature pour ie bonheur des hommes, unissent aussi les Cafres , et surtout les membres d'une même famille ; il est probable que ce qui resserra davantage ces liens parmi eux, est l'éducation plus ou moins soignée qu'ils donnent à leurs enfants. Cçux-ci traitent leurs parents avec des égards respectueux, et ne cessent pas même de les consulter et de suivre leurs avis lorsqu'ils sont parvenus à l'âge viril et qu'ils ae trouvent eux-mêmes à la tête de leur propre ménage. Les pères, de leur côté, exercent
(i) Brownleé , dans Thompson's Traçels, t. n, p. 36o.
d'axberti et de brownlee (1806-24)- à 25 toute leur vie , sur leur famille , une certaine autprite, fondée ^ur la soumission volontaire de leurs enfants. Un jeune Cafré ne se marie qu'après avoir obtenu le consentement.de ses, parents; un Cafre mat*ié, eût-il lui^tnême des fils et des petits-fils, ne troque aucune pièce de bétail , ne conclut aucun marché , sans avoir consulté son père et obtenu son approbation. On rougit pour l'humanité lorsque , au milieu des nations civilisées, des pères |tai mères de famille, que leur grand âge rend incapables d'admi*nistrer leurs biens, sont obligés, en l^s transportant à leurs fils , d'avoir recoursà un acte judiciaire pour s'en assurer l'usufruit et se prémunir contre les mauvais traitements; et il n'est que trop vrai que l'exemple d'enfants dénaturés justifie cette précaution. Chez les Cafres, au contraire, un père n'éprouve pas, en pareil cas, la moindre inquiétude; parvenu à l'âge de la décrépitude, il remet en sûreté son bétail, ordinairement entre les mains de celui de ses fils qui s'est marié le dernier, et qui n'a pas encore quitté la hutte paternelle. En faisant cette donation à son fils, le père se réserve seulement quelques vaches à lait, et se repose pour tout le reste sur l'affection de sa famille. Des parents ont-ils le malheur de perdre leur bétail par quelque désastre, ils peuvent compter, avec la plus grande confiance , sur les secours de leurs fils et de leurs gendres. Si un fils, à quelque âge que ce fiit, se comportait mal envers ses parents, s'il refusait opiniâtrement d'obéir surtout aux ordres de son père , quand ils sont équitables , ou qu'il ne suivît pas ses avis , il serait sûr de s'attirer la. haine XXI. i5
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et le mépris de toute la horde , au point d'être Migé de la quitter et de se retirer ailleurs.
A la mort du père, c'est uu de ses fils majeurs, un oncle, ou quelque autre parent^ qui prend sa place et devient le chef conseiller de la famille; dèa-^ loi^, on n'entreprend plus rien avant de l'avoir consulté , on n'exécute plus rien sans avoir obtenu son consentement. •
L'affectiM avec laquelle les proches s'entr'aîdeiit dans le besoin, n'est pas moins digne d'éloge , et pour* rait, sans contredit, servir de modèle à plus d'un Européen. Par exemple, un Cafre tombe-t-il malade, et ses facultés ne lui permettent-elles pas de faire le sacrifice du bétail nécessaire pour son désen<* sorcellement, ses proches se cotisent pour en fournir gratis la quantité requise; générosité d'autant plus admirable V que le Gafre n'a rien de plus cher au mond^ que son bétail. Il en est de même de toute autre circonstance fâcheuse. Le Cafre à qui il survient des revers peut compter sur le secours de ses proches, et n'a jamais à craindre d'en être abandonné. Les vieillards Sont traités avec égard; ils jouissent, en général et indépendamment ^es liens de parenté, d'une certaine considération; on les consulte volontiers » on profite de leur expérience, et on suit leurs sages conseils.
§xra.
Condition et moeurs des femmes chez les Cafres.
On a prétendu que le respect qu'on rend aux femmes parmi les nations civilisées était l'effet de
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d'alberti et de browiîlee (i8o6-a4)' ^^^ h civilisation ; cette opinion semble contredite par ce qui a Heu parini les Cafres. Quoique les hommes y jouissent en général. d'une autorité plus étendue et plus prononcée, jès femmes y exercent' nëan-» moins , même sur leurs maris , un doux empire , qui bien certainement n'est fondé que sur l'estime, mais qui ne laisse pas de leur donner de l'influence et de leur attirer le respect. Elles ne prennent , à la vérité^ aucune part aux délibérations qui ont pour objet les intérêts généraux de la horde ; il ne leur est pa» même permis d'y être présentes ; cependant , quelquefois le respect filial fait faire des exceptions à cette règle. C'est ainsi que le chef avec qui M. Al*berti a été en négociation , permettait non seulement à sa mère d'être présente aux conférences, mais la consultait même chaque fois avant de prendre une résolution ; et souvent son avis lui a été d'un grand secours pour atteindre le but de sa mission. Quelquefois aussi M. Alberti a vu les femmes du chef assister aux conférences; mais cette permission ne leur était accordée que comme une marque de distinction , sans qu'elles prissent jamais la moindre paift aux délibérations. Dans les occasions publiques, les femmes se tiennent, en général, entièrement sé^ parées des hommes, et rassemblées dans un endroit particulier, à quelque distance du lieu où ce traitent tes affaires. Dans l'intérieur du ménage, au contraire , la femme exerce une influence et une autorité manifeste ; par exemple, elle participe au droit d'aliénation de tout ce qui est possédé en commun par elle et son mari, et il arrivé souvent, en pareil
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cas, quesôn avis décide; le mari ne troque pas la moindre bagatelle sans s'être assuré du consentement de sa femme. Il est arrivé à M. Alberti, plus d'une fois, qu'un Cafre dont il voulait acheter une corbeille à lait ou quelque autre objet d'aussi peu de valeur, après avoir fait part de sa proposition à sa femme , lui rapportait la réponse que celle-ci ne consentait pas au marché, quoiqu'il montrât luimême la plus grande envie de faire l'acquisition de ce qu'il lui proposait en échange. Il où est de même lorsqu'un homme a formé le projet de se rendre en quelque endroit; si sa femme lui déconseille le voyage , il reste chez lui sans murmurer.
Les femmes cafres sont parfaitement en sûreté contre tout acte de violence. L'une d'elles se trouvet:elle engagée dans une contestation , son mari ne s'en mêle ordinairement pas aussi long-temps que la dispute se iborne à des paroles ; mais il prend sa défense aussitôt qu'on en vient contre elle aux voies de fait. En temps de guerre , lorsqu'on veut entrer en négociation avec l'ennemi, et qu'on craint pour la vie des apibassadeurs , on députe des femmes pour transmettre les propositions d'accommodement à la horde ennemie , bien persuadé qu'il ne leur sera fait aucun mal , et surtout qu'on n'attentera pas à leur vie.
Ce que nous avons dit de rhabillementdes femmes cafres a déjà du donner une idée de leur modestie; on a pu du moins en conclure qu'elle ne leur est pas étrangère. Il nous reste à montrer jusqu'à quel point elles pratiquent en effet cette vertu , qui ajouté tant de prix aux attraits du beau sexe.
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d'alberti et de brownlee (1806-24). 229 Le sentiment de la pudeur se montre évidemment chez les femmes cafres, surtout dans le soin tout particulier qu'elles prennent de se couvrir, et la retenue qu'elles observent en toute occasion ; retenue c[ui ne peut être attribuée à une autre cause. Quand une Cafre veut prendre son enfant sur son dos , et qu'elle est par conséquent obligée d'ouvrir son manteau ppur l'envelopper, elle le fait avec une adresse admirable, qui ne laisse rien apercevoir de ce que la pudeur ordonne de cacher. Toutes les fois que M, Alberti a vu des femmes traverser une rivière à gué , il a admiré le soin qu'elles prenaient.pôur tenir leurs manteaux secs, sans trop se découvrir; dans la nécessité du choix , elles préféraient constamment l'inconvénient d'un manteau mouillé. Il arrive même très rarement qu'une femme se découvre la tête en présence d'un étranger ; et se trouve-t-elle obligée de le faire pour rétablir quelque désordre survenu à sa coiffiire, elle s'en acquitte toujours avec la plus grande célérité. M. Barrow prétend qu'une jeune fille cafre à qui l'on demande si elle est mariée , ne se contente pas de répondre que non , mais qu'elle ouvre aussitôt son manteau pour montrer sa gorge , et qu'il lui arrive souvent de mettre en même temps d'autres appas à découvert. M. Alberti n'a trouvé nulle part cette assertion fondée ; au contraire, il peut assurer que c'est une calomnie manifeste contre la pudeur des femmes cafres. Si M. Barrow avait voulu nous faire part des circonstances particulières dans lesquelles son observation a été faite , il se trouverait peut-être qu'une Européenne aurait fait tout aussi
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a3o VOYAGES
peu de scrupule de se montrer à ses yeux, sans même avoir voulu prouver par là qu'elle était encore fille. Ce genre de preuve a plutôt lieu parmi les Hotten* totes : p(eut-être est -il aussi connu de quelques femmes cafres qui fréquentent la société de ces der* nières; mais on aurait tort de le regarder comme un usage qui letir sdit ordinaire.
Quelque scrupuleuses , néanmoins, que les femmes cafres se montrent à observer les règles extérieures de la pudeur, il s'en faut beaucoup qu'elles soient sourdes aux agaceries des hommes , sans cependant pousser l'impudeur jusqu'à foire les premières avances. En général , les Cafres ont sur le commerce entre les deux sexes , hors de l'état de mariage , des idées toutes différentes des nôtres. Les femmes mariées sont astreintes à la fidélité conjugale; l'adultère de la part d'une femme est considéré comme un crime et puni comme tel, quoique le châtiment tombe en grande partie sur son complice ; cependant , le mari offensé se laisse apaiser au moyen d'une certaine rétribution. Une personne libre, fille ou veuve, n*est pas déshonorée pour avoir eu un commerce de galanterie avec un homme , pas même lorsqu'il y ea a des preuves naturelles et évidentes, et un accident de cette nature ne l'empêche pas de trouver un autre mari. Tout voyageur qui , sans avoir sa femme avec lui, s'arrête quelque temps parmi une horde étrangère, est sûr d'y trouver quelque personne non mariée à sa disposition : c'est même un devoir de l'hospitalité parmi ces peuples , de prévenir en pareil cas les désirs de Fétranger. Jjes faveurs d'une telle per-
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d'alberti et de BRaw:ffL££ (1806-24). 23l soene se pdiept au moyen d'un présent modique ; mais $i ce commerce intime a des suites , celui qui en a été favorisé est obligé d'épouser, à moins qu'il ne s'arrange avec les parents ou les proches de la femme qui a été mise à sa disposition.
s XIV.
Amour ; mariage chez les Cafres.
Le tendre sentiment de l'amour, et cette chaste union des cœurs qui naît de la sjrmpathie et de l'estime mutuelle, sont inconnus aux Cafres. L'instinct qui porte l'homme à la, reproduction de son espèce, et le besoin de secours mutuels dans les soins et les travaux domestiques, paraissent être les seuls motifs qlui engagent parmi eux deux jeunes gens à s'unir. Après le mariage, l'habitude de vivre ensemble, et l'intérêt commun , consolident et maintiennent cette union» A cela près, le sexe est, en quelque manière, un objet de trafic. Le jeune homine qui choisit une fille pour en fejre son épouse, doit en payer l'acquit sition à ses parents. Il s'^ange avec eux sur le prix, qui consiste en quelques vaches ; et le marché se con* dut sans qu'il soit nécessaire d'obtenir le consente* ment de la jeune fille, qui, dans ce cas, est absolu** ment passive, et dépend uniquement dé la volonté de ses parents. Cependant il arrivç souvent que le jeune homme tâche de gagner TafTection de sa maîtresse avant de s'adresser à ses parents. S'il parvient à toucher le cœur de sa belle, elle. ne le fait point
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2 Sa VOYAGES
languir, et il en obtient sur-le-champ les dernières faveurs : comme le consentement de la fille n'est pas absolument requis pour qu'il parvienne à son but, et qu'il lui suffit, pour obtenir sa main, du consentement de ses parents, il met ordinairement peu d'empressement dans ses amours, et, s'il essuie un refus de sa maîtresse, son âme n'en est pas troublée le moins du monde : il est ordinairement beaucoup plus occupe d'obtenir sa femme à bon marché de sa famille , que de gagner son cœur.
Lorsqu'un Cafre a choisi une épouse, il s'adresse aux parents de celle-ci, soit qu'il ait réussi ou non dans les démarches qu'il a faites auprès d'elle-même. Les trouve-t-il disposés à lui accorder sa demande, il leur amène d'abord quelques pièces de bétail. Lui témoigne-t-on que le présent n'est pas assez considérable, il en amène d'autres, jusqu'à ce qu'on soit convenu du prix de part et d'autre, et que le nombre suffisant de vaches ait été délivré. Comme chacun de son côté naarchande autant qu'il est possible , ces négociations se prolongent nécessairement plusieurs jours. Le nombre des vaches que comporte un tel marché ne va pas ordinairement au-delà de dix ; cependant on a égard à l'état du prétendu, et l'on exige de lui plus ou moins de bestiaux , suivant ses facultés, et quelquefois on exige jusqu'à cinquante et soixante vaches (i). Au bout de quelques jours , les parents et les , proches de la fiancée , et la fiancée elle-même, accompagnée de ses jeunes amies, se
(ï) Prownlee, dans Thompson , t. ii, p 355.
d'alberti et de brownlee (1806-24). a 33 rendant au hameau habité par le fxitur, oîi se trouvent rassembles en même temps le chef de la horde avec sa suite, la famille du jeune homme , et tout le voisinage. Là la fiancée est obligée de subir, dans un lieu écarté, en présence de toutes les parentes de son fiitur époux, un examen rigoureux de toutes les parties de son corps. On tue ensuite une quantité de bétail proportionnée au nombre des assistants; on s'en régalé, on chante, on danse, et Ton passe de cette manière quatre jours dans Tallégresse. Au quatrième jour, les compagnes de l'épousée lui peignent tout le corps d'ocre rouge; deux d'entre elles, qui sont assises à ses cotés, la dépouillent de tous ses vêtements, à l'exception d'un tablier qui enveloppe les hanches , et lui font faire en cet état le tour de l'assemblée pour convaincre les assistants qu'elle n'a aucun défaut de conformation; enfin on la conduit devant le chef, qui, sur ces entrefaites, est allé prendre place avec sa suite dans l'enclos des vaches (i). Après avoir témoigné à l'épousée sa satisfaction sur son mariage, il l'avertit « qu'elle devra (c dorénavant soigner avec zèle et activité le ménage ce de son époux; il l'exhorte particulièrement à s'ap- « pliquer à la culture de «la terre, et en général à se « conduire comme il convient à une honnête femme de «cépage, afin qu'on n'ait pas à se plaindre d'elle; à
(i) L'enclos où ron fait parquer le bétail pendant la nuit sert en même temps de prétoire au chef de la horde ; c'est son tribunal , et le lieu où il assemble son conseil. C'est une espèce de sanctuaire dont l'entrée est interdite aux femmes, hormis en cette occasion , et dans le cas d'une incitation expresse.
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ir être douce et soumise, même lorsqu'oa rinjàrie, « et surtout à se taire, même lorsqu'on l'accuserait «de sorcellerie» (i). Après cette exhortation, la fiancée remercie le chef de ses sages avis, et va i^ejoindre la compagnie^ Alors Tépoux comparait en présence du chef, qui lui adresse le discours suivant : <x Maintenant que tu quittes la cabane de ton « père pour te mettre à la tête de ta propre maison , « gouverne-la en homme; cbmporte^oi de manière a que non seulement la viande et le lait ne manquent « point pour la nourriture de ta femme et de tes en- , ce fents, mais que tu puisses aussi recevoir convena- « blement le chef ainsi que tout autre hôte qui se « présenterait chez toi, et que tu sois en état de « payer au chef la taxe qui lui est due. » Pour ter^ miner la noce, les hommes qui se trouvent présents ofiPrent à l'épousée une corbeille remplie de lait, en lui disant qu'il provient des vaches appartenant à la famille de son époux ( depuis le jour de ses fiançailles jusqu'à cette heure, il ne lui avait pa^ été peiçmîf d'en jouter). L'épousée prend la corbeille et la porte à sa bouche, tandis que toute l'a^emblée fait éclater sa joie par des sauts et des gestes, en répétant : « Elle boit le lait! » Cette* cérémonie est regardée comme le sceau de l'alliance entre la fiancée et la famille de son époux« Après les noces, quelque^ ui\p des proches de la nouvelle mariée restent quelque temps avec elle, pour l'aider à se construire une hutte et à monter son ménage.
(i) Brownlee, dans Tfaompton's Travelt^ t. it, p. 35S.
d'alberti et de bkownlee (1806-24)- *35 Lorsque Tamaiit n'a pu gagner Taffectiou de sa maîtresse, et qu'il est néanmoins parvenu à obtenir le consentement de ses parents , il arrive quelquefois que la jeune fille témoigne son aversion pour lui en chassant du parc le bétail qu'il leur a amené. Cependant cette mesure ne lui sert à rien , loi^ué ses parents se trouvent intéressés à conclure le marché ; et si elle s'obstine à refuser sa main , elle doit s'attendre à y être contrainte même par un châtiment corporel. Il arrive aussi quelquefois que les parents d'une ^lle à marier ont pour elle des vues particulières sur quelque jeune homme de la horde, et la lui offrent eux'-mêmes en mariage. Quand cela à lieu , la jeune fille qu'on veut marier se rend , avec quelques unes de ses jeunes compagnes, au lieu qu'habite celui qu'on veut lui faire épouser : c'est l'usag'e de n'y arriver qu^à la brune. Là , les jeunes filles s'asseyent à coté de la hutte oîi logent les parents du jeune homme qu'on a eu en vue , et se mettent à tousser. Alors quelqu'un sort de la hutte, et demande : « Qui va là?» On lui réf>ond que «ce sont des éti'angers qui viennent d'une contrée lointaine. » C'est, la formule ordinaire par laquelle ou s'annonce en pareil cas, après avoir prévenu d'avance ceux à qui l'on rend cette visite. Aussitôt on indique aux .pèlerines une hutte vide pour leur servir de logement , et on leur fournit du bois et du feu; mais elles sont obligées d'apporter avec elles les choses nécessaires à leur subsistance , pour ne pas ûâve naître quelque soupçon d'indigence , qui nuirait à leur projet. Le lendemain, les parentes du jeune homme se
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rassemblent, et procèdent, comme nous l'avons indiqué plus haut, à l'examen de la jeune fille qu'on veut introduire dans leur famille. Elles font ensuite leur rapport à toute la parenté , et l'on demande au jeune homme s'il sent de l'inclination pour la personne qù'on'vient lui offrir en mariage , en lui mettant sôus les yeux qu'il doit surtout prendre garde que sa future soit assei forte pour pouvoir s'acquitter des travaux du ménage. Ordinairement, cette question est suivie d'une ^épouse affirmative de la part du jeune homme , en se réservant néanmoins le droit de faire connaissance de plus près avec celle qu'on lui présente. Ce dernier article s'exécute dèsianuit suivante; les compagnes dé la jeune fille la lui amènent, et la laissent seule avec lui. Si cette première entrevue* s'est passée au gré du jeune homme, on entre en négociation sur le prix à payer aux parents de la fille, chez qui celle-ci retourne, en attendant la conclusion du marché ; dès qu'on est d'accord sur ce point, la. célébration des noces a lieu comme nous venoi^s de le décrire.
Si le père d'une fille à marier est mort, son fils aîné le représente en cette occasion ; c'est lui qui reçoit le nombre de bestiaux détenniné par le contrat de ipariage, et s'il a d'autres frères, il leur en cède une partie.
& une veuve vient à se remarier, c'est un nouveau gain pour sa i^mille, quoiqu'on ne la paie pas aussi cher qu'on ferait une jeune fille. En générât, on pratique moins de cérémonies , et l'on fait moins de régal à l'occasion de secondes noces que pour la cér-
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d'alberti et de brownlee (1806-24)- 2^7 lébration d'un premier mariage ; on y observe néanmoins l'essentiel, qui consiste; pour la. mariëe, à sceller l'alliance en buvant du lait trait des vaches de la famille dans laquelle elle va être admise.
Jusqu'à ce qu'une femme ait mis son premier enfant au monde , ses parents ne font point usage du lait des vaches qu'ils ont reçues pour sa dot; mais après ses premières couches ils font , à leur tour , présent d'une pièce de bétail aux parents de leur gendre, et celui-ci distribue des présents de moindre valeur aux frères et aux sœurs de sa femme. En général , les familles unies par des mariages ne laissent passer aucune occasion de se donner mutuellement des marques d'affection , et de se témoigner combien elles se trouvent heureuses des liens qui les unissent.
Si une femme vient à mourir sans laisser d'enfants, ses parents sont obligés de restituer au mari le bétail qu'ils en ont reçu. Mais il y a peu d'exemples d'une stérilité absolue.
Jiamais un oncle n'épouse sa nièce, ni une tante son neveu; le mariage n'a pas lieu non plus entre cousins-germains; les personnes apparentées à un degré si proche ne se permettent pas même un commerce secret entre elles, fussent -elles assurées que les suites en resteront cachées. Cette réserve des Cafres sur le mariage semble plutôt commandée par l'opinion que prescrite par une loi expresse.
Ceux qui sont issus du même ancêtre, quelque élevé qu'en soit le degré , s'appellent frères et sœurs;
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fit c'est en conséquence de cette loi que les chefs amakoses prennent* ordinairement leurs principales femmes dans la tribu des Tamboukis, parce que toutes les familles de rang sont parmi eux descendues xl'une même tige, et que les individus dont elles se composent se trouvent être leurs parents. Cependant il n'est pas défendu d'épouser la sœur de la femme qu'on a perdue.
Dès que le mariage a été confirmé par le chef de la horde, il n'est plus permis au beau-père et à sa bru de se trouver ensemble , si ce n'est en présence d'autres personnes : s'ilà se rencontrent par hasard, la bru est obligée de prendre la fuite; il ne lui est pas même permis de se découvrir la tête en présence de son beau-père. La même chose a heu entre le gendre et sa belle-mère ; on peut juger par là combien l'inceste est en horreur à cette nation.
Dans le temps de son indisposition périodique , une femme vit séparée de sop mari ; au lieu de partager sa couche comme à l'ordinaire, elle dort sur une natte à part. Quand une femme est accouchée, son mari la quitte entièrement f>our un mois entier; durant cet intervalle, il s'abstient du lait de quelques unes de ses vaches , exclusivement destinées à l'usage de l'accouchée; ils ne boivent ni ne mangent dans la même vaisselle.^ Le mois écoulé, le mari revient habiter la hutte de sa femme, et partage de nouveau ses repas avec elle; mais il ne prend pas encore de lait dans ja même corbeille ou dans la même outre : cela n'a lieu qu'après que l'enfent est naturellement sevré. Jusqu'à cette époque le mari et la femme
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d'alberti et de BaowKLEE (i8o6-24)- ^39 couchent sëparëinent; mais il est libre au premier d^aller chercher compagnie ailleurs, sans que son épouse ait droit de lui en faire le moindre reprocher Il est probable qu'on doit attribuer cette continence de la part du sexe, favorisée d'ailleurs par un tenv^ pérament peu vif, à l'assujettissement oui les femmes seraient réduites, si elles avaient à la fois plusieurs petits enfants, surtout étant obligées de les emmener avec elles dans toutes leurs marches. Au reste , cette même continence peut être regardée comme une des causes principales de la bimne constitution des enfants, et de la vigueur dont la nation jouit en général; de cette manière l'enfan^profite plus longtemps du lait de sa mère, sans contredit l'aliment lé plus convenable pour lui; tandis que la nature n'est pas réduite, par des grossesses qui, ée succèdent de près, à partager ses forces, pour nourrir l'en&nt déjà né, et former en même temps celui qui^est encore à naître, partage qui ne peut que nuire à l'un et à l'autre.
lia polygamie est en usage chez les Cafres : on peut la regarder comme une suite de la continence que se prescrivent les femmes, et à laquelle leurs maris ne sont pas assujettis. Cette circonstance rend la possession légale de plusieurs femmes à la fcûs moins nuisible à la société. Le nombre d'épouses qu'il- est permis à un Cafîre d'avoir, n'est pas déterminé par la loi; il peut en prendi^e autant que bon lui semble, ou plutôt autant que ses moyens lui permettent d'en nourrir. Un homnae d'une fortune bornée est réduit à se contenter d'une seule femme ;
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a4o VQTAGES
ceux qui sont plus à leur aise en prennetot deux , et rarement davantage; il n'y a que les chefs à qui leur opulence pennette d'en entretenir un plus grand nombre, et il s'en trouve parmi eux qui ont jusqu'à sept ou huit femmes. Gaïka en avait douze (i).
La pluraUté des femmes, chez les Gafres, ne nuit aucunement à la paix du ménage. Ordinairement deux épouses habitent la même hutte avec leur mari commun; elles s'acquittent, avec un égal intérêt, des travaux qui leur sont imposée, et s'entr'aident comme des sœurs dans leurs maladies ainsi que dans toute autre occasion. L'une des deux épouses vient-elle à mourir, l'autre se Aiarge du soin d'élever ses enfaats. Le père, de son côté, ne met jamais de différence entre les enfants nés de ses différentes femmes. S'il arrive cependant que deux femmes ne puissent vivre en. bonne intelligence, la plus jeune est obligée de céder; alors elle abandonne la hutte commune, et va s'en construire une à part. En général, celle des femmes qui a vécu le plus long-temps avec le mari commun jouit de certains privilèges, dont lui-même n'a pas le droit de la priver pour favoriser une épouse moins ancienne. La séparation dont nous venons de parler occasionnant deux habitations et deux mé« nages, le mari prend ses repas et habite tantôt avec l'une et tantôt avec l'autre de ses deux épouses.
Les femmes cafres sont en général très fécondes; cependant on trouve le plus d'enfants chez celles qui ne partagent pas la possession de leur mari avec
(i) Brownlee, dans Thompson's TVaf'tf/j, t. ii, p. 356.
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d'alb£Rti et de brownlee (1806-24)- ^4^ Une autre. Ces deniières mettent au inonde jusqu'à huit et dix en£sints, tandis que celles dont les maris ont plusieurs femmes ^ et qui vivent , par conséquent y dans une. plus grande continence, en ont beaucoup mpins. En général, la polygamie chez les Cafres ne favorise pas la population autant qu'on pourrait le croire.'
IjSl séparation entre époux a rarement lieu; lé divorce; encore moins. Si une femme s'enfuit de chez son mari ^ le chef de la borde emploie son autorité pour la faire rentrer dans le devoir; le mari n'a pas non plus le droit de quitter arbitrairement sa femme. Il paraît, au reste, qu'on a rarement besoin de recourir à l'intervention du chef pour maintenir l'inviolabilité<les mariages. Mais , au reste , si une femme se^sépare de son mari, et refuse de revenir avec lui, lé mari est en droit de redemander au père, ou aux parents, le bétail qu'il leur a donné en se mariant: mais s'il a eu dés enfants de sa femme, ses parelits ne sont pas forcés de lui rendre ce qu'il a donné. Lés enfants sont; alors considérés comme l'équivaleat de la femme (i).
. L'adultère, suivant l'opinion des Cafres, ne peut être commis que par la fenvne; le.mari n'est pas obligé à la fidélité conjugale. Ils ont coutume de dire : « L'homme est fait pour toutes les femmes; la femme, <cau contraire, n'est faite que pour son époux.» Conformément à ce principe , on sévit contre la femme infidèle, quoiqu'on la regarde comme moins coupable
^1) Irowalee, diins Thompson's Trwelsy tt n, p. 356. XXI. 16
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que &on eompliee, cft que lie châtitAent, par consé-^ quetit, retombe priucipalemetit stlr celui^j. Si un hotniDe surpt^âd »à féinm^ en ââgt^ut délit, U lut est permis de tuer sur-te-t3hamp son rival; mais uu mari offensé a rarettiétit récours à cette vetigeftiice : il trouve mieux sOii compte à aller se plaindre au chef de la horde, qui. condamne le coupable à payer une amende de quelques vaches, dohr la moitié retourne au pi^bét du plaignant. IDàûs lé cas oii un mari découvre Tinfidélité de sa femthe au moven d'une grossesse survenue à soU ihsù, elle est obligée de iiommer soil cémpUcé au chef de la horde 4 et eài cas de refus opiniâtre, elle est coïkdaWdéte elle-même à une peîtae tiorpôrellé. En pareille dreonstance, c'est-à-dire quand le commercé iWégitinié ià des suites, Voffenseur est puni plus séVèremeht, quoique toujours du métBé géntié de punitiotl , et aloTë aussi la moitié de ramehde retourne au profit de l^époux offensé. A cela près , la féihùié adultère a peu de chose à craii^ dre : ©n la considère Comme une victime djes ruse» ou de la violence d'un séducteur, et on lui pardonne sa faute; le mari même n'en prend aucune vengeance^ et après avoir reçu sa part de la réparation imposée à son rival , il finit par adopter le fruit de l'adultère.