‹ Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection des relations deChapitre 26 sur 60 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Forme du gouvernement. Respect vfju'on rend aux chefs desf. hordes, impois. Succession au gouvernement diez les Cafres.

On a vu plus haut que la nation des Ça&es est partagée en hordes. Chaque horde a son chef, dont le i^ang et le pouvoir, comparé à celui des autres chefs, dépend du nombre des Ëimilles soumises à sou autorité. Quelquefois la horde n'habite pa^ tout entière en un mémo lieu ; elle peut être composée de deux ou t^ois sections qui habitent des cantons séparés ; dans ce cas<-là , les sections qui sont privées

d'alberti et de brownlke (1806-24). 269 6e la présence du chef sont gouvernées par des officiers délégués de sa part. IjC chef d'une horde, s'appelle Inkaassie^ titre qui répond évidemment à celui de seigneur ou chef. Si, au contraire, plusieurs hordes avec leurs chefs se trouvent rassemblées dans un même canton, elles ont à leur tête un chef suprême, considéré comme le souverain do canton, et dont l'autorité s'étend sur toutes les hordes réunies.

Chaque chef de horde nomme à son choix un -nombre d'officiers proportionné à celui de ses si^ts. Cette charge n'est ordinairement accordée qu'a des hommes d'un âge mûr et qui ont de l'expérience; souvent aussi le prince ne choisit ses officiers que parmi les familles les plus aisées. Ils coniposent le conseil du chef^ qui prend rarement une résolution sans leur avis; ce sont eux qui proclament ses ordres, qui exécutent ses sentences, et tout ce qui a rapport à l'administration; eu tetnps de guerre, ils rassanblent les hommes en état de porter les armes , et les conduisent à l'ennemi sous le commandement du dàef suprême. Quant au conseil de celui-ci, il est composé en grande partie des autres ch^s subordonnés à son autorité.

Chaque chef exerce sur sa horde un pouvoir presque absolu; il crée et abroge les lois, il exerce le droit de vie et de mort sur ses sujets, et pourra que ses sentences scôent équitables, on les voit exécuter sans murmure ; mais il doit s'abstenir de commettre des injustices ou d'usurper des droits nouveaux : en cas d'injustice ou d'usurpation , son conseil

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lui fait des remontrance^ au nom du peuple, et sait .quelquefois, quand il le faut, réprimer efficacement des abus d'autorité, qui, sans cela, dégénéreraient en despotisme. Si le chef d'une horde particulière a commis quelque grave délit, le chef suprême peut aussi le dépouiller de sa dignité pour la donner à un autre; cependant il n'use que rarement de ce droit, parce que ces sortes de destitution sont regardées moins comme des actes de justice que comme des coups d'autorité arbitraire ^tendant à usurper le domaine du chef déposé. Celui des grands chefs actuels dont les états sont limitix)phes de la colonie, s'étant déclaré seul héritier de tous les biens de ses sujets, les chefs subordonnés à son autorité, après lui avoir fait des remontrances inutiles, ont pris le parti de le quitter avec leurs hordes, et d'aller s'établir ailleurs ; de sorte qu'il s'est vu contraint de rétracter sa nouvelle loi. Cette loi parait exister dans plusieurs tribus ; cependant chez les Mandankae elle est tombée en. désuétude; chez les Tamboukies elle est inconnue (i).

Les honneurs qu'on rend au chef répondent à l'autorité dont il jouit parmi ses sujets. Quoiqu'il ne^ soit pas d'usage parmi les Cafres de se saluer mutuellement quand on se rencontre, on n'omet jamais le salut: à l'égard du chef , ce qui se fait en le nommant simplement par son nom. Quand un chef arrive dans un hameau, soit qu'il appartienne à sa horde ou à une autre, on lui offre une pièce de bétail , qu'il fait

. (i) Brownlee, dans Thompson's Travelsy t. ii, p. 348.

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aussitôt tuer par les ofBcibrs de sa suite, car il ne voyage jamais sans eux; et il la mange ensuite avec ceux-ci et avec ceux qui la lui ont offerte. On observe les mêmes égards envers les femmes des chefs; cependant les uns et les autres ne font usage d'autre lait que de celui de leurs propres troupeaux.

Lé chef mène à sa suite , outre ses officiers , un nombre de personnes du peuple , chargées de ce qui regarde son service.* «Je vis un jour, dit Alberti, tandis qu'un de ces serviteurs tenait devant le chef une javeline à laquelle étaient embrochés des morceaux de viande rôtis que celui-ci détachait et mangeait peu à peu, un autre enlever là portion du serviteur, qui' cuisait non loin de là sur des braises. Celui à qui on l'enlevait se plaignit en jetant les hauts cris; mais il se garda bien d'abandonner , même un seul instant , le, service de son maître pour courir après son morceau de viande. » Pendant la maladie du chef, le' commerce des deux sexes est défendu , sous peine de la vie, dans le lieu qu'ir habite. Un Cafre, chargé de remettre à un autre du tabac ou des liqueurs fortes , aura bien de la peine à résister à la tentation d'en prendre sa part; mais si la cbmmission est adressée à son chef, on peut être assuî'é qu'il la lui remettra scrupuleusement. En général on a le plus grand re^ect pour les chefs, et on exécute leurs ordres avec la plus scrupuleuse exactitude; on s'aperçoit même que ce peuple se forme une idée distincte de ce qu'on appelle crime de lèse-majesté : en voici un exemple. Le gouverneur Janssens, dans une conférence avec le chef Gaïka , tachait de l'en-

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gager à pardonner à de» hordes très considérables qui l'avaient abandonne, et auxquelles il faisait actuellement la guerre ; mais il refusa Constamment , et assura le gouverneur, en lui montrant la cicatrice d'une blessure qu'il avait reçue en combattant centre ces rebelles, « qu'un pareil traitement, reçu de la « part de ses sujets, ne pouvait se pardonner. »

Le-s femmes des chefs jouissent également de prérogatives considérables que leur procui^e le rang de leurs époux; on les honore encore davantage, si elles-mêmes descendent de quelque famille distinguée de chefs. Toutes les femmes du peuple sont tenues de servir les femmes de leur chef; elles y sont' requises à tour de rôle, elles leur tiennent-compagnie , et se chargent pour elles de la culture des terres et des tri^vaux du ménage : leur s£tlaire consiste, outre la nourriture, en peaux de vaches qu'on leur donne pour se faire des habits.

Les Cafres sont aussi soumis k des t^oiLes envers leprs chefs ; en voici quelques unes.

Au temps de la moisson , chaque famille doit céder au chef de la horde une partie de sa récolte ; on lui paie aussi chaque année une rétribution en bétail. Chaque père de famille qui marie une de ses filles est obligé de céder au chef une partie de la dot qu'on lui a payée pour elle, en compensation des instructions qu'elle a reçues étant au service de ses femmes (i). La poitrine de tout bœuf qu'on a tué

(i) On se rappelle ce qui a été dit plus haut, que c'est çn servant les femmes du chef que les jeunes filles achèvent leut édui cation .

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dans h lieu de la résideuce du chef \ûi apjjartient de droit. Il en est de même des élaos qu'on a pris; la poitrine en est envoyée. au chef, dût-elle, à cause de l'éloignement de sa résidence , n'y arriver que toute gâtée. Enfiif ïes dents d'éléphants , leis peati)c de tigres , les queues des autruches prises à la chassé , ' appartiennent au chef. Les peaux de tigres qu^ le chef n'emploie pas à son propre usage sont distribuées à ses officiers favoris. Les plutties d'autruches sont une marque distinctive à la guerre , dont il sera parié ci-après : quant aux dents d'éléphants, elles servent, comme nous l'avons déjà dit, à faire des bracelets , que le chef distribue de même à ceux qu'il honore de ses bonnes grâces.

a II m'a paru , dit Alberti , qu'à l'usage de portter ces anneaux les Cafres attachent , du moins en certains cas , une idée superstitieuse , mais dont il ne m'a pas. été possible de découvrir l'origine ; tandis que les uns ne font pas difficulté de les troquer, d'autres , au contraire , refusent de s'en défaire à quelque prix ique^op soit. J'ai vu un Cafre qui avait pris tant d'embonpoint, que ses bracelets lui étaient devenus trop étroits ; ses bras étaient ck>nsidérable^ ment enflés ; il éprouvait des douleurs insuppbr-* tables, et l'inflammation des chairs me fit croire que la gangrètie allait terminer ses jours. L'unique moyen de Iç sauver était de scier ses bracelets ; mats il n'osait y recourir, et l'on m'assura même que soti chef n'avait pas le pouvoir d^e lui permettre , sans néanmoins mç donner des é<^aircissements suffisants sur la raison qui s'y opposait. Quiconque ose-

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%ait, dans quelque cas que ce pût être, briser/ de propos délibère, les bracelets qu'il a reçus du chef, devrait s'attendre infailliblement à la. confiscation de ses biens et à la mort. Lorsqu'apres ime bataille on en trouve sur quelqu'un des.iilbrts, on a soin de • les recueillir pour les remettre à son chef, après la paix. »

En cas de retard ou de refus pour l'acquit des contributions, qui consistent en fruits ou en bétail, le chef les enlève par force; le recèlement de la part du gibier qui doit lui être réservée est puni avec sévérité. .

Tous les fils de chefs héritent de 1^ dignité dé leurs pères ;les jeunes hommes qui ont été circonci? en même temps que l'un d'eux appartiennent à sa horde future, et sont destinés à en former la tige lorsqu'il se mariera et qu'il quittera la hutte paternelle; par rapport au rang des jeunes chefs et à l'héritage de leur père , voici l'ordre que prescrit l'usage. . ^ .

Dans les familles de chefs coniiî^érable^ par leur ancienneté et leur puissance, le rang est héréditaire même aux fiUes, qui, à leur tour, le transmettent à leurs descendants ; de sorte qu'à la mort d'un chef, si ses femmes doivent I4 naissance à des familles de la même qualité, les fils de celle dont la famille est la plus ancienne ont le rang sur leurs frères : cette distinction de rang, héréditaire par les femmes, est le fondement du droit à la dignité de chef suprême. Dès le vivant du prince, ses sujets el^ ses troupeaux sont partagés en autant de portions qu'il a de fem^»

o'alberti et de BRowifLEE (i8o6-24). ^^65 mes , et chaque portion de bétail est distinguée par une marque particulière. Après sa mort, les fils de chaque femme partagent avec elle , en portions égales, les sujets et les bestiaux qui constituent leur part de la succession , et chacun d'eux est ainsi le chef-né de cette portion de la horde «de son père qui lui est échue en partage ; cependant l'aîné des fils issus de la plus noble des femmes du défunt obtient le rang sur tous ses frères et beaux- frères, qui par-là deviennent autant de chefs subordonnés à son autorité. Cet ordre de succession rend raison du grand nombre des chefs suprêmes qu'on trouve chez les Cafres , et de la diversité de rangs qui existe parmi eux.

Si en mourant un chef ne laisse que des fils en bas âge, la régence et la tutelle passent, jusqu'à la majorité de l'aîné, entre les mains de la plus distinguée de ses femmes , assistée des officiers du défunt , et quelquefois de l'un de ses frères ou de quelque autre parent. L'éducation des fils mineurs est confiée aux officiers de la portion de la horde échue en partage à leur mère ; quelquefois ces officiers ont pour adjoint un oncle ou un autre membre de la famille , pour diriger et surveiller l'éducation des jeunes princes. La mère d'un chef conserve toute .sa vie quelque influence sur l'administration de sa horde ; son fils la consulte dans toutes les occasions importantes, et ne prend aucune résolution sans avoir préalablement obtenu son approbation.

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