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Manière de faire la guerre , et de conclure la paix , en usage parmi les Cafres.

îjes Cafres ne sont, à proprement parler, rien moins qu'une nation belliqueuse ; ils montrent , au contraire, un penchant décidé pour la tranquillité et le repos de la yie pastorale. Ils ne balancent cependant pas à prendre les armes quand il s'agit de défendre ou de faire valoir certains droits, réels ou imaginaires; ils montrent même alors du courage et de l'intrépidité. Ce* rfest qu'avec leurs voisins du nord, les Boschjesmans , que les Cafres sont en guerre perpétuelle, à cause des brigandages que ceux-là exercent continuellement sur leurs troupeaux. Cette guerre ne donne cependant pas lieu à des batailles rangées : les Cafres traitent ces brigands comme des bêtes féroces , les suivent à la piste quand ils ont dérobé du bétail, et massacrent tous ceux qui tombent entre leurs mains. Quelquefois aussi ils tâchent de découvrir les repaires de ew» bandes de voleurs, les y surprennent la nuit, et massacrent tout, sans distinction d'âge ni de sexe. L'acharnement des Cafres contre les Boschjesmaps est tel que partout où on les rencontre, et sans cpï'ils aient commis la moindre offense, ces malheureux sont exposés à être massacrés, tes hostilités entre les colons du cap de Bonne-Espérance et les Cafres, eu particulier celles *qui ont eu lieu dans les derniers temps , n'appartiennent pas ici ; nous nous réservons

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d'alberti et de bhownlee (1806-24)- ^7* d'çB parkr , ainsi que de ce qui y a donné lieu, à la fin de cet ouvrage. Ce que nous allons dire ne re* garde que la manière dont ils se font la guerre entre eux, les causes ordinaires qui la font éclater, et led suites qu'elle entraîne après elle.

L'orgueil et l'ambition sont les causes ordinaires des guerres ^tre les Cafres, qui cependant ne sont pas fréquentes ; l'intérêt se joint communément à ces passions , et l'on tàîke , de part et d'autre, d'enlever à l'ennemi autant de bétail qu'il est possible. Dominer, en qualité de chef suprême, sur une portion considérable de la nation , composée d'un mé-^ lange de plusieurs hordes, est ordinairement le bu^ que se proposent des chefs puissant^ , qui s'imagi^ oent que leur noble extraction leur donne des droite à cette dignité, ou qui se croient assez forts pour l'usurper par les armes* Aussi arrive-t-^il quelquefois qu'une ÊirniHe qui, depuis plusieurs générations , s'est vue en possession de l'autorité de chef suprême, en est dépouillée tout à coup , sur tfiiiek[ue prétexte ^ par une auti^e à qui le sort des armes a été plus favorable. La guerre a rairemfâit un autre motif , quoiqu'on allègue souvent d'autres prétextes powr voiler ou justifier une usurpation injuste.

Les arm^s que les Cafres portent à la guerre sont offensives ou défensives : les armes offensives sont la sagaiç et la massue; l'arme défensive est le bou^ cher.

La sagaie a ordinairement près de cinq pieds de long , y compris Tarmure de fer , qui varie depuis un pied jusqu'à un pied six pouces. Le manche a

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huit lignes de diamètre à Torigine du fer, et va toU" jours en diminuant jusqu'à l'autre bout, où il n'a plus que deux lignes d'épaisseur. Les fers de javelines, d'environ un pouce de large, à deux tran^ chants, et qui se terminent en pointe , Tarient souvent pour la forme : la plupart sont, dans toute la longueur, comme le devant d'une lame d'épée; d'autres n'ont cette forme que vers le milieu du fer, tandis que le reste est arrondi. en cylindre, d'environ trois Ugnes.de diamètre. Quelquefois cette partie, au lieu d'être ronde, est taillée en arêtes et garnie de hachures.qui.se croisent; On voit aussi des fers de sagaies, arrondis en grande partie, ayant cinq lignes d'épaisseur et terminés par une pointe triangulaire; mais cette dernière forme est moins en usage. que les autres. Pour monter une sagaie, on introduit. l'extrémité inférieure du fer, terminée en pointe, dand le gros bout de la flèche , en y versant de la poix fondue , et on les entortille avec une corde de fibres. ♦

LoL portée ordinaire d'une sagaie, projetée en ligne courte, est de soixante -dix à quatre-vingts pas;. M. Alberti n'a vu qu'une seule fois un Cafre jeter la sienne à la distance de cent trois pas. Il a fait souvent tirer des Cafres au blanc : il faisait tendre un mouchoir de couleur à la distance de quarante-cinq à cinquante pas, et le proposait pour prix à celui qui l'atteindrait de sa sagaie ; mais., quelque ardeur qu'ils témoignassent pour l'obtenir, ils ne l'atteignaient, le plus souvent, qu'au bout d'une vingtaine de coup*. Cela prouve qu'une seule sagaie n'est pas

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d'alberti et de browklée (i8o6-îi4)« ^73 fort à craindre, surtout parce <}u'on la voit venir, et qu'on peut Fëviter ou la détourner, sQJit avec un# massue telle qu'en ont les Cafres, ou avec un bâtbu ; elles sont plus à craindre lot*squ'il en tombe plusieurs à la fois dans le lieu où l'on se trouve. Cette arme n'est jamais plus dangereuse qu'entre les mains d'un homme déterminé , qui attaque sou ennemi à outrance; il tient dans la main gauche un faisceau de sagaies , qu'il déooche l'une après l'autre de la droite en courant sur son adversaire , et empoigne' la dernière pour l'en percer au momeiït où il l'atteindra.» * ' '

L'arme des Cafres. à laquelle on a donné le nom de massue , consiste en un bâton ordinairement long dk deux pieds et demi sur dix lignes d^épais&eur, et terminé par un nœud de'la grosseur du poing; au défaut de massues naturelles, les Cafres savent en ^ façonner; ils se servent de cette* arme, ^ dans les combats particuliers, avec une adresse étonnante, portant d'une main des coups avec leur masisue, et parant de l'autre leeux de leur adversaire ayec leur bouclier.

Ces boucliers sont faits de peau de bœuf. Pour préparer la peau, on commence par la tendre pour* la faire sécher; on la frotte ensuite avec tin caillou de forme arÉx>ndie, qu'on dirige dans tous les sens, en appuyant fortement sur le milieu de la peau , jusqu^à ce qu'elle ait pris une forme concave ; on lia façonne en la taillant tout autour, de màiyère qu'elle forme un ovale de quatre pieds et demi de lohg , et assez large pour couvrir le' corps ;fenjin , on attache ayet XXK 18

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des courraie^, sur le coté coocave, et dana sa Ion* gueur, un bâton de moyenne grosseur, de manière qu'il dépasse le bord du bouclier de quelques poAces pour l'appuyer dessus , et qu'il puisse être saisi et soutenu avec la tnain par le m:

état de porter les armes est o ipême son bouclier, et de le n horde , qui le fait, déposer dant tout exprès pour servir, d'arses Attaquer son ennemi à l'irapi prévenu par une déclaration de guerre ,. est considéré par les Cafres comme un fait inique ,^qui mérite la désapprobation générale; ce» trait de grandeur d'skne mérite , sans doute , d'être admiré dans une nation non civilisée. En conséquence de cette lottable coutume , l'agresseur envoie à- son adversaire , avant de commencer les hostilités, des hérauts d'armes portant devant eux une'queue de lion ou de tigre, qui in* dique leur qualité et la nature du message dont ils sont porteurs ; en même temps , on avertit tous ceu3i qui soi^ en état de porter les aimes de se ren^ auprès de leur chef. Quand les guerriers sont ras*semblés, on tue du bétail en abmidanoe pour les régaler, on danse; et, jusqu'au moment du départ général, on^se livre à la joie et à toutes sortes de divertissements* Quand Un chef àupréme entreprend la guerre, il n'y a ordinairement que les chefs sub* ordonnés à son autorité et les officiers qui soient instruits du but de l'expédition; le reste du peuple e^t obligé d'obéir aveuglément. Cependant , il n'est permis à personne, sous peine 4^ confiscation de

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d'aLBKRTI et de IROWITLEE (î8o6-îi4)- ^7^ toot ses biens, de désobéir ou de be soustraire à oet a|>p<l aux armes.

Apràs que toas les guerriers, miima de lemu

antits, se sont rassemblés, on procède aux prépii*

Ms poUr l'ouTerture «de la can^

\me distribue aio: antres diefs^

néine à' des particuliers dent 1§

H», des plumes d'atièrudie, que

b tété y et qui sont la marque

le dtmioai. Cette ^stinction est

regardée eomme très homM*able; aussi 9 celui qui en

est décoré doit-âl s'en montrer digne. Dans les com*4

bats, il doit être constânmient à la tête dé sa trdùpey

et donner l'exemple de la valeur; s'il a la lâcheté dé

reculer, il est condamoé à la mort. La.tti4me peine

est réservée pour tout ^utre combattant qui aban«

donne son commandant. Quand tous les préparatifi

sont achetés, Tarmée se met en marche , eiiimeiiant

avec eHe autant de bestian:t qu'on juge nécessaire

pour l'etpéditioti.

Aussitôt que l'armée de celf|i qui a déclaré la guerre est arrivée à proximité du camp de f eniiemi , elle fait halte, et envoie de nouveau des hérautS^ pour l'avertir de son approche, et lui répéter les motifs de la déclaration de guerre ; si celui^d n*a pas encOfe rassemblé toutes ses forces, il en informe son adversaire , qui est obligé d'attendre , pour livrer * Tattaque, que fautre ait conpléeé son monde et soit prêt à le recevoir^

On choisit, pour champ de bataille, une plaine unie et sans* buissonè , où rien ne puisse gêner ta

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T)ié)2Hi&TDrMer>les surpriMs; ta, les. datix partis ennemis s'avancent Tun contre l'autre, «n jetant de l^rands crîsf jusqu'à la distancé d'enviroa soixentedi9|à:quatvfe-'rîfigts|>as» On cômmeoceà selancer des ' saf[fties', eftt'<m) ramassé de part et d'autre à mesiure <pi'elles tombent 7 pour s'en servir de nouveau. Pea<* 4ant le eon^at , le gëfléral en chef se tient constamr ment an centre de sa ligne , siht laquelle une partie des^ chefs subakenpes et des officiers ont aussi- leur ^lace, tandis que les autres se tiennent sur les der*rières^ la> ligne , pour avoir de là i'inspecti<Hi sur les soldats et prévenir k fuite ou la diction. Oa conCinue. à combattre dan& cet ordre , les deux: partis tôchant dé sie rapprodiér de. plusen plus; si la résisîance e$t opiniâtre , il s'ensuit un condiatde c(»|>s à corps, et dans cette mêlée on fait usage. des mas- $mesy jusqu'à ce que l'un des deux partis pMe, et sok. contraint d'abandonner le cbampde bataille;. Cependant, il arrive plus souvent que le parti le ^\m faible prend la fuite avant d'en venir aux in^ins^ de si; prèsi; ttous indiquerons ailteurs <ce,qMi $«i|bla en être lai causia. Dès que l'ennemi ^st eii déroute^ on s'^DaprcIssa de le ; poursmvre ^ surtout ^ns la v<ie d'é^i&yer le bétail, les^.femmW et les enfants; la p<]iyirsuite terminée , le' chef viql^ri^l^ feit tuer supr* lei^bâoap une partie des bestiaux pour en régaler sa troqj».-- ',^ "' \ ' ■

S'il arrive que la mût sépare les ieojiibattant$ av^t que la bataille soit décidée, on cne* J!iuie armée, .à r^MUt^ qu'on déskre suspendre le combats jusqu'au l^demain. Alors les deux partis. ise i*etirent ^la

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d'aLBERTI et de BROWlfLEE (1806-24). 277

distance de quelques mîHè pas l'uo de Tautre, et Vbii dëtac6e des dfeux cotes des postes avancées , pour hë pas être exposé pendant la nuit à quelque surprise \ quoique, même en pareil cas, toute ïittaqtie inôpî-^ née soit interdite par les lois de la guerre. QaclqW-^ fois les deux partis profitent de cette suspènsfion d'armes pour feirc des propositions d'âccommôde* tnent; du moins les chefs subalternes tâchent de rà^ tnener leurs supérieur à des'senfimetits de pàix/^tl leur mettant sous les yeux les désavantage» de hl guerre, ^ tes suites désastreuses qu'elle pimin*ii)l avoir pour leurs sujets.* Si Tuit éés djëfe prêt© Fôreillé à ces remontra(nces, ileKHnîe À son adversaire -^e^ hérauts avecdesprôpôgitii^s de ptt!ix. En èa6<|u#l€tt négociations soient infructueuses, ie parti qui. s'ctbsi» tine a la guerre ne j^^t néanfmèins reqoiMieneet^i^rft hostilités le jour suivant , qu'après l'avoir fait an^dri*^ cer dans les formes: t ' •• . : >- «

Lors âe la cônclôsirâf *dHiiiii paix définitive , la prer inière conditioni du traité-^st touJMrs , que ie vaitiou reconnaîtra le vainqueur pour Mtrchief «i^pânMi, et lui jurera foi 6t liommage. Là-<lessus on remet eu liberté les femmes et les ebikinte prisa la guerre^ li$ vafnqueur rend au vaincu une partie, maSs.très p^ ttte , du bétail qui a'été enlevé , et diatrilMNii une* avtni partie du butin à ses guerriers. Ija teâtitutièn d^une pairtie dti bétail à celui qui a'éte varineat,'déeoirie4 chelz les Gafreë, d'Un principe de générosité >nâitit»< relie, dont voiei h, formub : lôrOn iiedoit «pus iaissnf <r périr son éimètni <fe feim.'D AjiràiMque l^'pfllrtib réconciliés sont retournés dans leurs habîlitiébsvest

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ayS voTAGSs

pQOtîyeSyle v^iqqu eqvoîe quelques bœufe au vain*-

queur^ cpmmie une marque de la «iocérUé de fes

eogageineoU, et celui -^ ci rëgale de i^ouveau sm

iBOi^de, comme îl Tayait fait avaat de le mener au

cpmbat,

Pw^ l^s bataille, 1^ deux armées ne fput pa^i d'Aj^.griiudçs pi^rteft qu'où semblerait devoir Tat^ te^4f^.4e )Qur mfiui^49Q094^ttre; le pombredef morts\Q'est jamais ibrt Qûasidérable; eu voîcî proha^ Ueuteut la qau^ç : il çst d'u^e^ comme nous Vavpn^ dit ^ que pendant le combat le çommaudaut m chef se tiçpne cou^tampi^tift «u plâtre 4e sa Ugnq , ^ il ue peut eiûfer de fta troupe. plu% de bi^çwe qu'ij ii!en montre Jujh^me, A 1% vérité i\ e^ d^udu* soits peine de mQi?i;,d'abau^Qf^ le çhef;*maif(, cpimme eaux qui combattent ssohp s^f^iwdw n'o^ pM de grands avantagea à e^^rer ppMP ewrW^meç dn succès de la bataille , il ne peqt Ji'fitt^udfe 4e 1^^ part qu'ilfir iront feudi*e aveôt iirtrjépidité dftfi^ les r^pgs ennemis, si lui^^néme n'a pH U ownige .d'av;ano^ ; de sorte que la bmvmn^ <d'4W^ «If^açe entière 4s Cafres dépend uniquémeAt de ee& qu0 m^Hitre sof) glénéfal Arriveïit^il que deuai:cbe& w gpeiTe m^^ qu^nt (égatement de poiu^age» U doit en r^siiltcr qm» kiin.d'en tenir de près aux m$^i» leur^ am^s n^ s'approdberont pas même assez pQiv que les tw|it?s lancés de part et d'autre puissent (fàre beaucoup de mal ; tandis que^ pour la mâmevmi^n > le plus pusU^ hmtme des deux dost souvent abundonner le ch^mp de bataille a^ant d')r ^tre contraint par une peitç oonsidérahlev >'

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d'aLBERTI et DB ^lOWlTLEE (iSoG-tl^). ^79

Un ennemi désarme , saisi avec la main et fait prisonnier, ne peut être. mis à mort; à la conclusion de la paix, on lui rend sa liberté sans rançon. Les femmei^ ^t Jes eniants pris à la guerre n'ont abso- ' lument rien à craindre pour leurs jours; et même les femmes et les enfants des colons qui , dans leurs ferres avec les Cafres, tombent au pouvoir dé ces derniers, sont traités avec assez do ménagement. U est vrai qu oii n'en use pas si bien à Tégard des colons eux*mêmes; mais aussi ces derniers- n'ont pas droit de s'attendre à un meilleur traitement, puis*qu'ils n'épargnent la vie d'aucun Cafre qui se trouve à p<^rtée de leur fusil. Il n'est permis, en aucun cas, de mettre à mort les hérauts envoyés par le parti €onemi : si cependant l'acharnement mutuel est tel qu'on croie devoir redouter une pareille avajiie, on «a voie îles femmes ccmime parlementaires., persuadé, comme nous l'avons dit plus haut, qu'on n'a aucun mauvais traitement à craindre pour elles. Ces députations de femmes, copnme parlementaire, ont particulièrement heu pendant la suspension d'armes« LiNTsqu'un chef ne se croit pas asiez puissant pour soutenir ses prétentions ou défendre ses droits par lui-même, il tâche de se procurer un allié; dans ce cas, celui dont on demande le secûurs pèse attentivement le sujet de la querelle avant de s'engager. Si la victoire favorise les alliés,- le chef qui a) fourni du seoours obtient, pour sa part, fa moitié du biitin fiiit sur l'ennemi.

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