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Cérémonies funéniires et deuil chez les Cafres.
L'usage des funérailles est un des plus anciens, et ,des plus généralement pratiqués dans tous les , siècles. Les nations sauvages ^ comme les peuples civilisés, ont de tout temps adopté la coutume de rendre à. la poussière les restes des morts avec plus ou moins de solennité, suivant l'esprit dominant du siècle ou Fopinion de la fi^énération ac^elle, £n conséquence on a chargé Tun des quatre éléments de la dissolution des corps morts, après leur avoir fait les derniers adieux par quelque cérémoniie fil-» néraire, ou bien on les'a abandonnés aux bétes ssm* vages pour en être dévorés. Ce damier usage est celui qui se pratique le plus communément chez les Cafres , par rapport aux défiints qui ont appalv tenu à la classe du peuple; dans ce cas aucun convoi funèbre n'a lieu, on abandonne absolument 1$ cajdavre, et l'on* se contente de quelques marques de deuil. Quant aux chefs, on les enterre après leur mort, et cet enterrement est accompagné de plu* sieurs cérémonies. ^ ^
Quand une personne du peuple est malade, et qu'on croit que sa fin approche, on la porte hors de sa hutte et à quelque dislance du hameau dans un endroit ombragé par des Jouissons ;* on couche le moribond sur un lit de gazon, on s^llume du feu auprès de lui, et on lui met entre les mains un vase
d'aLBERTI et de BROWiaEE (i8o6-3t4). 3i8l rempli d'eau. Dans ces derniers momentâ^ le mari assiste sa femme mourante , ou la femme son époux mourant, et quelques uns de leurs proches leur tiennent compagnie. Voit-on les marques d'une dÎB^ solution prochaine, on arrose d'eau le visage de ragoniéant,'pour le rappeler à la vie s'il est possible; si ce remède n'opère pas , et qu'on soit conyaincu que le malade a rendu ie dernier soupir, on s'ëloigne aussitôt du cadavre et on l'abandonne aux loups (t), sans y toucher et sans rien enlever de ses habits ou de ses ornements. 11 ne reste même ordinairement auprès du moribond que le mari ou la femme; toutes les autres personnes^qoi l'entouraient dans sa maladie s'en éloignent à quelque diitano^ aussitôt qu'il paraît agoniser, et demandent de tenipt en temps , en criant de loin , des nouvelleg du malade à celui qui est resté auprès de lui : aussi ee^ personnes n'ont-elles, après qu'il a rendu, le dernier soupir , qu'à se laver ; après quoi elles retour^ nent à leurs demeures. Mais celui des deux époux qui a assisté à la mort de l'autre est considéré comme plus souilhé, et doit s'assujettir ^ en outre, à œiv tatnes pratiqués funéraires.
La femme dont le mari vient de mourir prend quelques tisons du feu qu'elle a entretenu autour de lui , et se rend en pleine campagne dans l'endrodt qui lui paraît le plus i^onvenable pour y séjounien Là elle allume de nouveau du feu, et doit prendre
(i) C'est pour cette raison que les Cafres sont dans l'usage de lie pas tuer les loups ; ce qui multiplie extrêmement ces animatti dans toutes les contrées «à phineiirs lidfdes se sont établie».
Digiti
garde, mâne en ca$ d'uoe forte pluie, qu'il ne.s'é* teigae : tout le temps qu'elle reste là, il o'est permis k personne de s'approcher d'elle. Dès la première ouït, la veuTe revient secrètement à son hameau, met le feu à la butte qu't^e habitait avec le défunt , et retourne ensuite dans sa solitude ; elle y passe un mois entier, et ne se nourrit pendant ce temps-là que de plantes^ sauvages. Lie mois de deuil écoulé , la veuve jette ses habits , se lave tout le corps, se meurtrit la poitrine, les bra$ et les jambes en les frottant avec de rades cailloux , s'enveloppe les hanches d'un tablier d'herbes tressées, et revient au hameau au coucher du soleil, là on lui donne, à sa pri^, de nouveaux tisons pour allumer du fyn auprès de l'endroit où était sa hutte; on lui fournit aussi du lait frais pour se rincer la bouche^ et se purifier ainsi de "^ souillure* Ce sont de jeup<;s garçons non circoncis qui remettent ces tisons et ce lait à la veuve : d'autres personne ne pourraient le feire sans encourir la mépne souHlure qu^elle. On mie trait plus après cela la vache d<mt on a tiré ce kit, parce qu^eîle est devenue souillée ; on ne la tne pas même pour en manger la chair, mais Mk la. laisse vivre jusqu'à ce qu'elle meure de mort natm*elle. Le lendemain de son retour, la veuve obtient une mé* chante hutte pour s'y retirer d'alxHY}; ses plu^ proches parents tuent une pièce de bétail y la man^ gent avec elle, et lui en donnent la peau pour s'en £aiire un manteau. Dès qu'elle est ainsi habillée de neuf, elle se construit , avec le secours de ses pafentes^ une hutte nouvelle el solide, et, à compter
d'aLBERTI et de BROWiri.EE (i8o6-*24)- ^B^ de oe motnçjU, elle est réintégrée dit^s tou$ Im droits de la société. ,
C'est essentiellement de la même maniée qu'un mari prend le deuil après la mort de sa femme; il y a néanmoins quelque différence. Par exemple*, le mari veuf ne passe en i*ase campagne que la moitié d'un mois; il revient ensuite dans la mé^le hutte qu'il habitait avec la défunte , tue , après les purifications ordinaires, upe pièce de bétail, dont il se régale avec sa famille , et se fait de la pe^u de l'ani^^ mal un manteau neuf, qu'il^est obligé de porter jusqu'à ce qu'il soit usé : ce n'est qu'alors qu'il lui est permis de se £iirc un grand manteau comme à l'ordi* naire. Il détache, eu outre, quelques poils de la queue d'un bœuf, y enfile des annfaux de cuivre , e( les porte en guise de collier jusquà ce que les poils ^ient usés. Le bo^uf sur lequel ces poiU o^M^ été pris est souillé ; on ne peqt le tuer ; mais il doit mourir de mort naturelle.
S'il arrive qu'un adulte meure inopinément dans sa hutte, le hameau entier est considéré comme souillé ; on l'abandonne absolument , sans même emporter les fruits , fussent^ih parvenus à maturité. On transporte même hors du hameau les en£amts malades qui ont l'âge de cinq à bât^ ans , quajnd on croit que leur maladie est mortelle ; il n'y a que Ifs enfants au-d^ssousi de cet âge qu'on laisse moui^ dans la hutte ; quand cela arrive, on se coqtentç 4e la fermer et de l'abandonner, sans que la souillMr^ s'étende au reste du hameau. Par suite de ces superstitions, il Içur arrive souvent de t.i;aASfK>rter
dans les bois ou d^enterrer comme morts des itidividus oui sont encore vivants. Bfownlee rapporte que , pendaht son séjour parmi les Cafres , une femme, après avoir ëté mise dans la tombe, y appela sa mère, et qu'un Cafre reparut devant la sienne, et lui causa une grande frayeur , après quatre jours de résidence dans les bçis, où il avait été transporté comme mort (i).
La manière de. célébrer les funérailles des chefs et de leurs feinmes est j comme nous l'avons déjàl indiqué, entièrement différente de ce qui se pratiqué à la mort d'une personne du peuple : cependant on prend lé deuil à peu près de la manière accoutumée et telle que nous venons de la décrire. • î
' Un chef malade reste dans sa hutte jusqu'à ce qu'il ait rendu le dernier soupir. Quand il est mort^ cm enveloppe le corps dans son manteau, et ses officiers vont Fenterrer au milieu d'un des parcs ou kraal aux bestiaux. On introduit ensuitç dans le parc uh nombre de bœufs, auxquels on fait fouler le' sol à l'endroit de la tombe, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de le distinguer du reste de la surface : il eii résulte, pour ces bœufs, qu'ils échappent au sort réservé à la plupart de leurs semblables ; comme ils sont souillés, on ne les tue pas, mais on les laisse niôurir de mort naturelle. Les femmes du chef défont se rendent , comme les autres veuves , en pleine (^mpagne^ et y allument du "feu; mais, dès le troisième jour, elles quittent leur habillement, se ceî-
(i) Bi^wiilée, daos Thompson's TràveU ^ t. ii, p. 358.
d'albebti et d£ beowjvlee (i8o&-a4)- ^5 goeat les hanches d'un tabUer d'herbes tres$ées^ et reviennent au lieu dç leur habitation. Là, elles prat tiquent les cëréhionies ordinaires de la purification* On tue ensuite autant de bœufs qu'il y a de veuves, on en mange la chair, et chacune d'elles obtient une des peaux pour s'en faire un manteau. On renouvelle en même temps tout le mobilier qui a servi en commun à l'usage du chef et de ses femmes, et qu'on a brûlé après sa mort , tels que corbeilles et outres pour le laitage , vaisseljjs , cuillers et autres ustensiles. Après que tout cela est achevé , ce qui dure plusieurs semaines, on quitte généralement, et pour toujours , le lieu oii le chef a terminé sa vie, sans qu'il puisse être dorénavant habité par des familles appartenant à la même horde ni à quelque autre horde de Cafres. Avant que le départ n'ait lieu, on ferme la hutte oh le chef est mort, et on la couvre entièrement d'épines ; jusqu'à ce jour, on garde continuellement l'endroit où il a été enterré, et, fiiême après le. départ, on envoie encore de temps en temps pour examiner si les restes du défunt «'ont. pas été troublés; une crainte superstitieuse semble 'se mêlex à cette pratique. Les officiers seuls héi^itent des armes et des ornements du défunt.
. Le che^ observe , après la mort d'une de ses femmes , les mêmes pratiques pour le deuil que les hommes du peuple, av;ec cette différence que son séjour dans la solitude ne dure que trois jom*s. C'est l'unique cas où un chef se trouve seul^ et c'est apparemmei^t pour^ cette raison que le temps du
aWJ voTicis
deiiii e^ pltu court pour lui que pour les hontmes de la classe db peuple. Au reste, à la tncnt d^cuiê fSsmme de chef , rhabitation est ëgtffeuMKtalMiadcMInée pour toujours.
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&da lions qui subsistent entre la colonie du mp de Bonne- Espérance et la nation des Cafres, et histoire de ce peupie. t
Il est certain que les nations sauvages dans lé voisinage desquelles \eè Européens ont formé des établissements, auraient vécu en paix avec ceux*ci, et qu'il aurait même pu se former entre eux des relations également avantageuseà pour les deux partis , si les Européens avaient traité ces nations avec humanité et loyauté , et Tsi , par amour-propre ou par intérêt, ils n'avaient pas étouffé en elles les germes de l'équité naturelle. Les Gafres surtout^ formant un peuple pasteur , auraient parfaitement répondu à cette attente ; mais la conduite tenue à fiâifr égard par les Européens établis dans leur voisinage n'était guère propre à maintenir la bonne intelligence entr^ les deux nations : des fraudes commises dans le tt'àfic du bétail , la corruption introduite par la proximité même dans les mœurs simples des Cafres,.la réunion de ceux-ci avec les Hottentots ^ déjà excités à la révolte par des traitements encore plus durs , enfin les instigations de quelques colons eux-mêmes , ont pccasionné des guerres dont les suites désastreuses se font encore sentir à la colonie , tandis qu'elles
d'alierti et de RBoiriiLEE (i8o6-a4)- 287 ne lui ont hâsté pottr raveatr qu'une perspèetîv^ éésohutes
Pour se former uùe juste îdëè de la posîticniflo^ tuelle où se trouve la colonie du cap de Bonne* Espérance par rapport à la nation des Cafres^ il est nécessaire de remonter plus haut dans l'histoire de celle-ci , et de jeter un coup d'œil sur ses anciennes divisions intestines, et sur les suites qu'elles ont entraînées.
Palo dominait comme dief suprême sur une partie considéhible de la nation cafre, établie a l'est de la rivière Key^ qui formait la limite entre la Gafrerie en général, et lesnerre^ de la colonie. Voici le t»* bleau généalogique des descendants mâlm de ce chefi