‹ Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection des relations deChapitre 47 sur 60 · CHAPITRE XXXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIY

Voyage de Jacqnes Frankea à la baie de Lagoa > en ij^g^

La relation de Frianken ne nous est connue que par l'extrait qui s'en trouve à la suite de la traduc^ tion allemande du voyage de Jacques de Bucquoy (2). Le titre de ce livre nous fait connaître que le navire la Diligence, sur lequel Franken était parti de Ba-^ ta via, avait péri sur la cote di; Bengale. Franken

(i) De Bucqnoy's Aanmerkelyhe Rçize^ p* 17 k 99* (^) Auszug aus Jacob Prankens, unglûcklichen Reise mit dem Schiffe der Fleis 'von Batavia, ûber Bengalen nach Hotland in den Jah" ren ijSô bis 1760, Enthalteine Beschreibuag "Von Bengalen, Rio de Lagoa und des Vergehûrges der guten Hoffiumg, Leipzig , 177T # I Yol. in-8<*y avec une carte et une planche relatives au voyage de de Buatnoy. Boucher de la Richarderie , dans sa Bibliothèque universelle des Voyages, ç}fe (tonjp y, page 3i ) Toriginal hçiUndais comme étant imprimé à Harlem , en 1761, i voL ip-S**; mais il i|e donne le titre qu'en français : Voyage malheureux du Vaisseau de U^ compagnie des Indes , la Diligence , à son retour de Bçttfvia par le Bengale, en Hollande; par Jacques Frankep (^ hollandais).

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alla de ce pays à la baie de Lagoa, où il s'embarqua pour le cap de Bonne^Espërance. Enfin , une travers sëe heureuse le ramena des côtes de l'Afrique mé'ridionale dans sa patrie. L'extrait que nous avons sous les yeux n'offre aucune particularité des aventures malheureuses de l'auteur; il ne contient que ses observations sur le Bengale, sur le Rio de Lagoa et sur le cap de Bonné-Espërance. Nous n'en prendrons que ce qui concerne le Rio de Lagoà.

ce. Cette baie , dit Franken , est située sur la cote orientale d'Afrique, sous les 26 degrés delatitnde sud^ et à deux mille milles du cap de Bonne-Espérance. » Notre voyageur est d'accord avec Bucquoy sur les dimensions de la baie, ainsi que sur l'île et les écueils qui sont à son entrée; il donne des avis utiles aux navires qui veulent y pénétrer, et les avertit des dangers qu'ils ont à courir dans cette occasion. Il ajoute que le cours du Rio-Marquez forme la limite des royaumes de Biri et de Tempes Les Hollandais ont eu sur la rive droite de ce fleuve un fort qvii fut rasé en 1734 ou 1735 ; on n'en trouve plus que quelques vestiges. Devant l'emplacement de ce fort,'le Rio-Marquez a près d'un demi-mille de largeur, et une grande profondeur; on y est parfaitement en sûreté contre tous les coups de vent; ses bords sont marécageux et couverts de buissons touffus. Les indigènes y font, en différents endroits, des enclos en pieux hauts de trois pieds, où les poissons et les tortues entreiit quand la mer monte ; ils les y prennent à la marée basse^ A la Pointe Rouge et ailleurs , il y a des bancs où les huîtres sont très bonnes. A deux milles, au nord de son embouchure, le Rio-Marquez reçoit à gauche le

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Matol, dont l'eau est salëè. Ce dernier est nommé d'après un capitaine nègre, qui a là sa bourgade, et qui est le plus sociable de tous ceux du voisinage. C'est chez lui que demeura pendant quelques mois, du temps des pirates, le commandant Jan Van de Capelle; Le long de cet affluent du Rio-Marquez , on ne rencontre que des forêts composées d'acacias peu élevés , mais à fortes épines ; de gayac , et d'autres arbres de ces régions. On peut se procurer là autant de bois à brûler que l'on en désire. A un quart de mille de l'embouchure de cet affluent, on en voit un autre dont l'eau est douce. Quand on l'a remonte à la distance de deux à trois milles, on y puise de l'eau excellente. Franken dit que pendant le séjour de son navire dans la baie , on €u a constamment fait usage. Le pays que traverse cet affluent est uni et très propre à la culture. Notre voyageur présume que cet af* fluent est un bras du Seringhé, grand fleuve qui prend sa source dans le pays haut, et, probablement, coule long-temps entre les montagnes; mais, faute d'un nombre d'hommes suffisant, il lui a été impossible d'étendre ses recherches dans ce canton.

« Indépendamment du Rio-Marquez , nous découvrîmes , dit Franken , à peu près à quatre milles au sud dans la baie , une rivière dont l'eau était également douce ; elle était très large à son embouchure , dont le courant était très fort. Probablement elle vient de très loin, et sort des montagnes. Nous l'avons remontée à une distance de vingt milles, et nous lui avons constamment trouvé la même force. C'est sur ses bords que se fait le plus grand commerce en dents d'éléphants. Le pays qui l'entoure se présente conun^

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une vaste plaine , qui se prolonge jusqu'aux montagnes. »

Franken parle aussi du Rio de Spiritu Sapto , que l'on rencontre à gauche quand on est entré dans la baie ; il y a devant son embouchure un banc de sable, sur lequel une chaloupe ne passe qu'avec difficulté; les Portugais y avaient bâti un fort. Les détails que les compagnons de notre voyageur lui donnèrent sur ce fleuve, sont conformes à ceux que l'on a lus dans la relation de Bucquoy. Franken pense que l'on doit pouvoir se procurer de l'or sur ses rives, puisqu'il a vu du cuivre très beau qui en venait , et dont la couleur ressemblait à celle de l'or ; et que d'ailleurs les interprètes lui ont fréquemment raconté que , du temps du commandant hollandais Van de Capelle, il y était arrivé des hommes à longs cheveux noirs, et portant autour des, reins un morceau de toile blanche , ce qui est sans doute le vêtement des peuples du M onomotapa. Ils y avaient apporté de la poudre d'or pour faire des échanges; mais ensuite ils n'avaient plus voulu revenir; peut-être parce que les habitants de Manisse ou ceux du Seringhé leur avaient enlevé les marchandises qu'ils remportaient. Franken conclut de ce récit que l'on ne peut faire un voyage avantageux qu'en remontant le fleuve aussi haut qu'il serait possible avec un bateau bien armé, et monté par cinquante hommes ; alors ou serait en état de ^'emparer, aussi-bien que les Portugais, du commerce de la poudre d'or (i).

(i) Frankens, UngiùckUchâ Rêisen, p. 3oa.

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I^ pays de Lagoa est très montueux ; le terraia est sablonneux, aride et stérile; l'eau que l'on trouve dans les trous et les fossés est très salpétrëe; les indigènes la boivent, parce qu'ils habitent loin des ri«^ vières dont l'eau est douce. A la longue , elle produit des effets £lcheux sur leur santé. Le pays de Tempe est le plus sec; toutefois, le canton élevé sur le flanc duquel se voyait la forteresse est très fertile ; on y recueille des ananas , des bananes, des citrons, des cannes à sucre, des ognons, du pourpier, du riz, du tabac, de$ patates, du maïs, et une espèce de graia que les indigènes nommeiit parsadé ou pombé; on a dit précédemment que c'était du sbrgho. Franken parle, comme les autres voyageurs qui ont décrit cette côte , de la boisson fermentée que l'on prépare avec ce grain. Il cite les mêmes bêtes sauvages; il ajoute que les vivres ne manquent pas dans cette contrée , et que les bceufs, les moutons, les chèvres,, les poules, et d'autres animaux y abondent. A la Pointe Rouge, et plus avant dans l'intérieur, il y a beaucoup de capoks, arbre dont le fruit ressemble au bouton d'une rose; quand il est mûr, il s'ouvre^ et le capok ou coton paraît.

. Les forêts fournissent une grande quantité de miel et de cire; le sifflement d'un certain oiseau indique aux ihdigènes les etidroits où ces substances se trou«- Tent. Le commerce consiste principalement en dents d^éléphant et en ambre ; Franken observe qu'il n'a vu que très peu de cette dernière marchandise. Dans l'intérieur du pays, il y a du cuivre excellent, de l'étain et du fer qu'une tribu deHott^ntots y apporte^

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avec d^s pelles qu'ils ont façoimëes, et dont on se sert pour cultiver la terre.

Au mois de septembre, les vents de nord com^ mencent à souffler ; alors les sauterelles arrivent en grandes troupes des diserts de sable, et couvrent l'intérieur du Monomotapa ; ce qui occasionne sour vent dç3 maladies chez les habitants : ce sont généralement des fièvres ardentes qui enlèvent les malades en deux ou trois jours. C'est dans ce tnois et en octobre que l'on fouit la terre pour l'ensemencer. La saison des pluies ou la mauvaise mousson dure de novembre en mars; alors la chaleur est si insupportable que l'on ne peut marcher sur le sable, et que la semelle des souliers se crispe. Les matinées et les soirées sont très fraîches ; le matin , il tombe une rosée très forte , qui , au lever du soleil , s'élève en forme de brouillard. Durant cette saison , le tonnerre, les éclairs, les orages sont fréquents. De mars en octobre , la température est parfois très froide : il règne constamment une grande sécheresse , et les vents soufflent du sud-est et du sud-ouest.

Les indigènes sont nommés, par quelques uns, Tarnetans; mais ils sont plus généralement connus sous la dénonJ^nation de Cafres. Franken les dépeint , sous les rapports physiques et moraux , de la même manière que les autres voyageurs qui ont présenté • le tableau de leurs mœurs et de leurs usages. Il dit , de plus , qu'après avoir broyé et pétri les grains de pombé , ils enveloppent cette pâte dans des feuilles de bananier et d'autres végétaux , puis ils creusent un trou en terre, l'y placent, et allument du £eu

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sur la terre. Le pain est si complètement cuit de cette ihanière, que souvent sa croûte devient très dure, et qu'il a un assez bon goût. Ils font promptenient du feu au nloyen d'un petit morceau de bois danslequeliU coupent une entaille, où ils mettent un peu de foin ou de fiente d'éléphant; puis ils prennent un petit bâton d'épine bien sec, et le font tourner dans l'entaille jusqu'à ce qu'il paraisse de la, flamme.

Franken leur ayant adressé des reproches sur leur coutume atroce de tuer un des deux enfants quand une femme accouche de jumeaux, ils lui répondirent qu'une telle femme est makva, c'est-à-dire la Sœur d'un chien. Ils croient que, dans ce cas, elle a été engrossée par un malin esprit.

En général, ces Gafres jouissent d'une très bonne santé ; ils atteignent à un âge de Soixante, soixantedix à quatre-vingts ans. Franken en a même vu qui-, d'après leurs récits , devaient être âgés de plus dfe cent ans. Ils se marient de très bonne heure ; \^s filles, dès l'âge de onze à douze ans ; à douze ou treize ans quelques unes sont déjà mères. Mais, en revanche, à trente ans elles sont ranges parmi les vieilles femmes , et n'ont plus d'enfants.

Les habitants de la baie de Lago^ sont plutôt • craintifs que méchants, et même assez civilisés; ce que Franken attribue à leur communication con-^ stante avec les Hollandais. Sous le rapport de la douceur, ils diffèrent beaucoup des Gafres, qui demeurent quelques milles plus loin dans le pays. Ils ne savent ce que c'est qu'une année, un mois, ou un

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