‹ Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection des relations deChapitre 7 sur 60 · XXI · texte numérisé non relu

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finir par rasservissemeat de son royaume et de sa postérité. On dit qu'il a, pour soutenir son pouvoir, une armée de quinze mille hommes qu'il commande lui-même, et qui est prête à exécuter, sans la moindre hésitation , ses ordres les plus périlleux ou les plus sanguinaires. Il punit immédiatement de mort le manque de succès ou la défaite : on raconte qu'il fit exécuter un de ses capitaines et une troupe de quatre cent cinquante hommes, parce qu'ils s'étaient laissé battre par l'ennemi. C'est par cette discipline sévère qu'il forme ses soldas. On estime le nombre des combattants sous ses ordres à cent mille; c^ qui comprend sans douté tous les hommes en état de porter les armes. Nul doute aussi que Tchaka avait d'abord plutôt pour objet de piller que de subjuguer les tribus voisines; mais, dans l'état actuel de ces peuples , l'étendue des terres est d'une grande importance, puisque les pâturages et le bétail sont les 3eules propriétés. Une suite constante de succès a tjellement, enflé le cœur de ce despote, que maintenant i} annonce tout haut le projet de détruirç tout^ les. tribus qui existent entre ses états et la colonie. S'il yh encore dix ans, il n'est pas improbable qu'il puisse effectuer sa menace : et , dans la supposition de cet événement, les Anglais auraient, sur la frontière orientale de la colonie, l'enuemi le plus formidaUe qu'elle ai( jamais eu à redouter. Il semble qu'il ne lui manque que des. armes à feu pour égaler en audace et en cruauté le roi d'Achanti , qui détruisit une armée anglaise sur la côte de Guinée. Ijes ma}hem*s causés par les guertres de ce barbare

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aine tribus cafres et betchouanas soût iocalculables , et ne se bornent pas aux massacres commis par son armée. £n pillant et chassant devant lui les nations voisines , il les a forcées à commettre à leur tour des dévast£itions , et à porter la terreur çt le ravage datis les cantons les plus reculés de l'Afrique méridionale. £n un mot, les peuples dépossédés par Tchaka sont devenus les Mantatis bandits et cannibales.

Toutesies tribus des Cafres tirent leur principale subsistance de la chair et du lait de leurs troupeaux; et, pendant leurs guerres, leur agriculture, d'ailleurs bornée , est souvent négligée totalement. Par conséquent, s'ils sont privés de leyr bétail, ils sont réduits au désespoir, et il faut qu'ils deviennent voleurs ou qu'ils meurent de Êiim.' C'est ce qui est arrivé aux Mantatis. Incapables de résister aux Zoulas, qui les accablaient par le nombre, ils. furent pillés et expulsés de leur pays, se joignirent à d'autres tribus qui avaient partagé le même sort, de^ vinrent formidables par leur nombre et leur fureur, €|t se précipitèrent comme un torrent fougueux sur les trib.us de l'intérieur, faibles et peu belliqueuses.

Les opinions sont partagées sur le vrai nom des Mantatis. Le landdrost Stockenstrom , qui a examiné plusieurs des fugitifs retirés dans son district, dit que ce mot signifie simplement brigand ou pillard , en betchouana; que les tribus ravagées ont appelé ainsi celles qui les ont envaliies, mais que celles-ci rejettent toutes cette dénomination. Des fugitifs assurèrent à Thompson qu'il existait l'éellement une

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tribu nommée M antatizî , quoique la masse qui exer-' çait des ravages aoihprît d'autres hordes. Les deux principales tribus composant l'armée des Mantatis étaient appelées par les prisonniers Bacloquini et Makallogani ; le pays des premiers était désigné eomme voisin de Hambona et du port Natal, celui des derniers cc^mme situé près des sources du Mapouta.

Ces deux tribus s'étant associées à d'autres égalen>ent expulsées par les Zoulas, formèrent une armée très nombreuse ; elles avaient avec elles leurs femmes, leurs enfants, et probablement la petite portion de bétail qu'elles avaient pu dérober à la rapacité de l'ennemi. Mais un grand nombre de gens, notamment les femmes et les vieillards, paraissent avoir généralement souffert de la faim depuis le* moment où ils quittèrent leur pays jusqu'à celui oîi ils furent combattus. par les Griquas. D'après l'aveu des prisonniers , il ne semble que trop certain que l'imputation d'être anthropophages, dont les chargeaient les Betchouanas, n'était que trop fondée; mais vraisemblablement la faim seule, et non un penchant détestable , a pu les pousser à se nourrir de la chair de leurs ennemis ou de leurs compatriotes tués dans le combat.

Sortis de leurs montagnes , les Mantatis suivirent le cours de la branche principale du Gariep, subjuguant dans leur route plusieurs hordes de Lehoyas; ensuite ils marchèrent au nord, pillant et dispersant toutes les tribus betchouanas avec lesquelles ils eurent quelque point de contact : on dit qu'ils en

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tFaitèrent ainsi vingt-huit. Karritchané , capitale des Maroutzis , fut du nombre des villes saccagées et brûlées. Mais Makkabba, chef des Wankitz» tombant à Timproviste sur les Mantatis pendant qu'ils s'étaient partagés en deux troupes , les défit avec un grand carnage, et sauva ainsi son territoire. . Après cet échec , qui paraît avoir été le premier qu'ils eussent essuyé, les Mantatis, un peu en désordre, et souffrant beaucoup du manque de vivres, dirigèrent brusquement leur marche au sud , et tomr bèrent avec furie siu* une division des Barolongs, qu'ils pillèrent et dispersèrent sans opposition. Ce succès leur ayant procuré du bétail et du grain en abondance, ils continuèrent leur route au sud, vainquirent aisément les Tammahas, tribu faible, et enfin s'avancèrent contre les Ma'tclhapis. Ceux-ci n'auraient jamais pu leur résister, et, sans le double avantage du secours des chevaux et des armes à feu, les troupes les mieux disciplinées les auraient trouvés redoutables. Mais la vue d'hommes à cheval et le terrible effet des fusils, choses absolument nouvelles pour eux, eurent bientôt ralenti leur courage, et les forcèrent à faire retraite, m^is ^vec moins de frayeur et de désordre qu'on n'aurait pu le supposer. Le bruit de la mousqueterie et les blessures faites par des armes invisibles leur causèrent une surprise extrême ; néanmoins, ils soutinrent l'attaque avec une fermeté et une persévérance qui sont bien plus digues de remarque que leur déiaite finale. La première fois qu'ils aperçurent Thompson et Arend près de Lattakou, ils les prirent pçurdes anipiaux d'uqo

espèce nouvelle ; et c'est dans cette idée qu'ils essayèrent de les envelopper.

Là: perte de leurs deux rois , ou chefs principaux , qui tombèrent en s'avançant bravement vers les Griquas , les détermina grandement à faire retraite , et , plus tard , occasionna leur désunion ; ce qui fat un bonheur pour les Betchouanas. Une division reprît le chemin du nord , et fut de nouveau vaincue et repoussée par Makkabba ; ensuite elle se réunit amicalement aux Maroutzis, et, suivant les dernières nouvelles, s'établit, de leur consentement, dans leur territoire près de Korritchané. L'autre division s'en retourna vers Hambona, se dispersa, et pilla plusieurs tribus qui lui avaient échappé précédemment. Cet événement réduisit à une misère extrême des milliers d'individus qui arrivèrent le long de la frontière nord-est de la colonie pour demander qu'on les protégeât , et qu'on leur donnât de quoi subsister.

Une bande d'à peu près trois cents hommes fit , en 1824, une irruption dans le territoire de Tarka, et emmena du bétail. Poursuivis par une troupe de fermiers, et attaqués par des armes à feu, ces pillards montrèrent la pldS grande surprise, et abandon-^ nèrent leur butih sans résistance. On leur fit des prisonniers, qui, interrogés en caîfre, répondirent qu'ils appartenaient à une tribu nommée Kouss , qui habitait à plusieurs journées de route dans l'est, et que leur pays ayant été ravagé par une nation errante, ils étaient forcés par la famine à en piller d'autres, pour pourvoir à leur subsistance. Leur maigreur extrême prouvait la vérité de ce discours;

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on les avertit de ne plus reveuir dans la coUmie , et un tes i^nvoya. Ces Kouss paraissent avoir été une des hordes pillées par les Mantatis quand ils retournèrent au sud.

La premièi^e apparition de ces bandes de pillards chez les Cafres du midi paraît avoir eu lieu dès 189.2. Vers la fin de cette année-là , les Amatymbae furent attaqués par des Ficanis, horde errante qu'ils ne repoussèrent qu'avec peine* Il parait qu'en cafre ce mot Ficani signifie assaillant ou maraudeur , et par conséquent est synonymie de Mantati en betchouana. £n 1 8124 9 les Ficanis, probablement les Mantatis^ revenant du pays des Betchouanas, renouvelèrent leurs incursions chez les tribus cafres, comme on le voit par une lettre de M. Brownlee , du mois éé juillet i8a4, dont voici l'extrait :

ce Nous avons appris que les Ficanis reparurent, et attaquèrent les Tamboukies il y a à peu près dix^ huit mois. Récemment ils ont assailli les Amapondes, tribu qui habite sur la côte à l'est des Tamboukies; ils l'ont dispersée , et enlevé son bétail. Beaucoup de fugitifs ont cherché un asile chez les Tamboukies et lès Hinzas. Nous en avons vu aussi d'une autre tribu qui se nomme Amazizi. Ils racontent que leur pays est traversé par une rivière du même nom. D'après les détails qu'ils donnent , je présume qu'elle doit être dans l'intérieur du f!5té de la baie de Lagoa; ils ressemblent, sous quelques rapports , plus aux BetdK»uana^ qu'aux Cafres; cependant ils disent que les tribus qui demeurent au-dessous d'eux sm* VAmazizi parlent le cafre» »

, Thompsoû pense que , suivant toutes les probabilités, l'Amazizi est le Mapouta, ou un de seS prin*cipaux affluents qui coule dans de hautes plaines semblables à celles qui sont voisines des sources du ^ Key. Dans une note, il donne l'extrait suivant d'une lettre du capitaine, Owan, comimandant le Leven, qui, lorsqu'il l'écrivit, était occupé du relèvement de la côte voisine de la baie de Lagoa.

ce Lé cours du Mapouta est à peu près de quatrevingts à quatre-vingt-dix milles; il a son embouchure dans le coin méridional de la baie de Lagoa, vient du sud-ouest, et prend sa source vers 27^ de latitude sud, et 3i^ de longitude est dans un groupe de montagnes du pays des Yatouahs ou Boutouas (Zoulas). L'English-River est l'sestuaire de trois rivières dont le cours n'est pas très long. La plus septentrionale' vient d'une distauce de vingt milles au nord-est; celle du milieu ou rivière Dundas, de la même distance dans l'ouest ; celle du sud , d'une soijLantaine de milles dans le sud-sud-ouest. Les montagnes du pays des Yatouahs paraissent être à quinze ou vingt milles au-delà de l'English-River, 26^ sud. Sa"* 3o' est. Le King-George-River ou Munice se jette dans la baie de Lagoa, à trois ou quatre lieues au nord de l'Ënglish-^River , et sa source est à peu près sous 20"* sud, et coule presque en droite ligne du nord au sud. •^

La langue des indigènes de la baie de Lagoa parut être à peu près la même que celle c(Ui se parle sur la. côte orientale jusqu'aux îles Bazaneto. Ces tribus et les Cafres se comprennent les uns les autres saxis

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beaucoup de peine; mais je ue sais pa& si c'est le même idiome. Les Yatouahs sont un peuple difTé^ rent, qui a un autre dialecte; mais ils s'entendent avec les indigènes de la baie de Lagoa; les premiers ressemblent aux Cafres méridionaux. Les habitants des bords du Mapouta commercent avec l'intérieur, et le pays des Wankillz ne peut pas être à plus de deux cent cinquante milles à l'ouest de la baie de Lagoa. On dit que celui où le docteur Cowan fîit massacré est près des sources du Ring-George-River et de la rivière de Sofala. T^s indigènes de la bâte de Lagoa sont timides , et semblent vivre en paix avec tout le monde; les Yatouahs les traitent comme des gens vaincus, et ont fait récemment une irruption chez eux : on n'éprouverait de la part des premiers aucun empêchement pour traverser leur pays. » De nouveaux détails , transmis le 3 juillet 1 8^4 9 par M. Thompson , autre missionnaire dans le pays des Cafres , coiroborent le récit de M. Brownlee relatif aux Amazizis : M. Thompson eut un entretien avec un homme de la nation qui, l'année précédente, avait attaqué Lattakou; il avait été chassé de son pays quelques années avant : il se nomme lui-même Amazizi; ses ennemis l'appellent Baficani. Le premier nom vient d'une grande rivière, en comparaison de laquelle, le Keiskamma est peu considérable : il y en a plusieurs autres; quelques unes tarissent en été. Il y a aussi des lac%. L'eau est 'On. général bonne ; il y en a aussi beaucoup de sau- .mâtre. Le pays est communément plat ; on n'y voit pas de hauttes montagnes. En été, la chaleur égale

celle de la Cafrerie; en hiver, il y gèle et il y neige. Il est beaucoup plus peuplé que celui des Cafres et des Tamboukies ; il est peu boisé ; les maisons sont en roseaux et en petits morceaux de bois apportés de très loin : on fait du feu avec la fiente du bétail et les tiges de sorgho. Les maisons sont propres; l'entourage des kraals à bétail et des jardins est fait en argile et en fiente mêlées. Les Amazizis ont beau* coup de gros bétail, de moutons, de chèvres et de ^ volaille : ils ne connaissent pas les chevaux ; ils sauvent fondre le cuivre et le fer ; leurs forgerons fabriquent des houes, des sagaies, des haches et des aiguilles. Les hommes et les femmes fboHlent la terre avec des houes; les femmes coupent les tiges, les hommes battent le grain ; on ne Tenterre pas comme chez les Cafres , on l'entasse sur la terre, et on le couvre avec de rherbe. On cultive le sorgho et le mais, les haricots, le melon d'eau et les courges. On prépare une boisson spîritueuse avec le sorgho, et l'on sait faire prendre au lait une consistance plus grande que chez les Cafres , puisqu'on dit qu'on le mange. Les animaux sauvages sont les loups et les chacals , et plusieurs espèces d'antilopes : plusieurs de ceux qui sont communs dans l'Afrique méridionale ne sont pas connus dans cette contrée.

Cet Amazizi n'était pas allé à Lattakou; il n'avait jamais entendu parlei^ d'hommes blancs. Les détails qu'il donna sur les mœurs de ses compatriotes rappellent ceux qu'on a lus dans les relations dé Bairow et de Lichtenstein sur les Cafres. Ces malheureux Fiesinis avaient erré long-temps parmi le& Matnbou-

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kies et les Hambonas ; un grand nombre s'ëtait fixé rëcemment parmi le Cafres sujets d'Hinza.

En 1 8tk5, les Flcanis recommencèrent leurs déprédations chez les Cafres, et, pénétrant dans le pays des Tamboukies au nord-est, ils s'approchèrent tant de la frontière de la colonie que l'on conçut des craintes. Heureusement qu'ils se contentèrent de piller les kraals des Tamboukies , et ensuite se retirèrent à l'est. En 1 826 , le bruit de leur retour se répandit ; mais les mesures que le gouvernement de la colonie a prises pour veiller leurs mouvements, sont propres à dissiper toutea les inquiétudes sur leurs tentatives futures pour franchir les limites de la colonie. Toute demande de secours de la part des Tamboukies a été refusée. Il faut que les tribus cafres combattent avec bravoure pour défendre leur iexistence , ou périssent comme celles qui ont déjà été accablées par les dévastateurs, a Sans leurs divisions intestines et leurs jalousies mutuelles , dit Thompson, je pense, d'après le caractère mâle et belliqueux des hordes voisines de nos frontières, qu'elles résisteraient avec plus d'énergie que les lâches Betc^houanas.

ce II est difficile d'estimer avec exactitude l'étendue des malheurs et de la destruction occasionnée parmi les Cafres par l'expulsion et les, dévastations sub-. séquentes des Mantatis : mais, d'après le calcul le plus modéré , on croit qu'au moins cent mille indi-. yidus ont péri par la guerre et par la famine. Dans le cours des deux dernières années, près de mille fugitifs, la plupad: dans le plus affreux dénûment,

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se sont réfugiés dans la colonie ; circonstance absolument sans exemple dans les périodes précédentes. Confontiémeut aux ordres du gouvernement, ces infortunés ont été engagés comme domestiques^pour sept ans chez les colons des districts de Test, qui ne possèdent pas d'esclaves ; et des précautions ont été prises, eflBcaces, je l'espère,, pour prévenir qu'ils ne soient maltraités, ou ne tombent dans l'esclavage» (i).

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