‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 83 sur 206 · L'ART EN FRANGE · texte numérisé non relu

L'ART EN FRANGE

sans qui vivent sur elle ;Duez, Butin, Lhermitte, RoII, Carrière ne voulurent aussi qu*ètre des peintres de la vie, et Fantin-Latour, Tauteur de V Hommage à Delacroix ^ en même temps qu'il essayait de transposer en quelques tableaux, où les couleurs s'ordonnent et s'orchestrent comme des symphonies musicales, ses impressions et ses visions de mélomane, peignait dans Tinlimité et pour Tintimité des portraits de famille et des réunions d'amis. Au fond de la toile où ils sont comme à demi cachés dans une atmosphère de recueillement et d'harmonie que la peinture a su rendre visible, ils vivent d'une vie discrète et profonde que la postérité sans doute comprendra mieux que les contemporains distraits par la cohue des Salons et les soubre« sauts tapageurs de la mode.

Cazin, avec une tendresse pénétrante et comme à demi-voix, révélait les harmonies voilées, la douceur et la mélancolie des paysages du Nord; de ses falaises de Boulogne et de ses grèves solitaires il suivait dans le ciel le déclin et le lever du jour, — et il semble, quand on parle d'une certaine manière « intime » d'interroger et d'interpréter la nature, que, pour éviter les mots trop littéraires, c'est un recueil de ses dessins qu'il faudrait feuilleter.

Cazin, Fantin-Latour, Lhermitte, James Tissot, G. Régamey, A. Legros, Roty, pour n'en pas citer d'autres, furent formés à l'enseignement d'un maître admirable, qui marqua comme d'une empreinte morale tous ceux qui reçurent ses leçons et qui, si on ne l'avait systématiquement sacrifié aux ateliers officiels et académiques, aurait donné à notre école la méthode et la discicipline libératrices dont elle avait besoin au lendemain de l'agitation romantique, entre le lyrisme épuisé et le classicisme expirant. Du moins a-t-il laissé, en quelques opuscules dignes (l'êlre médités, à défaut du secret de son action personnelle, l'énoncé de quelques principes directeurs. Il faudra y revenir toutes les fois qu'on voudra, en laissant à l'inspiration et à l'émotion personnelles la plus entière liberté, munir l'élève de méthodes précises, d'habitudes de conscience, d'observation et d'esprit, de ressources certaines qui ne risquent pas de devenir des procédés et des recettes. Son traité de VÉducation de. la

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mémoire pittoresque est un petit chef-d'œuvre de pédagogie pratique et profonde.

Les grands travaux de construction dont nous avons signalé quelques-uns furent Foccasion d'un grand nombre de c commandes », où le désir ou l'obligation de contenter beaucoup d'arlistes et leurs amis a gravement compromis l'unité du parli pris et la signification décorative de Tensemble. Du moins à la Sorbonne, comme à l'Hôtel de Ville et au Panthéon, Puvis de Ghavannes laissa-t-il ces grandes pages tranquilles où le paysage élyséen et véridique communique aux iSgures qui l'haLitent quelque chose de sa grandeur sereine et de son éternité. L^Histoire de Sainte Geneviève^ au Panthéon, est une de ces œuvres hautement expressives où le présent et le passé se rejoignent et se confondent, où par delà le classicisme étroit la grande tradition française revit; où, dans un cadre de nature tout imprégné de la douceur du ciel de l'Ue-de- France, la plus lointaine histoire nationale s'anime avec le double charme de la légende naïve et de la vérité. L'invention sans cesse renouvelée, la souplesse et la virtuosité de A. Besnard, les charmants décors, comme bercés au rythme lent des molécules colorées, de Henri Martin, les graves et tendres visions d'Eugène Carrière, les larges et puissantes évocations de réalité de RoU, y témoignent de la vitalité et de la variété de la peinture française en cette époque trop décriée par les contemporains. Et les portraits que nos peintres laisseront de nous à nos successeurs — s'ils disent trop souvent chez le portraitiste 1 habitude du métier facile et l'impatience du gain, chez le modèle la vanité banale et satisfaite — prouveront aussi par de nombreux témoins que la tradition de sincérité, d'observation pénétrante et de probité, qui fut aux heures de danger la sauvegarde et aux temps de fécondité le fonds solide et permanent de l'école française, restaient vivaces et efficaces à la fin comme au commencement du siècle. C'est par les portraitistes que furent conjurées les menaces ou réparés les ravages de l'académisme; — c'est par les portraitistes que furent corrigés les excès de Timpressionisme.

A présent que toute liberté a été rendue à l'art et aux artistes,

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