‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 84 sur 206 · L'ART HORS DE FRANCE · texte numérisé non relu

L'ART HORS DE FRANCE

que Tancienne hiérarchie des « genres »a été renversée, que rœuvre emprunte sa dignité, non plus au sujet choisi, mais à la somme de conscience et d*amour manifestée par elle, — à présent que la langue pittoresque enrichie, assouplie par tant d'expériences et de conquêtes successives, peut se prèier à toutes les tendances du sentiment intérieur comme à toutes les réalisations de la vision directe et, comme un merveilleux instrument, attend la volonté et le cœur d'artiste qui la feront vibrer, ce serait grand'pitié si les peintres français restaient inférieurs à la tâche et aux belles espérances du siècle où nous allons entrer. Ils ont, au cours de celui qui finit, rendu à la France sa suprématie artistique; ils ont été à leur manière les témoins de toutes les transformations de la vie sociale et morale; ils ont retrouvé leur force et agrandi le patrimoine de Tart national dans la mesure où ils ont pris plus librement, plus humainement contact avec la nature et la vie. Ils n'auront plus désormais, dans la démocratie au milieu de laquelle ils sont appelés à vivre, à travailler pour la fantaisie du prince ou du blasé : c'est à Thomme et à l'humanité que doit aller leur art.

//. — L'art hors de France.

Ce ne sont pas les plus puissants États qui fourniront à l'histoire de l'art du siècle unissant les plus intéressants chapitres. Les petits peuples du nord de l'Europe y ont pris au contraire, en ces trente dernières années, une part éminente. Après des tâtonnements plus ou moins longs, ils se sont mis d'accord avec eux-mêmes; après de longs voyages, ils sont rentrés au foyer et solidement établis sur la terre natale ; convaincus enûn que le dernier mot et le suprême effort de la sagesse c'est encore < le retour â la spontanéité par la réflexion », ils ont demandé à leurs traditions populaires, â celles où l'instinct de leur race et les sollicitations de la nature ambiante devaient logiquement les ramener, mais dont la pédagogie académique les avait systématiquement écartés, le secret de l'originalité et de la force créatrice*

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Pays Scandinaves. — Les Danois, dont le patriotisme artistique fut longtemps concentré dans le culte de Thorwaldsen, ont achevé Tœuvre de leur émancipation. Ce n'est plus dans un académisme cosmopolite qu'ils vont chercher leurs modèles; ils ont compris que si l'art est par excellence la langue universelle, il n'en est pas moins le contraire d'un incolore < volapûck ». Goethe comparait l'histoire de la civilisation et de l'art à une grande fugue où la voix de tous les peuples se fait entendre tour à tour; il importe à la beauté de la symphonie humaine que chaque voix conserve son timbre et son accent. Au lendemain de la mutilation de leur patrie, les artistes danois comprirent d'instinct — comme le groupe si homogène et si vivant des artistes finlandais aujourd'hui —que 1 art peut être, comme la conscience, le suprême et inviolable refuge des nationalités menacées et des droits méconnus. On les vit chercher d'abord dans les principes de la construction en bois, leur véritable et leur seule architecture nationale, dans les motifs décoratifs, dont les bijoux des ancêtres et les broderies des costumes rustiques formaient comme le répertoire, un principe de renouvellement pour leur art industriel épuisé, — puis reprendre vigoureusement contact avec la nature et faire avec tout leur cœur, « le portrait de leur pays •. Les Finlandais, les Norvégiens et les Suédois firent comme eux, et, quoiqu'on puisse relever des uns aux autres ces différenciations légères que, de province à province et d'homme à homme, l'art rend aussitôt sensibles au regard attentif, c'est bien de la même doctrine et de la même matière pittoresque, du même esprit et de la même volonté qu'est formée leur école.

Que l'initiation technique leur soit en grande partie venue de France, que les grands paysagistes de 1830 et les c impressionnistes » aient exercé sur les peintres Scandinaves une action certaine, ils en conviendraient eux-mêmes d'autant plus aisément qu'ils n'ont travaillé que sur leur propre fonds, et sont restés originaux. Réunions d'amis, causeries sous la lampe, vie et travaux des champs et de la mer : voilà les choses familières et très humbles qui sont les sujets ordinaires de leurs tableaux. Mais ils n'y ont pas cherché des anecdotes ; ce n'est pas un art

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