L'ART HORS DE FRANGE
après avoir beaucoup habité la Hollande où il n'a pas été sans subir rinfluence de Josef Israêls, s'est fait le peintre des orphelinats, des ouvroirs, des béguinages» des paysages de dunes, de mers grises et de ciels voilés, — et par la justesse caractéristique du dessin large et libre, des formes vivantes dans latmosphëre, il a pris rang parmi les peintres les plus expressifs de ce temps.
— Fritz von Uhde, par la profondeur et la délicatesse du sentiment, s'est élevé plus haut encore. Quelques-unes de ses œuvres, comme La Cène^ Le Discours sur la montagne y Laissez venir à moi les petits enfants. Le Christ chez le paysan, La Nuit de Noël, comptent parmi les pages émouvantes de la peinture religieuse parce que rien n'y est laissé à la convention et que tout y est pris à la source de la nature et de la vie franchement observées.
— Gothard Kuehl, Claus Meyer, W. Leibl sont également à la tête de Técole réaliste, avec Paul Meyerheim et Oberl&nder, dont l'observation satirique a donné aux Fliegende Blàtter tant de dessins vigoureux.
L'influence du peintre balois Bœcklin, qui a peuplé ses évocations grandioses et mélancoliques de paysages italiens, de figures d'inspiration toute germanique, et en qui la jeune critique allemande veut voir revivre « l'ûme du Saint Empire romain germanique », a été grande sur beaucoup d'artistes munichois. Uans Tlioma, Franz Stûck, Max Klinger sont parmi les plus notables. Enfin le portraitiste Franz Lenbach, peintre souvent lourd et laborieux, mais puissant évocateur d'âmes, a peint une galerie des grands hommes dont Thistoire fera son profit. C'est lui qui fera vivre durant la postérité les traits de Bismarck et de Moltke.
Angleterre et États-Unis. — En Angleterre, les architectes et les décorateurs ont créé un type du home adapté aux instincts les plus profonds de la race et aux habitudes de la vie sociale, qui est une des créations originales de Tarchitecture de ce temps. Et les décorateurs inspirés par le poète-peintre socialiste W. Morris ont renouvelé l'art du mobilier. Le grand efibrt du préraphaléisme, qui fut en ses résultats très inégal mais qui fut en son principe très noble et, par l'intensité de Tintuition morale, très caractéristique du moment et du milieu qui le
virent éclore, est mort avec Burne Jones; mais Fart puissant et humain de Watts en transmettra à Tavenir les plus hautes parties. Les portraitistes anglais ont gardé ce sens et ce respect de la personnalité, héréditaires dans le pays de Vhabeas corjm, Everret Millais, Orchardson, Herkommer, Ouless, Reed, Shannon sont surtout notables. L*observation de la vie, la peinture de mœurs se compliquent généralement d*intentions littéraires, mais comptent, avec les John Lorimer, Forbes Stanhope, Gregory, Tuke, de vrais peintres ; chez les paysagistes, le sentiment de la nature est tantôt grave et recueilli comme chez Leader et East, ou délicat et idyllique comme chez Wylie, Cameron, Âumoner, Norlh, Davis, Glausen, — et les paysages de mer restent une des « spécialités » de cette école d'insulaires.
La peinture académique, érudite, froide et compassée de feu Sir Frédéric Leigthon, est continuée par Poynter, — plus familière, anecdotique chez Aima Taddema, antiquaire modernisant et fort achalandé, resté fidèle par le goût des pâtes grasses et onctueuses à ses origines flamandes, comme Franck Brangwyn, coloriste puissant à moitié Anglais et Belge à moitié. D'une manière générale, quoique le goût des colorations pacifiées et harmonisées soit aujourd'hui plus répandu qu'au milieu du siècle chez les peintres britanniques et que le ton local ait sensiblement atténué son irréductible intransigeance, on y sent pourtant encore comme un arrièregoût acidulé, et dans l'assaisonnement des rouges et des jaunes une saveur fréquente de pickles et de moutarde...
Dans l'esprit des sculpteurs anglais, un rêve florentin flotte comme un éternel désir ou un regret mélancolique. II leur manque encore d'avoir pris complètement possession de la forme vivante. Il est incontestable pourtant qu'avec Thomycroft, Brock, Frampton, John, Drury, Allen, Swann, Joy, Onslow Ford la sculpture anglaise est en progrès notable.
Les Etals-Unis prétendent eux aussi à une école originale, qui ne serait plus anglaise ou française, comme on le leur a dit trop souvent à leur gré. Les origines de cette école ne pouvaient être pourtant qu'européennes, si son développement tend, comme il n'est pas douteux, à devenir national et amiéri-