Voir ci-dessus, cliapitres m et v
soulevaient contre elle son intolérance et sa dureté. L'énergie martiale des compagnons d'Alaric s'était amollie dans une longue paix; la dissolution des mœurs s'étendait au clergé; l'esprit politique ne s'était pas mieux conservé que l'esprit militaire; les rois n'avaient pas do pouvoir effectif : les conciles, où s'assemblaient les évèques et les grands, s'arrogeaient le droit de les nommer et de les déposer. Ce n'étaient que compétitions, intrigues, complots, attentats; les haines étaient assez violentes pour éclater en guerres civiles, les passions assez aveugles pour faire appel à l'étranger.
Conquête de l'Espagne — Bien qu'il commandât dans Ceuta au nom de l'empereur d'Orient, le comte Julien était en rapports aussi suivis avec l'Espagne qu'avec Constantinople. Mêlé aux querelles des Goths, il était l'ennemi déclaré du roi Rodéric, qui avait supplanté et mis à mort le roi Witiza '. Ceuta était l'asile des parents de Witiza, le rendez-vous des mécontents, le foyer des conspirations contre Rodéric.
Ce furent Julien et ses alliés espagnols qui suggérèrent aux chefs arabes l'invasion de la péninsule et qui leur fournirent les moyens de l'accomplir. Mouça-ben-Nocéir demanda des instructions au khalife, qui lui prescrivit d'agir avec prudence. Il envoya d'abord un détachement de 500 hommes, qui pilla les environs d"x\.lgésiras (710). L'année suivante, une forte avant-garde de 7000 hommes passa le détroit sur quatre vaisseaux fournis par Julien ; un renfort de 5000 hommes rejoignit bientôt. Le chef, Tarik ^, et la plupart des soldats étaient Berbères; à peine comptait-on 300 Arabes. Après quelques combats partiels, les Musulmans se trouvèrent en présence de Rodéric, qui arrivait avec toutes les forces qu'il avait pu ramasser. La bataille, qu'on appelle d'ordinaire bataille de Xérès, se livra en réalité, le 19 juillet 711, sur les bords du Ouad-Becca» petite rivière qui se jette près du cap Trafalgar. Les serfs qui composaient en partie l'armée des Goths n'avaient que des
1. D'après les légendes, le comte Julien aurait eu à venger sur Rodéric le déshonneur de sa fille.
2. 11 aborda au pied du promontoire de Calpe, qui s'est appelé depuis Djebel Tarik (montagne de Tarik) : d'où le nom de Gibraltar.
frondes, des faux ou des bâtons, et manquaient totalement d'ardeur; tout le parti hostile à Rodéric faisait des vœux pour sa défaite. Les fils ou les parents de Witiza, qui commandaient les ailes, se retirèrent sans combattre; le centre, où était le roi, fut enfoncé; lui-même périt ou disparut dans la déroute. Tarik comprit tout le parti qu'il pouvait tirer de sa victoire. Malgré les ordres de Mouça, il marcha droit sur Tolède, pendant que des détachements allaient occuper Gordoue, Archidona, Elvira. Il n'y eut pour ainsi dire pas de résistance. Les Juifs faisaient cause commune avec les Musulmans; les nobles wisigoths fuyaient ou passaient à l'ennemi; les serfs demeuraient s})ectateurs impassibles d'une révolution où ils n'avaient rien à perdre. Mouça s'empressa d'accourir, pour que la conquête ne s'achevât point sans lui. Il employa toute une année à compléter la soumission de l'Andalousie et des provinces voisines. Mérida, qui était alors une grande et populeuse cité, l'arrêta longtemps devant ses murs. Ce fut seulement après qu'elle eut capitulé qu'il se rendit à Tolède. Tarik venait respectueusement à sa rencontre; il l'accabla de reproches où perçait sa jalousie, le frappa du fouet qu'il tenait à la main et lui enleva son commandement. Un ordre formel de Oualid l'obligea à le lui rendre. Mouça, Tarik et le fils de Mouça, Abd-el-Aziz, poursuivirent ensemble la conquête. Elle était à peu près terminée quand le khalife rappela à la fois Tarik et Mouça. Tarik ne fut plus employé, Mouça fut disgracié. Abd-el-Aziz avait épousé la veuve de Rodéric. la belle Egilone; il ménageait les chrétiens et se faisait peu à peu une situation presque indépendante. Il fut assassiné par ordre de Soléïman, successeur de Oualid ("io). Les progrès de l'imasion musulmane continuèrent cependant. Un courant continu amenait en Espagne des immigrants arabes ou berbères qui, trouvant les provinces du sud occupées, se portaient en avant, vers le nord et le nord-est. Déjà Mouça, après la prise de Saragosse, s'était avancé jusqu'aux Pyrénées. Ses successeurs les franchirent. Ils s'installèrent à Narbonne, qui fut comme la place d'armes d'où parlaient les bandes lancées à travers la Gaule. L'émir Es-Samali fut tué, en "21, devant Toulouse; mais, après lui, la guerre offensive fut reprise. Abd-er-
Rahman * écrasa les Aquitains, enleva d'assaut Bordeaux et marcha vers la Loire. Les Francs l'arrêtèrent à Poitiers (732).
Ce qui contribua, bien plus que cette bataille, à préserver la Gaule de l'invasion musulmane, ce furent les insurrections des Berbères d'Afrique, et les guerres civiles qui, en Espagne même, mirent aux prises les immigrés berbères, les Arabes d'origine médinoise venus avec Mouça, et les Syriens envoyés en Afrique par le khalife Hicham et passés ensuite dans la péninsule. Ces discordes entre les conquérants permirent au petit royaume chrétien fondé par Pelage de s'organiser dans les montagnes du nord. Elles favorisèrent les attaques des ducs francs contre les postes avancés de la Gaule. Cependant les Musulmans envahirent encore la Provence, se maintinrent en Septimanie et ne purent être chassés de Narbonne qu'en 759.
L'empire arabe après les conquêtes. — L'empire arabe avait atteint les limites de sa rapide expansion. De l'Arabie et de la Syrie, qui en formaient comme la position centrale, il s'étendait au nord sur la Mésopotamie et l'Arménie, atteignant le Caucase, qu'il débordait même le long de la Caspienne; à l'est, avec tout l'Iran, il englobait le moyen Indus et la meilleure partie de la plaine touranienne - : Bokhara, Samarcande, Khiva; à l'ouest, il entourait l'Asie Mineure, tenait Chypre, se développait sur toute la longueur de l'Afrique du Nor<l jusqu'au Sahara et jusqu'à l'Océan, et occupait, sauf l'angle montagneux du nordouest, la totalité de la péninsule ibérique, avec les Baléares et la Septimanie pour annexes.
Organisation politique. — L'organisation de l'Etat musulman avait été ébauchée par Mohammed lui-même : elle se compliqua, sous ses successeurs, par le fait même de la conquête, et ne tarda pas, avec les Omméïades, à subir des altérations qui en changèrent profondément le caractère. Les premiers khalifes sont avant tout des chefs religieux, électifs ou peu s'en faut, dont la fonction principale semble être de présider au culte, qui édifient de leurs vertus les pieux luil)itants de Médine. reçoivent