‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 122 sur 192 · FONDATION DU ROYAUME DE GERMANIE · texte numérisé non relu

FONDATION DU ROYAUME DE GERMANIE

Au sud-ouest, la Bavière, comprise entre le Lech et l'Enns, les Alpes et la Bohême, a été enlevée par Charlemagne à la famille des Agilolfing, à la suite des complots de Tassilo (788); mais elle conserve ses lois; elle a même formé un rovaume sous un des fils de Louis le Germanique, Carloman. Au commencement du X* siècle, Arnulf, fils du margrave Liutpold, qui était mort dans la lutte contre les Hongrois, en 907, s'y établit en maître et y fonde une dynastie nouvelle.

Au sud-ouest, sur les deux rives du Rhin, depuis les Alpes jusqu'au delà de Strasbourg-, s'étend YAlamanie ou Souabe. Sous Louis l'Enfant, deux frères, Erchanger et Berthold, y portent le titre d'envoyés royaux ou comtes palati7is, et luttent contre l'évêque de Constance, Salomon. Le margrave Burchard, maître du versant septentrional des Alpes, prend le titre de duc d'Alamanie, mais il périt dans les troubles (911). Sa femme et ses enfants sont dépouillés et chassés, et le comte Erchang-er s'empare enfin de la dignité ducale.

La Franconie, qui se développe sur la rive droite du Rhin, dans les bassins du Ncckar et du Main, est troublée par des guerres acharnées. La famille des Babenberg- y doit son importance au comte Henri qui, sous Charles le Gros, s'est illustré dans les luttes contre les Normands. Aux fils de Henri, Adalbert, Henri et Adalhard, Arnulf a opposé une famille apparentée à la sienne, la famille conradienne, qu'il a comblée de biens et d'honneurs. En 902, commence la guerre entre les familles rivales, guerre sauvage, sans pitié, aussi terrible pour le pays qu'une invasion. Condamné par le tribunal du roi, qui confisque les biens de sa famille, Adalbert, le chef des Babenberg, résiste d'abord victorieusement même à l'armée royale; mais, en 906, il doit se rendre au roi et il est décapité devant son château de Theres, sur les bords du Main. La famille conradienne domine en Franconie, appuyée par la royauté et l'Eglise.

En Lotharingie ou Lorraine, au contraire, où on voudrait aussi lui assurer la prépondérance, elle se heurte à une oppo-

cas, il est certain que ce pouvoir se forme malgré le pouvoir royal et malgré l'ÉïIise.

sition dont le chef, Réginar ou Rainier, habile et intrig-ant, s'empare de la puissance ducale et rattache la Lorraine à la France occidentale (911).

Au nord, la Saxe, plus que tout autre pays de la Germanie, a gardé le sentiment de son ancienne indépendance. Là grandit la famille des Liudolfmg; une tradition la fait remonter jusqu'à Bruno, chef des Angriens, qui, lors des guerres de Saxe, se soumit à Charlemagne en 777. Son successeur, Liudolf, vécut auprès de Louis le Germanique; un de ses fils épouse la nièce, une de ses filles le fils du roi. Après sa mort (866), ses fils combattent les Normands : l'un d'eux, Otto, d'après une tradition que rapporte l'historien saxon Widukind, mais qui n'est point certaine, aurait refusé la couronne, à la mort de Louis l'Enfant et aurait conseillé de la donner à Conrad de Franconie. Il étend son pouvoir sur la Marche de Thuringe, constituée contre les Sorbes, et dont les chefs ont déjà porté le nom de ducs des Thuringiens. Le fils d'Otto, Henri, épouse Mathilde, descendante du héros de la résistance saxonne, Widukind (909); dans Ja famille des Liudolfing le sang carolingien se mêle donc au plus pur sang national. Ses domaines nombreux assurent sa puissance. L'Église lui est dévouée : Liudolf travaille à répandre le christianisme; il fonde le grand monastère de Gandersheim, où cinq de ses filles deviennent nonnes. Ainsi la puissante famille se fraye la voie vers la royauté.

La Lorraine mise à part, il y a donc quatre duchés, les duchés primitifs de l'Allemagne : Bavière, Souabe, Franconie, Saxe, chacun avec son duc qui est un souverain.

Tous ces ducs administrent leurs territoires avec un pouvoir semblable à celui du roi; ils ont leur cour, leur armée, leurs assemblées. Les duchés se subdivisent ' en comtés. Les comtés situés sur les frontières prennent le nom de marches ou limites; leurs chefs sont des margraves. A la fin du ix'' siècle et au commencement du x®, on trouvera la marche de VEst ou

1. Sur les limites précises des duchés et leurs subdivisions, voir Wailz, t. V, p. 15G cl suiv.

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de Pannonic {Ostmark), qui donnera naissance à Y Autriche, ol la marche de Carinthie, toutes deux protégeant la Bavière; la marche de Bohême, contre les Tchèques; la marche de Thuringe ou de Sorabie, contre les Sorbes; la marche de Danie, contre les Danois; puis, sous Henri I", la marche de Slesmg, contre les Slaves du nord; au sud, la marche de Rhétie '.

Il ne faudrait pas voir dans les duchés de simples expressions géographiques ou administratives. Entre les peuples qui les hal)ite<nt les différences sont nombreuses : là sera toujours le véritable obstacle à l'unité allemande. La langue n'est pas la môme, à ce point qu'on peut se demander si un Saxon el un Souabe se comprennent toujours. Le droit n'est pas le même non plus; chaque peuple a sa loi : loi Salique, loi des Alamans, loi des Bavarois, loi des Frisons, loi des Saxons. Pour ceux-ci il est même question du droit des Westphaliens, du droit des Angriens, du droit des Ostphaliens. Les Thuringiens, les Lorrains ont leurs coutumes; les Slaves du royaume germanique ont aussi les leurs. Tous en sont jaloux; longtemps, à leur avènement, les rois devront confirmer les lois des Saxons. Aux élections royales, chacun des quatre grands peuples. Saxons, Francs, Bavarois, Souabes, est représenté par des seigneurs qui parlent en son nom ; quelquefois les Lorrains, les Thuringiens sont aussi mentionnés. D'ailleurs on dit le royaume {regnum) des Saxons, le royaume des Francs -, des Bavarois, etc., et le roi lui-même emploie ces expressions.

Dans certaines régions, les institutions du passé, l'état social se maintiennent avec une persistance qui frappe les hommes du moyen âge eux-mêmes. Ainsi, au s." siècle, l'auteur de la Vie de saint Libuin écrit : « Dans les anciens temps, la nation des Saxons était partagée, comme elle l'est encore aujourd'hui, en trois ordres : dans leur langue, ils sont appelés les edeling, les friliîig, les lassi; c'est-à-dire, en langue latine, les personnes nobles, ingénues, servîtes. »

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