‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 128 sur 192 · Voir ci-dessous, chapitre xiv · texte numérisé non relu

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relig-ieux venaient de s'accomplir dans les pays slaves et en Hongrie. Moytiech. fils du prince de Bohême Slavnik, élevé à Magdebourg-, où il changea son nom contre celui de l'évêque Adalbert, qui l'avait confirmé, s'était fait prêtre dans le dessein de répandre le christianisme parmi les Slaves encore en grande partie païens. A la mort du premier évêque de Prague, Thietmar, il lui succéda (982). En Hongrie, il baptisa le fils de Geiza, le premier prince chrétien du pays; cet enfant devint le roi saint Etienne. Après plusieurs années d'efforts inutiles pour introduire en Bohême des mœurs plus chrétiennes, Adalbert, fatigué de l'épiscopat, partit en pèlerin pour Jérusalem (989), puis, renonçant à son voyage, entra comme moine dans le couvent des saints Boniface et Alexis, à Rome. Le duc de Bohême fit de nouveau appel à son zèle ; Adalbert dut céder à contre-cœur. En 992, il revenait à Prague, abandonnait encore l>ientôt après l'épiscopat pour retourner à Rome ; enfin il voulut évangéliser les peuplades barbares de la Poméranie et de la Pologne, les Borusses ou Prussiens * ; il y mourut martyr (avril 997). Par sa beauté et son intelligence, par l'élévation de son âme et l'ardeur de sa foi, Adalbert avait inspiré autour de lui des sympathies dont les documents conservent la preuve. Otto lavait connu ; son imagination mystique lui voua un culte passionné; à Rome, il voulut élever une église en son honneur; en l'an 1000, il entreprit un pèlerinage à son tombeau, à Gnesen.

Du côté de ce monde slave et magyar, la politique de l'empereur fut singulièrement imprudente, et, sous prétexte de servir les intérêts de l'Église, il compromit ceux de l'Allemagne.

En Hongrie, Geiza avait pu obtenir pour son fils la main de Gisèle , fille du duc de Bavière , Henri, à condition de se convertir au christianisme avec son peuple. Silvestre H, d'accord avec Otto HI, accorda au nouveau converti le titre de roi. Celui-ci offrit son royaume à saint Pierre et le pape le lui rendit à titre héréditaire, s'il faut en croire une bulle dont l'authenticité a été contestée. La formation de ce royaume

1. Ces Prussiens ou Borusses sont une des tribus de la famille lithuanienne.

vassal du Saint-Siège pouvait être une faute; Otto l'aggrava en n'exigeant pas que l'église hongroise fût rattachée à l'église allemande et en permettant qu'elle eût un métropolitain.

En Bohême, Boleslav II avait propagé le christianisme; les églises de ce pays relevaient de lévêché de Ratisbonne. Si Boleslav II avait obtenu, en 975 ou 976, la fondation d'un évêché à Prague, il avait été établi que les évêques de Prague dépendraient des archevêques de Mayence.

En Pologne, l'évêché de Posen, fondé déjà sous Otto I' % relevait de l'archevêché de Magdebourg. Le duc de Pologne, Boleslav Clirobry ', avait enseveli les restes d'Adalbert à Gnesen, et il s'était attiré ainsi la faveur d'Otto III. Lorsque l'empereur, en l'an 1000, vint à Gnesen, magnifiquement accueilli, il fît de cette ville le siège d'un archevêché dont dépendaient les évêchés de Kolberg, de Cracovie et de Breslau. L'église polonaise fut donc affranchie de l'église allemande. Les chroniqueurs polonais prétendent même qu'Otto III aurait accordé à Boleslav Chrobry le titre de roi.

Ainsi l'empereur, sur les frontières de l'Allemagne, travaillait lui-même à constituer deux Etats que leur indépendance allait rendre plus redoutables.

Dernières années d'Otto III. — En l'an 1001, l'empereur revenait pour la troisième fois à Rome, décidé à ne plus quitter la capitale de cet Empire qu'il se flattait de réorganiser. Il s'établit dans son palais de l'Aventin. A peine y est-il que la réalité vient cruellement l'arracher à ses rêves. Les Romains s'insurgent contre lui et l'assiègent. Le pauvre jeune homme, trahi dans ses illusions, dans son amour pour Rome, aurait adressé aux Romains, du haut d'une tour, un discours que rapporte l'historien Thangmar : « Etes-vous ceux que j'appelais mes Romains, ceux pour l'amour de qui j'ai abandonné ma patrie, mes proches? Par affection pour vous, j'ai exposé mes Saxons, mes Allemands, mon sang; je vous ai adoptés comme fils... Et vous, en retour, vous vous séparez de votre père, vous avez massacré mes fidèles, vous me cha.';sez... »

1. Boleslav le Vaillant, appelé aussi Boleslav le Grand. En France, on écrit souvent Boleslas.

Si touchant était son désespoir, que les Romains en furent émus : ils saisirent les chefs de la révolte et les jetèrent à demi morts aux pieds de l'empereur'. Mais le rêve était fini; rien désormais ne pouvait consoler cette àme blessée ; il quittait Rome, il errait çà et là en Italie et enfin mourait à Paterno, au pied du mont Soracte, le 23 janvier 1002. On l'ensevelit à Aix-la-Chapelle, selon son désir. L'année suivante -, Silvestre II disparaissait à son tour. Pendant ce temps toute l'église allemande est troublée par les prétentions de l'archevêque d'Hildesheim au sujet du célèbre monastère tle Gandersheim, et d'autre part la féodalité, que n'entrave aucune résistance énergique du pouvoir central, couvre l'Allemag-ne de ses châteaux et de ses seigneuries indépendantes, ruine toute sécurité par ses convoitises, ses violences, ses guerres privées. Les évêques et les abbés eux-mêmes, d'ordinaire les auxiliaires de la politique impériale, font chèrement payer leur alliance; il faut leur faire des donations, des concessions d'immunités, qui les transforment en puissants princes temporels.

Henri II : sa politique, ses rapports avec la féodalité. — Otto III ne laissait point d'enfants : de là des troubles et des luttes. En Italie, Ardouin, marquis d'Ivrée, était couronné roi (février 1002). A Rome, le fils de Crescentius était nommé patrice et tenait le pape Jean XYIII sous sa dépendance. En Allemagne même, la situation ne paraît pas d'abord moins incertaine. Trois rivaux sont en présence : Henri, duc de Bavière, fils de Henri le Querelleur et qui descend d'Otto P""; Eckhard, margrave de Misnie, qui appartient à la Saxe; Hermann, duc de Souabe. Chacun d'eux arme, mais, grâce au puissant archevêque de Mayence, Willigis, Henri est couronné (juin 1002). La Saxe le reconnaît, à l'assemblée de Mersebourg. Toutefois elle obtient le respect de ses lois et le maintien de son autonomie presque complète.

Maître du pouvoir, Henri II réagit contre les entreprises aventureuses et les rêves romanesques de ses prédécesseurs.

1. D'après une autre version, OLlo n'aurait échappé qu'avec peine à l'émeute.

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