La Toute Sainte, un des surnoms de la Vieree
EMPEREURS DE LA MAISON MACEDONIENNE C4o
ils ravagèrent la Thrace, et il fallut acheter leur retraite. Quand ils eurent été vaincus en Allemagne, les empereurs de Byzance envoyèrent féliciter les empereurs germaniques et, se montrant moins commodes pour les Hongrois, ne leur donnèrent plus d'argent. En 958, 901, 9G2, les généraux grecs repoussèrent leurs incursions. D'ailleurs les invasions magyares, bien qu'assez nombreuses, n'ont été qu'un danger intermittent pour l'Empire.
Au nord du cours] inférieur du Danube et jusqu au delà du Dnieper s'étendent les Petchénègues, de race turke. Ils y sont arrivés à la fin du ix" siècle des régions de l'Oural et du Volga; ce sont d'affreux Barbares, sans villes, vivant sous la tente en nomades. Le diplomatie byzantine est pourtant pleine de prévenances pour eux : elle tient à pouvoir les opposer aux Russes, aux Hongrois, aux Bulgares. Cependant les Petchénègues font plus d'une fois cause commune avec les envahisseurs de l'Empire : en 934, ils accompagnent les Russes contre Constantinople. En 1036, ils dévastent la Thrace et la Macédoine. Douze ans plus tard, les généraux grecs triomphent d'une formidable invasion. Les Petchénègues vaincus sont enrôlés dans l'armée impériale; mais ces dangereux auxiliaires se soulèvent, battent les troupes envoyées contre eux, et ce n'est qu'en 1053 qu'une trêve de trente ans est conclue. Ce peuple de pillards n'est pas destiné à fonder une domination durable : dès le xn"^ siècle il n'en est plus question.
Les Khazars ', au nord de la mer Xoire, entre le Dnieper et le Volga, sont des voisins [)lns commodes. Etablis là dès le vi" siècle, leur puissance est déjà en décadence au ix'^ et au x% et l'arrivée des Petchénègues a réduit leurs possessions. Ils ont des villes, des institutions régulières; ils ont subi l'influence de la civilisation byzantine; le christianisme, le judaïsme ont pénétré chez eux; aussi sont-ils presque toujours alliés fidèles des empereurs. Au vni" siècle , Héraclius promet sa fille Eudoxie au khagan des Khazars, Ziébel, qu'il entraîne contre les Perses. Justinien Rhinotmète, chassé de Constantinople ,
1. Egalement de race oiiralo-aUaï(|uc, comme les Avars, les Magyars, les Bulgares du Volga el la pliiparl des Turcs.
s'allie à une Je leurs princesses , Théodora. Au vni" siècle , Léon III fait épouser à son fils Constantin IV la fille d'un khag-an : de là naquit Léon IV, qu'on surnomma le Khazar. L'Empire recrute chez eux des soldats; ce n'est qu'en 1016 qu'on les trouve en guerre avec Basile II; encore la lutte aboutit-elle aussitôt à la soumission de la Khazarie.
Au nord des Petchénèg'ues et des Khazars, les Russes ou Varègues, vers le milieu du ix" siècle, sous le commandement de Rurik (862-879), se sont établis à Novgorod *. Au siècle suivant, ils s'avancent vers le sud, s'emparent de Kiev et dominent dans le bassin supérieur du Dnieper. C'est à Kiev que se réunissent leurs tlottilles de barques étroites, faites d'un seul tronc d'arbre (monoxijles). S'ils vont piller les côtes byzantines, ils doivent, il est vrai, compter avec les Petchénègues, toujours prêts, au retour, à s'emparer du butin. Les Russes sont déjà en relations avec Constantinople, qu'ils appellent Tsarigrad: ils y envoient des ambassades dès le ix° siècle. En 86o, une flotte russe l'attaque, mais sans succès. En 1)07, c'est le tour d'Oleg-, qui impose un ti'aité à Léon VI; en 9il, celui d'Ig'or, qui conduit une formida]>le expédition. Battu, il revient trois ans après, et il faut acheter sa retraite.
En 956 ou 957, la veuve d'Igor, Olg-a, arrive à la cour de Constantin Porphyrogénète et se fait baptiser; mais, au retour dans son pays, il ne paraît pas que sa conversion ait exercé une grande influence sur ses compatriotes. Dix ans plus tard, l'empereur Nicéphore Phocas, en lutte contre la Bulgarie, fait im[»rudemment appel à un des successeurs d'Igor, Sviatoslav; mais, après avoir battu les Bulgares, les Russes ravagent l'Empire. Jean Zimiscès parvint enfin à les chasser, et conclut avec eux un traité dont le plus ancien des chroniqueurs russes, Nestor, a conservé le texte (971). Sous Basile II, Vladimir, un des fils de Sviatoslav, s'empare de la ville impériale de Cherson^ (988), l'avant-garde de la civilisation byzantine au fond de la mer Noire, et il oblige l'empereur à lui donner sa sœur Anne
1. Voir chapitre xiv. — Comparer avec le Rorik de noire page 402.
2. En Crimée : sur l'emplacement de cette ville s'est Ijàtie la partie sud-oiiesL de Scbaslopol. Ne pas confondre avec le Kherson d'aujourd'hui, qui est situé sur le Dnieper.
en mariage. En revanche, il se fait baptiser, et avec lui le christianisme et l'influence ])yzantine pénètrent définitivement chez les Russes. Cet événement, qui rapprochait la Russie de l'Empire, ne supprima pas à jamais les guerres. Sous Constantin Monomaque, en 1043, à la suite d'une querelle de marchands, une formidable expédition se dirige contre Constantinople, sous le commandement de Vladimir, lils de laroslav le Grand, mais aboutit à un complet désastre. L'anarchie qui, du xi° siècle au xuf, dévasta la Russie, assura de ce côté la sécurité de l'Empire.
Établissements des Slaves dans l'Empire. — Si l'Empire résiste, en Europe, aux invasions, il ne peut se défendre contre l'infiltration des éléments barbares. Lui-même, faisant de cette nécessité une politique, établit souvent sur ses terres ceux qu'il aime mieux avoir pour alliés que pour ennemis, s'ils acceptent de reconnaître sa souveraineté. Tel est le cas des Slaves, à qui l'Empire prétend imposer le service militaire, l'impôt, des chefs de son choix. Dès 6o9, on trouve des tribus slaves aux environs de Salonique. Un peu plus tard, on en rencontre en Thessalie, en Epire, en Attique, dans tout le Péloponèse : elles forment ce qu'on appelle des Sclavinies. Elles s'étendent de côté et d'autre, souvent dans des régions que les invasions précédentes ont à demi dépeuplées.
Ce sont là, pour les empereurs, des hôtes redoutables, jaloux de leur indépendance, toujours prêts à la révolte et sur lesquels on ne peut exercer qu'une someraineté fictive. De 675 à 681, Salonique est assiégée sans relâche par les Slaves et les Bulgares. Constantin Pogonat, Juslinien II travaillent à soumettre les Slaves de la Thrace et de la Macédoine. En 688, on en transplante 30 000 en Asie, où ils peuplent plusieurs régions. Plus tard Irène cherche à douipter ceux de la Grèce : Staurace parcourt la Thessalie, lllellade, le Péloponèse, pour les astreindre au tribut {"89); mais, en 807, dans cette dernière région, ils sont de nouveau soulevés, assiègent Patras, d'accord avec les Sarrasins, et, selon les chroniqueurs, la ville n'est sauvée que grâce à l'intervention de saint André, comme Salonique n'a été gardée que par la protection de saint Démétrius. Dans la
suite les révoltes sont encore fréquentes dans le Péloponèse. En ïhrace et en Macédoine, lors du grand développement de l'empire bulgare, les Slaves de ces pays devinrent ses sujets.
A la suite de ces invasions l'ethnographie des provinces d'Europe fut profondément altérée. Dans une phrase célèbre et souvent discutée, Constantin Porphyrogénète nous dit : « Tout le Péloponèse fut slavisé. » S'emparant de cette expression générale, quelques savants contemporains ont été jusqu'à prétendre que la race slave s'était entièrement substituée à la race grecque. Un historien grec contemporain, qui a réagi avec beaucoup de science et de vigueur contre ces exagérations, a pourtant dû reconnaître que les pertes de l'hellénisme furent graves. Dans les provinces du nord surtout, en Thrace, en Macédoine, « l'hellénisme fut relégué sur le littoral. Les nouveaux colons devinrent les maîtres de tous les pays du nord. Les villages, les bourgs, les forteresses, la plupart des villes même reçurent des dénominations slaves. Ces noms se multiplièrent tellement, avec le temps, qu'ils efTacèrent presque les traces de l'ancienne prépondérance des Hellènes. » (Paparrigopoulo.) Les Slaves se rencontrent en Epire; en Thessalie, ils comptent deux grandes tribus, les Véligostes et les Derzites. En Attique, on en trouve aux portes mêmes d'Athènes, à Eleusis. Dans le Péloponèse, sont établies plusieurs de leurs tribus ; les Milinges et les Ezériles, notamment. Toutefois, « dans les pays du sud, ils ne dominèrent jamais comme dans les provinces du nord de l'Empire ». (///.) Il y eut entre les anciennes populations et les immigrants slaves une sorte de partage dont les proportions varièrent selon les pays. En général les Slaves s'établissent dans les campagnes. Le littoral et les villes restent aux Grecs : Salonique, la seconde cité de l'Empire, qui, sans cesse assiégée, résiste toujours, Larisse, Thèbes, Athènes, Patras, Gorinthe, Monembasie, Lacédémone restaient des centres hellénic^ues florissants *.
Sur tous ces peuples, les empereurs cherchèrent de bonne heure à exercer une influence religieuse conforme au rôle sacré
1. On trouvera un dénombrement détaillé des établissements slaves dans Rambaud, Constantin Porphyrogénète, p. 222 et suiv.
qu'ils s'attribuaient, en même temps quaux intérêts de l'Empire. Eux qiii s'intitulaient « semblables aux apôtres, io-a-ÔT- TOAO', », auraient manqué au mandat qu'ils avaient reçu de Dieu, s'ils n'avaient point travaillé à attirer au Christ les païens. Le Basileus organisa des missions; il s'efTorça de convaincre par la foi ceux qu'il combattait par les armes. De bonne heure le christianisme pénétra chez les Slaves de Grèce. On verra dans un autre chapitre' comment, au ix*" siècle, Cyrille et Méthode convertissent les Moraves, après avoir d'abord prêché aux Khazars. avec quel acharnement la papauté disputa à Constantinople la direction des nouvelles églises de Moravie, de Bohème et de Bulgarie. Quant aux Slaves établis dans l'Empire, lors de la séparation des églises d'Orient et d'Occident, ils restèrent fidèles à Byzance.
L'Italie byzantine : Sarrasins et Normands. — Au \iif siècle, la domination impériale, chassée du centre de l'Italie, s'était concentrée dans le sud, dans l'Apulie, la Calabre, la Fouille, la Sicile-. Par une heureuse contradiction, Léon III et Constantin IV n'y inquiétèrent point les partisans des images; aussi émigrèrent-ils en grand nombre d'Orient et ils fortifièrent en Italie l'élément grec. S'il faut admettre de récents calculs, ^0 000 prêtres, moines ou laïques, vinrent alors y chercher un refuge et, en Calabre seulement, 200 monastères basiliens environ dateraient de cette époque. L'empereur rattachait au patriarche de Constantinople les évêchés de ce pays, et les couvents, devenus des centres de culture littéraire, propageaient autour d'eux la civilisation byzantine.
Les invasions sarrasines, (jui déjà avaient commencé au vn*^ et au vni" siècle, vinrent compromettre cette œuvre. Les îles Baléares avaient été enlevées dès la tin du vmi^ siècle; les Sarrasins atta(|uent l'Italie dès 813. Quelques années plus tard, le commandant dos troupes en Sicile. Euphémios, y appelle les Aglîlabites deKérouan. Ils débarquent, en 827, àMazara, et, par la prise de Palerme, ils deviennent maîtres de toute la moitié occidentale de l'île (832). Les empereurs cherchent à arrêter la