‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 17 sur 192 · LES GERMAINS · texte numérisé non relu

LES GERMAINS

Afnmang, auxquels se sont mêlés encore, pour leur donner un nouveau nom, les Suèoea ou Souabes (en allemand Schwahen ').

On s'est demandé si res noms nouveaux ne correspondaient pas aux anciens noms de Tacite, (jui divisait les Germains ou htxvons, Ingœvons, Hermions : ceux-ci. respectivement, seraient devenus les Francs, les Saxons, les Alamans-Souabes. Ce sont de pures conjectures.

Sur la trace des Suèves, on voit déjà cheminer les Burfjondes, qui tendent à se rapprocher du Rhin, et sur la trace de ceux-ci les Langohards (« g-ens à longue barbe ») ou Lombards, qui apj)araissent sur le moyen Danube. Plus près de la Baltique, les Turciihujes, les Rur/iens, les Scires -, les Hi)'rs ou Hérules, tatoués de bleu.

En revanche, le nom des deux [>eupl(\s apparentés aux Suèves, celui des Quades (Moravie) et des Marcomans. (Bohème), si célèbres dans les guerres de Trajan, successeurs en ces régions des Boïes iraulois et remplacés par d'autres immig-rants, tend à disparaître. Peut-être, confondus avec les Suèves, avaient-ils accentué leur marche vers l'ouest.

2" La race f/othû/ue ou Scandinave était agitée de mouvements semblables à ceux de la race teutonique. Il semble qu'elle dispute aux races lînnoises les deux péninsules danoise et suédoise-norvégienne, avec les iles de la Ballicjue, pays oi^i tant de noms géographiques conservent le souvenir des Goths : (lOthie, Ostrogolhle, Westror/othte, île de Golhlnnd. En même temps elle se répand dans les plaines de l'Europe orientale : nous voyons les Wts/'gollts ou (roths de l'Ouest, scius la famille des Baltes (dont le nom est reste; à la mer Baltique), et les Ostro- Ijoths ou (xoths de l'Est, sous la dynastie des Amales, occuper les steppes de la Russie actuelle. En arrière-garde, ils ont les Gépides ou « traînards ». Aux Wisigoths semblent se rattacher plus particulièrimienl les Taifales ; à la race gothitpio tout entière, les Jutes, du Jutland. et les Vandales, peut-être mêlés de Vendes, et qui, au n" siècle, occupent les rivages de la mer Fialtique.

1. Rapprocher de ce nom le mot Schivebende, les errants, les nomades.

2. LesScires et les Rngiens sont rangés quelquefois parmi les tribus gothiques. Au reste, la distinction entre Teutons et Goths n'est pas toujours facile.

Histoire généhalk. I. 4

3° La grande race qui porta ensuite le nom de .s/^/w n'ajtparaît alors que sous le nom de voule parce que les Romains ne paraissent avoir connu que les Vendes ou Slaves de la Baltique \ Sur cette race slave toutes les invasions germaniques gothiques et celles des nomades de race ouralo-altaïque ont dû passer, l'opprimant ou la dispersant, ne réussissant pas à l'arracher du sol. Elle s'étendait de la Yistule au Don. lançant peut-être des avant-coureurs dans la direction de l'Elbe et du Danube, auxiliaire d'autres invasions et ne révélant pas encore son nom, qui ne retentira dans l'histoire que du xn" siècle ail x'^ siècle.

On rattache quelquefois aux Slaves des peu])les essentiellement nomades qu'on appelait alors sarmatliiues, comme les lazyfjes, qui, au u"^ siècle, sont cantonnés entre le moyen Danulie et la Theiss, les Alains, les Roxolans, campés près des rivages de la merXoire, et peut-être mêlés d'éléments finnois.

4" Tout aussi obscure et inconnue était encore la race litlvjdnlenne, égralement de souche indo-européenne. Elle devait être déjà cantonnée dans les régions qui s'étendent de la Yistule jusqu'au delà du Xiémen, occupant des pays trop pauvres poui" ne pas être dédaignés par les nouveaux envahisseurs, cachée dans ses marais et ses forêts, n'ayant pas encore d'histoire et n'ayant pas encore révélé son nom.

5° La race ourah-aJfaïque. l)ranches/?«no/seet turque, répandue dans le nord de la Scandinavie, dans la Finlande et jiresque toute la Russie actuelle, dépassait à l'est l'Oural et, dans les profondeurs de l'Asie septentrionale, s'étendait jusqu'à l'Altaï : de là son nom d'ouralo-altaïque. Elle est étrangère à la race aryenne ou indo-européenne ; ses nombreux dialectes n'ont rien de commun avec ceux que parlaient Romains et Grecs. Germains et Goths, Lithuaniens et Slaves, qui tous sont des Arvens. Parmi ses peuplades, beaucoup étaient depuis longtemps établies sur le sol européen: elles y étaient fixées peut-être dès le temps de cette Scylbie (juc décrivait lléiodole au v' siècle avant J.-G.

Il est [Mdli.ibic (|ir;iu.\ joiii-s (b' la (b'-cadence (b^ l'I'^inpii-c. il v

1. Tacile plaçait déjà les Venedi sur la BalliiiiiL- cl lo nom do I7«f?o6oH« (Vienne) semlile inilii|iuT aussi la iirésencc des Vendes sur le Danube ninven.

LES GERMAINS ol

avait déjà des Lapons au nord de la Scandinavie et de la Finlande; des Samoijèdes sur les rivages de l'océan Glacial; des Tchoudes dans la Finlande, aux embouchures du Niémen, de la Diina. de la Neva; des Mériens, des Mouromiens. des Votiaks, des Permiens, des Mordves, des Tchéréinisses, des Tchouvaches, des Bulgares, des Méchtchéraks, <les Bachkyrs. dans les régions relativement fertiles du bassin du Yolg^a ; des Erzes ou Zurianes, dans celui de la Petchora; des Ougriens, des Ostiaks. des Vogouls, sur le versant est de l'Oural. Fixés au sol, agriculteurs en même temps que pasteurs, ils n'avaient pas alors plus d'histoire qu'aujourd'hui. Les écrivains romains ne nous citent guère, parmi eux, que les .-Estgens (les Tchoudes ou Finnois de l'Esthonie). Tous ces peuples laissèrent passer sur eux les invasions sans y prendre jamais qu'une faible part.

Il n'en était pas de même d'autres peuples ouralo-altaïques. qui, mêlés parfois de sang- jaune, pasteurs et non ag-riculteurs, avant tout nomades et cavaliers, sans cesse ag-ités par la fièvre de l'émigration et de l'aventure, commencèrent dès le iv'^ siècle de notre ère à processionner d'Asie en Europe, apportant dans le monde gréco-romain un type d'hommes inconnu et la terreur de quelque nouveau fléau de Dieu. En tête apparaîtront les Huns; plus tard, à leur heure, viendront les Avars, le» Kliaza7's, les Magyars ou Hongrois, frères des Ougriens, les Petchénègues, les Oiizes, les Polovtsi, les Talars, les Mongols, les TurJ;s Seljoukides ou Ottomans.

De toutes ces races, une seulement [U'endra sur les destinées du monde, dès le w^ siècle, une influence générale et durable: elle sera la première à briser les barrières de l'Empire romain: elle créei-a le mélange de sang-, d'idées et d'institutions don! naîtront l'Europe nouvelle et les nations de l'Europe nouvelle.

O sont les Germains dans les deux divisions de leur race, l'occidentale et l'orieiilale. la leut07iique ella gothique.

Les Germains . — l^es Germains apparaissaient aux Romains comme des hommes d'uiu^ autre race avec leur g-rand corps, leur peau blanche, leurs joues roses, leur blonde chevelure, leurs yeux bleus. Les dames romaines les ont admirés, ont porté des perru(|ues blondes: les anges furent en grénéral

o2 LE MUNDE BARBAUE

ligures blonds. Ces barbares étaient des gens virils, ayant un vif sentiment de la liberté. Orgueilleux, inlellig'ents, sachant parler, généreux, ils fuj-ent en somme jugés favoral)lement par Tantiquité classicjue. 11 y a des ombres au tableau : ils étaient ivrognes, sujets à de subits accès de colère; leur courage indéniable avait de grands élans, des alternatives de bravade et de faiblesse.

Cultivateurs ou pâtres, ils traînent avec eux leur bétail; ils ont le mariage monogame ', la famille avec ses serviteurs, un commencement de société. Ils bàlissent des maisons, ont réglé le partage de la terre et des ])rairi('s. Ils ressemblent fort aux Grecs d'Homère.

Toutefois le contraste est grand avec les })euples classiques. La Grèce était liien jdacée pour recevoir l'éducation des civilisations plus vieilles quelle, asiatique ou égyptienne ; l'Italie pour recevoir celle de la Grèce; il faudra que les Germains sortent en masse de chez eux pour se préci[)it<M- dans la civilisation anli<jue.

La civilisation anlicjue est sortie des relations des peuples méditerranéens entre eux. La Grèce fut instruite par l'Orient, Kome par la Grèce, la Gaule et l'Espagne }>ar Rome. La Germanie a vécu isolée dans un pays tout ditrérent, incliné vers des mers inconnues, sans villes. Pas de villes! C(> fut la grandeur et la faibl(\sse de la (iiM'manic jusqu'au x- siècle.

Au nord, les Gcrnuiins vivent dans des fci'ines sé|)arées ; presque partout ailleurs, dans des villages ; leur grande ressource est le bétail. Le liltre propriélairi^ du sol comple seul dans le peujde, mais sa propriété est étroitemen! j-allachée à la communauté. Celle-ci possède le terroir; maison, jardin, troupeau, forment la propriété })ersonnelle ; du reste on fait deux parties, dont l'une est divisée en lots, l'aulre reste commmi(\ Il v a ]H)ur cela des lois, non écrites ; d'autres règlent l'assolemenl. H est impossible de savoir si ces lots, qui primitivement durent être égaux, étaient attribués en jdeine propriét('> on bien si, an bout d'un eei'lain lemps. il v avait une nuilalinii enire les divers proprié-

i. CcpcndaiiL les chofs se iloiinonl le luxe ilc ]iliisieiirs femmes : Ariovisle, au dire de Gésar. eu avait deux; Dai^obert. Clliarleuiapne, seroul poly^rauies.

Page 1