LES GERMAINS
lairos du même villaiio; si le réitimo était pleinement celui du communisme aijraire. Le répimo a pu varier selon les peuples.
Le lien est étroit entre l'individu ei la communauté. Le Germain fait paître son troupeau avec ceux de ses pareils; il cultive selon les rèiiles; il a sa place au tribunal, à l'assemblée, à Tarmée. en tant que luopriétaire : il élit son chef. C'est une démocratie primitive.
Le progrès sur place est impossible: il ne faut pas que le troupeau o-rossisse troji. <]ue le nombre des propriétaires copartaareants s'accroisse. 11 faut donc, si la population auprmente. reculer la frontière : guerrover contre ses voisins ou émigrer. Une guerre malheureuse, une famine amènent aussi l'émigration.
L'organisation politique n'est pas très développée. L'élément primordial , c'est la communauté du village {gemeinde) ; audessus est le canton (gau); au-dessus, le peuple (volk). Quand vient le danger, on tend à la royauté.
Supérieure à la foule des hommes libres nous trouvons une noblesse, qui est considérée comme étant d'origine sacrée. Pour les courses de guerre, on forme des associations personnelles guidées par un chef. Le devoir envers ce chef est très supérieur au devoir national. Ce phénomène rend compte des troubles, des révoltes perpétuelles, bref, de la vie du moyen âge. Le dévouement au seigneur choisi est absolu. Le Germain est orgueilleux, mais en même temps servile. En temps de guerre, même en temps de paix, le service du chef (princeps) est organisé.
Cbez ces Germains il v a beaucoup de sève; leur hardiesse à la guerre est inouïe; ils admirent par-dessus tout la force physique, qui permet de franchir d'un saut une rangée de six chevaux, de tuer un homme d'un coup de poing.
Résumons les traits principaux : esprit démocrati(pie, étroite liaison à la communauté, respect de la noblesse, peu d'attache à l'État, étroite attache au chef choisi. Ce peuple organisé pour la vie locale est incapable de sup[»orter les plus simples formes de l'État.
L'ancienne religion germani(|ue est une poésie de la nature personnifiée : on cherche à savoir ce que disent le cri du coucou,
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le lièvre qui coupe les cheniins. Dans le ciel plane un ai^le géant donl les ailes secouent la tempête; la montagne est habitée par les dieux et les géants. Les dieux ont taillé le monde dans un géant. Ils sont les ancêtres du peuple. D'ordinaire ces images gigantes(|ues des forces de la nature mènent à Tanthropomorphisme; la fantaisie fait les dieux de plus en plus hommes, avec une destinée, une histoire et des vices. César constatait chez eux le culte du Soleil et de la Lune : ce sont la déesse Sunna et son frère le dieu Mani\ Il cite un autre dieu, qu'il appelle Yulcain, et qui doit être Wodan, dieu du ciel. Il dit qu'ils n'en connaissaient pas d'autres : mais nous savons qu'ils adoraient Zio, représenté sous la forme d'une épée, dieu de la guerre; Donar, armé d'un marteau, dieu du tonnerre; Ertha, déesse de la terre ; Freya, déesse de la fécondité et de l'amour -. Chez les Goths et les Scandinaves, Wodan devient Odin; Zio, Tij)-; Donar, Thor ; Freya, Frujfja. Le sacerdoce est plus dévelop[)é chez les tribus gothiques que chez les teutoniques : celles-ci n'avaient pas <le prêtres, mais quelquefois des prêtresses ou prophétesses, comme la Yelléda. Au contraire, en Scandinavie, il y avait à Upsal, un collège de douze prêtres; les Burgondes obéissaient à la fois à un roi et à un grand prêtre. Les Teutons ne semblent pas avoir connu l'écriture : les Goths et les Scandinaves avaient une écriture sacrée, les runes. Les uns et les autres avaient des chants, oii ils célébraient les exploits des héros.
Le peuple émigré avec ses dieux; il en rencontre d'autres. Vainqueur, il croit les siens plus forts; vaincu, il doute deux. La victoire même a pour conséquence la corruption, des changements d'habitude; la religion s'altère. Ce ne sont plus les mêmes sources, les mêmes Iiois, les mêmes oiseaux, les mêmes herbes. L'époque des semailles, de la récolte, a changé. Tout ce (jue le Germain émigré perd, tout ce qu'il gagne l'éloigné de ses dieux.
1. Eli allemand le nom du Soleil, tlie Sonue, est resté féminin, tandis que celui de la Lune, der Mond, est masculin.
2. Les noms de quelques-uns de ces dieux sont conservés dans les Jours de la semaine allemande : Stnintar/, dimanche, jour du Soleil: Monta;/, lundi, jour de la Lune; Donncrstiif/,^]cuû\, jour de Donar; Fre;/t(ig, vendredi, jour de Freya. En anglais, mardi, Tuesdcn/, es' le jour de Tyr <m Zio; mercredi, Wcsdnrsday, est le jour de Wodan.
LES GEF{MAIXS 55
Lémigré accepta aisément le chiistiani.sme (jui, au contraire, ne se répandit qne très lentement dans la vieille terre de Germanie.
Relations de Rome avec la Germanie. — Rome entra (Ml relation avec les (jermains de l'ouest, dès la lin de la période républicaine. Le premier contact eut lieu en 113 avant J.-C, l<»rs de l'invasion des Teutons et des Ciml»res. Les causes des grandes migrations qui mirent aux prises les Barbares avec les Homains furent le développement excessif de leur population sur certains points, le régime agraire qui limitait l'extension de chaque communauté, l'habitude du compagnonnage et des excursions sous un chef, entin l'attraction de la civilisation et de la terre romaines.
Les Barbares de 113 s'étaient mis en mouvement avec leurs femmes, leurs enfants, dans des chariots couverts, avec leurs bètes de somme et leurs chiens, errant pendant dos années )>armi les peuples étrangers, s'arrètant pour camper l'hiver, jioursuivant leur marche en été. Ils demandaient des terres pour s'y établir. Par trois fois, simplement, naïvement, ils adressèrent leur requête aux Romains. Ce n'étaient pas des pillards, mais un peuple en quête d'une patrie nouvelle. Il fallut un Marins pour les exterminer. A cette époque, les Germains se déplaçaient certainement vers l'ouest; ils envahissaient la Gaule; au nord, les Belges étaient en partie germanisés; quand (lésar entra en Gaule, il y trouva les Suèves d'Arioviste établis au nord-ouest du Jura chez les Séquanes, à qui ils avaient pris des terres et imposé tribut. 11 les refoula au delà du Rhin. Il traversa même ce lleuve pour assurer sa frontière et consacrer son succès. Depuis ce moment la lutte fut perpétuelle entre les Romains et les Germains. Elle se poursuivit pendant cinq cents ans. Rome ne réussit pas à soumettre la Germanie : Auguste abandonna l'entreprise après la destruction des légions de Varus. Rome fortifia sa frontière portée au Rhin et au Daiuibe, et même, dans l'ang-le formé par le Rhin moyen et le Danube, occupa une vaste région, les Champs décumales, protégée par une ligne de fortifications {limes romanus).
Par l'action Aa l'épée et (b^, l'or, elle prévalut durant des
siècles, divisant et matant les barhares, détniisant ce superflu (le force germanique qui eût émigré. Toutefois si le passage du Rhin fut bien défendu, à partir de Marc-Aurèle les Germains iirent des progrès dans les pays du Danube. Au ni" siècle, Uonie a cessé d'être redoutée. Au iv% les Germains la considèrent comme leur proie. L'invasion fut préparée par une lente infiltration. Pas un canton, pas une famille presque, (|ui n'ait envové en terre romaine ini aventurier ou un soldat. A la fin. des comtes, des ducs, des patrices même sont pris parmi les Barbares. Ceux-ci pénètrent à la cour et s'y romanisent.
L'invasion des Barbares fut donc lui des faits les mieux préparés de l'histoire. Peu à peu l'Empire avait été entamé, avait ramené en arrière ses limites. Au iv" siècle, ces limites furent franchies; mais lentement d'abord et comme à l'amiable.
Les Germains se sont graduellement rapprochés de la civilisation. Ils commerçaient avec les Romains dans les camps retranchés [castra stativa). Ils sont d'abord entrés dans l'Empire individuellement ou par petits groupes, soit volontairement, soit amenés comme piisoiniiers, presque tous dans la condition de tributaires, de colons, de laboureurs; d'autres étaient domestiques. En Orient, les maçons, les portefaix, les porteurs d'eau sont des Goths . Beaucoup enfin étaient soldats dans l'armée romaine, dès le temps de Césai'. (les soldats germains forment au iv° siècle (b>s corps spéciaux; ce sont ou bien des fédérés (fœderati.). (|ui servent en vertu d'un contrat et qu'on ne peut conduire en dehors d'une région déterminée; ou bien des lètes [lœli), (jui servent sans conditions, groupés en colonies agricoles, ([ui forment de véj"ita])les garnisons, sous la surveillance de l'autorité romaine. Ainsi s'établirent : près de Poitiers, des Taïfales, dont Tilîauges a conservé le nom; jtrès de Bayeux. des Saxons, qui g-ardèrent leur langue jusqu'au xi*" siècle '. A la fin du iv*^ siècle, lorsque des cij-constances extérieures ont anu^iu'' \\\\Q poussée de peuples })lus forte que jamais sur les frontières, le caractère de l'invasion n'a pas été pour cela
\. Le nom des Surmales s'est conservé clans des localilés de France, comme Scrmoize ou Sermaize; peut-être celui des Vandales, dans plusieurs Vandœuvre: celui des Mamans dans nos Allomanches, Allematrne. Auménancourt, etc.
LES GEUMAINS iiT
inudilié. 11 y eut des Laudes destructrices, mais les armées do peuples commandées par des rois se sont présentées pour servir, et ces rois ont servi l'Empire, même après (jue Tempereur a disparu de TOccident.
Les Germains n'ont donc pas été de propos délibéré les destructeurs do l'Empire; ils n'ont pas eu de haine de race, ne se sont jamais attribué de mission. C'est là une idée venue des auteurs ecclésiasti(|\;es et reprise par l'orgueil allemand. On j)0urrait mettre en épigraphe d'une histoire des invasions les paroles que Florus prèle aux Cimbres : ils demandaient (jue « le }»euple de Mars » leur donnât une certaine quantité de terres, comme salaire, et s'engageaient à mettre à son service leurs bras et leurs armçs '.
Avoir des terres; s'il en a, en obtenir de meilleures; avoir du soleil, de l'or, du vin, des olives, des épiées : le pauvre Germain convoiteux veut avoir tout cela; avant de prendre, il demande. Son vœu est d'être reru dans l'Empire. Ils le dirent à Marc-Aurèle - ; la guerre contre Uome n'est pour eux qu'un pis aller.
Dans bien des cas l'empereur accepte le concours des Barbares. On les établit sur les frontières pour les défenih'e : les Francs sur le Rhin sont bénéficiaires de l'Empire; le bénéfice^ existait en effet déjà. Lampridc dit qu' « Alexandre-Sévère distribua le terrain conquis sur l'ennemi aux ducs et aux soldats des frontières, à condition que leurs héritiers seraient soldats comme eux ». De môme des terres furent distribuées aux Uipuaires, (jui s'engagèrent à les défendre. Après les g-randes guerres soutenues par Marc-Aurèle, les Quades fournirent à l'armée romaine 8000 cavaliers. Des colonies barbares furent disséminées en Dacie, en Mésie, en Pannonie, en Italie. On les gratiliait de faveurs diverses : exemptions de tribut, temporaires ou perpétuelles; subsides; môme droit de cité. C'était la continuation de la vieille politique romaine : absorption
1. Florus, Ep., III, o : (// Maiihis populus alirjiiid sibi terr.r daret, (/uaai atipendium; celerion, id rrllcl, inanibiis alrjite ai-iuis suia uteretur.
2. Nisi reciperenticr, bcllum indiccnlibus (Julius Capitolinus).