‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 19 sur 192 · Voir ci-dessous, chapitres m, vu et viii · texte numérisé non relu

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58 LE MONDE BAllBAUE

graduelle des peuples vaincus. La suuverainelé de Rome ii'esl pas contestée par les Barbares. Elle se les incorpore comme elle s'est incorporé successivement le Latium , l'Italie, la Gaule. Les Barbares sont auxiliaires, puis léijionnaires, eniin dignitaires de l'Empire (comme Stilicon). Seulement Rome n'a plus la même force qu'autrefois; elle s'e«t assimilé les Gaulois, elle ne put s'assimiler les Germains. Un choc inattendu, venu d'Asie, bouleversa tout. Les Barbares entrèrent par grandes masses; on put encore, avec l'aide de ceux qui avaient fait un pacte avec l'empereur, écraser les autres, les vrais destructeurs, mais ce fut tout. Plus l'Empire faiblissait, plus nombreux entraient les Germains : si Itien (jue, tout en sul)issant l'intluence de Rome, ils ont gardé leur individualité que les Gaulois avaient perdue. Dans les dernières années du v" siècle, les Barbares morcellent le territoire; leurs petits cercles, distincts et séparés, Unissent par se rejoindre. La force centrale diminuant toujours, l'Empire se trouva démembré, non détruit. Isolée, l'invasion des barbares paraît une catastrophe; replacée dans l'ensemble des faits, elle n'est qu'une conclusion.

//. — L invasion.

Les Huns et les Goths. — L'invasion des Barbares, commencée à la lin du iv'' siècle, finit })ar l'établissement d'un certain nombre de royaumes barbares sur le sol de l'Empire romain et par la chute de l'empire d'Occident. On peut lui assigner comme dates extrêmes 376, date de l'entrée pacifique des Goths dans l'empire, et o26, date de la mort de Théodoric, le plus illustre «les fondateurs de royautés barbares.

Epuisés par leur lutte séculaire contre l'Empire, divisés par la polili(jue romaine, les Germains eussent difficilement porté un coup décisif à ceux «pi'ils considéraient à peine comme des adversaires. Ils furent jioussés contre les Romains par un mouvement venu du fond de l'Asie. Ils entrèrent dans l'Empire, pres(|ue autan i comme fugitifs «jue comme envahisseurs, parce «ju'ils recul.iiciil drvaiil les Huns.

L'INVASION :i9

Les lluiis étaiout un peuple appaiienaiil à la race ouialoallaïque '. Ils avaient fait partie d'un empire dont le iirand Khan avait (juasi asservi les Chinois. Cet empire tomha en dissolution, et sous la dynastie chinoise des Ilan, au i" et au n'^ siècle, passa presque tout entier sous la domination chinoise. Les Huns se tournèrent vers l'Occident. Les uns s'arrêtèrent dans les vallées de lYaxarte et de lUxus : ce sont les Huns blancs, «jui renoncèrent à la vie nomade. Les autres allèrent jusqu'au Volira et pendant longtemps vécurent en pécheurs, pasteurs et liriiiands dans les steppes, le loni;- de ce tleuve énorme, descenilant en hiver vei's rembouchure. remontant en été jusqu'à la Kama. Au iv" siècle, ils paraissent avoir reçu du nord et de l'est de l'Asie une poussée. Hs tombent alors sur les Alains. (jui vivaient de la vie nomade, entre le Don et le Volga. a(b> rant l'épée nue plantée en terre, scalpant le vaincu. Les Ahiins furent battus: une }»arlie s'enfuit dans le Caucase, oii sont t'ncore leurs descendanls: d'autres au bord de la Baltique, où ils se joindront plus tard aux migrations germaniques; le reste fut incorporé aux Huns, qui atteig-nirent ainsi le Don.

Ils se trouvèrent en face des Goths. Ceux-ci avaient fondé un vaste empire, à liens très lâches bien entendu, comme les monarchies barbares. Hermanaric (de la famille des Amales), roi des OstroiToths, s'était subordonné les rois des Wisieoths (de la famille des Baltes). Il exerçait une sorte de suzeraineté sur les lazyges, les Vandales, les Gépides, établis en partie dans l'ancienne Dacie; sur les Hernies, sur les Scires, les Vendes et les yEstyens des bords de la Baltique; sur les Alains et les Roxolans des steppes (hi iiiiili.

Le christianisme chez les Goths : l'arianisme. — Lrs Goths, ainsi superjitisés à un chairs de peuples gei'mains, sarmates, slaves, finnois, avaient déjà subi, à distance, les influences civilisatrices de l'Empire . L'un deux , Ulphilas (Wulfilas ou AWelfen, « le petit loup »), né vers 311. avait

1. Ils étaient peut-être mêlés d'éléments mongols, ou de race jaune; comme fond ethnographique, ils différaient peu des Hongrois-Magyars, qui plus tard les revendiquèrent pour leurs parents. Klaproth et beaucoup d'autres en font de purs Finnois.

Iraduit pour eux la Bible, et comme leur laugue était trop pauvre, il avait empruuté des mots à la lanirue g^recque, de iiiême qu'avec l'alphabet grec il com[»léta l'alphabet gothique. Le seul livre de la Bible qu'il ne traduisit pas, ce fut les Rois, craignant, dit-on, d'exciter encore leur ardeur belliqueuse. 11 leur prêcha le ciiristianisme et, en 3 il, se fit sacrer à Constantinople leur évêque. Mais, en même temps que le christianisme, il leur apportait l'hérésie arienne, alors en faveur à la cour impériale. Il leur inocula ainsi le virus dont devaient périr tous les Etats (ju'ils fondèrent plus tard en Occident.

C'est un fait très remarquable (jue les peuples barbares aient été presque tous à l'arianisme et qu'ils y aient persévéré si longtemps. Or l'arianisme n'allait à rien moins (|u'à nier la divinité de la religion en niant la divinité du Christ. Le fond de la doctrine d'Arius, c'est (jue le l*ère seul est incréé (àY^wr,- -:o;), que c'est là le caractère de l'être divin, la condition de l'unité divine; le Fils ne peut être incréé comme le Père (a-jva- -'ivv'/.-o;) ; son essence est hors de lui; elle procède de celle du Père; elle n'est pas cette essence; il est une créature (-olr.ua), mais la première, manifestée avant toute autre. Il y a eu un temps où il n'existait pas. Il aurait }>u, absolument parlant, prendre part au mal; mais il a fait un tel usage de la liberh'' et de la grâce qu'il s'est de plus en jdus divinisé et que Dieu l'a honoré des noms de Fils de Dieu et de "AÔyoç, mais sans qu'il dcvieime pour cela l'égal de son Père, sans être éternel, comme lui, ituisque Dieu n'a pas été éternellement Père et ne l'est devenu que dans le temps. Cette doctrine plus simple, plus rationnelle, plus intelligible que la théologie catholique avec ses mystères, fut aussi plus accessible aux Barbares, qui l'adoptèrent. Du coup ils vécurent en dehors de la hiérarchie ecclésiasti(pu' du catholicisme. Chez eux le clergé chrétien, à peine distinct du reste de la nation, n'avait ni grands biens, ni grandes dignités : de telle sorte que la vie laïque, comme on dirait aujourd'iiui, élait chez eux le principal, au lieu (jue chez les Uomaius c'était la vie ecclésiastiijue. De là un désaccord très profond.

Première invasion des Gotlis dans FEmpire d'Orient. — Le roi Ilernumaric venait d'échapper Idessé à une révolte

•les Roxolans, (|iiaiul siu'viiit l'attaque des Huns. Désespérant <le la victoire, il s'acheva lui-même d'un coup dépée. AVithimcr, son successeur, livra lia (aille ; il fut tué, les Ostrogoths complètement défaits. Quelques fidèles emportèrent son fils encore enfant jusqu'aux bords du Dniester, où les Wisiiioths avaient leur camp, entouré de chariots. Athanaric et ses deux frères Fridiiiern et Ablavius v commandaient. Athanaric voulait combattre; mais les Huns ayant passé le Dniester la nuit, il dut se réfugier entre le Pruth et le Danube, où il se fortifia. Fridigern et Ablavius demandèrent asile à l'Empire.

Yalens régnait alors en Orient, son neveu Gratien en Occident. Yalens re(^ut à Antioche l'ambassade des Gotlis suppliants, implorant secours contre la faim et contre les Huns, demandant une place dans l'Empire, promettant la soumission et le service aux frontières. Yalens consentit, les Goths étant ariens comme lui. n leur imposa de sévères conditions : entre autres, celle de déposer leurs armes. Ils éludèrent cet article en payant les officiers romains chargés de surveiller le passage, et, au nombre de deux cent mille hommes armés, avec leurs femmes et leurs enfants, passèrent en Mésie (376) . Opprimés et exploités par les fonctionnaires romains, ils ne tardèrent pas à se révolter. A Marcianopolis, en 3~~, ils battirent Lupicinus; à Andrinople, en 378, Yalens périt en les combattant. Les Goths exterminèrent les deux tiers de l'armée romaine, arrivèrent jusqu'aux portes de Constantinople. Du bas Danube aux Alpes Juliennes, ils ravagèrent si bien le }>ays ([uils n'y laissèrent subsislei-, dit un Père de l'Eglise, (|ue le ciel et la terre.

Gratien appela au troue d'Orient ïhéodose, le dernier des vrais empereurs romains. Les Goths se débandaient d'euxmêmes; morcelés en petits groupes, ce n'étaient plus que des bandes de brigands, s'alï'aiblissant par leurs propres ravag-es. Théodose négocia avec les chefs. H g"ag:na Athanaric, qui avait fini par passer aussi le Danube, l'attira à Constantinople, dont \(i luxe éblouit les Barbares, et lui lit après sa mort de splendides funérailles (381). Les Ostrogoths qui avaient rejoint Fridigern continuant leurs ravages sur le lias Danulte, il les extermina. Ainsi finit la Liuerre des (î(dhs. Tliéodose établit ce

qui restait sur les deux rives du Bospliore et de l'Hellespont, en Phrygie, en Lydie, en Thrace. Ils vécurent sous leurs princes, irardant leurs coutumes, dans la condition de fédérés ifcederali). Ils avaient ce qu'ils demandaient : des terres.

Séparation des deux Empires. — Après une douldc intervention en Occident, ïhéodose, vengeur de Gratien et de Yalentinien II, vainqueur des usurpateurs Maxime (388) el Eugène soutenu par le Franc Arbogast (394), règne quatre mois sur tout l'Empire, Occident et Orient réunis. Il meurt après l'avoir partagé de nouveau entre ses fils Arcadius, qui a dix-neuf ans, Honorius, qui en a onze (395). C'est à cette date qu'on est convenu d'arrêter l'histoire romaine et de commencer l'histoire du moyen Age.

Arcadius avait une sorle de premier ministre dans la pej'sonne de Rulin, un Aquitain qui avait gagné par sa piété la faveur de Tliéodose. Auprès d'Honorius, était Stilicon, un Vandale, soldat et homme d'Etat. Ces deux hommes devinrent rivaux. Rufin provoqua une révolte «les AVisigoths, alin d'avoii" une occasion de rappeler les troujtes d'Orient, qui, depuis la guerre contre Eugène et Arbogast, séjournaient en Occident.

Stilicon renvoya les trou])es, après s'être entendu avec (jraïnas, le chef des Golhs auxiliaires. Celui-ci. arrivé sous (^onstantinople, tua Rufin sous les veux d'Arcadius (novembre 395). Mais les Wisigoths étaient en mouvement.

La seconde invasion : les AATisigoths ; Alaric. — Alaric, leur chef, traverse la Macédoine, la ïhessalie, passe les Thermopyles, entre en Béotie, en Attique. tuant les hommes, emmenant les fennnes et le liétail, brûlant les villages, épargnant les villes (piand elles se rachètent, comme Athènes. Il pénètre dans le Péloponèse, y exerce les mêmes ravages, pille Corinthe, Argos, Sparte. Nulle résistance. Alors. d'Occident, Stilicon vient débar(juer avec une armée sur les bords du golfe de Corinthe. En Elide, il blo(|ue Alaric au mont Pholoë, fait couler le Pénée dans les fossés dont il a enveloppé l'année des Wisigoths et attend la ca}>itulati(»n. Alaric s'écha|»pe pendant que son ennemi est à Olvmpie. Il regagne l'Epire; et, conclusion très inattendue, Arcadins, furieux de se

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voir ainsi défendu p.ir Slilicon, nomme Alaric maître de la milice de riUyrie occidentale : c'est-à-dire qu'il l'installe, avec délégation de l'autorité impériale, dans une province d'où il peut également menacer les deux Empires, où il peut appeler les Goths disséminés et puiser légalement dans les arsenaux de l'Empire (397). Quant à Stilicon, qui avait espéré devenir régent des deux Empires, il est déclaré ennemi public, ses biens sont contîsqués. Ij'euniKjue Eutrope règne, par Eudoxie.

De retour en OccicbMit, Stilicon. après avoir réprimé en Afrique un usurpateur, croit assurer à jamais son crédit en faisant épouser à Honorius sa fille Marie (398). Il y eut alors, ce qui était bien rare, quatre années de tranquillité. C'est le temps qu'il fallait à Alaric pour préparer la conquête de l'Italie. Tous les Goths l'y poussaient. En 402, il passe les Alpes Juliennes, envahit l'Istrie, la Yénétie, menace Milan, d'où s'enfuit Fempereur, qu'il poursuit et investit dans Asti. Stilicon est allé en Gaule; il en a ramené les légions, qu'il remplace par des troupes rappelées de Bretagne. Il débloque Asti, attaque Alaric le jour de Pàcpies. à Pollentia, le bat complètement, le coupe du chemin de Rome, le refoule vers le nord, traite avec lui, le fait espionner, l'empêche de prendre Vérone, le rejette en Illvrie et vient triompher à Rome. On y vit alors le combat de gladiateurs où fut massacré le moine ïélémaque, qui était descendu dans l'arène pour s'opposer à ce jeu sanglant. Le luartvr eut gain de cause, car ce fut le dernier combat de gladia- Iciirs (i-03). Honorius s'organise dans Raveniie u]\ asile sûr, d'où il ne sortira plus (iOi).

Invasion de Radagaise en Italie. — En l'année 405 on apprit (pi'iine teiiibb' invasion s'ap|)r(tchait. Autour d'un chef de guerre du nom ib' Ra(bigasl ou lîadagaise s'étaient groupés des Yandales, des Burgondes, des Suèves, des Germains de toute nation, poussés soit par quelque mouvement des Huns, soit tout simplement par l'amour du pillage. Jusqu'alors on n'avait subi «pie le <-onlre-coup (b' l'invasion, j(»lanl dans l'Empire un p(Mi[ile vassal <pii sCsl révolh''. Les vi'ais destructeurs arrivent avec le féroce Radagaise. Les Romains sont terrifiés. Les hordes barbares passent enlre Ravenne. où est l'empereur,

el Asti, où est Stilicon. Elles assiègent Florence. Stilicon, avec une armée tresclaves et Je Barbares, cerne les pillards sur les rochers de Fésule. Radagaise, obliiré de se rendre, est décapité. Stilicon prend une partie des Barbares à sa solde, en vend une foule d'autres coninic esclaves.

La grande invasion : Alaric en Occident ; sac de Rome. — Jj'ltalie était délivrée, mais le .']1 décembre 406 une nouvelle cohue de Barbares passe le Rhin. Elle culbute les Francs qui gardent le tleuve et se répand dans la Gaule. Cette malheureuse contrée est dévastée deux années durant. Mayence. Worms, Spire, Strasbourg- sont détruits; Arras, Thérouanne, Amiens, Tournai, Reims, voient successivement les Barbares; puis toutes les cités jus(|u'aux Pyrénées. Aucune résistance; aucun secours ne vient d'Italie. Un usurpateur arrivé de l'île de Bretagne, Constantin, essaie de profiter de l'anarchie (40~). Honorius le reconnaît comme empereur. Un autre, Maxime, est proclamé en Espagne; il y appelle les Barbares. 11 n'y avait plus de Gaule romaine. L'Italie était devenue frontière.

En Italie, Stilicon venait de disparaître. Il })araît avoir eu de grands projets : sauver l'Empire par les Barbares? rétablir l'unité? Arcadius était mort laissant pour successeur un enfant de huit ans, Théodose II (408). Stilicon négociait avec Alaric, auquel il payait depuis longtemps une sorte de tril»ut; il l'avait fait nommer préfet de toute l'Illyrie, dont la moitié était à conquérir sur l'Empire d'Orient. Stilicon voulait-il porter au lron(^ son lils Euclier, comme on l'en accusa? obtenir la régence des deux Empires? On ne sait. Il avait traité avec Alaric; les iiounui^s d'Etat d'Honorius trouvèrent la chose honteuse. I^ampridius déclara ({u'on entrait en servitude; Olympius parla de l'honneur de Rome; tous représentèrent à Honorius <|u"il avait vingt-cinq ans, qu'il était le maître, ou (hi moins (pi'i! fallait le devenir. (Jn fait un complot; on assassine les piincipaux chefs goths et Stilicon lui-même (408); on exclut les ariens des fonctions publiques; on déclare àAbu'ic (pic b' traité conclu ne sérail pas exécuté.

irétait une bdic : \o roi des Wisii^cdhs reparut en Ilalie. Dé<laignaul Havcnne, il marcha sur Rome. La cité impériale

L INVASION Oo

était eiK'oro prospèro; une noinhreiiso p(i|tiilali(iu s'y pressait autour (lo 1~(J0 palais; d'inimcnsos lichessos y élaionl ontassécs. Ses murs, même défondus par des escdaves et des alTranchis, suftirent pour arrêter les Barljares. Alaric se contenta d'investir la ville. On })ria, on lit des sorlilci^es. Vint la famine, on mang-ea des cadavi'cs. On attendait une armée de secouis. mais il n'y en avait plus. On députa vers Alaric, voulant l'eirrayer de la masse des Romains; il répondit : « Plus l'herhe est serrée, mieux la faux v mord. >^ Il demanda du poivre, de l'aruent, de l'or. Pour paver cette i-ajieon on fondit des statues, enti'e autres celle du (^ourai;e. Alaric se retira, pour un temjis. Il alla en Toscane et eni^ai^ca des néi-ociations avec Ilonorius. 11 voulait être maître de la milice : refus. Il demanda la Dalmatie, le Xorique et la Vénétie : refus. Le Norique seul ; refus. La cour de Ravenne ne veut [las s'abaisser à traiter avec des Barbares. Alaric retourne sur Rome ('i-09). Il vient y créer un empereur et force le sénat à décorer de ce titre le préfet de la ville, Attale, auquel il demande le titre de maître de la milice. Attale le lui confère et nomme (dief des iiardes du palais Alaulf, beau-frère d'Alaric. Après quoi le roi lioth et son empereur se rendent devant Ravenne. Le chef j^oth Sarus, ennemi personnel d'Alaric et d'Ataulf, défend la ville et y relient Tempei-eur (|ui voulait partir jiour Constantinople. Alaric demande alors à Allale la permission d'aller exercer ses fonctions de maître de la milice (Ml Afri(pie. Attale i-efuse. Alai'ic mécontent le détirade et (Mivoie les insii:nes impériaux à Ilonorius en sii>ne de réconciliation. Iloiioi'ius ne voiibnil pas se l'éconcilier, Alai'ic marche une troisième fois sur Home. Des es(daves lui oiivi-enl une porte, le 2ï août 410. Le pilhii^e dura six jours, pendant lesrpuds on néparena (pie les éf^lises e( le ti'ésor des a|)(Mres. (pii, au milieu de scènes horribles, fui porb'. au chant des psaumes, au Vatican. Alaric passa ensuile en (lampanie, pilla (lapoue et .\ola. (le fut une vi-aie oi'iiie; les barbares s'étendaient sous les platanes et [leudant de loniziies heures se faisaient verser du falerne dans des coupes d'or par les fils et les lilles des sénateurs romains.

On suppose (ju'Alaric v(julait passer en Afi-i(pie après avoir

Histoire générai.k. I. 5

visil('' la Si('il(\ Il inoiiriil avant d'avoir passr le délroil de Messine. ]l avait ti'enle-qualre ans. Pour Fenterrer on détourna le coui-s du Busento; on descendit le cercueil et le trésor du l'oi dans le lit d(^sséché; on v ramena l'eau; puis on éiiori;ea les j)i"isoiuiiers (|ui avaient fail le travail.

Ataulf et Wallia rois des "Wisigotlis. — (le terrible liaidiai'e avail été niabi'é lui un ennemi de riMnpire. Ce fut de |»ro[)()s délibéré (ju'Ataulf, son successeur, en lut le serviteur. Paul Orose a raconté une conversation (|ue ct^ roi aurait teiuie à Narbonne. Ataulf avait d'abord voulu cbauùer la face du monde, effacer le nom de Rome, et, comme (lésar, fonder un empire qui aurait été celui des Golhs; mais l'expérience lui avant montré (jue les Goths étaient incapables de su}»porter le jouii des lois et d'une discipline, il a mis sa i;loire à faire servir leur épée à la restauration de l'Empire. En effet Ilonorius se décida à traiter avec le successeur d'Alaric. Ataulf reçut le titre de maître de la milice et fut envoyé au delà des Alpes poiii- combattre les Bai'bares de Gaule et d'Espagne (412).

Après deux années de pillage l'invasion s'était écoulée (409). Seuls les Bui-gondes étaient restés en Gaule. Le l'este des Barbares avait ])assé en Espagne : Suèves en Galice, Alains en Liisilaiiie, Vandales en Andalousie.

Ataulf s'empara de tout le pays entre le Hhùne, la Garonne et les Pyrénées. Il avait emmené avec lui Placidie, la lille de Théodose, prisonnière depuis le siège de Rome, traitée avec de gi'auds égartls par les (xotlis. Jl élail amoui'cux d^dle, et Placidie consentit, en 41 'i-, à l'épouser. Li' maiiage fut célébré à Narbonne. Atanlf se revêtit de l'habit l'omain; le premier rang ap})artenait à Placidie assise sur un lit imp('rial; cin([uante beaux jeunes liommes esclaves lui ap|Miiièi'('ul riii(|uaiite bassins remplis d'or el de piiM-rei'ies: Atlale eiilonna ré|>illialame. Ainsi un roi goth, venu de la Scythie, épousai! à Narbonne Placidie, son esclave, lilb' de Théodose et so'ur d'ilonorius, et lui donnait en présent de noces les dé])ouilles de Rome. A ces fêles dansait el chaulai! un Bomain *\[\o les Barbares faisaieul hislri(»n connue ils l'aNaient fait em|)ereur. A cr!!e époi|ut\ (pi(d<pies usurj)alejiirs s'élevèrent et disparurent vite. Ataulf eu abattit deux autres,

Jovicn et son frère Séliastien. Son mariage brouilla de nouveau les choses. Constance, vaillant général, devenu le premier personnag-e de la cour d(^ liavenne, aurait voulu épouser la fille de Théodose. Après le mariage, il provoqua une rupture entre Honorius et Ataulf, qui refit Attale empereur. Constance vint assiéger celui-ci dans Narbonne. Le pauvre Attale fut saisi au moment où il fuyait vers l'Espagne ; on le conduisit à Uavenne, où on le promena en triomphe poui- se mo(juer de lui. Puis on l'envoya aux îles Lipari, où on le laissa achever sa vie avec une petite pension.

Ataulf meurt assassiné en Espagne. Wallia, qui lui succède, veut aller piller l'Afriijue; mais Constance le force à rentrer au service de l'Empire. Les textes parlent d'ailleurs du roi wisigoth comme d'un humble serviteur de Rome. Wallia rendit Placidie , qui épousa Constance. Il se donna carrière en Espag-ne. Pendant trois ans, il fit une guerre acharnée aux Vandales, aux Alains, qu'il extermina, aux Suèves, qu'il rejeta dans les montagnes du nord-ouest. En récompense il reçut l'Aquitaine avec Toulouse pour capitale (419). Déjà les Burgondes s'organisaient sur le sol romain; occupant les deux revers du Jura, ils s'étendaient peu à peu sur toute la vallée du Rhône jusqu'à laDurance; les Francs ont dépassé l'Escaut; les Alamans atteignent les Vosges. Burgondes et Wisigoths avaient été régulièrement casés. Constance procédait avec ordre au démembrement (b' l'Empire et sauvait les apparences. Il paraissait continuer la grande politi(|ue romaine. En même temps il occupait les jioints stratégiques des x\lpes et du Rhône pour fuipècher les communications entre les Barbares. Il essayait même des institutions nouvelles, réunissait à Arles les députés de la Gaule romaine pour discuter les impôts. Il était trop tard. Constance mourut en 421, Honorius en 423. Le fils de Tbéodose avait vu sous son long principal, de 395 à 423., une de ces tempêtes comme il y en a peu dans les annales du monde. Il la vit sans y rien comprendre, conservant le langage et les illusions d'un maître du monde. Il avait auprès de lui un homme caitabic dt^ relanirr la chute de l'Empire : il le fait assassiner. Il négocie avec Alaric en maître dédaigneux. Si

quelques reflets (Fune pâle i-loiic éclairent ce règne, c'est à Stilicon et à Constance qu'il le doit.

Le successeur d'Honorius était son neveu Théodose II. qui régnait déjà à Constantinople. Gouverné par sa sœur Pulchéjie, ce jeune prince était très doux, ne voulant })as de condamnafion à mort, calligraphiant, chantant matines, disputant contre les hérétiques, pendant qii'Eudoxie mettait la Bible en vers. Cet Empire vécut ainsi de longues années. Les catastrophes se limitaient à rOccident. Quand mourut Honorius, Placidie et son fils Valentinien étaient à Constantinople. Théodose II envoya celuici à Ravenne pour régner en Occident sous le nom de Valentinien III. Placidie eut sa tutelle. Les deux principaux personnages furent Aélius et Boniface. Aélius, lils d'un comte d'Afrique, ayant été otage chez les Huns et les Wisigoths, connaissait bien le monde barbare. Boniface était comte et administrait l'Africpie.

Les Vandales en Afrique. — Jaloux de Boniface, Aétius pour le perdre mène une double intrigue : il le fait calomnier auprès de Placidie et avertir d'autre part qu'il est perdu. Désespéré, Boniface aj>pclle les Vandales et leur roi Genséric. Aussitôt ces auxiliaires se font conquérants : les indigènes, les hérétiques sont avec eux. Malgré la défense d'Hippone, où est saint Augustin. TAfricpie est })erdue (431). Boniface passe en Europe, bat Aétius, mais est tué (432). Genséric poursuit la conquête. En 439, il prend Carthage. Dès lors, tirant parti de la situation, il se fait une flotte et attaque les îles. C'est un curieux personnage que ce Genséric. Il semlde faire exception au milieu des Barbares. C'est un révolté; il sest établi par la force. Mais, une fois vainqueur, il veut à plusieurs reprises entrer dans la communauté de l'Empire. Procope ' cite un traité de 435 qui cède à Genséric les deux Mauiitanies: en 442, en 453, en 476, nouveaux traités qui consacrent les ac(|uisitions faites. Réfléchissant sur les vicissitu<les des choses humaines et pensant que ses forces n'étaient pas comparables à celles des Romains, Genséric s'oblige à jiaycr un Iribiil à Valentinien 111

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