‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 21 sur 192 · LE ROYAUME USTROGUTH D ITALIE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME USTROGUTH D ITALIE

correspondance : pour pei-sonne un refus, avec jiersonne un eni:ai;einenl. Odoacre n'est point reconnu; Théodoric ne le sera pas non plus. Beaucoup plus lard, les empei-eurs allemands, qui solliciteront à leur tour, ne le seront pas davantage. Mais toujours cette reconnaissance sera sollicitée comme elle l'est par (Jdoacre. Le titre de patrice, que souhaitait celui-ci, ne confère pas d'autorité définie. Ce «jui fait cette divinité supérieure aux autres, c'est qu'elle est viagère; aucune attribution spéciale, mais des insignes superbes. Siniiulière dignité qu'Odoacre avait sans lavoir! si bien (|ue lui-même ne sait pas à ({uoi s'en tenir sur son autorité. 11 n'est pas roi d'Italie, mais roi luuf court; roi des Barbares, mais non [las diin peuple barbare; roi d'une armée composée d'éléments ditïerenls et qui est devenue par son établissement sur les terres italiennes une sorte de peuple nouveau. Il fut, sous la suzeraineté de Constantinople, une sorte de protecteur militaire de l'Italie. Pour la défendre, il soumit la Dalmatie et attaqua les Ruoiens, qui s'étaient étendus sur la Drave et la Save, menaçant la frontière. 11 détruisit leur empire avec l'aide des peuples voisins. Hérules, Scires. Turcilinges (487). Ce fut précisément cette victoire (jui fut une des occasions de sa perte. Frédéric, tils du roi des Rugiens Feletheus, emmené en captivité par Odoacre, se sauva chez les (Jstrogoths et demanda à Théodoric, son parent, de le venger.

///. — Le royaume ostj'ogoth d Italie.

Théodoric roi des Ostrogoths. — La conquête hunnique avait eu pour résullat dt- diviser les Ostrogoths en deux groupes : l'un vassal des IIuiis. l'iiutie réfugié au sud duDanulie et incorporé à l'Empire. Ces derniers, les Ostrogoths transdanubiens, étaient commandés ]»ar Irois frères de la race des Amales, Walamir. Théodcmir et Widemir. (juand ils se révoltèrent contre les Huns et les rejetèrent dans les jdaines do l'Est. Ils s'établirent alors dans la Pannonie. Théodemir eut do sa concubine Eliena un tils, Théodoric. Les Ostrogoths avaient

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repris les hostilités contre l'Empire. Ces Germains, toujours en mouvement depuis si lonirtemps, ne savaient plus demeurer en repos, ni s'arranger pour vivre dans un établissement fixe. Laborieux, ils ne lavaient jamais été. Ils ravajjreaient l'IUyrie pour se faire payer un tribut. On traita, et Théodoric, fils de ïhéodemir, fut envoyé comme olaiie à la cour de Constantinople ; il n'avait alors que sejtt ans. Il retourna auprès de son père à l'âge de dix-huit ans, et lui succéda vers 4~o. Il se mêla aux intrigues romaines et fit prévaloir Zenon sur un autre prétendant à l'Empire. Après des querelles intestines, il finit par rester seul roi et commander à tous les Ostrogoths (481). Il fut d'autant plus exigeant vis-à-vis de Zenon, qui tantôt \o combla d'honneurs et tantôt le combattit. Finalement Théotloric, cédant à la prière des réfugiés rugiens, demande à Zenon Tautorisalion de conquérir l'Italie. Elle lui fut accordée avec empressement.

Le peuple des Ostrogoths se réunit à Xova sur le Danube (au nord de Xicopolis), capitale du royaume de Théodoric. On reprit le chariot des migrations anciennes et, à l'automne de 488, on se mit en route. Des Rugiens et de nombreux aventuriers grossirent l'armée des envahisseurs. Elle [)assa sur le corps des Gépides, qui refusaient le passage du côté de Sirinium, et campa l'hiver dans cette région. En 489, on repartit [)ar la grande route romaine de la vallée de la Save (pii d'J-]mona mène en Italie, et l'on y arriva à l'automne. Odoacre fut vaincu sur l'Isonzo et perdit une grande bataille à Vérone. Cette rencontre décisive a laissé un grand souvenir dans les léirendes et valut probablement à Théodoric son surnom (Dietrich de Bern, c'est-à-dire de Vérone). Il ne poursuivit pas Odoacre, mais s'établit dans la haute Italie, avec le concours des évèques. Très hostiles à l'arien Odoacre, (|ui malgré sa tolérance s'était aliéné l'Eglise, ceux-ci favorisaient son adversaire, bien qu'il fut arien et Barbare comme lui. Odoacre reprit Milan, mais fut battu sur l'Adda et dut se réfugier derrière les murailles de Ravenne (ilM)). Ses mercenaires furent massacrés dans loiile l'ilalie. Le bb)ciis (b> Iîav(Minr dura b»ngU^nq»s. De l>his en plus resserré. Odoacre enira en iu''gocialions (février 493).

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Une paix fut conclue (|ui laissait les deux rivaux chacun à la tète de ses hommes en Italie. (!e partaiie, ou })lutot cette coexistence de deux princes dans le même pays, ne pouvait durer. Théodoric poijLînarda Odoacre dans un festin, et se trouva seul maître de Tltalie.

Caractères de la royauté italienne de Théodoric. — 11 fut immédiatement aux prises avec les mêmes difficultés: il ne put ni ohtenir de Constantinople les titres pour fonder un gouvernement réi!ulier et jujLié définitif par ses sujets romains, ni sentendre avec rKi:lis(\ s<Hile puissance restée dehout. Cette situation ne lui est }>as particulière; dans toute l'Europe occidentale, les choses se sont passées de môme. Des rois irermains essaient de gouverner sur un territoire déterminé, subdivision de l'ancien Empire. Le pays où cette tentative a réussi prit une iirande place : c'est la (laule franque. L'Italie, oii cette tentative échoua à trois reprises, est demeurée pendant longtemps une simple « expression i;éoi;rapliique ». Telles sont les causes lointaines qui dominent l'histoire ultérieure.

Bien que Théodoric ait échoué, il n'en est pas moins très intéressant d'étudier cette tentative faite par un roi i;ermani(]ue pour régner sur une partie de l'ancien Empire romain. Il importe d'abord de déterminer le caractère même de l'autorité <le Théodoric : qu'est-il comme roi des Oslrogoths? en vertu de quel droit i;ouverne-t-il lllalie? comment a-t-il iiouverné les Goths et les Romains?

Comme roi des Goths, Théodoric a tous les caractères d'un roi i:ermanique. Il est remarcjuable que, dès le temps de Tacite, les Goths apparaissent comme un peuple monarchiijue. Il ne s'aeit point ici de royautés imposées par les nécessités de la lutte <ontre Home ou par des vainqueurs : il s'aiiit de la vieille royauté nationale germanicjue. Cette royauté est héréditaire, mais l'hérédité est limitée par l'élection, même en dehors de la famille royale. Les rois tendant naturellement à faire prévaloir riiérédité, une sorte i\o transaction se fait : le roi mouivml désigne son successeur. Quand Théodemir sentit approcher sa lin, il ajqiela les Goths et, avec leur assentiment, désigna Théodoric pour lui succéder. Théodoric mourant fei'a auti'ement : il

convoquera los lii'iinds o( loui- ordonnera d'oljéir à nn enfant de dix ans, son petit-fils Athalaric; mais ïliéodoric mourant n'est plus le même qu'en Pannonie. D'ailleurs on verra les consé- (juences fAclieusespour sa famille de cette dérogation aux coutumes iiermani(juf».;.

Au roi élu le peuple jure fidélité; le roi à son tour jure d'observer la justice (justiliani et œquahilem clementiam cu><todire). La formule est vaiiiu', mais il n'y avait pas de constitution écrite; c'était la coutume qui délei-minait les limites de l'autorité royale. Le peuple g-oth est hieu le peuple g-ermanique décrit par Tacite; il est armée, et c'est comnu^ armée [exercitus) qu'il vit militairement et politi(juement. On a bien vu que le peuple g'oth est une armée toujours en marche, de la Baltique au Danube ou en Italie. Quiconque est libre porte les armes; quiconque porte les armes est exempt de toutes charges servîtes. 11 y a une sorte de hiérarchie sociale. Au-dessus des hommes libres est une noblesse (]ui entoure le roi, donne la première son avis sur toutes choses; on ne recpiiert qu'ensuite le consentement des autres, dissiminés dans toute l'Dalie.

A côté des Goths, (pi'il gouverne en vertu de son droit roval germanique, Théodoric a depuis 493 des sujets italiens, bien plus nombreux (jue les Goths. En quelle (jualité les a-t-il gouvernés? On a vu (pi'il est parti pour l'Italie avec l'agrément de Zenon, mais sans (pi'aucune convention précise ait été arrêtée entre eux. Que Zenon ou Théodoric ait eu l'initiative de la })ro[>ositi()n, il reste évident, a]»rès la lecture de Jornandès, de Malchus, de l'Anonyme de Valois, de Procope, (pi'on ne s'est [toint entendu sur ce point : Théodoric vainqueur régnera-t-il comme lieutenant, comme vassal ou comnu^ .illié de l'empc^reur? Cela perinriira plus lard à Bélisaire de dire ;nix envovés des Goths (pie Zenon n'a jtoint envové Théodoric }>our rem- }dacer sim[»lement Odoacrc ; en allendaul. cela permet à Théodoric de se regarder comnu^ maîlre de l'Italie après la victoire; mais il y nu'llra une grande prudence. Dès l'année 490, (juand 0<loacre est eufeiiiK' dans UaNciuu', 'J'héodoric oltli(Mil du sénat l'envoi d'une ambassade, conduite par le consul Faustus, afin de demander pour lui Ihabit royal {vestem regiam) à Tempe-

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