‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 23 sur 192 · LE ROYAUME OSTROGOTH D ITALIE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME OSTROGOTH D ITALIE

(loric, s'affranchissent du tribut qu'ils payaient aux Hérules et exterminent ce peuple. Au nord des provinces de Norique et de Rhétie, les Thuringiens s'étendaient de rAllemapne centrale au Danube et se heurtaient aux frontières de Théodoric vers Passau et Ratisbonne. Dans la Suisse septentrionale et sur les deux rives du Rhin jusqu'à l'emliouchure de la Lahn, les Alamans. En Savoie et dans le bassin du Rhône (sauf la bande méridionale), les Rurcondes. Entre le Rhin, la Moselle et la Loire, les Francs. Au sud de la Loire, les Wisiproths, maîtres de presque toute l'Espag-ne. En Afrique, les Vandales, maîtres de la Méditerranée.

Avec tous les rois barbares Théodoric a des relations. En 491, il rappelle aux Vandales l'antique parenté qui les unit aux Goths et traite avec le roi Gundamund. Les Vandales renoncèrent à leurs incursions en Sicile.

Avec le roi des Hérules, les rapports sont curieux. Théodoric l'adopte pour son fils. En sa qualité de père, il lui envoie des armes, à la façon Germanique.

Avec le roi des Rurgondes, il est une première fois en relations en 494, à propos d'une invasion que Gondebaud a faite en Ligurie pendant que Théodoric combattait Odoacre. Il avait quasi dépeuplé le pays. Théodoric lui envoie une ambassade (jui est très bien reçue.

C'est avec les Francs (jue les rapports sont les plus intéressants. Les Francs étaient en plein prog^rès, et Théodoric inquiet usa de grandes précautions avec Clovis. Quand celui-ci, uni aux Francs Ripuaires qui avaient encore leur roi, bat les Alamans (496) qui perdent leur indépendance, quand les Francs commencent, à la suite de cette victoire, la conquête de la Germanie transrhénane, Théodoric donne asile aux Alamans en Rhétie (dans les Grisons) et les emploie ainsi à la défense de ses frontières. Les Francs poursuivant les vaincus jusque dans son royaume, c'est avec beaucoup de précautions que Théodoric leur conseille de s'arrêter. Clovis porte ses efforts sur un autre point : il commence la cruerre contre les Wisiiroths. Ici se voient mieux que partout ailleurs les efforts de la diplomatie de Théodoric. Il cherche à empêcher la guerre entre Clovis, son

yo LE MONDE BARBARE

beau-lrèrc, et Alaric, son pendre. Il intéresse à la paix les rois des Biii-jiondes, des Ilérules, des Thuringiens. La guerre éclata [Kdirlanl ; Alaric fui vaincu et tué, et les Wisigoths auraient été re jetés au delà des Pyrénées el }!eut-ètre poursuivis en Espagne, si Théodoric n'eût appelé ses Goths aux aimes. Tuteur de son petit-fils Amalaric, il sauva pour les AVisigoths la Nar- Lonaise (Languedoc), juit jiour lui la Provence, assurant la coniniunicalion entre les deux royaumes dont il a désormais le gouvernement.

Enfin on verra dans Ihistoire des Burjîondes (^ue lorsque ceux-ci, déjà vaincus par (Uovis, sont attacjués par ses lils, Théodoric se mêle à la liuerre el jirend ^a ] art du rovaume burgonde démembré.

Telle est riiistoire de la politique de Théodoiic. Ici encore il suit autant «ju'il peut le faire la p<)]ili<jue de l'ancien Empire : c'est, avec la différence des temps, celle de Stilicon et d'Aétius. Il ne [leut jioint parler en maître, commander aux Wisigoths, aux Francs. Il n'est jias r<MU]i(Meur ; mais, roi germain établi en Italie à la })lac(' de l'empei'eur, il se considère comme l'aîné, le protecteui-, le juge des j'ois barbares. Il ]>rati(|ue la politique germanique, (jui (^st celle de tous les peuples primitifs, des alliances personnelles, des mariages. En Mésie il avait eu d'une concubine deux filles : l'une, Tliendicodo ou Thendichusa, épouse Alaric, roi des Wisigoths; l'autre. Ostrogotha, Sigismond, roi des Burgondes. Théodoric épouse Audifléda. fille de Cbildéric et sœur de Clovis. Il nuii'ie sa sœur Amalafréda au roi des Yandales Thrasimund. Sa nièce Amalaberga épouse le roi Iburingien Hei-manfried. 11 est évident (ju'il y a là tout un système, à la fois germani(]ue et romain. Par ces alliances, par sa }>uissance, par sa richesse, et parce (|u'il régnait sur Rome, Théodoric est respecté du monde barbare. Il reçoit des ambassades el des présents non seulement de ses voisins el alliés, Burgondes, Vandales, mais des peuples lointains comme les /Estyens, venus de l'embouchure de la Diina. Il profite de l'occasion [lonr enseigner aux ambassadeurs quelle est l'origine de l'ambre (ju'ils lui on! apporté en présent.

Il ne bnil |iourlaul \n\< r|i(> du|ie de ces brillanles ap[)a-

Il- Ht, ..aUME OST.HO(tOTI{ DITALIL i7

.;'ences. ïliéod'.-'i' . ïà ou il s'esi trouve eu présence J. une forcô réelle, n'a rien su euipêcher. Les Francs ont grandi malgré lui. et, de son vivtnf, .ommencc à devenir les premiers parmi les Barliares. 11 y y De-iucoup de décor [apparatus) dans ces rela lions extérieures, comme il y a beaucoup de déclamitiou danc. les œuvres de Ciussiodore.

La suprématie des Goths n était pa.-. s dide; le iiouveraemeii !e Théodoric, -r.p oc on llalio. ne 1 éti:f pas non plus. Il \\v' beau se romoniser, ne rien innover, essayer de se faire \]\v donner son intrasion, ii n'en était pas moins arien et Barbare ?xposé par là aux pins grandes difficuités.

Politique rfi'ig-ieuse de Théodoric. — Arien, il éiaii tolérant comme ui» pnilosophc, Tolécant envers les juifs : ce (ju'attestent ses nombreuses intt'rvenlions en leur faveur pou: protéizer leurs svnago^ues. Il les plaiiil, il est vrai, de se fermer les portes du ci-*, i^n moins il leur assure le repos temporel Il déclare qu'il n-- pt-nr conmiander en matière relii^if.'use, <*a il est impossible do fain^ croire par turce '",

H est respectut^ux envers FEgiise catholique, et les témo' jrna^es de Cassiodore montrent combieu fut é(|iiititbl^ son aou vernement en C:S 'ualières. Il protège les biens des diverse;églises et leur donne des privilèges et immunités, sans pour tant reconnaître 'omine un droit absolu lexemplion dimp )t. D'autre part, il n'uésile pas à protéger contre rÉglise ceux <h ses sujets qui ont besoin de celto protection : elle se manifeste à propos de cui'iales que l'évètiui^ dt' ^'a•:•sina a cnaltraités; è [U'opos d'une maison usurpée par uu clen- d*' l*ola (Isirie). d'un héritage usurpe par un évoque; d'une maison d = »ul uii^ église avait dépojille uin' synagogue. Dans Ions ers cas, Théo doric se réserve ii' jugemen!: il n'est pas question d'une juridiction des tribunaux ecclésiastiques ou de r<h>V[ue de Rome

Par contre, Théodoric se tient soigneusemeni à l'écart di toute immixtion dans les alîaires intérieures de l'Église et dan;les querelles dt; dogme. Ces querelles étaient nombreuses ei l'Église fort occupée avec les hérésies Mi-i.'mi". pélagienne, nes-

1. Religionem imnerare yxon vossumus, quia 'neinu c joitiir uf credat hwitus Ta/-., ÎI,'27).

toriennc, eutychéenne. Constantinople était un foyer théolo- ^ique toujours en activité. La querelle des patriarches de Constantinople et de Rome se mêlait à ces débats. L'édit d'union (Hénoticon) de Zenon était soutenu par le premier, qui eût voulu qu'on l'imposât au second. Théodoric ne soufflait mot; mais il fut bient«jt entraîné à intervenir. Il avait vécu en paix, depuis son arrivée en Italie, avec les évèques de Rome, Gélase (492-496) et Anastase II (496-498). A la mort de celui-ci, il y ■eut un schisme. Le sénateur Festus, pendant son ambassade à Constantinople, avait fait espérer à l'empereur Anastase que le pape Anastase souscrirait à l'IIénoticon. Ce pape étant mort quand il revint à Rome, Festus voulut faire arriver au siège pontifical Laurenlius, qu'il savait favorable à la conciliation. Symmaque, un strict orthodoxe, ayant été élu, Festus fit procéder à une nouvelle élection en faveur de Laurentius. Les deux papes furent sacrés le même jour dans deux basiliques difîérentes, et la guerre civile se déchaîna dans Rome. Il fallut bien en référer à Théodoric, auprès duquel se rendirent les deux évèques. Il se prononça pour Symmaque, qui avait obtenu le plus grand nombre de suffrages. La querelle recommença : des accusations furent portées contre le pape. Théodoric commit d'abord un délégué (visitator) ; puis, à la demande du pape et du clergé, et en spécifiant bien (ju'ils l'en avaient prié, il convoqua un concile (502). Il y eut une série de conciles avec des interruptions causées par des désordres, des recours à Théodoric. Le roi rétablit l'ordre et, ])ien que sollicité par le pape et les évèques, refusa de se prononcer. Enfin Symmaque fut absous.

Cette histoire montre combien fut prudente et correcte la conduite de Théodoric. Il aurait pu prononcer le jugement qu'on lui demandait; il ne l'a pas voulu. Il n'a même pas protesté contre une décision du concile qui déclare nulle et de nulle valeur la prétention d'Odoacre « qu'aucun évêque de Rome ne pourra être élu sans l'assentiment du roi ». La conduite de Théodoric envers l'Église n'est pas seulement prudente; elle est vraiment généreuse.

Les catholiques, sujets du roi golb, ne lui en surent qu'un

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