LE ROYAUME OSTROGOTII D'ITALIE
un aveuale. Pondant son séjour, il fut traité en souverain, et pour mieux mar(|uer qu'on le reiiardait comme le chef de l'Eplise uniA'erselle, Justin se fit couronner une seconde fois par lui. Si Théodoric avait l'esprit tourné au soupçon, les nouvelles qu'il recevait de Constantinople durent l'exaspérer.
Néanmoins la cruauté de Théodoric cà l'égard de Boëce et de Symmaque contraste si vivement avec la conduite de tout son règrne qu'on a de la peine à se l'expliquer. Nous sommes disposés à admettre que Théodoric a laissé liouverner sous son nom. Cassiodore n'a pas seulejnent tenu la plume : il a inspiré les lettres qu'il écrivait, in.spiré tout le gouvernement ; de là cette administi-alion si honnête, si philosophique, mais si romaine. Voilà comment Théodoric, ouhliant qu'il était Goth, creusa un ahime entre sa fanulle et son peuple. Il n'a pas voulu, il a seulement compris ce qu'on lui faisait faire. Il s'est abandonné; il a suivi le chemin huit frayé (ju'on lui montrait, et quand les obstacles se sont présentés, le Barbare (|ui avait poijrnardé Odoacre s'est retrouvi'^ [X'ur frapper SvmnuKiue et Boëce.
Peu impoi'te, en apparence, à l histoire crénérale la valeur propre de Théodoric. Cela importe jiourtanl. Nous étudions des essais de fondations de royaumes iiarbaj-cs : oi- il n'v a pas eu d'essai proprement dit si, sous b's apjtarences d'un secrétaire Cassiodore a été le loi.
Rien ne prouve (jue les Romains fusseni prêts à se révolter, mais il est évident (pi'ils n'avaient jtas dattacheinent pour ce roi g-oth et arien. Sans doute ils n'auiairnl jamais parla force chassé les Ostrog-ofhs, pas plus «ju'ils n'ont chassé Odoacre, mais ils saisirent l'occasion de <-haiiger de maîtres. Ce sont les Oslrogoths eux-mêmes qui leur fournirent l'occasion cherchée. LtL'Uvre de Théodoric, mort en 526, périt par les siens qui no l'avaient pas comprise. Ils ont supporté sous lui le régime romain, non sous ses successeurs. Leur rébellion a permis à Constantinople d'intervenir. On trouvera aiileu"s le récit de la destruction du rovaume des Oslroi!oths.
BIBLIOGRAPHIE
Documents. — La bibliographie détaillée est donnée dans Waitz, Quellenkundc der dcutschm Gcschichtc, 1882; — G. Monod, Bibliographie de l'histoire de France, 1888.
Les Germains ne nous sont connus que par les descriptions et les récits des écrivains latins. Le plus ancien document en langue germanique, la Bible gothique d'Ulfilas, est de la fm du ive siècle; les peuples germaniques n'ont eu aucune littérature originale jusqu'au moyen âge.
Sur les Germains jusqu'au v'^ siècle tous nos renseignements sont dans César, de Belle Gallico; — Tacite, Gcnnanic et Annales; — Ammien Marcellin, Rcriun gcstarum libri III.
Sur les Barbares qui ont envahi l'empire d'Orient le principal auteur est l'historien byzantin Procope.
L'invasion est racontée par les écrivains ecclésiastiques : saint Jérôme ; les Chroniques de Marcellin (379 à o3i), d'Idace (379 à 468), de Prosper (379 à 'loo); Paul Orose, Ilistoriarum libri lll. Tous sont réunis dans la Patrologle de Migne.
Les Monumenta Germaniae historica (collection commencée en 1823, en cours de publication) contiennent tous les écrivains latins relatifs à l'histoire des peuples germaniques; le Goth Jordanis ', de Gelarum origine et rébus gestis, raconte l'histoire des Wisigoths. Sur les royaumes des Ostrogoths le principal document est Cassiodore, Opéra, 1879.
On trouve quelques renseignements sur l'invasion dans les œuvres des écrivains ecclésiastiques, Sidoine Apollinaire, Ennodius, et surtout Eugippius. Vie de saint Séverin.
Livres. — Bibliographie dans Waitz et Monod.
Sur les Germains avant l'invasion, G. Waitz, Deutsche Vcrfassungsgeschichte, t. I, 3*^ édit., 1880, exposé complet des institutions germaniques; — Ozanam, Études germaniques, t. I, 184o (un peu déclamatoire); — Zeller, Histoire dWllenvigne, 1873, t. L II n'existe pas en français d'étude d'ensemble sur la Germanie avant l'invasion. On peut consulter cependant : A. Geffroy. Rome et les Barbares, 1874 (étude sur l'impression produite sur les Romains par le monde germanique); — Littré, Études sur les Barbares et le moyen âge, 1867-1874 (considérations générales sur la différence entre les deux états de civilisation).
Il n'existe pas en français d'histoire d'ensemble satisfaisante de Tinvasion. — Fustel de Coulanges, l'Invasion germanique, 2*^ éd., 1886 (dans la série iniilu\ée Histoire des Institutions politiques de V ancienne France), expose et discute les caractères et les conséquences de l'invasion, mais en Gaule seulement. — Am. Thierry, Récits de V Histoire romaine au v<= siècle, 1860, raconte quelques-uns des épisodes les plus célèbres de l'invasion. — Une histoire à peu près complète de l'invasion est donnée par Wietersheim, Geschichte dcr Vôlkerwanderung , 4 vol., 18o9-G4, 2'' éd., 1880. — L'état de nos connaissances est exposé par Dahn, Die Ka-nige der Germanen, 6 vol., 1861-71, et Urgeschichle der germanischen und romanichen Vôlker, 3 vol., 1881-89 (dans la collection Oncken), ouvrage écrit pour le public cultivé. On y trouve aussi l'histoire du royaume ostrogoth d'Italie.
Sur les rapports des Barbares avec lEmpire d'Orient, Bury, History of the fait of the roman Empire, 2 v., 1889. — Sur Attila, Am. Thierry, Histoire d'Attila et de ses successeurs, 2 vol., 1864 (ouvrage d'une critique insuffisante).